Miettes de théologie

Es tu celui qui doit venir ?

24 Décembre 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication de Noël
Luc II, 1 à 20

Esaïe XXXV, 4 à 6, LXI, 1
Luc VII, 18 à 26

« Es-tu celui qui doit venir ? Ou devons-nous en attendre un autre ?». Cette question angoissée qui monte du fond d’une prison pourrait être la notre en ce temps de Noël… En effet, dans ces forêts de sapin, dans cet océan de lumières, dans cette profusion de cadeaux, dans la joie des retrouvailles, dans l’abondance des festins de Noël, le bébé couché dans une mangeoire fait bien pâle figure… Est-il celui qui doit venir ? Est il sauveur ? Est il le Messie ? Est-il notre Seigneur ? Difficile à croire, 2000 ans après alors que déjà, lors de sa naissance, il fallait bien toute l’armée céleste pour en persuader les bergers…

Eh bien, Jean le Baptiste, le prophète, la voix qui crie dans le désert, lui-même semble avoir bien du mal à y croire. « Es-tu celui qui doit venir ? ».
Cette question, Jean le Baptiste la pose alors même que ses disciples viennent de lui raconter les actions de Jésus et, en particulier, la résurrection du fils de la veuve de Naïn qui vient de se produire. Alors qu’il a un témoignage direct de la puissance de Jésus, Jean le Baptiste, « prophète et plus qu’un prophète », s’interroge, il doute.
Ce qui d’une part devrait nous donner un avertissement quant à notre témoignage : il ne suffit pas de raconter les miracles de Jésus, d’enseigner ses paroles pour que tous croient. Si même Jean le Baptiste, celui qui est venu annoncer Jésus comme messie doute face à des témoins directs, quelle chance avons-nous, nous, pauvres témoins indirect de convaincre des foules qui ne croient pas ? Aucune. Mais notre rôle de témoin n’est pas de convaincre, simplement de peut-être susciter un questionnement chez ceux qui nous entendent : « Et si ce Jésus dont ils parlent était celui qui doit venir ? »…

Mais qu’est ce que ça veut dire : « Reconnaître Jésus comme celui qui doit venir ? ». Visiblement, croire qu’il accomplit des prodiges, qu’il ressuscite des morts, entendre son enseignement ne suffit pas : Jean ne remet pas en doute le témoignage de ses disciples, mais ce témoignage ne lui suffit pas. Sans doute, parce que reconnaître en Jésus celui qui doit venir, c’est le reconnaître qui vient  vers soi, parce que pour reconnaître Jésus comme sauveur, il faut qu’il me sauve. Or, quand on est au fond d’une prison, même si on est prophète, c’est difficile de se voir sauvé…

Et la réponse de Jésus est stupéfiante : « les aveugles recouvrent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée au pauvre »
Vous y aurez sans doute reconnu un mélange des prophéties d’Esaïe 35 et 61 que nous venons d’entendre. Mais dans cette fusion de prophétie, il y a un manque que vous avez peut-être repéré et que Jean, lui, ne pouvait pas rater. Alors, les yeux des aveugles verront et les oreilles des sourds s’ouvriront. Alors, le boiteux bondira comme un cerf et la bouche du muet criera de joie (Esaïe XXXV, 5-6) Il m’a envoyé porter une bonne nouvelle aux pauvres, panser ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur libération et aux prisonniers leur élargissement (Esaïe LXI 1-2)…
Dans sa citation, Jésus supprime la délivrance des captifs : précisément ce que Jean le Baptiste espérait et attendait…

Celui qui doit venir ne vient pas pour assouvir tout nos désirs, tout nos manques. Il ne vient pas pour remplir nos vides. En cela, il est le contraire de ce Père Noël venu nous apporter tous les joujoux dont nous avons rêves… Jésus ne vient pas comme un catalogue de Noël qui nous vend tout ce dont nous avons besoin et même davantage. Il vient à notre rencontre dans un dénuement total, dans la fragilité d’un enfant, là ou on attendait un libérateur. Et c’est dans ce dénuement, C’est dans nos failles, dans nos faiblesses que Dieu vient à nous en Jésus Christ. Non pas pour combler ces failles, pour assouvir nos besoins mais simplement pour être là, avec nous.

