Miettes de théologie

Catéchèse, pédagogie et liberté

30 Novembre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Réponses

Suite à mon article "Lui laisser le choix", Micky me fait remarquer que les prêtres ou les pasteurs prennent rarement la précaution de relativiser ce qu'ils présentent au catéchisme... Je pourrais en guise de réponse lui montrer certains dossiers de catéchèse utilisés dans l'E.R.F pour lui montrer que le catéchisme consiste plus à découvrir ensemble un texte biblique qu'à dispenser un savoir...
Mais je préfère amorcer une petite réflexion sur la pédagogie en général (je ne suis absolument pas pédagogue et je compte sur les enseignants et autres personnes autorisées pour me reprendre si je dis des énormités)

Lorsque j'étais à l'école primaire, on m'a appris que 5-7, c'était impossible. On m'a fait apprendre par coeur que le lundi est le premier jour de la semaine. On m'a présenté un Moyen-Age mythique. On m'a parlé de la révolution française sans me raconter la Terreur. On m'a dit que l'univers était né du Big Bang sans me dire qu'il existait d'autres théories. On m'a présenté l'évolution comme une échelle plutôt que comme un buissonnement. On m'a représenté l'atome comme un système solaire miniature avec les planètes électrons tournant autour du soleil-noyaux sans me dire que c'était une représentation symbolique (là j'exagère, ce n'était pas à l'école primaire, c'était au collège). Etc. (je ne parle même pas du traitement réservé aux religions)
Et tout cet enseignement simplificateur (quand il n'était pas purement faux) était présenté comme un savoir bien plus absolu que ne l'a jamais été aucun point de foi : d'une part il m'était donné dans le même cadre et par les même personnes que 2+2 =4 et d'autre part, il ne prenait pas en compte ce petit verbe de la foi qui change tout, le verbe "croire" qui laisse la porte ouverte à tous les questionnements à tous les doutes.
Pourtant, cela ne m'a pas empêché de me faire mes propres opinions, de me poser mes propres questions, de me lancer dans mes propres recherches, simplement, cela m'a donné le cadre à partir duquel partir...

Lors de mes premières années de ministère, j'ai pensé, un peu comme toi, qu'il fallait que je relativise mes propos devant des enfants, par soucis d'honnêteté. A présent, je crois que c'était une ânerie de ma part. En effet, je ne pense pas qu'il soit pédagogique de toujours tout relativiser pour les enfants. Il me semble que l'enfant a suffisament de choses à découvrir pour avoir besoin de cadres, cadres qu'il se fera un plaisir de briser et de réaménager pendant son adolescence.
De même, face à l'adolescent, je ne crois pas que le rôle de l'enseignant soit de venir lui-même remettre l'enseignement en question. Agir ainsi c'est imposer ses propres questions à l'adolescent au lieu de le laisser poser les siennes, à son rythme. En revanche, quand les questions sont posées, il me paraît crucial d'accepter qu'elles le soient et de ne chercher ni à les esquiver, ni à les museler, en acceptant parfois de répondre "Je ne sais pas". En fait, en tant que pasteur, les seuls cadres que je me plaise à remettre en question sont ceux des adultes.
Bref un parcours catéchétique se fait sur une vie entière : donner des cadres à l'enfants, laisser l'adolescent briser ces cadres par lui-même, pousser l'adulte à questionner ses cadres. Mais toujours se rappeler l'adage (de Françoise Dolto, je crois) "Les enfants ne sont pas des adultes miniatures".

