Miettes de théologie

Figures bibliques (11) Abishag et l'amour en poudre

27 Novembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

 Le roi David était vieux, avancé en âge ; on le couvrait de vêtements, mais il ne parvenait pas à se réchauffer. Les gens de sa cour lui dirent : O roi, que l’on cherche pour toi une jeune fille vierge ; qu’elle se tienne devant toi, qu’elle prenne soin de toi et qu’elle couche sur ton sein ; ainsi tu te réchaufferas ! On chercha dans tout le territoire d’Israël une belle jeune fille, et on trouva Abishag, la Shounamite ; on la fit venir auprès du roi. Cette jeune fille était très belle. Elle soigna le roi et resta à son service. Mais le roi n’eut pas de relations avec elle.

I Rois I, 1 à 4

 

L'histoire de David et Abishag pourrait provoquer des sourires égrillards ou inspirer des couplets aux carabins. Ceux qui s'obstinent à faire de la Bible un traité de morale glorifieront la  chasteté crépusculaire de David. Les érudits nous enseigneront que l'impuissance  de David, bien loin d'être ici présentée comme une vertu, est une indication de son déclin et de la fin de son règne. Cette interprétation me paraît bien plus fondée.
Mais une très jolie chanson d'Agnès Bihl me suggére une lecture déconnectée de la considération sexuelle et de l'enjeu de la royauté.


 

Il y a une forme au fond du square
Qui ne bouge pas depuis longtemps
C pas un bac, une balançoire
Ni un manège, un toboggan
Un épouvantail ça se tient droit
Et c'est trop petit pour être un arbre
Les statues ça n'a jamais froid
Et les fontaines jamais de barbe
C'est un jeune homme très agé
Mais l'age dort au fond de lui
Fruit vert traité ou retraité, tout le monde s'y trompe et moi aussi

Ce qu'il attend ce vieux brin d'homme
Choque bien les dames du bancs d'en face
C'est chaque jour une jolie mome
Qui vient le voire après la classe
Cette dame murmure, les bancs bourdonnent
Voir ce vieux coeur qui s'est trompé
Qui ose fleurir en son automne
Croquer la vie à plein dentier
Et tous les jours la cloche sonne
Il sait qu'elle ne va pas tarder
Sous sa casquette sa pipe rayonne
Ils vont pouvoir se partager
Elle lui raconte ses petits bobos
Ses rêves et puis ses mauvaises notes
Lui il devient papa gâteau
Sort des bouts de rire du fond de sa hotte
Car l'age dort au fond de lui
Tout le monde s'y trompe et moi aussi

Mais v'la qu'au détour d'une année
La gosse a grandit tout à coup
Et sans l'savoir ni l'faire exprès
A oublié son rendez-vous
Et le vieil homme aux yeux de bohème
Comprit alors du fond de son banc
Que quand on s'appelle Mathusalem
On a pas l' droit d'avoir 20 ans
Pour tant et tant de temps d'entente
Voila qui ne lui reste rien
Pour tant et tant de temps d'attente
Plus de poupée pour le pantin
Il sait qu'elle ne reviendra pas
Que c est une fausse idée de croire
Que les bourgeons ne s'envolent pas
Que les vraies fleurs sont dans les squares
Mais l'age dort au fond de lui
Tout le monde s'y trompe et moi aussi

Et chaque jour des heures qui passent
Le trouvent penché sur son balcon
Pensant s'balancer comme un piaf
Passer la rampe comme un pigeon
Mais à cet age, il n'est plus d' mise
De refuser les lendemains
Fini le printemps des cerises
Pour l'été de la saint martin
Sa pauvre vie est toute trouée
C'est même plus la peine de la r'coudre
Elle est cassée, voûtée, glacée
Et toute en miette et toute en poudre
Maintenant il a l'air de ce qu'il est
D'un vieux coeur froid aux yeux trop bleus
Voila ce que c que de semer, que de jeter d'la poudre aux vieux

