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Evangélisation et communication

30 Juin 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Texte de méditation pour le forum évangélisation : De la parole aux actes.

A l'heure où notre Église désire se professionnaliser à coup d'audit, de grille d'évaluation, je me suis plu à imaginer la réaction d'un expert en communication face à l'envoi des 12 tel qu'il est raconté dans l'évangile de Marc (chapitre VI). Il se pourrait que ce qui va suivre ne soit pas exempt d'une certaine ironie.

Rabbi

A la demande de vos associés, nous nous sommes penchés sur votre projet : "annonce de la bonne nouvelle". Laissez-nous tout d'abord vous dire que ce projet ne manque pas d'intérêt et que plusieurs de vos intuitions méritent d'être soulignée et encouragées. Tout d'abord un message bref accompagné de gestes aussi forts que l'expulsion des démons et la guérison des malades, voilà qui est susceptible de marquer les esprits. De plus, envoyer vos "apôtres" (comme vous les appelez) par équipe de deux est une idée brillante qui a fait et continuera à faire ses preuves pour bien des organisations.

Toutefois nos services ont remarqué quelques faiblesses sur lesquelles nous attirons votre attention. Pour commencer, votre message de   conversion est, certes, bref et percutant. Mais il reste sibyllin. "Changez de vie" c'est sujet à bien des interprétations. Sans doute serait-il préférable de bien préciser en quoi consiste cette conversion et d'en indiquer les enjeux. Si le public aime les slogans, il a également besoin de précision. Comment cette conversion doit-elle se vivre ? A-t-elle lieu une fois pour toute ? Est-ce  un mouvement constant ? Qu'est-ce qui change dans la vie d'un converti ? A moins que vous ne prétendiez changer vous-même le cœur de ceux qui entendent votre message, il est nécessaire que vous indiquiez quel chemin vous voulez leur voir suivre.

Notre deuxième inquiétude concerne vos envoyés. En lisant le reste du mémo du dit Marc, nous nous demandons si vous avez choisi le bon personnel pour votre message. En effet, d'après le portrait qu'en dresse Marc, les compétences de vos apôtres laissent largement à désirer. Et, plus grave encore, ils semblent très loin d'être eux-même au clair sur cette bonne nouvelle. Êtes-vous certain qu'ils feront preuve de suffisamment de clairvoyance et d'intelligence dans cette mission?(rappelez-vous du désastreux épisode du levain des pharisiens).

Si vraiment vous êtes attaché à ces 12, sans doute auriez-vous pu, au moins leur donner un équipement solide et non pas les dépouiller à l'extrême. Vous n'êtes pas sans savoir que toute communication demande un soutien logistique solide. Autrement dit, vous devriez revoir à la hausse le budget qui leur est accordé.

Enfin, il n'est jamais bon pour la motivation des troupes d'évoquer l'échec comme vous le faites. Si vraiment l'échec doit être mentionné, qu'il le soit comme un challenge, un défi à relever. Aucun professionnel de communication ne tient un premier refus comme acquis, il convient de s'accrocher pour que le client sente bien que vous avez ce dont il a besoin. Et si vraiment l'échec est patent, il ne peut en aucun cas suffire de quitter l'endroit en secouant la poussière de ses pieds ! Vos apôtres ne peuvent s'affranchir ainsi d'un échec comme si aucune responsabilité ne leur en incombait. Ils sont assez incompétents sans qu'en plus vous ne les teniez quittes de leur incompétence ! Au contraire, qu'ils portent leur échec au plus profond d'eux-mêmes, qu'ils en tirent les leçons et les conséquences. 

Cher rabbi, vous paraissez tout faire pour affaiblir et amoindrir vos témoins, comme si vous comptiez sur la puissance seule de votre message. Cette attitude nous parait terriblement dangereuse. Tout message, même le plus pertinent, est complètement tributaire de ses porteurs et de ses relais. Nous ne doutons pas de la validité de votre bonne nouvelle mais, au vu des moyens que vous utilisez pour la faire connaître, nous tenons à vous prévenir qu'elle ne dépasse sans doute pas les frontières de la Galilée et qu'en aucun cas, elle ne durera plus de quelques années.