Du coup, effectivement, lorsque je fais du catéchisme, lorsque je parle de Dieu avec mes enfants, je ne dis pas d'emblée : "Je n'ai pas de preuve. D'autres ne croient pas comme moi" Et pourtant, vois-tu, ils s'en rendent compte par eux-même. Parce que tu omets un petit détail dans ta critique de la catéchèse : les enfants ne vivent pas en vase clos. Ils ne passent pas leur temps enfermés au catéchisme et à l'église. Du coup, des questions leurs viennent de l'extérieur. J'attends avec impatience (et un peu d'appréhension) le moment où mes enfants remettront en question ma foi et mon ministère. Je sais et j'espère bien que ce moment  viendra même si j'ignore tout de la forme que cela prendra...Et je reste persuadé qu'aujourd'hui, un enfant qui reçoit une éducation religieuse sera plus confronté à des gens qui ne croient pas comme lui qu'un enfant qui n'en reçoit aucune. En effet, le contenu de la foi est quelque chose dont on parle très peu dans notre société laïque (ça fait partie de la fameuse "sphère privée"). Du coup, l'enfant qui n'a jamais reçu d'instruction religieuse aura très peu d'occasion de voir son "incroyance" confrontée à la  croyance d'autrui... Compare seulement sur le nombre de gens élevés dans un cadre religieux qui sont devenus non croyants, théistes ou agnostiques et compare-le avec le nombre de gens élevés sans aucune religion qui se sont convertis à une religion... Il me semble que la liberté de choix et de remise en question est clairement du côté de l'instruction religieuse...

Enfin, ce serait un curieux témoignage de foi que de présenter Dieu comme une hypothèse philosophique. Je te rappelle que la foi est de l'ordre de l'existentiel et du relationel autant que de l'intellectuel. Il ne s'agit pas de convaincre l'enfant ou l'adolescent d'adhérer à notre philosophie, il s'agit de lui présenter quelqu'un avec qui nous sommes en relations afin que le jour où il vivra cette rencontre, il puisse le reconnaître.

Bref, sans vouloir m'immiscer dans un débat entre toi et ta fiancée, je ne peux que vous encourager à donner à vos enfants la chance que tu as eu, celle de recevoir une instruction qui leur permettra un jour de dire en toute connaissance de cause "J'y crois" ou "Je n'y crois pas". Il me semble que nous sommes chacun à notre façon des preuves que la catéchèse n'est pas un lavage de cerveau transformant le catéchète en adepte de l'Eglise de ses parents...

Lui laisser le choix

29 Novembre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Trois pasteurs discutent à propos des chauve souris qui infestent leurs temples. "J'ai essayé le fusil se plaint le premier mais quand par chance je réussi à en tuer une ou deux, les autres s'enfuient pour revenir très vite... Sans compter les dégâts au bâtiment..." "Moi j'ai eu recours au poison, dit l'autre, mais très vites elles évitent d'en consommer et le produit est dangereux pour les paroissiens." "Moi je n'ai plus de problème, sourit le troisième. "Ah bon, comment as-tu fait ?" "C'est simple, je les ai catéchisées, je les ai accuillies à la Cène et elles ne sont jamais revenues..."

Lors d'une préparation au mariage (ou, a fortiori, au baptême), arrive toujours le moment fatidique où je pose la question de l'"instruction religieuse" (je n'aime pas beaucoup cette expression) des enfants.
Parfois, de moins en moins souvent me semble-t-il, la réponse est un silence embarassé précédant un "on préfèrerait qu'il (ou elle) choisisse plus tard".
Lorsque la confiance est suffisament installée, je me permet cet petit tour : au moment de composer la liturgie, je propose aux parents de choisir entre deux textes. Sans leur permettre de les lires. Devant leur étonnement, une explication : c'est le choix que vous projetez de laisser á votre enfant, un choix à l'aveuglette.
Ensuite, il faut expliquer. Expliquer que nous aussi avons à coeur que l'enfant puisse choisir, que le catéchisme n'est pas un lavage de
cerveau mais un témoignage. En effet notre but n'est pas de "faire croire" mais de dire ce que nous croyons. Afin que, le temps venu, le catéchumène puisse dire librement, en connaissance de cause : "j'y crois" ou je n'y crois pas".
Je l'ai déjà précisé cette attitude se rencontre de plus en plus rarement. Je vois même apparaître l'attitude inverse, des jeunes que leurs parents ont voulu "laisser choisir" et qui, à l'occasion d'un évennement familial se tournent vers nous en nous demandant un catéchisme et se promettent de donner à leurs enfants une catéchèse, afin qu'ils aient le choix.

