Miettes de théologie

La protestation de la veuve

28 Octobre 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 28 octobre
Réformation
Job XIII, 1 à 19
Luc XVIII, 1 à 8

C’est une parabole un peu étrange que celle du juge injuste. En effet, la comparaison est à la foi surprenante et dangereuse, une comparaison qui nous conduit à la protestation. Parce qu'elle est surprenante, elle nous interpelle sur notre langage et nos images. parce qu'elel parle de la prière elle est dangereuse. Parce qu'elle nous invite à la persévérance, elle nous conduit à la protestation.

En premier lieu, la parabole est surprenante parce que comparer Dieu à un juge injuste qui fini par céder pour qu’on lui fiche la paix est pour le moins inattendu. Un bon berger, un père aimant, un créancier généreux mais exigeant, un propriétaire excentrique, un roi sévère mais juste, un semeur zélé, toutes ces images sont cohérentes, mais un juge inique ?
Alors bien sûr, il s’agit ici d’une comparaison a fortiori : si même le juge inique finit par entendre la veuve alors, à plus forte raison, Dieu entendra ses enfants qui crient vers lui…
Il n’en reste pas moins que la comparaison est audacieuse et devrait nous donner un peu plus d’audace pour parler de Dieu, elle devrait nous conduire à sortir des sentiers battus, des images pieuses, à redoubler d’imagination, à ne pas avoir peur de la provocation intelligente, celle qui cherche à faire réfléchir plus qu’à simplement choquer. Témoins de Jésus Christ, porteurs de son message, nous devrions, comme lui, toujours renouveler notre langage… Pour sortir des images taillées, n’ayons pas peur des images vivantes, toujours nouvelles, n’ayons pas peur des comparaisons les plus inattendues : Jésus lui-même a pu comparer Dieu à un juge inique !

Mais c’est aussi une comparaison dangereuse, a fortiori parce qu’elle parle de la prière : parce que cette veuve m’importune, je lui ferai justice, afin qu’elle ne vienne pas sans cesse me casser la tête Et Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient à lui jour et nuit, et tardera-t-il à leur égard? Eh bien, pour ma part, je connais un bon nombre de gens qui pourraient dire «  eh bien moi, Dieu ne m’a pas entendu » « moi, Dieu est resté sourd à ma prière ». Oh bien sûr, peut-être mon statut de pasteur, de théologien devrait-il me permettre de répondre, d’expliquer que la réponse de Dieu n’est pas forcément celle que nous attendons, que Dieu n’est pas un grand magicien ni un talisman contre les malheurs de la vie. Mais franchement, ces réponses théoriques me paraissent peser très peu face aux souffrances concrètes, et Job a finalement raison d’appeler ceux qui les brandissent « plâtriers du mensonge ». En effet, brandir ces réponses, c’est masquer des trous sans vraiment les réparer…
 Si, en revanche, j’entend la plainte de Job, si j’entend le cri de souffrance des innocents,  je suis bien obligé d’admettre que, souvent, Dieu ne sort pas vraiment grandi de cette comparaison avec le juge inique. Notre Dieu ne serait-il finalement pas plus sourd, plus endurci que ce juge ?
                                                                                                                    ***
Je ne sais pas si Dieu est un juge inique. Je ne le crois pas et pour dire la vérité, je suis incapable d’expliquer réellement son silence… Mais ce que je sais, c’est que nous sommes bien dans la situation de cette veuve.
En effet, qu’est ce qu’une veuve en Israël à cette époque ? C’est quelqu’un qui, sans le secours d’autrui, ne peut survivre. C’est quelqu’un qui ne peut compter que sur la justice de ses pairs. C’est quelqu’un qui, frappé par l’injustice, ne peut que crier « non » ou se taire et mourir. Or la veuve de la parabole refuse de se taire. Elle est certes impuissante, mais il y a une chose qu’elle peut faire, c’est protester.
Je crois que l’homme reçoit son salut de Dieu seul et je ne suis même pas certain que cette « réception » soit, elle-même, un geste volontaire, une participation de l’homme à la grâce de Dieu. Mais pourtant, cette affirmation de la grâce, de la gloire qui revient à Dieu seul n’est pas pour autant un fatalisme. Il reste à l’homme une place, une liberté, celle du cri, celle de la protestation face au monde, face aux hommes et face à Dieu lui même. C’est Job qui refuse de se laisser museler par les pieuses paroles de ses amis et qui réclame un procès face à Dieu lui-même. C’est le psalmiste qui ne craint pas de dire à Dieu : « Tu m’as abandonné ». C’est cette veuve que Jésus nous peint réclamant la justice sans jamais se lasser. C’est Martin Luther à la diète de Worms je suis lié par les textes scripturaires que j’ai cités et ma conscience est captive des paroles de Dieu ; je ne puis ni ne veux me rétracter en rien, car il n’est ni sûr, ni honnête d’agir contre sa propre conscience. Je ne puis autrement, me voici, que Dieu me soit en aide.
Actuellement, nous rappelons souvent que protester n’implique pas forcément la notion de « contre » mais que notre protestation est une protestation « pour ». En fait, je crois qu’il nous faut tenir les deux ensembles. Comme le cri de Job, comme la plainte de la veuve, notre protestation est « contre », contre l’injustice, contre la souffrance, contre les fausses images de Dieu, contre les obscurantismes de toutes formes, contre tout ce qui prétendrait nous séparer de la grâce… Mais, comme la révolte de Job, comme la supplique de la veuve, notre protestation est aussi l’affirmation d’une grande espérance. Si avec Job, avec la veuve, nous refusons de nous taire c’est que nous croyons que Dieu nous entend, c’est que nous croyons en l’avènement de la justice. Ainsi, dans les psaumes, la complainte et le chant de louange s’unissent-ils souvent en une même prière… Mais qu’elle soit « contre » ou « pour », notre protestation est toujours un refus, le refus de se taire, le refus de nous laisser imposer le silence, le refus de nous laisser décourager.