Veuillez agréer, cher rabbi, etc. etc.

A travers cette méditation en forme de plaisanterie, je voulais exprimer la question que j'ai à l'esprit à chaque fois que nous parlons d'annonce, d'évangélisation ou même de visibilité : en quoi avons nous le plus confiance, en nos méthodes de communication ou en ce message que nous avons à communiquer ?

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Toute-Puissance

28 Juin 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #les mots de la théo

Je ne crois pas en la toute puissance de Dieu
Je ne crois pas en un Dieu magicien qui aurait fait surgir l'univers du néant comme un lapin de son chapeau
Je ne crois pas en un Dieu terrible qui nous frapperait pour nous punir ou nous mettre à l'épreuve
Je ne crois pas en un Dieu pervers qui, sous prétexte de nous laisser libre, permettrait la souffrance de l'innocent.
Je ne crois pas en la toute-puissance de Dieu

Je crois en la puissance de Dieu
Je crois en Dieu agissant sans relâche dans notre monde et le façonnant pour en faire son Royaume
Je crois en Dieu qui, librement, sans condition, peut aimer, rejoindre et transformer chacun d'entre nous
Je crois en Dieu dont l'amour n'a pas de limite et dont le pardon n'est jamais impossible
Je crois en Dieu le puissant et j'ai l'assurance de sa victoire contre les forces du néant et de la mort....



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Votre voisin n'a pas de papiers

27 Juin 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

Derrière ce titre provocateur, qui sonne un peu comme une délation, la Cimade nous donne un éclairage nouveau de l'immigration. En effet, en plus de décrire et d'expliquer l'aspect historique, politique et juridique des lois qui régissent l'immigration, Votre voisin n'a pas de papiers laisse une large place aux témoignages d'hommes et de femmes pris dans ce labyrinthe administratif. Le plan du livre est fonctionnel : deux grandes parties (Avoir des papiers et vivre en France et Demander et obtenir l'asile) chacune divisée en plusieurs aspect présentés de manière générale et illustrés par un ou deux témoignages.

Bien sûr, c'est un livre militant et la partie "explicative" n'est pas neutre, mais elle est claire et bien documentée. Et si les aberrations du système sont évidentes, on se surprend parfois à comprendre et  approuver les réflexions politiques des différentes lois de l'immigration. Mais toujours le témoignage humain vient nous rappeler que cette immigration que l'on nous présente toujours à coup de chiffres et de statistiques est d'abord constituée d'hommes et de femmes avec leur histoire, leur souffrance et leur espérance. Prendre le parti de l'humain face à la raison d'état, c'est  un des choix de la Cimade.

Cimade. Votre voisin n'a pas de papiers. Paroles d'étrangers. La fabrique édition.

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Journée internationale de soutien aux victimes de la torture

26 Juin 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Ô Dieu, tu vois ce monde

Ô Dieu, notre père !

Tu vois ce monde et l'océan de détresses

dans lequel sont plongés tant d'êtres humains.

Aucune souffrance n'échappe à ton regard.

Nul cri de douleur et ou de désespoir

qui ne parvienne jusqu'à toi.

 

Forts de cette asurance,

Nous te remettons la communauté invisible

de tous ceux qui souffrent

dans leur chair et leur être le plus profond.

 

Nous te prions tout particulièrement

pour  ceux qui, privés de liberté

subissent l'oppression des régimes totalitaires,

pour toutes les victimes de la violence :

l'immense cohorte des migrants qui sillonnent le monde

en quête d'une terre d'accueil

les communautés persécutées,

les hommes et les femmes torturés,

les enfants exploités

les prisonniers maltraités,

les condamnés à la peine capitale qui,

dans les coulors de la mort,

attendent leur exécution.

Donne-leur, à chacun, de trouver en toi

la force et le réconfort dont ils ont besoin

pour ne pas sombrer dans le désespoir.

 

Nous te prions aussi pour les tortionnaires

Change leur coeur et leur regard.

Fais-leur découvrir la puissance de ta grâce

et ton pardon

afin qu'il puisse reconaître leurs forfaits

et s'en détournent à jamais.