Et l'age dort au bord de lui
Tout le monde s'y trompe et moi aussi
Il y a une forme au fond du square
Qui ne bouge plus depuis longtemps
C'est pas un bac, une balançoire
Ni un manège, un toboggan
Un épouvantail ça se tient droit
Et c'est trop petit pour être un arbre
Les statues ça n'a jamais froid
Et les fontaines jamais de barbe
C'est un vieil homme très âgé
Même l’âge est mal au fond de lui
Chrysanthème ou brin de muguet
Personne s'y trompe, moi si 

Agnès Bihl

 

Elle m'invite à  lire dans l'histoire de David et d'Abishag, une considération bien plus universellement humaine, celle d'une vieillesse qui a besoin de se réchauffer à la jeunesse. Il n'est pas question d'un besoin vampirique, libidineux et destructeur mais simplement du besoin de se sentir encore vivant. Il n'est pas question de nier les réalités de l'âge ou de s'illusionner sur une jeunesse éternelle mais de refuser qu'un mur infranchissable sépare l’hiver du printemps.
Et si, au delà de la chronique d'une royale décrépitude, l'histoire de David et Abishag devenait le symbole d'une rencontre possible entre jeunes et vieux ?
Et si Agnès Bihl ne s’y trompait pas tant que ça ?

Carton d'invitation

22 Novembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

 

 

Prédication du dimanche 21 novembre 2010

Luc XIV, 15 à 24

 

Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée d'étudier la parabole des invités à la noce avec des enfants et des jeunes. En effet, à votre âge, quand on est invité à une fête, c'est super et on y va. Non ?

Du coup, cette histoire d'adultes qui sont invités à une fête et qui refusent de s' y rendre, ressemble pour vous à de la science fiction. Alors, pour vous convaincre que Jésus parle bien d'un comportement qui existe, je vous propose d'écouter un petit morceau d'une chanson d'aujourd'hui.

 

Extrait de Le dîner de Bénabar

On s'en fout, on n'y va pas, on n'a qu'à se cacher sous les draps, on commandera des pizzas, toi la télé et moi, on appelle, on s'excuse, on improvise, on trouve quelque chose, on n'a qu'à dire à tes amis qu'on les aime pas et puis tant pis.

 

Dans Le dîner, Benabar évoque une attitude ou au moins une tentation que tous les adultes ici, ont vécu, au moins, une fois.

Eh oui, il arrive, pas si rarement que ça, qu'on ait pas envie d'aller à une invitation.

Et je ne parle pas des invitations officielles ou qui nous sont parfois adressées par des gens qu’on n’a pas plus envie que ça de voir. Non, je parle des invitations qui nous sont adressées par des gens que l’on aime, que l’on serait contents de voir et auxquelles on répond pourtant par la négative.

Bien sûr, comme les invités de la parabole, nous avons toujours d’excellentes raisons : notre travail, notre famille, nos affaires. Mais, en fait, la vraie raison, c’est nous-même. Notre vraie réponse c’est alors « J’aimerais bien mais je n’ai pas envie ». En tout les cas, c’est la réponse que nous donnons à ce Royaume de Dieu qui se présente comme une invitation.

Et c’est par ce refus des invités que nous pouvons le mieux comprendre ce que ça veut dire que présenter le Royaume de Dieu comme une invitation.

 

Une invitation, ça nous oblige à sortir de chez nous, à nous arracher du confort douillet de notre couette, à notre canapé, à notre télévision ou à notre console de jeu. Une invitation, ça nous bouscule dans nos habitudes.

Et le Royaume de Dieu, c’est d’abord cela. Ce n’est pas une promesse pour après la mort, (il faut tout de suite arrêter d’entendre le Royaume de Dieu comme le paradis) mais un appel à vivre différemment, à transformer nos manière de voir et d’agir, à sortir de nous-même pour aller vers l’autre.