Toi, mon frère, toi ma sœur, qui es seul, triste, malade ou dans le dépouillement en ce temps de Noël, par la naissance de Jésus le Christ, le bébé couché dans la paille, sois assuré de la présence de Dieu à tes côtés Christ. Toi mon frère, toi ma sœur qui fête Noël dans l’abondance, en famille et en cadeaux. Peut-être dans ta fête éprouveras-tu comme un pincement au cœur, ce vide que ni cadeau, ni famille, ni réveillon ne peut combler. C’est dans ce serrement de cœur, dans ce manque, dans cette faille que Dieu vient à toi.

Amen

C'est toi le loup ! De la ville de refuge à la maison

17 Décembre 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

L’Eternel parla à Moïse, et dit : Parle aux enfants d’Israël, et dis-leur: Lorsque vous aurez passé le Jourdain et que vous serez entrés dans le pays de Canaan, vous vous établirez des villes qui soient pour vous des villes de refuge, où pourra s’enfuir le meurtrier qui aura tué quelqu’un involontairement. Ces villes vous serviront de refuge contre le vengeur du sang, afin que le meurtrier ne soit point mis à mort avant d’avoir comparu devant l’assemblée pour être jugé. Des villes que vous donnerez, six seront pour vous des villes de refuge. Vous donnerez trois villes au delà du Jourdain, et vous donnerez trois villes dans le pays de Canaan: ce seront des villes de refuge. Ces six villes serviront de refuge aux enfants d’Israël, à l’étranger et à celui qui demeure au milieu de vous: là pourra s’enfuir tout homme qui aura tué quelqu’un involontairement. Si un homme frappe son prochain avec un instrument de fer, et que la mort en soit la suite, c’est un meurtrier: le meurtrier sera puni de mort. S’il le frappe, tenant à la main une pierre qui puisse causer la mort, et que la mort en soit la suite, c’est un meurtrier: le meurtrier sera puni de mort. S’il le frappe, tenant à la main un instrument de bois qui puisse causer la mort, et que la mort en soit la suite, c’est un meurtrier: le meurtrier sera puni de mort. Le vengeur du sang fera mourir le meurtrier; quand il le rencontrera, il le tuera. Si un homme pousse son prochain par un mouvement de haine, ou s’il jette quelque chose sur lui avec préméditation, et que la mort en soit la suite, ou s’il le frappe de sa main par inimitié, et que la mort en soit la suite, celui qui a frappé sera puni de mort, c’est un meurtrier: le vengeur du sang tuera le meurtrier, quand il le rencontrera. Mais si un homme pousse son prochain subitement et non par inimitié, ou s’il jette quelque chose sur lui sans préméditation, ou s’il fait tomber sur lui par mégarde une pierre qui puisse causer la mort, et que la mort en soit la suite, sans qu’il ait de la haine contre lui et qu’il lui cherche du mal, voici les lois d’après lesquelles l’assemblée jugera entre celui qui a frappé et le vengeur du sang. L’assemblée délivrera le meurtrier de la main du vengeur du sang, et le fera retourner dans la ville de refuge où il s’était enfui. Il y demeurera jusqu’à la mort du souverain sacrificateur qu’on a oint de l’huile sainte. Si le meurtrier sort du territoire de la ville de refuge où il s’est enfui,  et si le vengeur du sang le rencontre hors du territoire de la ville de refuge et qu’il tue le meurtrier, il ne sera point coupable de meurtre.Car le meurtrier doit demeurer dans sa ville de refuge jusqu’à la mort du souverain sacrificateur; et après la mort du souverain sacrificateur, il pourra retourner dans sa propriété.

