Miettes de théologie

Une question d'étiquettes

31 Mai 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 31 mai 2009

Pentecôte

Baptême de Marc Hoogterp

Profession de foi de Franz-Enno Morel

 

Joël III, 1-2

Galates III, 26-29

Matthieu XXVIII, 16 à 20

Actes II, 1 à 13

 

Baptême et accueil à la cène. Deux gestes d’accueil par une communauté, deux moments de joie puisque c’est toujours une joie d’accueillir. Deux moments de questions pour Franz Enno bien sûr, mais aussi pour Aafke et Guillaume et puis pour chacun de nous : Mais au fait, que signifie être accueilli ? Que signifient ces gestes du baptême et de la Cène ? Si j’interrogeais Franz Enno, il saurait sans doute répondre que ces deux gestes nous renvoient à la mort et la résurrection de Jésus Christ, qu’ils nous disent que cette mort et cette résurrection sont une mort et une résurrection pour lui, pour moi, pour chacun de nous. Si j’interrogeais Guillaume et Aafke, ils nous diraient que c’est important pour eux de voir Marc accueilli au sein de la communauté, comme l’ont été Matthieu et Maryse.

Et ainsi, ils nous diraient que ces deux gestes le baptême et la cène sont des gestes d’amour, des gestes qui nous disent un amour qui va bien au-delà de l’accueil. En effet, c’est ce que nous rappelle cette fête de la Pentecôte et les textes bibliques que nous avons entendus ce matin. En effet, accueillir, c’est faire entrer dans un cercle, dans un groupe, c’est entourer. Or les textes que nous avons entendus ce matin parlent tous de frontière qui explosent, de cercles qui se brisent. Vos fils et vos filles, vos jeunes gens et vos vieillards, même vos serviteurs et servantes… Voilà ce que promet Joël ! Non seulement Dieu parle pour tous, mais il parle par tous ! De toutes les nations faites des disciples : Voilà la mission que Jésus confie à ses envoyés. Ne restez pas confiné dans votre sphère, dans votre pays, dans votre Eglise. Et Paul met le point final : il n’y a plus ni homme ni femme, ni esclave ni homme libre, ni juif ni grec. Les grandes catégories de la société disparaissent.

 

Très bien mais qu’est ce que cela veut dire ? J’ai sous les yeux un arc en ciel d’étiquette. Vous avez accepté de jouer le jeu et d’arborer fièrement ce post it. Je les ai choisies colorées et les catégories qu’elles représentent sont assez soft. Nous savons bien que dans notre vie, nous portons des étiquettes bien moins légères, que ce soit au travail, dans notre famille, à l’école, parmi les amis, dans tous les cercles que nous fréquentons, y compris hélas, nos paroisses pratiquant, non pratiquant, calviniste, luthérien ou zwinglien, orthodoxe ou libéral…) . Que nous les arborions fièrement ou que nous en ayons honte, que nous en jouions ou que nous débattions avec, ces étiquettes nous collent à la peau, elles nous définissent aux yeux des autres et à nos propres yeux.

Eh bien Paul nous l’affirme. En Jésus Christ, ces étiquettes ne comptent plus. Même les catégories les plus décisives, homme ou femme, esclave ou homme libre, juif ou grec s’effondrent. En Jésus Christ il n’y a plus que des enfants de Dieu, des héritiers de sa promesse, des bénéficiaires de son amour.

 

Nous pouvons faire tomber nos étiquettes.

 

Mais là Franz Enno pourrait s’inquiéter. Allons –nous essayer maintenant de lui laver le cerveau, de lui faire perdre sa personnalité. Faire tomber les étiquettes c’est bien beau, mais être un homme protestant, un intellectuel désordonné, c’est aussi ce que je suis. Ce n’est pas toujours facile à supporter ni pour les autres ni pour moi-même mais c’est bien moi. Il n’y a plus ni homme  ni femme, ni juif ni grec, est-ce que cela signifie que nous allons tous être coulés dans le même moule, porter tous le même masque, parler d’une seule voix la même langue ? Le récit de la Pentecôte qui répond à cette angoissante question par une autre question « Comment les entendons-nous chacun dans notre propre langue maternelle ? ». Tous ne parlent pas la même langue mais chacun reçoit dans sa langue, dans ce qu’il est. Avant tout, nous sommes enfants de Dieu mais nous restons bien nous-même.