Stephen Jay Gould

28 Novembre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

En ce moment, j’use d’un de mes droits imprescriptibles de lecteur (selon Pennac) : celui de relire. Et je me replonge dans les Réflexions sur l’histoire naturelle de Stephen Jay Gould.
Gould est en effet mon vulgarisateur scientifique préféré. D’abord parce qu’il parle du sujet qui m’a toujours le plus intéressé en science, l’évolution des espèces. Ensuite parce qu’il est théologiquement assez neutre, il ne prétend ni attaquer ni défendre les religions (même si, comme scientifique américain, il a une dent contre les créationnistes) et que lorsque je lis un scientifique, je préfère qu’il ne fasse pas trop de théologie ou d’anti-théologie… Je considère en effet qu’essayer de défendre un a-priori théologique à partir de donnée scientifique, c’est inverser les choses. Petit rappel, pour moi la théologie doit partir de ce que nous savons sur l’homme et le monde pour parler de Dieu.
Enfin, parce que je ne peux qu’avoir beaucoup de sympathie pour un scientifique qui va développer une réflexion à partir des transformations du visage de Mickey Mouse, d’une citation littéraire ou du volume d’une barre chocolatée.

Mais Stephen Jay Gould n’est pas que paléontologue, darwiniste et partisan de la théorie synthétique de l’évolution. C’est aussi un bon connaisseur de l’histoire des sciences, et c’est un régal que de le lire expliquer comment et pourquoi une idée scientifique a germé à une époque plutôt qu’une autre, de montrer que la science ne progresse pas que par empirisme ou intuition géniale mais que son cheminement est tributaire de toute la sociologie humaine. C’est enfin un humaniste qui n’hésite pas à partir en guerre contre les pires utilisations racistes de la science.

Si vous aimez ce genre d’ouvrage où se côtoient description des mécanisme d’évolution et histoire (grande et petite) de la science, et si l’aspect un peu « zapping » de ces compilations d’articles ne vous gênent pas, je vous recommande de lire les Réflexions sur l’histoire naturelle (peut-être en commençant par les derniers, moi j’ai repris à partir du Pouce du panda et de Darwin et les grandes énigmes de la vie, mais les articles sont franchement datés…)
Ceux qui préfèrent des livres mieux structurés devraient jeter un œil à La vie est belle ou Aux racines du temps (un essai sur le temps profond qui m’a vraiment passionné et qui est d’une grande utilité théologique) Et Dieu dit que Darwin soit m’a laissé un bon souvenir quoique assez classique dans son approche du dialogue foi et science…

Prière pour s'ouvrir à Dieu

27 Novembre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

Une prière de Jacques Juillard publiée dans Evangile et liberté.

Notre Dieu
Parfois ta voix a du mal à percer.
Nous gardons tant de résistances, tant d'inquiétudes,
tant de peurs de perdre refuge et repères.
Et nous nous fermons à ta parole de vie, de vent et de liberté.
Parole venue du passé à travers ce vieux livre, Parole cachée au coeur du monde, au profond de nous-mêmes.
Que  se rejoignent en nous cette parole lancée il y a des millénaires, et cette présence profonde qui travaille nos vies, nos pensées et nos coeurs.
Que la lourdeur de nos fardeaux, le poids de nos soucis s'allègent, que nos regards s'ouvrent à ton regard, notre volonté à ta volonté, notre espérance à ton espérance.
Que notre esprit s'ouvre à ton Esprit, faisant jaillir en nous l'eau vive, faisant souffler les vent libérateurs, pour que dans nos vies se dessine la trace des chemins d'aventure où tu as marché en Jésus le Christ, où tu nous invite à te suivre.