         Une invitation, c’est aussi une exigence. On dit souvent « si c’est une invitation, ce n’est pas obligatoire ». C’est vrai qu’une invitation, ce n’est pas un ordre mais ce n’est pas non plus un « venez-si-le-cœur-vous-en-dit ». Une vraie invitation, ça demande une réponse et, de préférence une réponse positive. Si vous invitez quelqu’un, c’est parce que vous avez envie qu’il vienne. Inviter quelqu’un parce qu’on y est forcé, en espérant qu’il ne viendra pas, ou en se moquant de savoir s’il viendra ou non, ce n’est pas une invitation, c’est un faire-part.

Donc en nous disant que le Royaume de Dieu est une invitation, Jésus nous dit que Dieu a envie que l’on vienne, que chacun de nous participe à cette vie nouvelle.

 

Et c’est la deuxième partie de la parabole qui nous dit cela. Si la première partie nous parle du refus des invités, de notre refus de bousculer notre vie pour répondre à l’appel de Dieu, la deuxième partie nous montre un Dieu qui veut que sa salle de fête soit pleine, qui le veut à tel point qu’il va envoyer chercher à tous les coins de rues celles et ceux qu’on invite jamais, celles et ceux que personne ne voudrait voir à une fête.

Généralement, quand on se représente le Royaume de Dieu on le voit très loin, inaccessible, un club très fermé où seule l’élite pourrait entrer et voilà que la parabole nous parle d’une invitation lancée à la ronde. Mieux que ça, elle nous parle d’irrecevables que l’on oblige à venir.

 

         En fait, c’est là, la différence entre ces deux vagues d’invités. Les premiers sont les gens biens, ceux pour qui cette invitation est tout à fait normale, pour les seconds, l’invitation est extraordinaire et pour tout dire inespérée.

J’ai parlé tout à l’heure de ces invitations que nous refusions alors même qu’elles viennent de gens que nous aimons et que nous avons plaisir à voir. Quand nous refusons ces invitations, c’est que nous pensons bien avoir d’autres occasions de rencontrer ceux qui nous invitent et que du coup, nous ne faisons pas de ces temps partagés une priorité.

 

Quels invités sommes-nous ? Nous sommes parfois ces gens biens qui reçoivent un carton d’invitation et qui nous disons « si je n’ai rien de mieux à faire, peut-être que j’irais. Et là, la parabole nous dit cette fête dont nous nous privons nous-mêmes. « Aucun de ceux qui avaient «été invités ne goûtera de mon dîner ».

Mais parfois, nous sommes au bord du chemin, persuadé d’être indésirables, trop petits, trop malades, trop inutiles pour que quiconque veuille de nous et voilà que cette parabole nous relève, voilà qu’elle nous apprend que Dieu veut nous voir à sa table, que pour nous faire venir, il a dépêché ses serviteurs, que c’est pour nous qu’il a tout préparé et qu’il n’est pas question que rien ne se perdent.

 

Frères et sœurs, une invitation incroyable nous est adressée, une fête inoubliable nous est ouverte, une joie immense nous est proposée. Comment pourrions nous lui préferer le petit confort de notre égoïsme et de notre solitude ?

Le commandement et la parole

17 Novembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

"Aime ton prochain comme toi-même " "Aimez-vous les un les autres" Quel que soit le verset, le verbe aimer passe mal à l'impératif.

Mais la première lettre de Jean ouvre une piste de compréhension intéressante.

Celui qui prétend l'avoir connu alors qu'il ne garde pas ses commandements est un menteur et la vérité n'est pas en lui. Mais l'amour de Dieu est vraiment parfait en celui qui garde sa parole ; à cela nous reconnaissons que nous sommes en lui.

I Jean II, 4 et 5

Ainsi, en l'espace de deux versets, l'amour du prochain passe du statut de commandement à celui de parole. Plus précisément, il est commandement pour celui qui est dans le ténèbres et devient parole pour celui qui est dans la lumière. Or, la parole dans Jean, c'est le logos, qui renvoie au verbe créateur, cette parole de Dieu qui fait ce qu'elle dit rien qu’en le disant.