 

Vous avez enlevé vos étiquettes, mais devant les yeux, j’ai toujours un arc en ciel de visages j’en connais certains, j’en découvre d’autres. Un arc en ciel d’histoires. Et dans cet arc en ciel, tous sont, comme moi, des enfants de Dieu, quels que soit ton âge, quelle que soit ton sexe, quelle que soit ton origine, quelle que soit notre relation, tu es, par Jésus Christ, enfant de Dieu et donc tu es, avant tout, par-dessus tout, de ma fratrie.

 

Voici l’Eglise que je souhaite à Marc et à Franz Eno. Une Eglise ou chacun peut être ce qu’il est dans la conviction sereine d’être avant tout, par-dessus tout enfant de Dieu. UNe Eglise où dans l'autre, quel qu'il ou elle soit, je vois avant tout un frère, une soeur. Voici l’Eglise que nous pouvons vivre, que nous devons vivre car c’est celle qui nous est donnée par Jésus le Christ notre Seigneur

 

Amen

Turquie tour (8) La fin du voyage

28 Mai 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Carnets de voyage

2 Mai

Izmir Istanbul Paris

Nous quittons Izmir. Je regarde un peu le paysage par-dessus l’aile et je reprends mon récit.

Après le lapin de l’évêque, petit tour vers l’agora de l’ancienne Smyrne. Le site est fermé, est-ce l’heure ou le 1er mai ? Peu importe, nous balader au milieu des morceaux de colonnes n’aurait pas apporté grand-chose. Et puis le vrai bonheur, c’est le petit tour dans les ruelles les plus pauvres d’Izmir, enfin un peu de vraie vie au-delà des hôtels et des sites touristiques. La pauvreté est bien présente mais l’ambiance est bonne quoique je n’ose pas acheter du piment au kilo.

Autre plaisir, le verre de raki de l’amitié que nous partageons avec Umit sur le port. Tiens, pas d’alcool en terrasse : pour du raki il faut s’installer en salle. Prudence pour éviter que l’alcool nous fasse tomber à la mer ou limite de la laïcité turque ? Je pencherai plutôt pour la deuxième hypothèse. En tout cas, ce verre de raki à jeun délie les langues et les rires, embrouille un peu les jambes de certains mais là-haut dans le ciel, la lune veille sur eux. Bon, on est rentré de jour mais très émus et très heureux quand même.

Le soir : bilan et quelques questions sur le protestantisme. Le tout dans la bonne humeur. Il est un peu tard pour que je sois trop précis. C’est peut-être pour ça que la discussion reprend en cercle plus restreint le lendemain à l’aéroport sur la question de la Cène. J’aime bien ces discussions où la question n’est pas de convaincre l’autre mais d’expliquer sans langue de bois ce que nous croyons et ce qui nous distingue.

J’essyae d’expliquer à nos frères et sœurs catholiques que le meilleur moyen de découvrir le protestantisme serait de faire le voyage comme nous l’avons fait : en minorité dans un groupe protestant. En effet, ce qui m’a sauté aux yeux, c’est que les différences culturelles ne se manifestent pas au niveau des individus (qui restent des individus au sein de leur confession) mais plutôt au niveau de la collectivité. Il n’y a à mon sens pas beaucoup de différences entre la manière d’être d’un(e) protestant(e) et celle d’un(e) catholique. En revanche, un groupe de protestants sera très différent d’un groupe de catholiques. C’est normal, du reste, individuellement, la voit chrétienne se vit dans le secret, c’est communautairement qu’elle se manifeste.

Voilà, comme prévu, je souris de mes inquiétudes premières : en final : une bonne semaine dans un groupe sympa (l’idée de participer à des voyages organisés s’ouvre à moi), la découverte d’un pays sur lequel je n’avais aucun imaginaire et qui m’a conquis, la perspective de retrouver Laurence et les monstres dans quelques heures.

Je termine donc ce récit par une prière de reconnaissance et  une intercession pour une petite église ouverte au cœur de Konya ainsi que pour un guide qui même dans les coups durs a fait l’effort d’une grande disponibilité.

 

Les mercredis de Calvin (21) Les sacrements

27 Mai 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

 Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

 

Un sacrement est un signe extérieur par lequel Dieu scelle en nos consciences les promesses de sa bonne volonté envers nous, pour soutenir la faiblesse de notre foi, et par lequel, à notre tour, nous rendons témoignage tant devant Lui et les anges que devant les hommes, que nous le tenons pour notre Dieu. On pourra encore plus brièvement définir ce qu'est un sacrement, en disant que c'est un témoignage de la grâce de Dieu envers nous, confirmé par un signe extérieur, avec une attestation mutuelle de l'honneur que nous lui portons.