Je ne sais pas si Dieu est un juge inique. Je ne sais pas si toute prière est toujours exaucée. La parabole de la veuve ne répond pas à toutes mes questions, loin de là mais elle m’invite à la persévérance. Persévérance dans la prière, certes, mais aussi persévérance dans mon action.
En effet, mon action me semble parfois bien vaine, deux fois inutile, pour tout dire. Inutile parce que je suis trop faible, trop petit pour prétendre changer le monde. Inutile également parce que je ne crois pas que Dieu m’aime pour mes bonnes œuvres. Alors à quoi bon ? En effet, à quoi bon ? Et à quoi bon la plainte de la veuve face à un juge qui ne craint ni Dieu, ni les hommes ?
Mais voilà la plainte, le refus, l’action sont les seuls lieux que je peux habiter en tant qu’homme, en tant que femme. Qu’importe si cela ne change pas le monde, tant mieux si la grâce de Dieu m’est déjà acquise, de toute façon, aujourd’hui, par mes actes, par mes paroles, je veux me tenir debout et , libre vis à vis de toute autorité religieuse et humaine, proclamer que Dieu est juste et aimant et lui réclamer son amour et sa justice.

Frères et sœurs, que la plainte de la veuve nous fasse renoncer au silence et à la résignation, que la certitude de la grâce nous conduise à la protestation. Que chacun de nos actes, chacune de nos paroles disent non à la souffrance, non à l’injustice, à l’oppression et à la mort et oui au Dieu vivant et aimant que nous proclamons et appelons. Aujourd’hui plus que jamais, refusons de nous taire et devant les hommes et le monde, proclamons et protestons que notre Sauveur est vivant

Amen

Don, offrande et gratuité

25 Octobre 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Il n'est jamais très facile d'annoncer la grâce tout en rappelant à ceux qui se tournent vers notre Eglise que celle-ci ne vit que des dons de ses membres...

Voici le texte que notre paroisse a composé pour expliquer ce paradoxe, j'espère avoir de la part en particulier des non chrétiens (ou plutôt de ceux qui ne fréquentent pas assidûment une paroisse ou une Eglise) qui me lisent quelques commentaires quant à la clarté de ce texte.
Ce texte est un extrait d'un dépliant qui donnera également quelques explications sur la manière dont sont utilisés et répartis les dons...

Pourquoi donner ?

Le don est une nécessité pratique…

L’Église Réformée de France est une association cultuelle : sous le régime de la loi de 1905, elle ne reçoit aucune aide de l’état.

C’est gratuitement qu’elle veut annoncer la Bonne Nouvelle à travers ses cultes, ses partages bibliques, l’accompagnement des événements familiaux, les rencontres avec un pasteur

Ce sont donc vos dons  qui lui permettent de
- rémunérer ses pasteurs
- entretenir ses locaux (temples, salles paroissiales et presbytères)
- couvrir ses frais de fonctionnements tant au niveau local que national (déplacements, frais de bureau, etc.)
- lancer de nouveaux projets.

Par vos dons vous permettez à notre Église de rester un espace de gratuité

…c’est aussi un geste de foi

Je donne pour sortir de moi-même et me tourner vers l’autre. Je donne parce que je crois que Dieu donne le premier, pour le remercier. Je donne pour dire ma confiance et mon engagement.

C'est par un baiser que le lâche Robert Ford assassine Jesse James

24 Octobre 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

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Vous connaissez l'histoire de Jesse James
Comment il a vécu, comment il est mort ?
Ca vous a plu ? Vous en voulez encore ?
S. Gainsbourg

L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford est un film aussi lent que son titre est long, non pas d'une lenteur ennuyeuse mais de celle qui convient à la mélancolie. On nous y raconte la fin d'une histoire et le début d'une légende le délabrement d'une bande, une trahison et une rédemption manquée. Brad Pitt campe un Jesse James christique. Cependant malgré un goût prononcé pour la provoc' je n'irais pas très loin dans la comparaison entre Jésus de Nazareth et ce tueur revanchard et paranoïaque dont la légende de l'ouest a cru bon de faire un Robin des Bois. Mais quand même, Andrew Dominik nous dépeint un Jesse James parfaitement conscient de la trahison de Robert Ford et acceptant une mort filmée comme un sacrifice. Une trahison et une mort qui suivent le dernier repas familial. Et un verset me trottera dans la tête pendant le reste du film

 "Judas, c'est par un baiser que tu livres le fils de l'homme."
Luc XXII, 48.

Je ne vois pas dans ce baiser une circonstance aggravante pour Judas mais plutôt l'expression de la réalité de la trahison. En effet, celui qui nous trahit ce n'est pas le fourbe de théâtre mais c'est l'ami, celui que nous accueillons à notre table. Et c'est bien pour cela que la trahison nous blesse. Tout comme le film de A. Dominik l'évangile de Luc nous redit l'intimité et la profondeur de cette blessure. En Jésus Christ, Dieu nous rejoint dans nos souffrances : l'impuissance, l'injustice, la peur, le désespoir, la révolte, l'abandon, la douleur et la mort. La trahison aurait manqué à ce tableau terrible. Et c'est peut-être Luc qui en rend le mieux compte : c'est par un baiser, un geste d'amour que vient le coup mortel.

Et Dieu endurcit le coeur de Pharaon...

16 Octobre 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

pharaon-copie-1.jpgIl y a quelques temps, (Matthieu, mon petit frère, pas le webmestre de Totus Tuus) me demandait si, selon moi, toute la Bible était inspirée. J'ai vraisemblablement répondu que si l'inspiration traversait toute la Bible, tous les textes bibliques ne me parlaient pas forcément (que tous les textes soientinspirés ne signifie pas forcément que je le sois moi-même toujours). Si certains demeurent silencieux, d'autres me gênent profondément, me blessent dans ma foi, même. Plutôt qu'écarter ceux-là, je crois nécessaire de s'y arrêter et d'essayer de voir ce qu'ils peuvent nous dire.