Lâchers de colombe

26 Novembre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Canevas détaillé de la prédication du dimanche 26 novembre 2006
Genèse VIII, 1 à 14
Matthieu XI 28 à 30

En hébreux, le verbe tendre la main est le même que pour envoyer ou lâcher. Pour garder une certaine fidélité au texte hébraïque, il faudrait donc dire « Noé envoya la colombe » et « Noé envoya la main pour recueillir la colombe ». Oui, je sais qu’il peut être un peu mal venu de donner un cours d’hébreux lors d’un culte des familles mais ici c’est important parce que justement ce texte nous parle d’accueil.
Et la première chose qu’il nous dit c’est qu’accueillir, c’est aller vers. Noé envoie sa main pour accueillir la colombe. On en peut pas accueillir en restant recroquevillé sur soi-même.

Il y a dans ce texte trois accueils.

Premier « lâcher » de colombe
Tout d’abord Noé envoie sa main pour accueillir la colombe qui n’a trouvé nulle part où se poser.  Elle n’a rien trouvé et revient porteuse seulement de sa fatigue La Bible nous dit qu’elle n’a pas trouvé de repos pour sa patte. Le terme de repos c’est d’ailleurs la même racine que Noé. Noé c’est donc le refuge, le repos et notre Église devrait être d’abord cela, le lieu de repos pour tous ceux, toutes celles qui n’ont pas trouvé d’endroit ou s’arrêter, qui se sentent abandonnés ou sans intérêts. Celles et ceux qui croient qu’ils n’ont rien à offrir : comme la colombe qui revient les pattes vides parce qu’elle n’a rien trouvé, parce qu’elle n’a pas de bonne nouvelle à annoncer. Toi qui n’as rien à donner, rien à nous apprendre, tu es le bienvenu dans cette communauté, tu es ici chez toi.

Deuxième lâcher de colombe
Ensuite c’est porteuse d’un branche d’olivier que revient la colombe. Et cette branche d’olivier, c’est un signe, un message. C’est le signe que l’eau baisse, que la terre réapparaît. Le signe aussi de l ‘apaisement de Dieu. Et Noé reçoit ce rameau d’olivier de la colombe, il comprend ce que cela signifie. Accueillir, c’est ici recevoir de l’autre. Accepter la parole, le témoignage dont il est porteur. Cet accueil aussi nous devons l’apprendre, non seulement recevoir l’autre mais recevoir de lui, nous enrichir de ce qu’il nous apporte, le laisser nous annoncer son espérance. Souvent nous nous disons qu’être chrétiens c’est savoir donner, c’est vrai. Mais c’est aussi savoir recevoir et ce n’est  pas forcément la dimension la plus facile de l’accueil, surtout de l’accueil par une communauté : savoir écouter chacun, savoir lui dire : « nous sommes riches de toi », ne pas chercher toujours à apporter pour prendre le temps de recevoir

Troisième lâcher de colombe
Enfin, Noé lâche une dernière fois la colombe et cette fois, elle ne revient pas. Une façon de nous dire qu’accueillir, ce n’est pas capturer ni saisir. Accueillir, ce n’est pas vouloir à tout prix que l’autre devienne des nôtres. Accueillir c’est laisser venir mais aussi laisser partir. C’est un geste de confiance, nous croyons que celui qui part nous laisse ce qu’il nous a apporté. Nous croyons que ce qu’il a reçu de nous germera et portera du fruit. C’est toujours important en Église : croyons-nous que la parole dont nous sommes témoins a besoin de nous ? Ou croyons-nous qu’elle peut vivre et porter du fruit en chacun au delà de nous ?