Nombres XXXV, 9 à 28

Si vous avez grandi à Nancy dans  les.années 70, vous avez certainement joué au loup. En d'autres lieux, à d'autres époques, vous avez joué à chat ou à trap'trap. Et pendant ces parties, forcément, vous.aviez des "maisons" ou des "cabanes", un endroit où cesser de courir, où souffler un peu...
Dans un contexte bien plus dramatique, la ville de refuge tient le même rôle : elle est un endroit où souffler. Un endroit où l'homme peut échapper à son passé, à ses erreurs.
Bien sûr, nous restons ici dans une situation très légaliste : la loi du talion règne et le sang versé, même accidentellement, appelle le sang. De plus, la ville de refuge n'est, bien sûr,  ouverte qu'aux meurtriers par accidents. Mais, dans un tel contexte, la ville de refuge marque une trêve dans la logique de la vengeance. Pour une vie condamnée à la fuite, à l'errance, à la peur et à la violence, elle ouvre une oasis de paix.
Bien plus tard, Jésus sera à bien des égards une ville de refuge plus largement ouverte (pour lui, nul besoin que la faute ait été accidentelle), pour Zachée, pour Marie de Magdala pour la femme adultère, pour  le "bon larron" et pour bien d'autres sans doute. En lui, les réprouvés ont pu trouver un refuge, un lieu ou cesser de fuir le regards des autres et leur propre passé.
Et notre Eglise ? Nos communautés sont-elles des villes de refuge ? Un lieu de renouveau où l'on peut espérer échapper à notre passé ?

Travailler le dimanche ?

14 Décembre 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Je laisse la parole à  Claude Baty, président de la FPF, qui exprime bien mieux que moi ce que je pourrais dire sur la question

Il est question de généraliser l’autorisation de travailler le dimanche… À mes yeux, ce n’est pas une bonne idée ! Qu’un pasteur réagisse ainsi n’étonnera personne, et pourtant ce ne sont pas des intérêts particuliers que je défends. Au contraire, ma démarche est antireligieuse ! Dans ce projet, je dénonce d’abord la religion de la consommation.

 

La tendance à ne plus faire de différences entre les jours pour permettre de travailler et de consommer vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept, est l’affirmation sans complexe du culte de la consommation animé par sa prophétesse publicité (dont le credo est la loi du marché). C’est logiquement que le supermarché est devenu le lieu de la célébration par excellence, l’endroit où le travailleur fatigué s’enivre de musiques et de lumières pour mieux sacrifier dans la joie. C’est une expression de la liberté de culte, direz-vous.

 

Certes, mais ce qui est surprenant, c’est que ce culte semble devenir le culte officiel de notre République qui ne serait donc plus laïque ! Plus que cela, j’avance que ce culte reconnu a un penchant sectaire évident. Ceux qui suspectent sans cesse les mouvements religieux d’égarement, sont curieusement muets devant le lavage de cerveaux que subissent adultes et enfants par le biais d’une publicité omniprésente, particulièrement en ce temps de Noël ! Ces défenseurs des innocents semblent indifférents à la frénésie consommatrice, à moins qu’ils n’en soient eux-mêmes le clergé ! Un comble !

 

Quand la Bible préconise des jours de repos et de fêtes, elle offre du temps pour célébrer Dieu, mais plus largement elle souligne la nécessité pour tout homme de sortir d’un travail dont il est potentiellement l’esclave. Le repos régulier qui peut donc se partager, comme se partage le travail, est alors l’occasion de prendre du recul et de réfléchir sur les finalités de son action. Pourquoi travailler plus ? Pourquoi gagner plus ? Pour qui ? Pour quelle vie ? Dans quelle création est-ce que j’inscris mon ouvrage ?

 

Pasteur Claude Baty
Président de la Fédération protestante de France

3 + 1 par jour, pendant un an

13 Décembre 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

Lire la Bible,  pour y entendre la parole de vie que Dieu nous y adresse. Lire la Bible pour sans cesse nourrir mais aussi réfléchir notre foi. Lire la bible pour être interpelé et  interrogé. Lire la Bible pour remettre nos acquis en question. Lire la Bible pour connaître ce patrimoine de l'humanité.
Il y a bien des raisons de lire la Bible. Mais pourtant lire la Bible n'est pas facile. Et la tentatione st grande de toujours en rester aux mêmes passages, aux mêmes commentaires sur les mêmes passages.
Les méthodes pour  lire la Bible en entier ne manquent pas, suivre une liste de lectures (attention cependant, toutes ne proposent pas une lecture intégrale de la Bible), lire un livre biblique en entier, puis un autre et un autre encore...
Pour ma part, la méthode que j'utilise est toute simple, elle me vient d'un collègue, chaque jour (ou presque), trois chapitres de l'Ancien Testament et un chapitre du nouveau. Ainsi en une année environ, la Bible est lue, entièrement. Cette année, Laurence a souhaité s'associer à moi dans cette lecture, aussi lisons-nous à voix haute, ce qui rajoute un peu de durée, mais plus de rigueur dans la lecture et beaucoup de plaisir. Disons-le tout net, il n'est pas toujours facile de prendre le temps de cette lecture, et puis il y a des périodes difficiles (par exemple, la lecture suivie du livre des nombres) mais lire en parallèle le livre d'Esaïe et la lettre aux romains est un véritable régal.