L’Eternel dit à Moïse: Va vers Pharaon, car j’ai endurci son coeur et le coeur de ses serviteurs, pour faire éclater mes signes au milieu d’eux.C’est aussi pour que tu racontes à ton fils et au fils de ton fils comment j’ai traité les Egyptiens, et quels signes j’ai fait éclater au milieu d’eux. Et vous saurez que je suis l’Eternel. (Exode X, 1-2)

Le récit des plaies d'Egypte fait partie de ces textes. Pas tant à cause de sa dimension catastrophique qu'à cause d'une petite ritournelle : "et l'Eternel endurcit le coeur de Pharaon". En effet, si tout le monde sait que l'Exode  raconte  comment Dieu frappa l'Egypte jusqu'à ce que Pharaon laisse partir son peuple, on oublie souvent que ce même texte montre aussi Dieu endurcissant le coeur de Pharaon afin qu'il ne libère pas les hébreux avant que l'Egypte pleure ses premiers nés... Cette idée d'un Dieu qui endurcit le coeur de ses ennemis n'est d'ailleurs pas propre à l'exode, on la trouve à d'autres endroits, comme par exemple le livre de Samuel : c'est Dieu qui envoie à Saûl un souffle mauvais...
Que les choses soient claires, je ne crois pas en un Dieu qui endurcit le coeur d'un homme pour pouvoir frapper son peuple, histoire de se faire mousser. Je n'y crois pas car ce n'est pas le Dieu que me révèle Jésus, le Christ. Je n'y crois pas car je ne vois pas comment je pourrais placer ma confiance en ce Dieu-là. Pourtant, si je récuse l'image de Dieu que véhicule ce texte, il me paraît un peu facile de me contenter de l'écarter en évocant la barbarie superstitieuse d'un rédacteur mal inspiré. Un peu facile également d'arguer de l'inaccessibilité des voies du Seigneur.
En fait, si ce texte ne me parle pas de Dieu, il pose, avec beaucoup d'acuité, le problème du mal remettant en question les deux réponses chrétiennes les plus courantes.
Tout d'abord ici, pas d'intervention du diable. Ce ne sont pas des esprits rebelles qui endurcissent le coeur de Pharaon, on ne trouve dans ce texte que Dieu et l'homme. Ni démon, ni ange déchu ne viennent commodément expliquer le mal en dédouanant un Dieu à la fois bon et tout puissant.
Il est également difficile d'évoquer le libre arbitre de Pharaon puisque le texte nous dit précisément que le Pharaon n'a pas le choix. S'il agissait de son propre chef face au 5 premières plaies, dorénavant Pharaon n'est plus maître de lui même, il est dominé par un mal plus fort que lui. Si j'en crois ce texte, l'homme n'est pas toujours l'auteur du mal qu'il fait.

Mes lecteurs habituels savent que, personnellement,  j'ai ma propre explication face à ce mal qui nosu anime et ne dépend ni d'un adversaire personnalmisé de Dieu ni de notre propre libre-arbitre mais je ne la rappelerai pas dans cet article car je reconnais l'inspiration de ce texte non dans les réponses qu'il m'apporte mais dans la question qu'il me pose et les réponses qu'il m'interdit d'estimer définitive.  Je en crois pas en un Dieu pervers qui endurcit le coeur, mais ce texte m'empêche de me réfugier derrière des réponses toutes faites face à l'atroce absurdité du mal.

Je ne sais pas d'où vient l'endurcissement du coeur de Pharaon pas plus que l'endurcissement de mon propre coeur, mais je crois à cette promesse :

Je vous donnerai un coeur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau; j’ôterai de votre corps le coeur de pierre, et je vous donnerai un coeur de chair.
Ezechiel XXVI, 26

Le dixième reconnaissant

14 Octobre 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 14 octobre
II Rois V, 14 à 17
Romains VII, 7 à 25
Luc XVII, 11 à 19

Plus qu’une guérison miraculeuse, Luc nous dépeint l’irruption de la grâce dans une scène de vie quotidienne. Une irruption de grâce qui nous met en marche.

Tout d’abord, il y a la lèpre. Pour nous la lèpre c’est une maladie, une maladie que l’on sait soigner et qui, pourtant, fait encore rage dans le tiers monde. Mais à l’époque de Jésus, la lèpre est encore pire qu’une maladie. Le lépreux est réellement mis au ban de la société, il est considéré comme souillé, impur et source d’impureté. Et à cause de cette impureté, il est exclu aussi bien religieusement que socialement. La scène que Luc nous dépeint est d’ailleurs une scène de vie courante, à la limite d’un village, le voyageur est hélé, à distance, par des lépreux qui vivent là, nombreux (le nombre 10 signifie sans doute « beaucoup ») à la frontière de la vie humaine, en marge de la société qui les rejette.
Et Jésus les voit. Je pense que nous avons tous fait l’expérience de moments où l’on préfère ne pas voir le malheureux, l’exclus même quand celui ci nous hèle. Peut-être aussi avons-nous fait l’expérience d’être celui ou celle qu’on refuse de voir. En tout cas, je pense que nous en savons assez pour comprendre l’importance de ce regard. En entendant leur appel, en regardant les lépreux, Jésus les réintègre déjà au tissus social.
Un regard d’abord puis une parole Ici, il n’y a pas de geste magique, pas d’imposition des mains, pas d’autres manifestations que cette parole : « Allez vous montrer aux prêtres ». Et cette parole sonne comme une promesse.
En effet, c’est la règle dans le judaïsme : le prêtre est celui qui peut déclarer purs le lépreux (une preuve de plus que nous sommes ici bien plus dans le domaine de l’impureté que dans le domaine de la médecine). Jésus ici, reste donc strictement, dans le cadre de la société de son époque : contrairement à ce qui se passe dans d’autres récits de guérison de lépreux, il ne touche pas les lépreux ni ne les déclare guéris.  Une scène de la vie quotidienne…