 

Accorde à tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre,

combattent pour l'abolition de la torture

et des exécutions capitales,

de perséverer sans relâche dans leur engagement.

 

Toi qui, en Jésus de Nazareth

as fais surgir l'espérance d'un monde nouveau

où toute violence et toute souffrance

auront disparu,

viens à notre aide, ô notre Père,

pour en dresser, sur chacune de nos routes,

des signes indicateurs

Pasteur Michel Freychet, ACAT

Prière pour les tortionaires 

Qui a le droit de décider si un homme doit vivre ou mourir ? Qui peut lire jusqu’aux tréfonds dans la conscience de l’homme ? Coupable ou innocent ? Monstrueux ? Pitoyable ?

Violent de la violence dont nos sociétés sont malades.
Violent de la violence dont nous voulons l’achever.
Son sang versé rachètera-t-il nos fautes ?

C’est en notre nom qu’il meurt

Parce que la laideur de son crime (est-on sûr qu’il l’a vraiment commis ?), nous fait horreur et nous oblige à regarder en face nos propres faiblesses.
Parce qu’il nous rappelle à notre barbarie.
Parce que notre humanité refuse de considérer ses manquements, ses ambiguïtés, ses démissions Parce que sa mort rendra les choses beaucoup plus simples, plus propres, plus définitives.

Nous, les justes, nous nous octroyons le droit de lancer la première pierre.
De nier à notre semblable sa qualité de fils de Dieu.

C’est en mon nom qu’il meurt.
Ai-je mérité d’être son bourreau ?

Mon Dieu, garde-moi de jamais désirer la mort de mon frère humain.
Mon Dieu, garde-moi de devenir le meurtrier de l’assassin.

Anonyme (ACAT)

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Un pour tous, tous en un

25 Juin 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 25 juin

Lendemain de la nuit des veilleurs

II Corinthiens V, 14-17

Un seul pour tous, mort et réveillé, l’ancien et le nouveau. En quelques versets, nous avons quelques unes des plus grandes tensions qui se jouent en Jésus Christ. Il ne manque plus que la loi et la grâce et nous aurions toute les dynamique évangélique…

Mais la plus grande tension exprimée dans ce passage, celle qui me paraît éclairer les autres, c’est ce « un seul pour tous ». Une tension doublement dérangeante : théologiquement et anthropologiquement.

 

 

Un seul est mort pour tous et donc tous sont morts. L’affirmation est un peu étrange, nous avons plutôt l’habitude de dire en christianisme que « un seul est mort pour tous et que donc tous sont vivants. »Affirmation qui reprend la lecture traditionnelle de la croix : sur la croix Jésus Christ a subi le châtiment  (certains de nos cantiques ajoutent : « et sans se plaindre ! ») que nous avions mérité… Eh bien, Paul nous propose ici une autre lecture : Jésus n’est pas mort pour épargner notre vie face à la colère divine : il est mort pour que nous mourrions avec lui. Bien sûr, il faut avoir à l’esprit, que pour Paul mourir avec Christ, c’est échapper à tout ce qui nous emprisonne à tout ce qui nous fait souffrir. Il l’explique à plusieurs endroits... Un rapprochement un peu saugrenu me vient à l’esprit : le programme de protection des témoin mis au point par le FBI. Ce programme qui consiste à faire disparaître les témoins complètement, parfois en les faisant passer pour mort pour supprimer la menace qui pesait sur leur vie. En mourant avec Jésus le Christ nous nous affranchissons de toutes nos chaînes. Avec cette lecture de la croix, Paul nous pousse à changer d’histoire du salut : nous ne sommes  plus dans une logique : faute =>punition / grâce mais dans une logique esclavage/don =>libération

 

 