Alors bien sûr, pour ceux qui souhaitent avoir une lecture confessante, lire la Bible ne suffit pas, il faut aussi recevoir la parole, comprendre et étudier ce que nous lisons, aussi cette lecture suivie ne se suffit pas à elle-même. Elle doit s'accompagner de prières, de recherches, de partages en communauté, d'étude et de mise en pratique. Mais connaître le texte en entier, avoir au moins une fois parcouru chaque texte biblique est une aide précieuse....

Cette année la traduction que nous utilisons et la nouvelle traduction Bayard. A vrai dire, elle me paraît assez inégale selon les livres (même si le projet est intéressant, chaque livre est traduit en équipe par un écrivain et un bibliste) mais le livre d'Esaïe est un régal à l'oreille...

Le blasphèmateur et le premier accueilli

12 Décembre 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

bon-larron.jpgPrédication du 25 novembre 07
II Samuel V, 1 à 3
Colossiens I, 12 à 20
Luc XXIII, 35 à 43

C’est un texte qui peut sembler un peu curieux alors que nous préparons à entrer dans al période de l’Avent mais que je trouve particulièrement intéressant pour sortir du temps de l’Église… Aujourd’hui, nous ne parlerons pas du paradis, mais nous nous interrogerons sur le blasphème et sur la promesse, avant de voir comment cette promesse de Jésus à celui que l’on appelle « le bon larron » peut nous s’adresser à nous.

Commençons par ne pas parler du paradis. Aujourd'hui, tu seras avec moi au paradis. Sur cette brève promesse repose la vision chrétienne classique de l'au-delà. Vous savez ? Celle avec l'enfer où vont rôtir les méchants et le paradis où les gentils vont jouer de la lyre après leur mort... Pour tout dire, cette mention du Paradis me paraît un peu courte pour justifier toute un discours sur l'au-delà. D'autant que c’est l’unique fois ou le paradis est montré comme leu ou aller après la mort et qu'elle est contradictoire avec nos plus anciennes confessions de foi : comment le "bon larron" pourrait-il être le jour même au paradis avec Jésus alors que nous confessons que celui-ci est "descendu aux enfers" ? Bref du point de vue de ce qui se passe après la mort, le seul intérêt de ce passage est d'offrir un contrepoint biblique à l'idée tout aussi biblique  résurrection finale et collective des morts et ainsi de nous conduire à  avouer humblement notre ignorance sur la manière dont la mort sera vaincue. Alors que faire de ce "tu seras avec moi au paradis" ? Eh bien, il me semble préciser très clarement que Jésus ne se content pas de nous rejoindre dans notre souffrance et notre mort mais qu'il nous promet la vie...