Mais voilà qu’un des lépreux revient sur ses pas en louant Dieu et en se jetant aux pieds de Jésus : il a vu qu’il était guéri et il rend grâce. Et Jésus répond à cette action de grâce : Ta foi t’a sauvé…
Quel est ce salut dont il est question ici ? De quoi le lépreux samaritain est-il sauvé ? Il est évident que ce n’est pas de sa lèpre. Les autres en ont été guéri aussi, affirme Jésus. Mais je ne pense pas que Jésus parle ici du salut eschatologique pour éviter le patois de Canaan, je ne crois pas qu’il soit ici question de la damnation éternelle, des flammes de l’enfer. Pourquoi ? Parce que cette parole de salut s’adresse au samaritain seul et que si il était ici question du jugement dernier, cela signifierait que c’est leur non-reconnaissance qui a perd les 9 autres. Or, les guérisons de Jésus ne sont pas des épreuves en vue du salut, ce sont des actes de pure compassion de pur amour. Je me refuse à croire qu’une guérison opérée par Jésus puisse entraîner, même indirectement, la perdition de celui qui est guéri.
Alors pourquoi Jésus dit-il au samaritain qu’il est sauvé ? Eh bien rappelons-nous de la précision de cette scène, rappelons-nous que Jésus respecte ici scrupuleusement les prescriptions de la Loi juive et qu’il envoie les lépreux voir le prêtre. Et c’est sur le chemin qui le conduit au prêtre que le Samaritain découvre qu’il est guéri, c’est avant de voir le prêtre qu’il fait demi-tour. Sans doute les autres lépreux ont-ils été guéris, sans doute ont-ils été déclarés purs, mais ils sont finalement restés dans cette notion de pureté/impureté, resté captifs de cette loi qui peut déclarer l’impureté mais sans la guérir, qui peut montrer le péché mais sans en préserver l’homme. Car c’est bien là, l’échec de la loi dont parle Paul : si elle peut montrer à l’homme ce qu’est le péché, si elle peut lui montrer qu’il est pécheur elle ne peut pas le guérir de ce péché. Pour Paul, la loi se contente de montrer ce qui est sans pouvoir le changer, elle dit à l’homme « tu es fichu » sans lui donner le moyen réel d’échapper à ce verdict. Et les 9 autres lépreux sont restés dans cette vision des choses, maintenant ils sont guéris, ils sont purs mais ils restent captifs. Captifs de l’image d’un Dieu qui distribue des bons et mauvais points, qui exclut et qui rejette. Captifs du sentiment de n’être jamais assez parfaits, assez purs pour Dieu. De cette captivité, le samaritain est dorénavant libéré. Il sait qu’il est guéri et d’où lui vient cette guérison,  il sait qu’il n’a pas besoin qu’un prêtre le déclare pur pour être rétabli dans sa relation à Dieu et aux autres. Il sait quand dans son impureté même, Dieu lui a manifesté son amour. Et, sans doute parce qu’il est étranger, il est plus en situation de mesurer l’immensité de ce donc que tous les autres. En effet, pour les juifs un guérisseurs juifs qui les soulage, cela peut apparaître quelque peu normal, voire être un dû. Il n’en va pas de même pour le samaritain qui était sans doute celui qui avait le moins à attendre… C’est pourquoi il déborde de reconnaissance.

La salut dont parle Jésus ici ne renvoie ni à l’au-delà, ni à la fin des temps, il se vit dès à présent, pour le samaritain et pour nous qui reconnaissons en Jésus, la seule source de notre guérison et de notre purification. Dieu dispense à tous ses bienfaits, son soutien, mais beaucoup y voient la preuve de leur propre habileté, de leur propre valeur, d’autres y voient une récompense pour leur moralité ou leur observance de la loi et tant que les choses vont bien, tous se glorifient, tous rendent grâce à eux-même ou se félicitent de leur chance. Mais quand les choses vont moins bien, c’est l’heure de la culpabilisation, un sentiment de culpabilité qui se transforme souvent en accusation… Quant à nous avec le lépreux samaritain, nous découvrons qu’indépendamment de notre naissance ou de nos mérites, Dieu est avec nous et que même dans les moments les plus durs, il ne se détourne pas de nous.
Nous sommes le dixième reconnaissant, ce qui ne signifie pas que nous sommes meilleurs ou plus clairvoyant que les autres. Mais ce salut que Dieu veut pour les hommes nous est manifesté dès aujourd’hui. Notre action de grâce même est une grâce.
Mon frère, ma sœur, témoignons de ce salut qui nous est révélé, de cette grâce qui nous est faite. Ta foi t’as sauvé ? Alors lève-toi et va témoigner de ton salut pour les 9 dixièmes qui l’ignorent encore…

Amen

Kadosh, l'intégrisme contre le texte

13 Octobre 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

kadosh.jpgJeudi, Arte diffusait Kadosh d’Amos Gitaï. Un beau film auquel la distance donne des allures de documentaires. Un film qui nous parle du judaïsme intégriste, du mépris pour les femmes, de l’amour aussi et de la quête de la liberté. La finesse de Gitaï est de nous montrer la profonde humanité  de ses perosnnages, ainsi l'intégriste n'est pas un monstre à sang froid, c'est un homme , une femme captif du carcan dans lequel il a été élevé, prisonnier d'une communauté qui lui donne son identité et un confort dont il est particulièrement dur de s'arracher.
Il y a dans ce film, une petite scène que je voudrais relever Meir essaye de résister au rabbin qui lui ordonne de répudier sa femme Rivka à cause de sa stérilité. En argument de défense, Meir évoque le cas d’Abraham qui resta marié avec la stérile Sarah. Un argument que le rabbin refuse d’entendre au nom d’une règle qui n’est pas dans la Torah (ce que nous appelons le Pentateuque) : « répudier l’épouse stérile »
Avec cette scène où l’autorité religieuse s’oppose au message biblique, ou la femme est réduite au rang de matrice à soldats, Amos Gitaï pointe une réalité de tous les intégrismes, qu’ils soient juifs, musulmans ou chrétiens. En effet, chez tous , on trouve la même ignorance du texte dont ils se réclament. Leur littéralisme n’est que de surface. En fait, l’intégriste interprète le texte qui lui sert de référence autant, voire plus que le plus libéral des libéraux ou plus exactement il n’en garde que les passages qui le conforteront dans sa vision d’un monde divisé entre « nous » et « les autres » qui sont l’ennemi. L'intégrisme ne traduit pas un respect aveugle du texte mais au contraire un asservissement du texte à une pulsion de haine et de mort.

Quand tombent des barrières...

7 Octobre 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 7 octobre 07
Joël II, 18 à 27
Philippiens IV, 6 à 20
Cantique 523
Jean IV, 31 à 42

Entre le repas, dont le pain est souvent un élément essentiel et la moisson, le texte de ce matin nous conduit dans la métaphore céréalière. Pour bien comprendre ces deux métaphores, il faut garder à l’esprit que ce discours aux disciples vient conclure la rencontre avec la samaritaine. Et cette conclusion vient affirmer tous les renversements qui s’opèrent lors de cette rencontre scandaleuse entre un homme et une femme à côté d’un puit… Renversement de notre image de Dieu, renversement des frontières qui séparent les hommes et renversement également des barrières du temps.