Ce « un seul pour tous » nous dérange aussi dans notre compréhension de l’homme. Aujourd’hui, nous célébrons l’individualité, et c’est vrai que c’est une notion importante et bonne, que l’individu doit être respecté en tant que tel. Et pourtant, avec cette phrase « un seul est mort tous et donc tous sont morts » l’apôtre vient nous affirmons que nous sommes complètement solidaire de l’humanité toute entière. Cette solidarité, qui ne se vit que dans la rencontre avec le crucifié, change tout. Elle nous fait effectivement « nouvelle créature », elle modifie toute relation : dès lors « nous ne connaissons plus personne à la manière humaine ». Cela n’a rien à voir avec cette solidarité qui nous est souvent un devoir : se porter au secours des plus faibles, corriger ceux qui s’égarent. Cette solidarité-là, tous la professent et beaucoup essaye de la vivre, et c’est très bien. Mais on reste dans une connaissance, dans une morale « à la manière humaine ». Mourir en Christ, c’est rejoindre l’humanité dans son ensemble. Ainsi, si je me porte au secours du plus faible, de celui qui souffre, ce n’est plus par devoir de bon chrétien, ou même d’être humain, c’est parce que sa souffrance devient complètement la mienne, c’est parce que lorsque mon frère, ma sœur est blessé, c’est moi qui suis blessé dans mon humanité. Et si j’agis pour eux, si je prie pour eux, ce n’est plus par devoir mais par nécessité, par réflexe de survie… Mais ce n’est pas seulement aux persécuté que je suis ainsi uni en Jésus Christ mais aussi aux persécuteurs, aux oppresseurs et au bourreaux. Uni à eux en Christ, il m’est impossible d’avoir le regard de celui qui juge, certain de ma propre justice, sûr d’être irréprochable. Lorsque mon frère, ma sœur, se transforme en monstre, c’est ma propre humanité qui est défigurée. Alors si je prie pour les bourreaux, ce n’est pas pour qu’ils se rallient à mes opinions, à ma façon de voir, mais parce que, comme eux, j’ai besoin d’être transformé, converti, renouvelé.

Frères et sœurs, lorsque toute distance est ainsi supprimée avec l’autre, lorsque nous sommes ainsi saisi dans la communion avec l’humanité toute entière qui souffre et qui fait souffrir, alors de tout notre être nous aspirons à ce Royaume de Dieu que Jésus le Christ nous annonce et nous promet, alors nous renonçons à nos forces illusoires pour nous en remettre entièrement à son esprit et à sa grâce. Bien sûr, cet abandon est un sentiment absolument effrayant, mais il se vit dans la confiance en Dieu qui nous aime et nous promet que la lumière vient dans notre monde de ténèbres. Nous croyons que cette mort à nous-même est promesse d’une vie nouvelle et d’un monde nouveau libéré de toute souffrance, de tout égoïsme, de toute peur.

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La nuit des veilleurs

24 Juin 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Une nuit de prière continue
L’ACAT-France propose aux chrétiens de toutes confessions de s’engager à prier pour les victimes de la torture. Seuls ou en groupe, chez eux ou en tout autre lieu, ils se relaieront dans la nuit du 24 au 25 juin 2006. De 22 heures à 6 heures du matin.

Prière la nuit
Prier dans la nuit du samedi au dimanche, comme lors de la vigile pascale, évoque le passage de la mort à la résurrection et celui de l’emprisonnement à la liberté pour les prisonniers que nous soutenons. Une nuit où la prière se fait cri et louange, accompagne les actions et les relaie jusqu'au coeur de Dieu.

La torture
L’ACAT organise la Nuit des Veilleurs à l’occasion du 26 juin, Journée internationale de soutien aux victimes de la torture, créée par l’ONU en 1997. La torture est utilisée dans près d’un pays sur deux. Torturer, c’est infliger volontairement des souffrances aiguës, physiques ou mentales. Parfois pour soutirer des renseignements ou des aveux ; plus souvent pour punir ou avilir ; toujours pour faire peur, terroriser les proches et conserver le pouvoir.

Certains de mes lecteurs non-croyants se demanderont à quoi bon ces prières.

Certains de mes lecteurs non-croyants se demanderont à quoi bon ces prières.

Certains de mes lecteurs non-croyants se demanderont à quoi bon ces prières.

Prier c'est d'abord se souvenir, prendre de son temps pour être conscient de ce qui se passe. Prendre de sa nuit pour ne pas fermer les yeux.