Dans ce passage, bien plus intéressante est cette dernière rencontre de Jésus avec deux hommes : ces deux malfaiteurs dont il partage le sort. Ces deux hommes dont nous ne connaissons pas l’histoire mais dont nous savons qu’ils ont mérité leurs sorts (il ne s’agit bien sûr pas de justifier ici la peine de mort et encore moins le supplice de la crucifixion, mais simplement de rappeler que, si l’on s’en tient au texte , ces deux hommes ne sont pas, ne sont pas contrairement à Jésus, des innocents condamnés mais bel et bien des criminels). Il n’y a donc pas ici de bon ou de mauvais larron, simplement les deux derniers hommes qui entourent Jésus. Et ces deux hommes sont, à proprement parler, du gibier de potence
Du premier, le texte nous dit qu’il insulte Jésus, qu’il blasphème dit le grec . "N'es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même et nous avec » Étrange blasphème, en vérité , on a connu plus cinglant, plus offensant… Bien sûr que les propos du criminels sont à comprendre sous le signe de l’ironie, à mettre avec les moqueries des soldats et des chefs religieux. Mais tout de même, si l’on regarde un peu les mots, quel reproche peut-on faire à cet appel ? Jésus y est reconnu comme Messie et comme sauveur. C’est une prière qui lui est adressée : « Toi qui es le Messie sauve toi et sauve nous avec. »Est-ce dans l’ironie, dans la moquerie, dans le ton que réside le blasphème ? Je ne crois pas… Après tout. C’est bien une vision tout à fait correcte de Jésus de Nazareth qui amène le premier criminel à rire de lui : le messie, celui qui est oint de Dieu ne devrait il pas être triomphant ? Et puis, que peut on attendre d’un sauveur qui ne sauve pas ? Le blasphème du premier criminel, tout comme celui des chefs religieux c’est que leur image du messie, leur image de Dieu est tellement bien étudiée, tellement ancrée dans leurs esprits qu’ils refusent de se laisser surprendre. Et c’est dans ce catéchisme si parfait, dans cette théologie  que réside le blasphème : si Dieu n’est pas tel que je crois qu’il est, alors il n’est pas Dieu. Si Dieu n’agit pas comme je m’attend à ce qu’il agisse alors il n’est pas Dieu. Si Dieu n’est pas conforme à mon attente de Dieu, alors il n’est pas Dieu…
Face à ce blasphème, n’en déplaise à Mel Gibson, il n’y a pas de réponse (dans La passion du Christ, un corbeau vient crever les yeux du blasphémateur) Dieu reste silencieux, en peut que rester silencieux,  face à notre refus de nous laisser surprendre.

En revanche, une réponse va être donnée au deuxième criminel. Et cette réponse est bien plus scandaleuse que le blasphème du premier criminel. "Aujourd'hui, tu seras avec moi au Paradis". Aujourd'hui, tu seras pris dans ma grâce. Ainsi donc, selon Luc, le premier à être pris dans le salut offert sur la croix est un criminel non repenti et même pas chrétien.
En effet, si je m'en tiens à ce que dit le texte, rien ne me permet d'affirmer le repentir du deuxième criminel : il reconnaît sa culpabilité, il affirme qu'il mérite son sort mais n'exprime aucun regret. Pas de "Pardonne-moi", pas de "je suis un homme pécheur". Ici, même si nous voulons ou pensons qu'il y a repentir, nous devons reconnaître que ce n'est pas ce qui intéresse Luc.
Que le second criminel ne soit pas chrétien, c'est une évidence. Mais je voudrais quand même la développer un petit peu. Il n'a pas reçu le baptême, n'a pas participé au repas du Seigneur, il ne confesse pas la divinité de Jésus et sa confession est finalement moins précise, moins théologiquement correcte que l'ironie du premier criminel. D'ailleurs, si ça se trouve, il n'a même pas une confession de foi trinitaire ! Et pourtant c'est lui qui, le premier, est pris dans cette communion parfaite avec le Christ  "Aujourd'hui tu seras avec moi".
Alors que faire de ce récit ? En quoi la réponse au 2eme criminel nous parle-t-elle ?
Tout d'abord, il me semble qu'elle nous met en garde en tant qu'Église contre notre propension à juger, à réclamer de casiers judiciaires vierges, des attestations de repentir en bonne et due forme, des confessions de foi irréprochables, une adhésion sans faille à nos dogmes et doctrines... Rappelons-nous, quand nous posons  nos conditions d'admission, nos critères de christianisme, de celui qui fut le premier accueilli...
Et puis, cette réponse au second criminel est aussi une réponse pour nous quand nous nous demandons comment vivre notre salut dès aujourd'hui. Vous avez remarqué ? Celui qui demande "Sauve-nous tout de suite" n'a pas de réponse mais à celui demande "Souviens-toi de moi plus tard", il est répondu "Tout de suite". Alors, où est le secret de cette immédiateté du salut ? Je le vois dans la confession de foi minimale de ce brigand...
Pour nous, c'est justice, car nous recevons ce qu'ont mérité nos crimes; alors que lui n’a rien fait C'est à dire : « contrairement à Jésus de Nazareth je ne puis me prévaloir d'aucune justice. Je ne mérite pas ce que je demande »
Quand tu viendras dans ton règne. C’est à dire : « je crois que sur toi la mort n’a pas de prise et ne t’empêchera pas de régner. »
Souviens-toi de moi. C’est à dire :  « c’est en toi seul que réside mon espérance. Même si je ne le mérite pas, parce que je ne le mérite pas mon salut ne peut venir que de toi. »