«Ma nourriture c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir ses œuvres ». Premier renversement est dans ce « Ma nourriture c’est de faire ». D’ordinaire, la nourriture c’est ce qu’on reçoit, ce qui vient en nous, ce qu’on absorbe. Et voici que pour Jésus, la nourriture, c’est faire. Le mouvement est donc inversé, « vers» devient « de ». Et en cela, Jésus peut dire que c’est une nourriture que « nous ne connaissons pas ». Cela ne signifie pas que nous ne pouvons pas donner mais, nous, nous avons aussi besoin de recevoir. L’homme ne vivra pas de pain seulement mais de toute parole qui sortira de la bouche de Dieu. Vivre de la parole c’est bien sûr la mettre en pratique, mais pour nous, le pain et la parole sont deux aliments complémentaires, tous les diététiciens vous le diront il faut manger équilibrer. Mais avant de voir comment nous pouvons vivre de cette parole mise en pratique, je crois important de souligner que, dans ce passage, pour Jésus, la volonté de Dieu mise en pratique se passe du pain. Le mouvement « de » remplace le mouvement « vers ». C’est important car cela nous dit quelque chose de celui que nous adorons, le Dieu qui se révèle en Jésus Christ est un Dieu qui se nourrit en donnant, c’est donc un Dieu qui se passe de nos sacrifices, de nos offrandes, c’est un Dieu qui n’a pas besoin que nous assouvissions sa faim mais c’est au contraire un Dieu qui se donne pour nous. Au contraire des dieux que se fabriquent les hommes, au contraire de ces dieux qui ont faim et soif et qui servent de prétexte à toutes les exploitations, notre Dieu ne reçoit pas, il donne…
« Ma nourriture c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir ses œuvres »  Et dans ce « faire la volonté  de Dieu », il y a aussi une sorte de renversement. Qu’est ce que  « faire la volonté de Dieu » ? Respecter sa loi et ses commandements, obéir à toutes sortes de prescriptions religieuses aurait sans doute répondu un contemporain de Jésus. Il aurait ajouté, c’est aussi nous porter au secours de notre prochain, lui venir en aide. Et je crois que cette réponse n’est pas si éloignée de ce que pourrait être la nôtre. Mais si je relis le texte de la samaritaine, il n’est pas question de prescription religieuse et Jésus n’a ici guéri personne, c’est d’ailleurs lui qui a commencé par demander de l’aide. Alors, dans cette rencontre, quelle est la volonté de Dieu qui a été accomplie par Jésus ? C’est le renversement de trois barrières. Première barrière qui tombe, dans la société de Jésus, un homme ne parle pas à une femme seule. Deuxième barrière qui tombe : un juif ne fricote pas avec les samaritains. Troisième barrière qui tombe, un homme de Dieu ne se commet pas avec une femme de mauvaise vie (la samaritaine a eu 5 maris et vit à présent avec un homme qui n’est pas son mari). Et ces trois barrières tombées permettent à une femme de retrouver toute sa dignité « Il m’a dit tout ce que j’avais fait », n’est pas l’angoisse du coupable percé à jour mais le signe que le messie attendu s’est manifesté à celle que la morale d’une époque condamnait… Faire la volonté de Dieu c’est donc aussi renverser les barrières et les tabous et rendre à chaque homme, à chaque femme sa dignité d’enfant de Dieu.
Osons-nous le faire suffisamment ? Osons-nous aller au-delà de nos propres barrières, de nos propres tabous ? Osons-nous prendre le risque d’être traités de libertins et de débauchés ? D’être accusé de ratisser large ? Osons-nous nous tourner vers nos contemporains, pouvoir leur parler d’eux sans jugement, sans condamnation, afin que sans plus rien avoir à cacher, ils sachent que le Dieu d’amour vient jusqu’à eux ?

Or faire cette volonté, briser des tabous produit du fruit : les samaritains reconnaissent : « Nous savons qu’il est le sauveur du monde. » Jésus peut donc dire « déjà les champs sont blancs pour la moisson ». Je sais bien que nous avons souvent de la peine de voir qu’elle arrive cette moisson du royaume. Si aux moins, comme les disciples, nous voyions se convertir en masse les samaritains, les exclus de notre temps, peut-être serait-ce plus facile. Mais décidément dont l’heure est venue depuis 2000 ans et qui n’arrive toujours pas a de quoi émousser notre espérance…
C’est un peu curieux, de passer ainsi de la nourriture à la moisson ? Le déroulement normal, c’est plutôt, du champs de blé jusqu’à notre assiette et non pas de l’assiette au champs de blé, il y a ici un renversement chronologique introduit par cette inversion mais prolongé par cette phrase mystérieuse : afin que celui qui sème et celui qui moissonne se réjouissent ensemble. Curieuse, cette réjouissance commune alors que Jésus a bien insisté sur la différence entre le semeur et le moissonneur. Il y a sans doute ici une allusion à Jean le Baptiste, le semeur, contemporain de Jésus, le moissonneur. Mais, je crois que cette explosion du temps, ce moment où se confondent le passé, le présent et le futur avec les retrouvailles du semeur et du moissonneur va bien plus loin. Elle nous dit aussi cette tension du Royaume dans laquelle nous vivons, ce « déjà accompli », « déjà là » et « pas encore » qu’il nous faut tenir tout ensemble. En effet nous croyons que Jésus Christ a sauvé l’humanité et nous croyons que son Royaume adviendra, pleinement manifeste et nous devons vivre cela aujourd’hui. Cette explosion du temps ne signifie pas une fuite hors du temps, c’est précisément le contraire. Nous vivons d’un événement passé, en vue d’un événement futur mais fermement ancrés dans notre présent. En fait, l’évocation de ce qui est accompli et de ce qui est à venir nous entraîne à ne pas laisser le présent nous désespérer ou nous engloutir. D’un autre côté, l’appel à vivre la présence de Dieu au quotidien, nous invite à ne pas nous enfermer dans un continuel regret de ce bon temps que nous n’avons pas connu où Jésus marchait sur les routes de Palestine et à ne pas non plus nous projeter sans cesse dans ce royaume à venir. Cette explosion du temps nous permet d’être réellement présent au temps présent, présent au monde qui nous entoure sans être esclave de ses lois et de ses règles ? Nous pouvons saisir le jour mais nous ne nous laisserons pas saisir par lui…

Frères et sœurs, en venant à nous, Jésus rend toute rencontre possible, il abat toute barrière et c’est maintenant que nous pouvons vivre cette liberté. Ce vieux monde est-il prêt pour dépasser le jugement et l’exclusion ? Sommes nous prêts pour bénéficier des fruits que nous n’avons pas planté ? Levez les yeux, et regardez les champs qui déjà blanchissent pour la moisson.