Prier, ce n'est pas faire de la magie. Par ma prière, je ne force pas Dieu à agir, et Il n'a pas besoin de ma prière pour être poussé à l'action. En revanche, dans la prière, je me souviens qu'Il agit, souvent dans le silence et le secret.

Prier ce n'est pas non plus renoncer à l'action, c'est au contraire nourrir cette action. Par ma prière, je lutte contre la paresse et le renoncement et je me ressource.

Je ne sais pas si Dieu exhauce ma prière, mais je crois qu'Il me répond. Je ne sais pas si ma prière peut transformer le monde, mais je crois qu'elle me transforme. Je ne sais pas quelle influence peut avoir ma prière mais je crois qu'elle ne me laisse pas indemne, m'affaiblissant et me fortifiant tour à tour.

Une nuit de prière pour nous rappeler que des hommes et des femmes souffrent, que d'autres font souffrir et que tous sont mes frères et mes soeurs. Une nuit de prière pour dire à ceux qui luttent plus activement contre la torture que nous sommes solidaires de leur combat. Une nuit de prière pour me donner la force d'entrer dans ce combat.

Sur tes murs, Jérusalem, j’ai posté des gardes ; de jour comme de nuit, ils ne se tairont pas. Vous qui évoquez le SEIGNEUR, pas de répit pour vous ! 
Esaïe 62, 6

Pour en savoir plus sur la nuit des veilleurs et pour s'inscrire pour un temps de prière

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Retour sur un synode national raté

22 Juin 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Je vous disais, il n'y pas si longtemps que "cette année, notre synode national m'a déçu pour des raisons fastidieuses à expliquer ici". Mais voilà qu'un bulletin paroissial me demande un billet d'humeur au sujet de ce synode. Voilà donc pourquoi je vous livre aujourd'hui cette page "cuisine interne" comme ça vous pourrez voir que c'était effectivement fastidieux (pour vous, pas pour moi) et puis, qui sait, peut-être découvrirai-je au hasard des commentaires que je suis lu même par des collègues...

Pour des raisons essentiellement financières, l'E.R.F doit redéfinir ses priorités et faire des choix. Voila qui nous promettait un synode national loin des grands sujets de société et, pour reprendre les termes de Marcel Manoël, des frustrations... Promesses largement tenues. Pourtant si la frustration va souvent de pair avec la collégialité, cette session me laisse un goût amer.

En effet, il me paraît normal d'accepter de me ranger à un vote différent du mien après un débat. Je peux comprendre qu'on se sépare d'un outil qui coûte cher quand il ne correspond pas à une priorité ou quand il se révèle inefficace. Mais cette année, après avoir fait de la coordination entre les réalisations locales une priorité, après avoir salué le travail accompli par"Édifier-Former" et  "Témoigner-Servir" dans ce domaine, le synode a décidé leur suppression, plutôt que celle d'autres outils, tout aussi dispendieux, et dont la pertinence était moins évidente.

Du coup, j'ai un peu l'impression que la décision était prise à l'avance.

Peut-être parce que, tout en ayant défini d'autres priorités que celles suggérées par la Commission des Affaires Générales, le Synode a opté pour la même solution que celle-ci.

Peut-être parce que beaucoup d'informations importantes ont circulé en coulisses plutôt que durant les travaux de groupe.

Peut-être, enfin, parce que le débat sur décision  finale a été refusé sous prétexte que les modifications à la discipline seraient débattues dans les synodes régionaux et nationaux ultérieur alors qu'aucune alternative n'a été proposée à la suppression des coordinations et que le choix sera donc "on supprime les coordinations ou on continue à vivre au dessus de nos moyens."

Alors cela signifie-t-il, comme certains l'ont dit que le système presbytérien synodal a atteint ses limites ? En fait, je ne le crois pas. Je reste persuadé qu'un synode peut prendre des décisions difficiles. Mais cela suppose une double exigence. Exigence de la part des délégués synodaux d'étudier sérieusement les sujets traités et de voter en leur âme et conscience et non pas en mouvement de foule. Mais exigence pour les organisateurs de donner tous les éléments nécessaires a la décision, de ne pas avoir peur d'évoquer les éléments polémiques, bref de traiter les synodaux en adultes responsables.