La colombe disparaît donc. Et pourtant il me plaît de croire que nous la revoyons cette colombe, que nous la retrouvons bien plus tard dans la Bible. La colombe a annoncé à Noé que la terre était proche où il pourrait enfin se poser. Et je crois que nous la retrouvons bien des pages après, bien des siècles plus tard, lors du baptême de Jésus. Elle est là, au dessus de lui, nous indiquant à notre tour qu’il est un lieu, une terre ou nous pouvons poser nos bagages, nous soulager de notre histoire, un lieu de repos pour nos jambes fatiguées de nos errances. En effet, j’ai dit comment nous pouvions accueillir, mais cela ne doit pas nous faire oublier qu’avant tout nous sommes accueillis. Qu’un endroit nous est offert où nous pouvons nous installer même si nous n’avons rien, même si nous nous sentons désespérément vides. Un endroit où nous sommes accueillis tels que nous sommes, loin de toutes les étiquettes qu’on nous impose, loin des fausses images que nous avons de nous-même. Cet endroit que la colombe nous indique, c’est un homme, ce Jésus que nous appelons le Christ. C’est lui qui tend la main, envoie la main vers nous pour nous accueillir et nous offrir un lieu pour le repos de nos pieds.

Amen

Les catherinettes

25 Novembre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Coiffer sainte Catherine, et puis quoi encore !?!?
Bon, je suis un gars, je me suis marié à 24 ans, bref, ce n'est pas vraiment mon combat.
Mais la première fois que j'en ai entendu parler par mon épouse, j'avoue que j'ai vraiment cru à une de ces délicieuses coutumes sudistes un peu désuette (élevé dans une famille de garçons, je n'en avais jamais entendu parler)
Je sais bien qu'aujourd'hui, les catherinettes, c'est surtout une occasion de faire la fête entre copines et que tout ça n'est pas bien grave. N'empêche, je m'étonne un peu qu'une tradition qui affirme clairement que se marier le plus rapidement possible est le but d'une jeune fille subsiste encore dans notre société. Et Dieu sait que j'ai vu cette idée faire des dégâts chez des jeunes femmes qui n'avaient pourtant aucune inquiétude à avoir...
Cela me fait un peu le même effet que la forme traditionelle de l'entrée dans l'église (ou le temple) lors de la bénédiction nuptiale : l'époux attendant à l'autel que sa femme lui soit amenée par son beau-père... Histoire de bien montrer que la femme n'existe encore que par les hommes de sa vie...

Une idée comme ça.  Et si le mariage n'était pas une obligation sociale, ni un but à atteindre avant une date limite de péremption mais la concrétisation d'un projet qu'un homme et une femme construisent à deux ?

Comprendre le culte (1) La proclamation de la grâce

24 Novembre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #les mots de la théo

Le culte dominical nous raconte, par sa liturgie, une histoire et ce sont les étapes de cette histoire que je vous invite à découvrir.

Les articles de cette séries s'accompagneront sans doute d'exemple de textes liturgiques. Je précise donc que ces textes ne sont en rien obligatoire et varient énormément selon les cultes...

Grâce et paix nous sont données de la part de Dieu notre Père et de Jésus, le Christ, notre seigneur.

Liturgie E.R.F.

C'est toujours avec une annonce de la grâce (sous une forme ou une autre) que commence le culte réformé.
La raison en est évidente : l'amour, inconditionel, absolument gratuit de Dieu nous précède et nous accueille, c'est la première affirmation du protestantisme.
Mais cette proclamation est bien plus qu'un étendard huguenot. Elle vient assurer chacun de ceux qui l'entendent que cet amour est pour lui, pour elle. Elle vient lui dire que quel le que soit son histoire, son passé, sa foi, son appartenance confessionnelle où religieuse, quelles que soient les raisons qui l'ont conduit(e) ici, il est, comme le reste de l'assemblée, au bénéfice de cet amour. Il est lui aussi pris dans cette annonce de grâce face à laquelle il n'y a pas de "degrés de foi", pas de niveaux de christanisme.
Il m'est arrivé de penser que cette proclamation de la grâce, c'est assis que nous devrions la recevoir, afin de nous laisser relever par elle. A la réflexion, j'avais tort : il est un temps dans notre liturgie pour être relevé par la grâce, c'est l'annonce du pardon. Mais la proclamation initiale de la grace nous prend debouts. Elle ne nous demande aucune soumission, ni inclination. Dieu nous reçoit tels que nous sommes.