Amen

Croyants et citoyens

4 Octobre 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

laicit--.JPGPetite relecture partielle et partiale de notre café biblique sur la laïcité.

1) Le débat préliminaire

Sans doute n'avions pas assez resserré les problematiques, si bien que la première partie (non biblique) m'a paru trop courte. Quelques points en vrac.
Je suis heureux d'entendre dire que les racines chrétiennes n'ont pas à figurer dans un texte de loi. D'une part cela serait incomplet et d'autre part, l'histoire n'a pas besoin d'être établie par le droit.
Heureux aussi d'avoir une intervention américaine. Même si, plus que la légitime inquiétude d'un démocrate face à l'offensive de la droite évangélique, j'aurai préfére
 que nous nous étendions d'avantage sur l'idée blasphématoire que la séparation Eglise/Etat et la liberté religieuse peuvent se vivre autrement que dans la laïcité à la française.
Enfin, je ne cache pas ma surprise quand j'entends dire que la laïcité implique que l'état ne s'immisce pas dans les affaires religieuses. Il me parait évident que l'état francais s'immisce dans les affaires religieuses quand il s'oppose, par exemple, au port de certains vêtements dans certains lieux ou établit une différence entre secte et religion. Or cette immiscion me paraît d'une part nécessaire et, d'autre part, absolument pas incompatible avec la laïcité (ce qui ne veut pas dire que je sois forcément d'accord avec les positions de l'état). De plus, j'ai un peu de mal à concevoir qu'une démocratie puisse être "indépendante" des convictions de ses citoyens. D'ailleurs, si je ne souhaite absolument pas voir une religion dicter sa conduite à l'état, je ne vois pas en quoi ce serait offensant pour la laïcité de les considérer comme des interlocutrices valables (parmi d'autres, bien sûr)

2) Eclairages bibliques

Pour des raisons évidentes, la Bible ne parle pas de laïcité. En revanche, elle parle longuement des relations entre foi et pouvoir civil. Et puis, elle permettra peut-être de voir si un chrétien peut-être pro-laïcité...
a) De droit divin ?

Tous les anciens d'Israël s'assemblèrent, et vinrent auprès de Samuel à Rama. Ils lui dirent: Voici, tu es vieux, et tes fils ne marchent point sur tes traces; maintenant, établis sur nous un roi pour nous juger, comme il y en a chez toutes les nations. Samuel vit avec déplaisir qu'ils disaient: Donne-nous un roi pour nous juger. Et Samuel pria l'Éternel.
 L'Éternel dit à Samuel: Écoute la voix du peuple dans tout ce qu'il te dira; car ce n'est pas toi qu'ils rejettent, c'est moi qu'ils rejettent, afin que je ne règne plus sur eux. Ils agissent à ton égard comme ils ont toujours agi depuis que je les ai fait monter d'Égypte jusqu'à ce jour; ils m'ont abandonné, pour servir d'autres dieux. Écoute donc leur voix; mais donne-leur des avertissements, et fais-leur connaître le droit du roi qui régnera sur eux. Samuel rapporta toutes les paroles de l'Éternel au peuple qui lui demandait un roi. Il dit: Voici quel sera le droit du roi qui régnera sur vous. Il prendra vos fils, et il les mettra sur ses chars et parmi ses cavaliers, afin qu'ils courent devant son char; il s'en fera des chefs de mille et des chefs de cinquante, et il les emploiera à labourer ses terres, à récolter ses moissons, à fabriquer ses armes de guerre et l'attirail de ses chars. Il prendra vos filles, pour en faire des parfumeuses, des cuisinières et des boulangères. Il prendra la meilleure partie de vos champs, de vos vignes et de vos oliviers, et la donnera à ses serviteurs. Il prendra la dîme du produit de vos semences et de vos vignes, et la donnera à ses serviteurs.   Il prendra vos serviteurs et vos servantes, vos meilleurs boeufs et vos ânes, et s'en servira pour ses travaux. Il prendra la dîme de vos troupeaux, et vous-mêmes serez ses esclaves. Et alors vous crierez contre votre roi que vous vous serez choisi, mais l'Éternel ne vous exaucera point.    Le peuple refusa d'écouter la voix de Samuel. Non! dirent-ils, mais il y aura un roi sur nous, et nous aussi nous serons comme toutes les nations; notre roi nous jugera il marchera à notre tête et conduira nos guerres. Samuel, après avoir entendu toutes les paroles du peuple, les redit aux oreilles de l'Éternel. Et l'Éternel dit à Samuel: Écoute leur voix, et établis un roi sur eux.
I Samuel VIII 4 à 22

Les rois des peuples voisins se voyaient comme des dieux ou au moins comme leurs représentants. Une lecture qui perdura longtemps : la République romaine se voyait comme l'expression de la volonté divine. Et voilà qu'Israël lit son roi comme un concurrent direct à Dieu. Bien sûr, il ne s'agit pas ici de séparer la religion du pouvoir, le roi reste considéré comme le messie, l'oint, celui qui est choisi par Dieu et, au regard de la Bible, les bons rois d'Israël sont ceux qui ont été de fidèles serviteurs de Dieu. Il n'empêche que cette vision d'un pouvoir civil qui ne se confond pas avec le pouvoir divin mais se trouve en concurrence ( acceptée et donc légitime) avec lui ouvre bien des portes...,
Mais la vision d'Israël reste nationale et, à bien des égards, foi et citoyenneté se confondent... Qu'en est-il du christianisme ?
Que toute personne soit subordonnée aux autorités supérieures; car il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu, et les autorités qui existent ont été instituées de Dieu. C'est pourquoi celui qui s'oppose à l'autorité résiste à l'ordre que Dieu a établi, et ceux qui résistent attireront une condamnation sur eux-mêmes. Ce n'est pas pour une bonne action, c'est pour une mauvaise, que les magistrats sont à redouter. Veux-tu ne pas craindre l'autorité? Fais-le bien, et tu auras son approbation.  Le magistrat est serviteur de Dieu pour ton bien. Mais si tu fais le mal, crains; car ce n'est pas en vain qu'il porte l'épée, étant serviteur de Dieu pour exercer la vengeance et punir celui qui fait le mal. Il est donc nécessaire d'être soumis, non seulement par crainte de la punition, mais encore par motif de conscience.  C'est aussi pour cela que vous payez les impôts. Car les magistrats sont des ministres de Dieu entièrement appliqués à cette fonction. Rendez à tous ce qui leur est dû: l'impôt à qui vous devez l'impôt, le tribut à qui vous devez le tribut, la crainte à qui vous devez la crainte, l'honneur à qui vous devez l'honneur. Ne devez rien à personne, si ce n'est de vous aimer les uns les autres; car celui qui aime les autres a accompli la loi. 
Romains XIII 1 à 8