Voilà, frères et sœurs, se tourner entièrement, exclusivement vers Jésus Christ, ne rien attendre de nos propre mérites, c’est vivre, dès aujourd’hui le salut… Voici donc ce que nous pouvons demander à l’Esprit saint, non pas un catéchisme parfait, taillé sur mesure, répondant à toutes les questions,  mais l’affirmation simple que notre seule espérance est en celui qui nous a rejoint sur la croix et dont nous annonçons qu’il est vivant.

Le grand blond avec une chaussure noire

11 Décembre 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

le-grand-blond-avec-une-chaussure-noire-imagesfilm.jpgTout le monde la connaît  l'histoire abracadabrantesque de ce musicien maladroit pris dans la guerre sans merci que se livrent deux chefs des services secret. A travers cette comédie, Yves  Robert prétend dénoncer l'atteinte à la vie privée et la manipulation  auxquelles les services de renseignement se livrent en permanence. A mon avis, il y a plus efficace comme dénonciation...
En revanche, j'y vois une jolie illustration de la réflexion que la Bible nous invite à avoir sur le regard. Regardé comme un espion,  François Perrin voit sa vie devenir celle d'un espion. C'est bien là la puissance du regard : il est si facile d'emprisonner l'autre dans une image.
C'est ainsi que je comprends aujourd'hui ce commandement "Tu ne te feras point d'image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre." : «  Cesse donc d'enfermer les choses, les gens et Dieu dans les représentations que tu en as »...
Mais à coté, ou plutôt au-dessus de nos regards qui emprisonnent,  il existe aussi un regard libérateur : ce regard d'amour que le Père porte sur nous et qui nous élève au-dessus de ce que nous sommes. C'est en nous regardant comme justes, c’est à dire conformes à sa volonté, dignes de son amour alors que nous ne le sommes pas que Dieu nous libère de notre péché et nous revêt de justice.

P.S : J'aurais pu aussi réfléchir sur la sur-interprétation à laquelle nous n'échappons pas toujours. "Pourquoi est-ce qu'il tire la chasse d'eau ?"

Message personnel

11 Décembre 2007 , Rédigé par Eric George

Suite à quelques soucis d'ordinateur, j'ai perdu un certain nombre d'e-mail. Dont un m'avait été envoyé par un lecteur de Miettes me demandant de jeter un oeil sur un texte. Je n'ai pas eu le temps de vous répondre, mais si cela peut attendre début janvier, ce sera avec plaisir...

Les directives de la honte

10 Décembre 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

A côté de son travail d'aide aux migrants, la Cimade joue également un grand rôle de sensibilisation auprès des Eglises. Elle lance en ce moment une pétition contre un projet de directive européenne  prévoyant une détention de 18 mois pour les personnes étrangères et une interdiciton de séjour sur le territoite européen de 5 ans.
Toutes les informations et la pétition sont ici

Tohu Bohu

7 Décembre 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Disputatio

Résumé des épisodes précédents : Matthieu, Ti'Amo, Micky et moi-même sommes pris dans une longue discussion qui se ramifient entre un article de Matthieu sur Totus Tuus : Ce que nous enseignent les sciences de la nature et sur miettes de théo dans La confession de foi de Calvin (qui n'en demandait sûrement pas tant)..
Thème de cette discussion  : la création ex-nihilo. Comme souvent entre nous, c'est un débat passionnés, souvent un peu rapide et réducteur...
Mais  dans une récente réponse, Matthieu me reprochait de ne pas tenir compte de l'éxégèse juive.
Coïncidence (? ) Au sommet de ma pile de livres à lire L'aujourd'hui de la création de Antoine Nouis, dans laquel l'auteur aborde de façon chrétienne les  récits de la  création mais en utilisant la tradition rabbinique.
Je trouve que les extraits qui vont suivre apportent un éclairage  intéressant et apaisant et qui nous ramène à l'essentiel...
Deux citations préliminaires