Tant que je suis livré à moi-même, l'appel à l'amour résonne pour moi comme une loi insupportable. En effet, de tout mon cœur, je voudrais  lui obéir mais de tout mon être, je lui résiste. Mais lorsque je suis en Christ, lorsque je vis de sa lumière, l'amour devient pour moi une évidence, c'est même la seule possibilité  qui me soit donnée. L’amour de Dieu est alors vraiment parfait, c'est-à-dire accompli.

C’est même une merveilleuse promesse : « a cela nous reconnaissons que nous sommes en lui ». A chaque fois que mes actes sont commandés par l’amour, j’ai la certitude que c’est lui qui me conduit, que je lui appartiens. Autrement dit, à chaque fois que j’aime, j’ai la preuve de son amour pour moi.

Persécution et dialogue interreligieux

13 Novembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

L'attentat  contre une église d'Irak est un choc, mais pas vraiment une surprise. Depuis un certain temps déjà, les annonces se succèdent sur les réseaux chrétiens, nous informant de situations dramatiques. Dans plusieurs pays musulmans, les chrétiens sont persécutés, à force de vexations ou de brimades voire d’arrestation et d’exécution, par les autorités ou par des groupuscules. Il ne s'agit pas de situations nouvelles mais plutôt d'une prise de conscience (Authueil parle de buzz, c’est sans doute vrai mais cela n’empêche pas la réalité des faits)
Je me fais le relais de ces informations et cela me fait mal. D'abord parce que ces situations ne devraient pas exister, parce que nul ne devrait, au XXI° siècle, être inquiété voire tué à cause de sa foi. Ensuite parce que je sais bien que ces informations sont très largement reprises par les fauteurs de haine, nostalgiques des croisades, ou rêveurs d'un choc de civilisations.
Pourtant, si je me refuse à une généralisation excessive, si je sais bien que là encore, la religion est instrumentalisée à des fins politiques, que les facteurs historiques et géopolitiques sont nombreux, je ne suis plus non  plus assez naïf pour ne voir dans ses tragédies que les agissements d'une minorité de fanatiques.

Le problème me semble plus profondément lié à une forte revendication hégémonique, à la négation de la liberté de conscience. Il ne s'agit pas de diaboliser l'Islam, ni d'oublier que ces tentations n'épargnent pas le christianisme (notre histoire le prouve et ces tentations n'appartiennent pas seulement au passé). Il ne s'agit pas de refuser tout dialogue et de ne voir la rencontre possible que dans le fracas des armes.

Mais aucune discussion honnête ne sera jamais possible si nous ne pouvons poser aux  musulmans que nous rencontrons dans nos échanges interreligieux, la question de la situation des non-musulmans en terre d'Islam, la question de la liberté de quitter l'Islam et la question de l'adéquation entre les réponses et les faits.

Je ne crois pas que l'Islam soit, plus que le christianisme, condamné à la violence, mais je crois que, comme le christianisme, il ne pourra se guérir de cette maladie que par l'autocritique.
Je ne me sens pas le droit de décréter que la violence est constitutive de l'Islam mais je crois et je veux avoir le droit de poser la question.

 

PS  : après un échange avec mon ami et collègue Gilles Boucomont, une précision me semble s'imposer, ce billet est rédigé sur un point de vue raisonnable et humaniste, comme une base sur le dialogue entre deux religions, le christianisme et l'Islam.

Au regard de ma foi, je ne peux que pleurer pour mes frères et soeurs victimes, prier pour la fin de cette haine et ces violence et proclamer, à cause de Jésus Christ, mon espérance en l'Esprit de Dieu qui nous libère de ce cycle infernal.

Under cover

7 Novembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

archedalliance2.jpgPrédication du dimanche 7 novembre 2010

Exode XXV, 10 à 22

Romains III, 21 à 30

 

Notre lecture de l’Exode nous conduit à présent dans la longue description de la tente de la rencontre, cette préfiguration du Temple. Je ne pense pas que nous nous arrêterons sur tous les éléments qui composent et meublent cette tente.