Cet accueil précède un temps où nous demandons à Dieu de nous faire sentir et vivre la réalité de cette promesse tout au long du culte

Le labyrinthe de pan : la tentation de l'imaginaire

23 Novembre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Espagne franquiste, Ofelia arrive avec sa mère chez son beau père, le capitaine Vidal.  Là, une fée la guide dans un labyrinthe au coeur duquel un faune lui apprend qu'elle est en fait la princesse d'un royaume imaginaire et qu'il ne tient qu'à elle de retrouver sa place.
Dans une atmosphère de profonde mélancolie, à l'imaginaire enfantin se mêle l'horreur bien réelle de la guerre et les monstres de la réalité sont bien plus terrifiants que ceux de l'imaginaire.
J'ai beaucoup aimé ce conte de fées pour adultes, brut comme du Grimm, triste comme du Andersen. Et, bien sûr, le film m'a inspiré une petite réflexion quant à l'horreur et à l'imaginaire.
Les croyants sont souvent perçus comme des Ophelia adultes, opposant leurs rêves à l'horreur de la réalité. C'est vrai qu'on retrouve bien dans certains discours croyant une grande soif de merveilleux et la perception d'un monde, qui s'il n'est pas tout rose, paraît toutefois moins absurde plus rassurant. Mais cette dérive, on la retrouve dans tout discours idéologique, croyant ou non. Et plus je lis la Bible, plus je découvre a quel point, elle résiste a ces tentations. Malgré ce que les grands récits de miracles laissent croire, les écrits bibliques s'inscrivent bien plus dans le concret que dans le merveilleux. La réticence de Jésus à faire des miracles, les récits de création du monde qui réduisent les dieux païens à de simples éléments de la création, le refus de la magie et de l'invocation des esprits  sont de bons exemples du désenchantement du monde biblique. De même, la Bible ne craint pas d'affirmer à plusieur reprise l'absurdité de ce monde, cette absurdité qui nous effraye encore tellement.
Les athées nous opposent parfois la Shoah. Ils ont raison. La Shoah a obligé le discours sur Dieu à changer radicalement. Mais la théologie n'a pas été la seule touchée par cette remise en question : la philosophie en a fait les frais aussi. L'humanisme, le mythe du progrès libérateur ont aussi dû se transformer. Face à l'horreur de la Shoah, confronté à sa propre abomination, l'homme a le choix entre se réfugier dans le rêve (c'est ce que font les partisans d'une théologie ou d'un humanisme immuable) ou remettre en question tous ses systèmes de pensée (et là encore, des théologiens et des philosophes ont su accepter de prendre ce risque de la vulnérabilité).

Parole, parentalité, espérance : quels repères pour les familles

22 Novembre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Tel est le titre de la réfléxion synodale dont le Synode Régional a été une étape.
Nos débats ont abouti à deux textes : le document de travail qui sera transmis au synode national et que vous trouverez ici. Je ne résiste tout de même pas à en citer une phrase que j'aime beaucoup :
 
Or si l'Eglise a pour mission d'encourager les familles à vivre dans l'assurance de la bénédiction de Dieu, cela veut dire qu'elle ne peut pas prendre le risque d'apparaître comme une autorité qui juge les situations. Ainsi faut-il affirmer, et faire comprendre aux membres de l’Eglise comme à ceux de la société, que l'Eglise vis-à-vis des familles n’est pas juge mais présence, écoute au service d'une parole de réconciliation, libératrice, d’une parole de reconnaissance. L'accueil inconditionnel au nom du Seigneur est la ligne de conduite sur laquelle l’Eglise doit cheminer avec les familles sur la base d'une rencontre sérieuse et authentique qui permette de dépasser les inévitables préjugés tout en restant fidèle à l’Evangile.