Le mot aujourd'hui est dans le titre car il est essentiel dans notre lecture. Si la dissociationentre la science et la Genèse semble un autre acquis de l'exégèse moderne, dans ce domaine aussi nous pouvons nous souvenir qu'il y a huit siècles, le Zohar, qui est le troisième grand livre du judaïsme après la Bible et le Talmud, disait : Malheur à l'homme qui vient nous déclarer que la Torah nous conte l'histoire du monde et qu'elle nous rapporte les événements des hommes dans cette même période.  Le mot Torah, ou enseignement, a une origine qui veut montrer du doigt le chemin. La Torah ne parle pas d'hier mais d'aujourd'hui, elle ne donne pas un enseignement sur le passé mais sur l'actualité. Un passage du Deutéronome commence ainsi. Aujourd'hui, Dieu t'ordonne de mettre en pratique ces lois et ces coutumes. Le commentaire s'interroge sur le mot aujourd'hui : est-ce à dire qu'avant ce texte il n'était pas nécessaire de suivre Dieu ? Voici comment il faut le comprendre : Moïse dit à Israêl : La Torah doit vous être si chère que chaque jour doit être pour vous le jour même de la révélation. Le premier chapitre de la Genèse ne nous dit pas ce qui s'est passé il y a six mille ans (selon le comptage de la Bible) ou  quinze milliards d'années (selon les estimation des scientifiques), il parle de ce qui se passe aujourd'hui. C'est aujourd'hui que Dieu sépare le jour de la nuit, le ciel de la terre et les continents des océans. Dans le rituel de Roch Hachannah qui célèbre, au commencement de l'année juive, la création du monde, l'officiant dit, au moins vingt fois dans la  journée : C'est aujourd'hui la création du monde.


Il me semble que  cette actualité est essentielle  et que nous l'avons un peu perdue de vue...

Les premiers mots de la Genèse disent  "Au commencement Dieu crée". Trois mot en hébreu. Berechit bara elohim qui dans l'ordre donnent Au commencement créa Dieu. Les commentaires rabbiniques ont posé la question : pourquoi Dieu n'apparaît il qu'en troisième position ? Pourquoi y a-t-il écrit : Au commencement créa Dieu et non : Dieu créa au commencement ? Cet ordre n'apporte-t-il pas une confusion en suggérant que c'est le commencement qui acréé Dieu ? Non, répondent ils, cet ordre est une marque d'humilité de Dieu qui ne désire pas mettre son nom au début, comme le font les rois, mais au milieu des choses. Et puis, ajoutent-ils, Dieu ne peut pas se connaître en lui-même. Nous ne pouvons l'aborder que par ce qu'il a fait.


Là, j'avoue que je me sens parfaitement en phase avec la dernière phrase...