Cette fois, j'en ai peur,  c'était raté... Mais... rendez-vous aux synodes suivants !

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Carmen et 17 autres...

21 Juin 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

J'étais étranger et...

Matthieu XXV, 35 ou 43 ?

Un groupe de hip-hop suivi de deux guitaristes folk et jazz, un prêtre-chanteur engagé, du rock, encore du folk, de la bossa nova, une buvette, du soleil, desproblèmes de sono etdes gens souriants. Bref, comme un avant-goût de "fête de la musique", lundi soir sur la place du Miroir d'eau à Evreux. Un parfum de fête,  c'est vrai mais aussi un enjeu capital lors de cette soirée de solidarité envers Carmen Simao et 17 autres enfants sans-papiers. Une soirée pour se rappeler que justement, ces clandestins ne sont pas des statistiques mais des hommes, des femmes, des parents et des enfants et que c'est bien souvent leurs vies qui sont en jeu.

Carmen a fui l'Angola à l'âge de 12 avec sa mère Maria qui venait de s'échapper de la prison où elle était détenue et torturée, soupçonnée d'avoir facilité la fuite d'un responsable de l'UNITA, parti politique minoritaire... Elles sont arrivées en France en 2002 et n'ont jamais vu aboutir leur demande d'asile. Le 6 octobre 2005, le prefet de l'Eure signe un arrêté de reconduite à la frontière pour Maria. Décision annulée par le tribunal administratif de Rouen. Mais le prefet de l'Eure a fait appel de cette annulation qui a été cassé par la cour d'appel de Douai. Si Maria doit retourner en Angola, ce sera sans sa fille qu'elle ne veut pas exposer aux traitements qui lui seront réservés là bas.

Pour en savoir plus sur Carmen et Maria et pour signer la pétition

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La vengeance

20 Juin 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 18 juin 2006

Culte parents-enfants de la fête consistoire

Romains XII, 17 à 21

Psaume 73

Ne vous vengez-pas vous même… Mais moi, quand quelqu’un m’a fait du mal, m’a blessé ou m’a insulté, je veux me venger moi-même, je veux lui faire encore plus de mal à mon tour. Pour lui monter qui est le plus fort, lui montrer que je ne vais pas me laisser faire. Pour me soulager peut-être aussi… Alors laisser la vengeance à Dieu ? Peut-être si j’ai affaire à quelqu’un de plus fort que moi ou de plus malin… Alors là effectivement je préfère lui laisser la vengeance… Mais si je peux me venger moi-même, pas question !

Seulement une fois que je me serais vengé en lui faisant plus de mal, l’autre, il va vouloir se venger à son tour et me refaire encore plus de mal… Du coup je vais devoir lui faire du mal pour me venger du mal qu’il m’a fait pour se venger du mal que je lui ai fait en me vengeant du mal qu’il m’avait fait…

Quoi ? Vous n’arrivez déjà plus  à suivre ? Pourtant, ce n’est que le début… Et ça peut continuer longtemps ! Parce que l’autre-là, une fois que je me serai re-vengé, il va se re-venger contre moi et je n’aurai plus qu’à me re-re-venger, ce dont il voudra se re-re-venger et… Hein ? Je recommence ? Eh oui, c’est ça la vengeance, ça ne  s’arrête jamais. Ou bien, quand ça s’arrête, on ne sait plus qui a commencé, qui a fait le plus de mal, qui a été le plus blessé. Et personne ne se sent vraiment mieux… 

Alors « ne vous vengez pas vous-même », ça paraît pas si idiot… Pas si idiot, mais pas si facile parce que, quand on nous a fait du mal, tous, on voudrait rendre coup pour coup. Tous, même les adultes, même les moniteurs de caté, même les parents, même les rois, même David, le plus grand roi d’Israël…

A ce moment là, David n’était pas encore roi. Samuel lui avait promis mais Samuel est mort maintenant et David, avec une petite troupe de soldat, se cache dans le désert pour échapper au Roi Saül qui voudrait bien le tuer (pas par vengeance, par jalousie mas c’est une autre histoire…) Or, ce n’est pas facile la vie dans le désert. On dort à même le sol et si les journées sont torrides, épuisantes de chaleur, les nuits sont glaciales. On n’y mange pas toujours à sa faim. Il faut parfois se battre contre les bêtes sauvages ou contre des brigands. La vie au grand air c’est sympa une semaine mais quand ça dure des mois, c’est beaucoup moins drôle… Et c’est encore pire quand arrive les périodes de fêtes.