A ce texte s'ajoute une exhortation aux conseils presbytéraux

Le Synode Régional en Nord Normandie reconnaissant l'importance de l'accompagnement des familles, exhorte les conseils presbytéraux à se saisir de ce ministère, en lien avec le ministère pastoral, afin que des signes de la présence de l'Eglise soient apportés fidèlement aux engagements pris lors des événements familiaux partagés avec la communauté paroissial.
Au nom de l'Evangile, dans le respect de chacun et avec l'humilité nécessaire, le Synode régionalencourage les CP à oser une parole audacieuse témoignant de l'Amour sans limite de Dieu et de sa bénédiction.
A cet effet, le synode régional propose ce message à l'adresse des familles rencontrées et accompagnées.

Tel que tu es, tu es aimé de Dieu
Le regard bienveillant de Dieu est sur toi, tes parents, tes enfants, tes proches
L'Eglise en est le témoin dans l'écoute et le partage qu'elle te propose
Au nom de cet amour de Dieu, l'Eglise t'accueille pour cheminer dans la confiance,
l'espérance et la réflexion à la lumière de l'evangile qui rencontre ton actualité et guide tes choix
Dans le respect et la confiance, tu es invité à prendre part à la vie de l'Eglise, elle s'enrichira de ce que tu es et espère pouvoir t'apporter ce que tu en attends.
L'amour de Dieu pour tous et la fidélité à sa bénédiction sont le gage de ce compagnonnage vécu dans l'esprit des béatitudes, la joie, la simplicité et la miséricorde.

Synode régional : retour à la confiance

21 Novembre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Avertissement : Dans cet article, je parle de cuisine interne à l'E.R.F.. Il est encore temps de fuir.
J'avais exprimé ma colère et mon ressenti après notre dernier synode national. Il me faut donc dire (surtout que c'est réjouissant) qu'après le synode régional que mes principales peurs sont plutôt apaisées. En effet, un des principaux risques de notre fonctionnement fortement démocratique, c'est de voir nos débats tourner à un affrontement strictement rhétorique dans lequel les ténors emporteraient systématiquement le suffrage. Je voyais la responsabilisation des délégués synodaux comme principale défense contre ce risque. Eh bien, ce synode régional m'a rappelé que nous avons une autre protection : le soucis de collegialité et de fraternité (et incidemment, me confirme dans ma théologie, toujours faire plus confiance à la grâce qu'à nos capacités)
Avec quelques autres, nous étions opposés à la manière dont avaient été décidées quelques modifications de structures. Et puisque l'avis des synodes régionaux était sollicité sur ces modifications, nous nous sommes exprimés pour dire notre désaccord. A posteriori, je dois dire que dans un système politicien classique, nous aurions sans doute été balayés : trop maladroits, pas assez pédagogiques (ici, je devrais passer à la première personne du singulier, je ne suis vraiment pas un ténor synodal), il aurait été assez facile de nous étiqueter comme agitateurs refusant une modification nécessaire. D'autant plus que les défenseurs de la décision controversée avaient visiblement plus d'expérience.
Pourtant, plutôt que l'affrontement, le synode a choisi la voie de la conciliation. Ce qui m'a rappelé un aspect important de notre fonctionnement : nous recherchons la collégialité, la conciliation (qui n'est pas forcément le consensus) avant de laisser la majorité trancher. Malgrè son fonctionnement démocratique, notre Église n'a pas vocation à être une dictature du plus grand nombre mais plutôt une Eglise de débat où chacun peut être entendu.
Tout en réaffirmant la necessité de reforme, le synode régional Nord Normandie a donc donné un avis défavorable au point le plus controversé de la décision du Conseil National, appelant à moins de précipitation et à plus de concertation. Quel avis les autres synodes régionaux donneront-ils ? Comment le Conseil National les recevra-t-il ? C'est une autre histoire. Mais pour ma part, je suis véritablement reconnaissant de ce dénouement. Reconnaissant envers le synode, envers ceux qui ont préféré écouter plutôt que mater la fronde, et bien sûr, envers l'Esprit Saint qui, j'en reste persuadé, conduit notre Eglise Réformée (et je vous assure qu'il a du boulot).
Bon, tout ça n'était pas vraiment le thème principal du synode, demain je donne quelques indications sur ce à quoi ont aboutis nos débats quant à la famille.

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