Et enfin le coeur du débat

La parole de Dieu ne crée pas à partir du néant, elle organise le chaos et peuple la solitude. Cette constatation renvoie à une nouvelle question : Quelle est l'origine du Tohu Bohu ? Deux interprétations s'opposent.
  • Une première dit que le Tohu Bohu a été créé par Dieu dans un premier temps, dans une sorte de préliminaire à la création. Lorsque la Genèse dit : Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre, ce'est de ce tohu-bohu initial qu'il s'agit. Rachi de Troyes remarque que le verbe créer (bara) a toujours, dans la Bible, Dieu pour sujet. Il y a donc spécifique de Dieu, c'est la création ex-nihilo, à partir du néant; Dieu a commencé par créer le Tohu Bohu à partir de rien, puis il a organisé le chaos primitif en y mettant de l'ordre et en le peuplant.
  • Une seconde interprétation dit que le premier verset est une sorte de générique qui annonce le programme de toute la semaine. Il faut alors le comprendrede la façon suivante : Voici comment Dieu a créé le ciel et la terre : le premier jour il a fait cela, le deuxième... si on s'en tient à cette interprétation, le tohu bohu est antérieur à la création. Dieu n'a pas créé à partir du néant mais à partir du chaos et de la solitude.
La première position insiste sur la souveraineté de Dieu : il n'y a rien dans l'univers qui échappe à sa royauté. La seconde position présente un Dieu en lutte contre le chaos. Nous en trouvons une expression dans le livre de Job. Lorsque Dieu répond à l'homme qui s'interroge sur l'origine du mal, il lui parle de la création : Est-ce toi qui as mis des verrous à la porte de la mer ? Qui lui a dit : tu iras jusqu'ic mais tu n'iras pas au-delà. Ici s'arrêtera l'orgueil de tes flots. Dans le Genèse, le tohu bohu est un chaos aqueux. Le livre de Job prolonge cette conception en parlant d'un Dieu dont la paorle créatrice élève une digue pour ocntenir le chaos...
Ces deux conceptions ont en commun de s'opposer à la philosophie grecque. Contre la conception qui veut que le monde soit éternel, al création ex-nihilo affirme que Dieu a créé la matière. Contre la conception qui veut que Dieu soit lointain ou radicalement étranger au monde matériel, la création à partir d'un Tohu Bohu primitif affirme un Dieu qui est sans cesse en lutte contre le chaos pour que le monde puisse subsister.
Quelle que soit notre compréhension de l'orgine du tohu bohu, la création de Dieu reste une parole qui met la lumière dans la ténèbre, qui pose de l'organisation dans le chaos, et qui peuple la solitude. Aujourd'hui, toute manifestation de chaos, de ténèbre et de solitude peut-être considérée comme une dé création. (...) Elles s'apparentent à une création négative, en marche arrière. Le mal, le désordre, la ténèbre et lka solitude ne sont pas imputables à Dieu, ils viennent de l'absence de Dieu

Ce qui m'amène à reconnaître que j'ai parlé trop vite en affirmant que la création ex-nihilo ne venait pas de la Bible et qui me conforte dans une partie de ma dernière réponse à Matthieu, les deux compréhension peuvent se dire également inspirées par l'Esprit Saint dans ce qu'elles nous disent pour aujourd'hui.
Une remarque toutefois sur le texte de Nouis, il me semble qu'il y a de l'affirmation de la souveraineté de Dieu dans la notion de Tohu Bohu originel (le Tohu Bohu est maîtrisé par Dieu) et qu'il y a de la présence de Dieu dans la création ex-nihilo, Matthieu comme Ti Amo étaient d'accord pour dire que dieu reste présent dans sa création...


La bible et le père Noël

6 Décembre 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Mon cousin me raconte l'histoire suivante

Hier, apres lecture de la genese racontée aux enfants, Elena m'a dit :
"il faut ecrire une lettre au Pere Noel pour lui demander d'offrir la  bible a tout le monde pour que tout le monde s'aime et soit gentil.  Comme ca il y aura la paix sur terre."


Certains s'effaroucheront sans doute de ce mélange entre christianisme et Père Noël, ce n'est pas vraiment mon cas... 
Parce qu'elle n'a pas tort, Elena... Bien sûr recevoir une Bible ne suffit pas, la lire, y recevoir la parole de Dieu et la vivre, ça a du bon aussi. mais comment la lirait-on si nous ne l'avions pas ?

Alors aux pères noël qui me lisent, je voudrai rappeler qu'il est possible de faire en sorte que le plus d'enfants dans le monde aient accès à ce livre, par exemple en aidant l'Alliance Biblique
, mais aussi que pour les enfants qui sont plus près de nous, il n'est pas complètement absurde d'offrir la Bible à Noël... Offrir la Bible, ce n'est pas seulement offrir un bouquin qu'ils ont peu de chance d'ouvrir, mais leur donner les moyens de rentrer dedans, passer du temps avec eux autour de ce livre qui nous dit que nous sommes tous enfants de Dieu et que cette naissance que nous allons célébrer, elle est pour nous... La famille devrait être le premier lieu de catéchisme et de partage biblique...

Alors, j'ai répondu à la proposition d'Elena : Pères Noël, vous avez reçu ma lettre.
Mais à ma lettre aux Pères Noël, je vais ajouter une prière (en l'adressant plutôt à Dieu celle-là) demandant que l'Esprit Saint soit avec nous quand nous ouvrirons ces textes à nos enfants, afin qu'à travers les Ecritures nous recevions la parole de Dieu pour nos vies...
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