Ici, la réaction est vive. Je l'espérais (je préfère le questionnement voire la révolte à l'approbation benoîte). Effectivement, ce texte est scandaleux s'il justifie toute autorité civile. Hitler, Staline ou Polpot ont-ils "été institués par Dieu" ? Les chrétiens leurs devaient-ils obéissance. Je ne le crois pas. Tout d'abord parce qu'il me paraît important de toujours remmettre un texte dans son contexte. Généraliser un propos de Paul sur la Rome de 55-56, c'est se lancer dans une extrapolation risquée. Paul a sans doute eu une position différente quand Néron s'est lancé dans la persécution.
En revanche, même remis dans son contexte historique, ce texte nous dit quelque chose d'essentiel : Paul, juif converti au ressuscité, reconnaît pleinement l'autorité d'un empereur païen et idolâtre. Si nous prenons ce texte au sérieux, il devient difficile pour un chrétien de refuser de se soumettre à une autorité sous prétexte qu'elle ne partage pas sa foi...
Alors, ce devoir d'obeissance n'a-t-il aucune limite ? En fait, Paul en pose une : "Ne devez rien à personne, si ce n'est de vous aimer les uns les autres". Voici donc le seul moment où le chrétien est invité à la désobéissance : quand la loi civile s'oppose à l'amour du prochain...C'est une limite importante car elle ne concerne pas seulement des régimes extrêmes et cela devrait conduire les Eglises à s'exprimer plus souvent et plus fortement.
Toutefois si le chrétien qui choisit de désobéir au nom de l'amour, est légitimé dans sa désobeissance, il n'est pas déresponsabilisé pour autant. Il reste "subordonné à l'autorité" ce qui signifie qu'il devra répondre de son choix face à la société...

Pour éviter tout dilemme, on pourrait dès lors être tenté d'instaurer une société chrétienne...

b) Une théocratie chrétienne

 Pilate rentra dans le prétoire, appela Jésus, et lui dit: Es-tu le roi des Juifs?  Jésus répondit: Est-ce de toi-même que tu dis cela, ou d'autres te l'ont-ils dit de moi? Pilate répondit: Moi, suis-je Juif? Ta nation et les principaux sacrificateurs t'ont livré à moi: qu'as-tu fait? Mon royaume n'est pas de ce monde, répondit Jésus. Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu pour moi afin que je ne fusse pas livré aux Juifs; mais maintenant mon royaume n'est point d'ici-bas.  (Jean XVIII, 33 à 36)

 
Il s'éleva aussi parmi les apôtres une contestation: lequel d'entre eux devait être estimé le plus grand? 
 Jésus leur dit: Les rois des nations les maîtrisent, et ceux qui les dominent sont appelés bienfaiteurs. Qu'il n'en soit pas de même pour vous. Mais que le plus grand parmi vous soit comme le plus petit, et celui qui gouverne comme celui qui sert. Car quel est le plus grand, celui qui est à table, ou celui qui sert? N'est-ce pas celui qui est à table? Et moi, cependant, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. 
(Luc XXII, 24-27)

Ces textes, bien avant la règle de la laïcité, devraient prémunir les chrétiens contre toute velléité théocratique. En effet, si Jésus lui-même n'a pas voulu établir sa théocratie, si nous confessons qu'il s'est fait serviteur, par quel orgueil voudrions-nous accomplir ce que lui-même a refusé de faire ?
Ma foi comme ma citoyenneté me conduit donc à vivre paisiblement la séparation entre religion et état et même à l'approuver.

c) Jésus lave plus blanc

Pourtant, il est une vision  de la laïcité qui m'inquiète : c'est l'idée de plus en plus répandue que la foi devrait être cantonnée à la sphère privée et bannie de l'espace public, c'est la méfiance grandissante à l'égard de toute expression à caractère religieux...
Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit,  et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit.
Matthieu XX 19-20

En plus du commandement d'amour, le chrétien a un devoir de témoignage. Or cette idée de témoignage, d'évangélisation éveille les soupçons même des chrétiens les plus convaincus. Pourquoi ? Pourquoi, alors qu'on estime normal que commerciaux, politiques, penseurs communiquent à tour de bras au sujel de leurs produits/idéaux/convictions et essayent de nous rallier à leur point de vue, trouve-t-on cette attitude scandaleuse quand elle vient des croyants ?
J'entends et j'adhère aux objections de la salle. Bien sûr que la conversion  forcée est exclue. Bien sûr qu'on ne vend pas Jésus comme un produit. Bien sûr que je ne revendique pas les méthodes des télévangélistes (surtout parce qu'elles  réclament une simplification difficilement compatible avec la richesse et la profondeur du message évangélique). Bien sûr que l'appel au témoignage n'implique pas la nécessité de faire du chiffre. Mais, au delà de ces cas particuliers, je n'aurai pas, ce soir de réponse à ma question : pourquoi refuser aux croyants une liberté d'expression qu'on revendique pour les autres ?