Et justement, pas très loin du camps de David, à Karmel, la fête se prépare. Nabal inspecte le travail de ses serviteurs. Il hume le délicieux fumet des agneaux qui rôtissent. Hmmmm ! Il se sert une bonne tranche des gâteaux de figues et de raisins secs qu’on a préparé. Excellent ! Il goûte le vin des outres que l’on a disposées. Parfait ! Cette fête de la tonte sera une réussite. Nabal, le plus riche, et le plus gros, propriétaire de la région s’en régale d’avance. Et un sourire satisfait s’épanouit sur sa grosse figure…

Un sourire qui s’efface vite quant il les voit arriver. Des hommes jeunes au teint marqué par la vie au grand air, aux vêtement usés et plein de poussière. Qu’est-ce que c’est que ça ? Qu’est-ce qu’ils veulent ces vagabonds ? »

Et l’un d’eux prends la parole : « Salut à toi Nabal ! Que la paix soit sur toi et sur ta maison ! C’est David qui nous envoie. David qui a protégé tes bergers tout le temps qu’ils étaient au désert. David qui en ce jour de fête, te demande de partager et de nous donner à nous aussi de quoi faire la fête…

Partager… Donner.. Ces mots, Nabal les a en horreur. Partager… Donner… Et puis quoi encore ? Et Nabal fulmine : « David ? Qui est ce David ? un esclave en fuite ? Un Vagabond ? Un bandit ? Et il faudrait que je partage avec le premier étranger qui vient quémander à ma porte ? Jamais vous entendez ? Jamais ! Fichez moi le camps immédiatement ! » Et tandis que les envoyés de David repartent, blêmes de colère. Les serviteurs de Nabal sont consternés : dans le désert, aucun berger ne refuserait un peu d ‘eau et de pain au voyageur de passage. Dans le désert on accorde de l’eau à celui qui a soif, du pain à celui qui a faim même si c’est le pire ennemi. C’est la loi de l’homme face à la nature quand elle est impitoyable. Or, David et ses hommes ne sont pas des ennemis, toujours ils se sont montrés honnêtes et bons avec les bergers de Nabal. Et Nabal aurait largement de quoi partager sans que cela lui manque…

L’un des serviteurs court prévenir Abigaïl, la femme de Nabal, aussi belle que son mari est riche, aussi intelligente qu’il est stupide, aussi généreuse qu’il est cupide. « Abigaïl, ton mari est devenu fou ! Il vient de bafouer les lois les plus sacrées de l’hospitalité. Il a insulté David et chassé ses serviteurs alors que toujours, ils nous ont protégé dans le désert ! Maintenant, c’est sûr, David va se venger…

Alors Abigaïl se précipite. Elle prend 200 pains, réserve 5 brebis prêtes à rôtir, 2 outres de vins, 100 grappes de raisons et 200 gâteaux de figues. Elle appelle ses serviteurs pour faire charger le tout sur des ânes et leur ordonne : « Passez devant, je vous suis ! » Et tous partent dans la nuit, sans rien à Dire à Nabal…

Pendant ces préparatifs, les hommes de David sont arrivés au camp. Ils ont fait leur rapport à David et celui-ci est fou de rage. Il a traité honnêtement les bergers de Nabal, il les a protégés et voilà que Nabal l’insulte, le traite de brigand, d’esclave en fuite ! Eh bien cela va se payer dans le sang. « Que chacun prenne son épée dit-il  ses hommes, nous allons donner à Nabal ce qu’il mérite. »

Et David se met en marche à la tête de ses 400 hommes. Ce n’est plus David le fugitif qui se cache de Saül. Ce n’est plus le groupe de mercenaires qui protège les bergers de Nabal mais c’est une véritable expédition punitive, une troupe vengeresse qui s’avance dans la nuit. Au matin, il ne restera rien de la maison de Nabal

Mais, alors qu’ils gravissent la montagne, David et ses hommes voient une petite troupe venir à eux. Des gardes ? Des soldats ? Non, ils sont trop peu nombreux et ne portent aucune arme. Et c’est une femme qui passe devant pour venir à leur rencontre. C’est Abigaïl, la femme de Nabal, et elle est chargée de présents. Mais David sent encore l’injure lui brûler le visage et le cœur « esclave en fuite ! vagabond ! » Il faut que Nabal paye.