 

Le Baptême est la marque de notre chrétienté, et le signe par lequel nous sommes reçus en la compagnie de l'Eglise, afin qu'étant incorporés en Christ, nous soyons réputés du nombre des enfants de Dieu (...) Il nous est proposé de Dieu pour nous être signe et enseigne de notre purification ; ou pour le mieux expliquer, il nous est envoyé de lui comme une lettre patente signée et scellée, par laquelle il nous mande, confirme et assure que tous nos péchés nous sont tellement remis, couverts, abolis et effacés, qu'ils ne viendront jamais à être regardés de lui, ne seront jamais remis en sa souvenance, et ne nous serons jamais par lui imputés.

 

Après que Dieu nous a une fois reçus en sa famille, et non seulement pour nous avoir pour serviteurs, mais pour nous tenir au rang de ses enfants, afin d'accomplir tout ce qui est convenable à un bon Père et qui a le soin de sa lignée, il prend la charge de nous sustenter et nourrir tout le cours de notre vie. Mais encore ne se contentant point de cela, il nous a donné un gage pour nous mieux certifier de cette libéralité, qui continue sans fin. Et c'est pourquoi il a donné par la main de son Fils à son Eglise le second sacrement, à savoir le banquet spirituel où Jésus Christ nous témoigne qu'il est le pain vivifiant, dont nos âmes soient nourries et repues pour l'immortalité bienheureuse.

 

Institution Chrétienne Livre IV §14, 1  §15, 1 §17, 1

 

Trois passages de trois chapitres différents en guise d’introduction à la vision des sacrements pour Calvin (et l’occasion de rappeler que les protestants ne reconnaissent que deux sacrements mais qu’ils en reconnaissent bien deux. D’autres extraits suivront plus précis sur les sacrements en général, le baptême et la cène.

Turquie tour (7) Le Pactole mais pas d'évêque

26 Mai 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Carnets de voyage

1er Mai

Izmir - Akhisar- Sardes - Izmir

Bon, l’hôtel d’Izmir est le moins sympas parmi ceux qui nous ont logé. « Confiscation » des passeports à l’arrivée, taux d’échanges exorbitant : jusqu’ici 2 livres turques valaient un euro. Maintenant c’est 1 euro = 1,80 livres

turques (c’est un pluriel 1,80 ?) et la conversion est systématiquement arrondie à l’entier supérieur : ils ne prennent pas les centimes. Le pire c’est que depuis qu’on est dans le secteur d’Izmir, adieu la luxuriance des desserts, remplacée par deux malheureuses madeleines gorgées d’un sirop sans goût. Vive les zones touristiques.

Mais le gros point noir, c’est qu’Umit a des soucis et que ça se voit. Nous mesurons alors toute la disponibilité, l’humour et la gentillesse dont il a fait preuve jusqu’à maintenant et combien d’énergie cette légèreté apparente doit demander.

 

J’ai bien aimé le tas de pierre de Thyatire, ces ruines dans un square au milieu de Akhisar. Vous l’aurez sûrement deviné, j’ai surtout aimé traverser la ville. Ensuite en route vers Sardes au milieu des vignes, des champs de coton, des serres de fraises et des tumulus. Sarde, c’est magnifique, les richesses du Pactole sont encore là, entre les mosaïques de la synagogue, le gymnase un peu trop reconstitué mais intéressant et surtout dans ce paysage de paix qui nous entoure. Et puis les enfants qui nous suivent dans notre visite sont adorables, ils ne demandent rien et s’amusent simplement de voir du monde. Le plus merveilleux des cadeaux c’est qu’ils rendent le sourire à Umit.

 

Retour à Izmir pour un après midi fou-rire pour le parpaillot au mauvais esprit : au programme visite de l’Eglise St Polycarpe et rendez vous avec l’évêque. L’église est bien trop chargée à mon goût et quelle drôle d’idée de prier parmi les tombes (tombes pas inintéressantes : les épitaphes étant des XVIII° et XIX° siècle). La main qui brandit un crucifix hors de la chaire c’est amusant, je me demande si elle est attachée à un cordon qui permettrait de la lever et de la baisser (ça pourrait être rigolo pour un culte intergénérations). Mais le plus drôle, c’est que nous arrivons en avance, 15 minute passent avant que sonne l’heure du rendez-vous puis 10 minutes, puis 15, puis 30. Si la ponctualité est une politesse princière, elle n’est apparemment pas épiscopale. La sœur qui nous a ouvert et nous surveille depuis que nous sommes dans l’église vient nous dire qu’il est temps de partir.