Protestants, catholiques et étrangers

2 Octobre 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Comme quoi, nos divergences théologiques et nos différences de compréhension de l'Eglise ne nous empêche pas d'aller dans le sens de l'Evangile

Côté catholique :

Déclaration des Evêques sur le projet de loi sur l'immigration

En ces jours où les parlementaires sont appelés à se prononcer une fois encore au sujet d’un projet de loi sur l’immigration, nous éprouvons l’urgence de faire entendre notre voix.
« L’Eglise se sent le devoir d’être proche, comme le bon samaritain, du clandestin et du réfugié, icône contemporaine du voyageur dépouillé, roué de coups et abandonné sur le bord de la route. (1) » Cette parole de Jean-Paul II n’a rien perdu de son actualité. Elle justifie à elle seule, par sa référence à l’Evangile, que les chrétiens refusent par principe de choisir entre bons et mauvais migrants, entre clandestins et réguliers, entre citoyens pourvus de papiers et d’autres sans papier.
Quels qu’ils soient, ils sont nos frères et soeurs en humanité.
Il ne s’agit pas de contester la responsabilité propre des pouvoirs publics dans la régulation des flux migratoires, pourvu qu’elle s’exerce en conformité avec le droit européen et international. Nous apprécions d’être reçus et écoutés parmi d’autres par les autorités dans le dialogue démocratique. Lorsqu’à Pâques 2006, le Ministère de l’Intérieur a accepté d’entendre notre point de vue sur le co- développement, comme volet essentiel du problème migratoire, nous ne nous doutions pas que le nouveau ministère créé après les élections comporterait cette mention, à côté de l’immigration, de l’intégration et de l’identité nationale.
Mais c’est bien cet horizon-là qui ne s’éclaircit pas, celui d’une perspective réelle de partenariat méditerranéen, tel que le Président de la République l’a annoncé au soir de son élection. Tant que cette vision solidaire ne sera pas clairement perçue et mise en oeuvre, les mesures toujours plus restrictives prises à l’encontre des migrants apparaîtront comme des concessions à une opinion dominée par la peur plutôt que par les chances de la mondialisation.
Le 14 janvier dernier, évoquant « les difficultés de chaque famille de migrants, les privations, les humiliations, les restrictions et la fragilité de millions et de millions de migrants, de déplacés internes et de réfugiés » (2), le pape Benoît XVI déclarait : « L’Eglise encourage la ratification des instruments internationaux légaux visant à défendre les droits des migrants, des réfugiés et de leurs familles. » (3) Nous nous réjouissons que des élus d’appartenances politiques variées, à l’Assemblée nationale comme au Sénat, se soient opposés à l’imposition de tests génétiques pour vérifier les liens de parenté. Il y aurait là le risque d’une grave dérive sur le sens de l’homme et la dignité de la famille. Nous nous inquiétons cependant des conditions toujours plus restrictives mises au regroupement familial qui est un droit toujours à respecter (4).
Il est par ailleurs souhaitable que les immigrés puissent, en France, être initiés convenablement à notre langue et notre culture. Il y va à la fois de leur projet de réussite familiale et de l’harmonie sociale. Nous saluons les inflexions apportées sur ce point au projet initial qui, en imposant des règles trop strictes avant le départ, risquaient de produire l’inégalité selon les conditions des pays d’origine. Enfin, nous tenons à souligner l’exigence de maintenir un délai de recours suffisant pour le droit d’asile, composante inaliénable de l’héritage républicain.

† Mgr Olivier de Berranger
Evêque de Saint-Denis
Président de la Commission épiscopale pour la mission universelle de l’Eglise
† Mgr Claude Schockert
Evêque de Belfort-Montbéliard
Membre de la Commission épiscopale pour la mission universelle de l’Eglise, en
responsabilité pour la pastorale des migrants
Le 1er Octobre 2007
***
(1) : Message pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié,
15 janvier 1997
(2) : Message pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié
14 janvier 2007
(3) : Idem
(4) : Compendium de la Doctrine sociale de l’Eglise n°298

  Côté protestant

Communiqué de la Fédération protestante de France à propos du projet de loi sur l'immigration


 Les questions que soulèvent les migrations interrogent une fois de plus nos sociétés à l’occasion de la discussion d’un nouveau projet de loi présenté au Parlement.   
Dans son esprit, comme dans son contenu, le texte qui vient d’être adopté ces derniers jours à l’Assemblée nationale et qui sera présenté dans les tout prochains jours au Sénat soulève plusieurs questions de principe qui ne peuvent laisser les Églises indifférentes :
C’est tout d’abord la volonté affirmée par le ministre de l’Immigration, de l’Intégration et de l’Identité nationale, comme par les membres de sa majorité, de réduire l’immigration familiale au profit d’une immigration économique. Si nous comprenons le souhait du gouvernement de mieux adapter l’immigration aux besoins et à la capacité d’accueil du pays, il ne nous paraît ni convenable ni conforme à nos valeurs chrétiennes de vouloir contingenter l’exercice du droit des étrangers à vivre avec leur famille. Nous craignons que les mesures envisagées viennent encore plus fragiliser des milliers de familles déjà en difficulté. 
C’est l’instauration d’un test génétique aux fins de vérification ou d’authentification des membres d’une famille. Cette intrusion dans la vie privée et l’intimité des familles nous choque, tout comme il est choquant de constater que la représentation nationale accepterait une telle intrusion dans la vie des familles étrangères alors qu’elle le prohibe à l’égard des familles françaises. 
C’est aussi la réduction de moitié du délai pour que les demandeurs d’asile puissent saisir la commission des recours des réfugiés, mesure dont la portée concrète risque fort de réduire à bien peu ce droit d’appel essentiel pour des réfugiés qui ont fui et sollicitent la protection de la France. Nous ne pouvons oublier, à cet égard, la promesse que l’État nous avait faite, en avril 2006, de ne pas modifier négativement ce délai. 
C’est encore l’amendement qui prévoit d’exclure les personnes sans papiers de la possibilité de se maintenir dans les structures d’hébergement d’urgence. Pour nos Églises, la protection et l’assistance à apporter aux plus pauvres ne peuvent tolérer aucune discrimination. 
Les risques de fragilisation accrue des familles étrangères et des demandeurs d’asile ne peuvent laisser les chrétiens sans réaction. C’est pourquoi nous invitons les parlementaires à porter dans leurs débats et votes à venir la plus grande attention au respect et à l’attention que chaque personne et chaque famille pourront, ou non, recevoir du fait des mesures qu’ils s’apprêtent à adopter. 
La Fédération protestante de France invite, quant à elle, les Églises membres de la Fédération protestante et les mouvements qui leur sont proches à veiller aux conditions d’accueil, de protection et d’accompagnement des migrants. Elle s’attachera à ce que, dans un contexte souvent marqué par la méfiance, les valeurs d’humanité, de confiance et d’intégration, prédominent dans notre pays. 
Fédération protestante de France
Avec
Le Centre d'Action Sociale Protestant – CASP
La Cimade
La Fédération de l’Entraide Protestante
La Fondation de l’Armée du Salut
La Mission Populaire Évangélique de France

 

J'attends avec impatience la réaction de l'ERF, même si je ne doute pas qu'elle souscrive pleinement à celle de la FPF 
Côté protestant
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