Mais voilà qu’Abigaïl se jette à ses pieds :

« Toi, David, que le Seigneur protège ! Toi qu’Il a choisi pour être le futur roi d’Israël. Voudras-tu te venger toi-même ? A cause de la folie de Nabaln deviendras-tu un assassin ? Seras-tu un monarque aux mains couvertes de sang, à cause d’un idiot et de ton idiotie. Le Seigneur te protège David, qu’il t’empêche de tomber dans le piège sans fin de la vengeance. Le Seigneur te protège David, qu’Il te libère de tous tes ennemis, même lorsque ton ennemi c’est toi » 

 

Alors, doucement, David rengaine son épée. Et il relève Abigaïl. « Tu es une femme merveilleuse ! » Grâce à toi, je ne me suis pas écarté du Seigneur. C’est le Seigneur qui t’a mise sur ma route pour m’empêcher de tomber dans le piège de la vengeance »

Pour terminer cette histoire, il me faut dire que Nabal est mort, étouffé par sa propre cupidité et que David a épousé Abigaïl. Une vraie fin de conte de fée. Mais ce qui est important, c’est que cette nuit là, ce n’est pas Nabal qu’Abigaïl a sauvé, mais par elle, Dieu a délivré David de sa colère. Par elle, Dieu a brisé l’infernale spirale de l’offense et de la vengeance. Laisser la vengeance à Dieu, c'est être libéré de nous-même et du mal qui nous a été infligé.

D'après I Samuel XXV

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Visite ou retour au sources ?

19 Juin 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Présentation

Séance nostalgie pour moi ce week end. La fête du consistoire Haute Normandie avait lieu à Luneray et c'est moi qui devait présider le culte. Mon premier retour donc dans cette paroisse où j'ai sévi pendant 10 ans et que j'ai quittée en aout dernier...

Si j'étais heureux de revoir ces lieux dans lesquel j'ai passé presque un tiers de ma vie et surtout de retrouver d'anciens paroissiens et amis, j'avoue que j'étais un peu inquiet aussi. J'appréhende toujours les retrouvailles et là, c'est mon premier changement de poste. Or d'après certain collègues, la première paroisse, c'est un peu comme la première fille qu'on a pris dans ses bras (merci de ne pas prendre ce rapprochement trop au pied de la lettre)

Bien sûr, tout s'est bien passé, la journée a été ensoleillée et réussie mais une de mes plus grande joie, c'est de ne pas avoir eu l'impression de revenir "chez moi" (ou "chez nous"). J'ai discuté avec des paroissiens de Luneray sur les difficultés, les joies et les espérances de la paroisse. Mais si j'en connaissais et comprenais bien les enjeux, si je porte tous ces soucis,ces bonheurs et espoirs dans mes prières, ils ne me touchent plus du tout de la même façon. En une année, c'est bien d'Evreux dont je suis devenu le pasteur. Et ce bref retour à Luneray me le confirme. Une page est tournée qui fait partie de ma vie, de mon histoire, de moi donc. Mais la paroisse d'Evreux m'a offert de commencer un  nouveau chapitre et je l'en remercie.

Pour les prochaines années (combien ?), "chez nous" c'est ici, c'est avec cette nouvelle communauté que nous vivons à présent, ce sont ces nouvelles difficultés, espérances et joies que nous partageons... Et c'est donc l'esprit plus léger que j'envisage mes prochaines visites à Luneray en souhaitant à Andrew, leur futur pasteur d'y vivre des années aussi enrichissantes que celles que j'y ai passées.

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