- Mais nous attendons l’évêque !

- Monseigneur n’est pas là !

- Mais nous avions rendez vous !

- Il est en Italie.

Finalement, un léger flou dans l’organisation pourrait bien être un point commun entre nos églises…

Il est tard, je reprends mon récit demain, dans l’avion.

Les mercredis de Calvin (20) : De la nonchalance des électeurs

20 Mai 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

Toute la liberté du peuple, quant à l’élection des évêques, a été abolie. Les voix ou suffrages, le consentement, les approbations, et toutes ces choses se sont évanouies. Toute la puissance a été transportée aux chanoines : ce sont eux qui confèrent les évêchés à qui bon leur semble. Celui qui sera élu, sera bien présenté au peuple mais pour l’adorer, non pour l’examiner (…) La vérité, c’est que le peuple, par succession de temps, étant nonchalant à élire, en a laissé le soin aux prêtres. Ceux-ci ont abusé de cette occasion pour usurper la tyrannie qu’ils exercent, et qu’ils ont confirmée par de nouvelles lois.

Institution Chrétienne. IV, §5, 2-3

 

Je ne lancerai pas une polémique sur le pouvoir tel qu’il s’exerce aujourd’hui dans l’Eglise catholique romaine. En revanche, avant des élections dont beaucoup semblent de désintéresser, je trouve intéressant ce descriptif de ce qu'il advient d'un système démocratique quand le peuple devient « nonchalant à voter »…

Turquie tour (6) La Vierge d'Ephèse

15 Mai 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Carnets de voyage

30 avril

Kusadasi Ephèse Izmir

Le premier jour, alors que nous faisions halte dans une auberge solitaire et que nous avions besoin d’un lit pour le repos du bienheureux Jean, nous fûmes témoins d’une de ses histoires plaisantes. Il y avait là un lit sans couvertures, posé quelque part. Nous y étendîmes les manteaux que nous avions avec nous, et nous l’invitâmes à s’y coucher et à s’y reposer, pendant que tous les autres dormaient sur le sol. Mais une fois couché, il fut importuné par une multitude de punaises. Comme elles l’importunaient toujours davantage et que la moitié de la nuit s’était déjà écoulée, il s’adressa à elles – et nous l’entendîmes tous - : « Je vous le dis, ô punaises, montrez-vous bienveillantes ; toutes ensemble, abandonnez en cet instant votre demeure, restez tranquilles en un seul lieu et tenez-vous loin des serviteurs de Dieu ! ». Et au milieu de nos rires et de nos conversations, qui redoublaient, Jean s’endormit. Alors, parlant doucement, nous évitâmes de le déranger.

Au point du jour, je me levai le premier et en même temps que moi, Verus et Andronicus. Nous vîmes, à la porte de la chambre, une multitude de punaises. Nous étions saisis d’étonnement au spectacle de leur grand nombre et, alors que tous les frères s’étaient réveillés à cause d’elles, Jean continuait à dormir. Lorsqu’il se fut éveillé, nous lui rapportâmes ce que nous avions vu. Il se redressa alors sur le lit, il vit qu’elles […] et leur dit : « Puisque vous avez été tout à fait bienveillantes en respectant mon avertissement, regagnez votre place. » Dès qu’il eût dit ces mots, et qu’il se fut levé du lit, les punaises accoururent de la porte jusqu’au lit et, grimpant par les pieds, elles s’enfoncèrent dans les jointures. Jean dit encore : Ces animaux, quand ils ont entendu la voix d’un homme, sont demeurés tranquilles de leur côté sans transgresser l’ordre. Mais nous, quand nous entendons la voix de Dieu, nous désobéissons aux commandements et nous cédons au relâchement. Jusqu’à quand ? »..