Mais ce matin, nous allons tout de même nous arrêter sur l’arche, ce coffre appelé, nous dit le texte, à contenir les tables de la loi, ou plutôt nous allons s’arrêter sur son couvercle. En effet, même si nous autres, protestants ne sommes pas très à l’aise avec le mobilier sacré, bien comprendre ce qu’est le couvercle de l’arche est indispensable pour bien comprendre une des affirmations centrales de l’Epître aux Romains.

Ce matin, nous allons voir que Paul compare Jésus au propitiatoire et, en nous penchant sur les fonctions de ce propitiatoire, nous allons comprendre ce que Paul nous dit de Jésus.

 

« C’est lui que Dieu a destiné à servir d’expiation » : selon les traductions vous trouverez « expiation », « victime propitiatoire », « victime », « sacrifice ». En fait, le mot qui est utilisé par Paul, c’est « ilasthrion ». Ilasthrion, c’est le mot qui dans la Septante, la version grecque de l’ancien testament, et chez les auteurs juifs de l’antiquité, traduit le mot hébreux kapporeth, qui ne désigne que le couvercle de l’arche d’alliance et dont la racine veut dire « recouvrir » ou « expier ». C’est pour cela que nos traductions appellent souvent ce couvercle le propitiatoire (ou d’absolutoire).

Si je fais tout ce détour linguistique, c’est pour bien faire comprendre que le juif Paul ne dit pas ici « c’est lui que Dieu a destiné à servir de victime par son sang » ni « c’est lui que Dieu a destiné à servir de sacrifice par son sang» mais « c’est lui que Dieu a destiné à servir de couvercle (ou de couverture) par son sang ». Il y a bien une allusion au sacrifice mais elle n’est pas aussi forte, ni aussi immédiate que les traductions le laissent entendre.

Alors, à quoi sert ce couvercle de l’arche ?

 

Tout d’abord, il est effectivement le lieu précis où, une fois dans l’année, le grand prêtre répand le sang d’un bouc pour l’expiation du peuple d’Israël. Juste un mot sur ce sacrifice, contrairement aux sacrifice païens qui consistaient à nourrir la divinité, ici, il s’agit plutôt de se couvrir. Le sang qui couvre le couvercle de l’arche couvre en fait le peuple, le protégeant contre la colère de Dieu. En fait, c’est le bouc qui trinque. Le sang répandu du bouc évoque le sang de l’agneau répandu sur les portes des hébreux lors de la sortie d’Egypte. Mais nous reviendrons sur le sacrifice.

Ensuite, et vous me pardonnerez cette lapalissade, le couvercle de l’arche, sert à couvrir l’arche, à y enfermer les tables de la loi ; en fait, à masquer aux regards, la révélation de Dieu à son peuple, peut-être dans un geste de préservation du sacré (je peux même vous renvoyer à la scènes de l’ouverture de l’arche par les nazis, dans Les aventuriers de l’arche perdue, scène dans la quelle Spielberg me semble assez théologiquement correct), mais aussi pour que ces tables de la loi ne soient pas seulement un code extérieur de conduite mais deviennent un code intérieur. L’intérêt n’est pas de regarder vers les tables de pierres pour voir ce que nous devons faire mais de le savoir au fond de nous. Quoiqu’il en soit, le couvercle sert bien à couvrir, à cacher.

Mais ce couvercle qui sert à cacher est très visible, il est d’or pur, orné de deux chérubins, il sert aussi à montrer, à signaler. Il est, nous dit le texte, le lieu ou Dieu vient rencontrer Moïse puis le grand-prêtre. Mais le couvercle n’est pas pour autant une idole. En effet, Dieu ne parle pas du propitiatoire, ni des kerubim, il parle d’au-dessus du couvercle. Nous ne sommes donc pas du tout face à ces statues païennes que la divinité était censée venir habiter.

 

Eh bien, Paul nous invite à reprendre ces trois fonctions en les appliquant à Jésus, le Christ.