Actes de Jean 60-61 (apocryphe)

 

Une nuit dans un hôtel apparemment grand luxe mais au service nettement moins bon que jusqu’ici. Contrairement à Jean, on n’a pas eu à affronter des punaises mais les chambres n’étaient pas faites à 23h30. Enfin, la vue sur la mer rattrape tout (désolé, j’ai raté mes photos) et on a trouvé des couettes où s’envelopper. Petit truc rigolo à l’hôtel, c’est le mur de magnet’s du magasin de cadeaux ou les Vierges côtoient les Priape dans un mélange du plus mauvais goût…

Notre dernière halte commerce : la bijouterie de trop, le marchand n’est pas aussi bon commerçant que les précédents, loin s’en faut, on n’a même pas le droit au raki et on aurait pu profiter n peu plus du site d’Ephèse. Cela nous lance dans une petite discussion sur ces arrêts commerciaux bien sûr soigneusement choisis par Omega Tour. C’est vrai qu’on n’est pas dans un circuit commercial et que ça commence à faire beaucoup. D’un autre côté, je me demande à quel pont les techniques de vente ne sont pas culturelles : un collègue turc de Laurence dit que lui-même à du mal à sortir des magasins sans rien acheter.

A part cela, Ephèse est jolie, nous avons la chance de visiter le cite presque désert et la Bibliothèque de Celsus est grandiose, mais je suis d’accord avec Umit et je préfère Aphrodisias.

Et puis Ephèse, c’est aussi la maison de la Vierge. Donc pour des protestants, y aller dans un groupe œcuménique, ça veut dire laisser la piété mariale s’exprimer. En fiat, j’aimerai bien que nos frères catholiques soient plus simples et qu’ils laissent tout bêtement leur foi s’exprimer sans tenir compte de nous : nous sommes tout à fait capables de nous dissocier un moment du groupe tout en restant dans un esprit de fraternité. Un cantique marial dans le car m’aurait finalement moins gêné qu’un Notre Père sur le tombeau de Jean.

Notre organisatrice aurait voulu que je m’exprime sur les protestants et Marie. Je suis content que finalement ce ne ce soit pas fait, en tout cas pas à Ephèse, le lieu est un peu trop chargé pour les catholiques mariaux (NB : tous ne le sont pas dans notre groupe)). Et puis j’ai peur qu’ils finissent par me crier « Grande est la Vierge d’Ephèse ! »).

Entre nous, la présence de Marie à Ephèse est quand même plus que douteuse : les actes de Jean, un apocryphe du II° siècle n’y fait aucune allusion alors que ses deux thèmes principaux sont l’activité de Jean à Ephèse et la virginité. La dormition de Marie, qu’on situe au IV° ou au VI° siècle affirme que Marie vivait à Jérusalem. Ne reste donc en faveur de cette hypothèse que les visions d’Anne-Catherine Emmerich, au sujet desquelles le préfet de la congrégation pour la cause des saints note que la mystique "ne nous a laissé que trois lettres dont l’authenticité soit sûre. Les autres écrits, qui lui sont attribués par erreur, ont des origines diverses: les “visions” de la Passion du Christ ont été annotées, réélaborées très librement et sans contrôle par l’écrivain allemand Clemens Brentano et ont été publiées en 1833 sous le titre La douloureuse passion de Notre Seigneur Jésus-Christ. […] Les œuvres en discussion ne peuvent donc pas être considérées comme des œuvres écrites ou dictées par Anne-Catherine Emmerich ni comme des transcriptions fidèles de ses déclarations et de ses récits, mais comme une œuvre littéraire de Brentano qui a procédé à de telles amplifications et manipulations qu’il est impossible d’établir quel est le véritable noyau attribuable à la bienheureuse" et une longue tradition de piété mariale à Ephèse (or, une longue tradition de piété mariale dans une ville connue pour sa longue tradition des vénération de déesses mères dont le dernier avatar est Artemis, par ailleurs une déesse vierge, ça ne m’étonne pas tant que ça… Allez comprendre…) Mais je ferme ma grande bouche

Ce qui m’étonne un peu avec nos frères et soeurs catholiques, c’est qu’ils admettent sans difficultés que la présence de Marie à Ephèse est très peu vraisemblable mais pourtant le lieu prend une grande importance. Etrange attachement au lieu alors même qu’on sait que sa signification en lui été donné que bien après. Ce n’est pas du tout une critique de ma part, juste une petite surprise.

En fait, le seul accroc à Ephèse c’est lorsque je fais remarquer après une lecture de Jean XIX que les trois autres évangiles ne mentionnent pas la présence de Marie à la croix (et qu’à mon avis les versets 25-27 relèvent plus de la composition théologique que du récit historique). On me regarde avec horreur : comment puis-je insinuer que Marie aurait pu rester tranquillement chez elle alors que son fils était crucifié. Là encore je préfère me taire, mais Jésus est arrêté dans la nuit du jeudi au vendredi, crucifié le vendredi à 9h du matin et Nazareth est à 100km de Jérusalem. Bref, je ne vois rien de scandaleux à ce qu’elle n’ait pas pu être là. En revanche, je trouverai beaucoup plus surprenant qu’elle ait assisté à la crucifixion et pas à l’embaumement du corps (cf Jean XX).

Enfin bref, nous avons le même Dieu, le même Christ, le même Evangile, la même Bible mais vraiment nous n’avons pas la même Marie…

Turquie tour (5) Cuir et archéologie

14 Mai 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Carnets de voyage

29/04 16h30

Denizli-Laodicée-Aphrodisias-Kusadasi

Ce matin, visite des sites de Laodicée et d’Aphrodisias. Laodicée est un beau site et les romains savant décidément où s’installer (les choix ne manquent pas en Turquie, ceci dit). Umit nous fait voir, gravé sur un pilier,  un symbole que j’aime beaucoup : une croix émergeant d’un chandelier à 7 branches.

Mais la vraie merveille c’est Aphrodisias. Un stade, un odéon et un théâtre de toute beauté et le tétrapile… Les sarcophages et les bas-reliefs du musée sont également très beaux, pleins de scènes mythologiques et d’allégories, dans un style propre à l’endroit. Détail amusants : quelques bas reliefs ont été endommagés par les chrétiens aux 6° siècle et ce ne sont que ceux des divinités principales (Zeus, Aphrodite…)

Après la halte dans un restaurant folklorique qui me confirme que « folklorique » signifie « tout sauf local », c’est sous la pluie que nous découvrons la vallée du méandre… Enfin, soleil sur les sites et pluie dans le car, il n’y a pas de quoi se plaindre.

Après les merveilles archéologiques, la vie quotidienne sur la route, un des arrêts commerce obligatoire. Après les tapis et l’onyx, le cuir. J’espérai un peu changer (j’ai bien dit changer, pas tourner) ma veste qui a beaucoup vécu. Mais, même pas cher, comme avec les tapis, on reste dans le produit de grand luxe. Ceci dit, le défilé est amusant : il fallait quand même que je me lance dans un voyage œcuménique en Turquie pour assister à mon premier défilé de mode. (Euh, j’y connais rien : c’est une habitude que les mannequins finissent par obliger deux spectateurs à venir faire les zouaves sur la piste à leur tour ?) Et puis le raki offert, c’est quand même bien sympa.

Un petit mystère me plonge dans des abîmes de perplexité : les citernes des chauffe-eau solaire qui étaient jusque là verticales sont maintenant horizontales.

Les mercredis de Calvin (19) Foi et doute

13 Mai 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

Quand nous enseignons que la foi doit être certaine et assurée, nous n’imaginons point une certitude qui ne soit touchée de nul doute, ni une sécurité telle qu’elle ne soit assaillie de nille inquiétude : mais plutôt au contraire, nous disons que les fidèles ont une bataille perpétuelle à l’encontre de leur propre défiance ; tant s’en faut que nous colloquions leur conscience en quelque paisible repos qui ne soit agité d’aucune tempête ! Néanmoins, comment que ce soit qu’ils soient assaillis, nous nions que jamais ils tombent ou déchoient de la confiance, qu’ils ont une fois conçue certaine, de la miséricorde de Dieu..

Institution Chrétienne. Livre III 2. 17

Turquie tour (4) Colosse et Hiérapolis

8 Mai 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Carnets de voyage

28 avril

Konya-Pammukale

9h50

Un rapide survol  des Galates  (tout Galates en une heure : chapeau à Nicole !), une courte et bonne nuit de sommeil (j’ai enfin compris comment le groupe fonctionnait, ça aide) et nous voici lancé dans un trajet de 4h30 de car. Nous sortons des champs de cailloux pour découvrir des terres riches et fruitières. A côté des tracteurs, quelques scènes, pas si rares, d’agriculture à l’ancienne : un vieux paysan et son cheval, un âne tirant une charrue, un couple binant à la main…

22h30

Les apôtres cheminaient en direction de la ville et, avec eux, deux animaux qui, à leurs propres yeux, paraissaient des hommes. Du geste, Philippe signifiait au léopard de les guider sur le chemin de la ville. Arrivés au sommet de la montagne, ils regardèrent vers le bas et aperçurent, située sur le flanc, la ville vers laquelle le Seigneur les avait envoyés.