 

Il est le lieu précis où Dieu vient nous rencontrer. Bien sûr que Dieu est partout, et de tout temps, mais en disant cela, nous disons aussi qu’il n’est nulle part, qu’il n’appartient pas à notre existence puisqu’il est en dehors de l’espace et du temps. Eh bien, en Jésus Christ, Dieu entre dans notre espace et dans notre temps. Jésus Christ est ce lieu où Dieu se révèle à tous. En effet, le propitiatoire n’est plus caché dans le saint des saints, accessible au seul grand prêtre, il est accessible à tous, aux juifs comme aux païens précise, Paul.

Toutefois, tout comme Dieu parle au dessus du propitatoire, le Dieu qui se révèle en Jésus Christ, reste le dieu inconnaissable, bien plus grand que Jésus Christ.

 

Mais si Dieu se révèle en Jésus Christ, on peut aussi dire qu’il se cache en Jésus Christ. En effet, il est encore moins facile de reconnaître Dieu dans l’enfant de la crèche, dans le vagabond nazaréen ou dans le blasphémateur crucifié qu’à travers l’or et les kerubim du propitiatoire. Ce ne sont pas nos raisonnements humains qui peuvent nous permettre de reconnaître Dieu en Jésus Christ mais la foi seule. Or, la foi, pour Paul, n’est pas une œuvre humaine mais un don que Dieu nous fait.

Il est important que nous nous en rappelions car, nous ne cessons de nous poser plein de question, de douter, de ne pas savoir. Si la foi était une adhésion de notre intelligence, alors ces doutes, ces questions montreraient sa fragilité. Mais la foi ne vient pas de nous, elle nous est donnée et bien sûr notre intelligence humaine résiste de toutes ses forces à cette foi. Mais à vous tous qui êtes là ce matin, avec vos doutes, vos questions, avec votre non savoir et votre manque de foi, j’ai le regret de vous le dire, si vous êtes là ce matin, c’est que votre foi est plus forte que votre intelligence. Plus sérieusement, ne laissez jamais vos doutes ou vos incertitudes vous convaincre que vous n’avez pas la foi. Nos questionnements ne sont pas du même ordre que ce cadeau magnifique que Dieu nous fait.

 

Et bien sûr, c’est pour notre pardon que Dieu nous rejoint en Jésus Christ. Jésus est notre couverture, notre abri.

Et voilà le moment, où nous ne pouvons esquiver plus longtemps la notion de sacrifice, puisque si Paul compare Jésus au couvercle de l’arche, il nous précise bien que c’est par son sang, que Jésus est propitiatoire. Nous sommes donc bien dans un registre sacrificiel. Et cela n’a rien de surprenant vu la culture juive de Paul.

Or, si je crois que c’est par sa mort que Jésus nous sauve, je ne lis pas cette mort comme un sacrifice offert à Dieu. Mais je crois que nous pouvons garder un aspect de cette dimension sacrificielle, celui de l’offrande.

Dieu nous donne son pardon, mais il ne nous donne pas quelque chose qui ne lui coûte rien. Dieu ne donne pas son pardon comme on se débarrasse de quelque chose qui nous encombre, ou comme on distribue ce dont on n’a que faire. Cette grâce que Dieu nous donne a, pour lui, un prix, et c’est le prix fort.

Quel meilleur moyen de dire l’amour de Dieu, que de te dire, à toi, mon frère, ma sœur, qui m’écoute, que pour toi, pour te rejoindre, pour te délivrer de tes chaînes, pour t’entraîner à la vie, Dieu a payé le prix fort. Pécheur, perdu(e), plein€ de doute et de question, tu es infiniment précieux aux yeux de Dieu. Voilà la grande affirmation de la lettre aux Romains.

 

Frères et sœurs, en Jésus Christ, Dieu vient à notre rencontre. Il ne s’impose pas à nous mais, tout en laissant libre cours à nos questions, à nos réticences, à nos impossibilités raisonnables, il nous donne de le reconnaître. En Jésus Christ, il nous donne son pardon, un pardon qu’il paye à grand prix. Et ce pardon, c’est notre vie.

 

Amen

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