Acte treizième du saint apôtre Philippe.

Au cours de notre trajet de car, des haltes archéologiques. Antioche de Pisidie d’abord. Joli mais pas vraiment impressionnant. En fait, peu m’importe que Paul ait arpenté ces dalles de pierres que nous foulons à notre tour. En revanche c’est l’occasion d’échanger quelques mots « hors boulot » avec Umit.

Magnifique vue sur le lac Egredir : j’ai bien choisi mon côté du bus (en fait j’ai pas choisi, ceci expliquant sans doute cela, murmure le théologien qui sommeille en moi). Aussi attractif soit-il (le lac, pas le théologien), j’espère qu’ils ne saloperont pas trop le lieu pour développer le tourisme.

Et puis on est allé à Colosse. Alors ça c’est rigolo parce qu’à Colosse, il n’y a rien à voir. Umit en informe Nicole, notre organisatrice. Elle le sait, l’agence « Route des hommes » l’a déjà prévenue mais elle ne veut plus passer à côté de Colosse, elle veut voir ce coin éloigné de tout où Paul a tenu à aller. Pour s’apercevoir, en relisant la lettre aux colossiens quelques temps plus tard, que Paul n’a jamais mis les pieds à Colosse (sans doute parce qu’à Colosse, il n’y a rien à voir). Du coup, je m’arrête sur Colosse II, 1 Je veux, en effet, que vous sachiez quel grand combat je soutiens pour vous, pour ceux de Laodicée et pour tous ceux qui ne m’ont jamais vu, et ce verset me parle. Si Paul n’a jamais vu les colossiens alors, les colossiens c’est nous, nous tous qui sommes au bénéfice de son témoignage. Alors l’Eglise est une communauté qui jaillit et s’unit bien au-delà de la rencontre…

En fait, il n’y a pas rien à Colosse : il y a un tel, au milieu d’un très beau paysage.

Après, c’est Pammukale. Trop lourdement chaussé pour avoir envie de me tremper les pieds dans l’eau thermale, je profite de ce spectacle grandiose. Une de mes compagnes s’inquiète « mais s’il y a un tremblement de terre, tout ça disparaîtra. » Oui, cette merveille qui a mis 5 millions d’année à se former peut disparaître du jour au lendemain. En langage chrétien, ça se dit : Dieu seul est Dieu, Dieu seul est sûr.

En attendant que cette éphéméréité de 5 000 000 d’année disparaisse, avant qu’il ne reste rien des ruines et du splendide théâtre de Hierapolis, allez-y faire un tour. Je ne sais pas si les eaux sont aussi miraculeuses qu’on le dit mais le spectacle vaut le déplacement à lui seul.

Et puis, si vous y allez, essayez de lire les Actes de Philippe, un texte apocryphe du IV° siècle. C’est rigolo et le contraste avec les évangiles canoniques montre bien à quel point ces derniers s’inscrivent dans la vie réelle et pas dans un monde imaginaire.

A côté de cette splendeur, l’hôtel bien trop luxueux dans lequel nous allons passer la nuit me parît juste kitch. A part peut-être le buffet des desserts, désespérant tellement il offre de choix. Sur cette considération gourmande et déjà pleine de regret, je vais me coucher.

Turquie tour (3)

7 Mai 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Carnets de voyage

 27 avril

11h30

Bon, ben c’est raté pour savoir ma place exacte. Ca viendra. Et puis ce matin au petit déjeuner, on me demande si je pourrai présenter le protestantisme français. Si la chef est d’accord et qu’on a le temps, pourquoi pas…

Ce matin, nous quittons Nevseir. J’aurai aimé voir un plus cette ville qui n’a rien d’une ville touristique ni d’une vitrine et qui semble pousser à toute vitesse aux frontière de la Cappadoce… La matinée est consacrée à l’illustration de l’expression « marchand de tapis ». Umit nous conduit à une fabrique de tapis, fierté de la Turquie et en particulier de la Cappadoce. C’est vrai que les femmes qui y travaillent sont des artistes (qui ne signeront jamais leurs œuvres) mais franchement, le vendeur en est un autre. Un long temps d’explication sur la fabrication (j’apprend qu’un tapis et la résolution graphique d’un ordi, c’est pareil), une boisson offerte (avec une mise en garde contre le thé à la pomme (boisson pour les touristes, Umit nous avait déjà prévenu) et contre le café turc mal fait (un bon café turc, ça doit être préparé à froid, parfaitement monsieur…), une interprétation des tapis présentés. Puis un raz-de-marée de couleurs et de motif commence.

Pour ma part, hors de question d’acheter sans Laurence mais les explications sont intéressantes. Les tapis sont riches de cultures et de langage, un moyen de communication entre mère et fille dans une société tacite. Petite exégèse du tapis de dot : si les franges sont nattées, la jeune fille n’est pas mariée. Si les nattes sont attachées deux par deux, elle est prête à se marier. Quand elles ne sont plus nattées, la femme est mariée. Puis des nattes attachées trois par trois annoncent une naissance à venir. Bref, en Turquie, entre mère et fille et belle-mère et belle fille on met tout sur le tapis… Mais en silence.
Pas une culture pour moi : rien ne passe par la parole… Quand un homme courtise une jeune fille, il trouvera sa réponse dans le café qu’on lui offrira. Pas dans le marc, mais dans le goût : café sucré, ça veut dire oui (les nattes du tapis ont du être nouées deux à deux), café salé c’est non. Histoire d’ajouter un peu d’amertume à un cœur brisé sans doute…

Après tout cela, c’est la valse des vendeurs, je crois que les ¾ de notre groupe craquera. Chose intéressante : le tapis est livré à domicile : c’est le gouvernement turc qui offre l’expédition. Une manière intéressante de favoriser l’exportation…

18h

Pour une fois, pas de buffet à midi. En revanche repas rapide : le restaurant attend un autre groupe.

Visite du caravansérail de Sultanhani avec sa cathédrale à chameaux. J’explique : l’étable des chameaux est bâtie sur le modèle des cathédrales. Peut-être un apport des croisades d’après notre guide, l’époque coïncide. Je me prends à rêver d’un voyage à pieds et à chameau sur la route de la soie, de caravansérail en caravansérail… Ce serait une autre façon de connaître la Turquie mais j’ai peur que cette fois ce soit sans ronde de desserts…

Pas grand-chose à dire sur le tombeau de Mevlana Jalâl ud Dîn Rûmî et sur les derviches tourneurs (nous n’en verrons pas, à part la petite démonstration d’un gentil gardien tourneur, c’est aujourd’hui plus une attraction touristique qu’un vrai temps de prière). Le soufisme a beau être un visage de l’Islam qui m’est sympathique, un chant de l’amour de Dieu, le mysticisme n’est décidément pas ma tasse de thé.

Pas de spectacle de derviches tourneurs mais une petite réflexion sur la laïcité turque. La réforme d’Atatürk a été brutale, peu respectueuse de l’Islam il me semble : Coran traduit en turc, obligation (non respectée aujourd’hui) pour les muezzin de lancer leur appel en turc, lieu de pèlerinage transformé en musée. Konya est devenu le symbole de la résistance de l’Islam à la réforme. Umit nous en touche quelques mots mais nous sentirons tous le poids de cette lutte lors de notre rencontre avec la communauté chrétienne de Konya. L’Islam se raidit contre ce qu’il ressent comme une persécution, faisant un gigantesque amalgame de tout ce qui n’est pas lui, le gouvernement se raidit à son tour et ce sont ceux qui respectent le loi, les chrétiens qui font les frais de cet énorme bras de fer. Il me semble que cette laïcité de combat fait finalement le jeu du fanatisme, l’adversaire auquel elle prétend s’opposer, et le nourrit. Je n’angélise toutefois pas l’Islam : il est triste que sur un lieu si fort du soufisme, mystique de l’amour et de l’ouverture, vive aujourd’hui un Islam qui se dit dans le refus de l’autre.

Tout cela est vite et maladroitement écrit mais aucun de nous n’oubliera cette petite église ouverte au cœur de la musulmane Konya ni ces petites sœurs placées là comme témoins de Christ pour tous ceux qui pousseraient leur porte, évangélisation passive et persévérante, respectueuse de la loi et résistante. Nous sommes bien loin des marchands de tapis et des disputes œcuméniques.

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