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Gil Jourdan et le prétexte Mamon

16 Juillet 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture, #Mammon, #idolâtrie

Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un, et aimera l’autre ; ou il s’attachera à l’un, et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon.

Matthieu 6,24

Gil Jourdan et le prétexte Mamon

Lorsque Jo la Seringue s'évade, Gil Jourdan va immédiatement proposer ses services de détective à maître Loucq, que le détenu avait menacé lors de sa condamnation.

Cette démarche peut surprendre : d'ordinaire le privé attend plutôt que ses clients viennent à lui. Mais comme Gil Jourdan l'explique à Libellule : les finances sont au plus bas... Alors Gil Jourdan est-il un mauvais gestionnaire (il vient de résoudre l'affaire de la voiture engloutie et Il profite encore pleinement de la publicité pour l'arrestation de ) doublé d'un individu cynique près à se faire de l'argent sur le malheur des autres ?

Une autre hypothèse me paraît plus crédible au regard du caractère du personnage et de la suite des événements : Gil Jourdan adore résoudre des mystères et ses honoraires de détective ne sont finalement que le prétexte qui légitime son passe-temps.

Un reporter qui n'écrit jamais d'article ou un groom qui se mêle de combattre le crime sont des hurluberlus peu réalistes. Gil Jourdan, lui, est un personnage sérieux qui agit sous des prétextes honorables.

Honorable ? Bien sûr que le profit est devenu une motivation honorable. Quand on vous demande ce que vous faites, indiquez-vous vos passe-temps, vos passions ou votre métier ? Cela n'induit-il pas que seul ce qui fait bouillir la marmite vaut le coup d'être évoqué ?L'argent est aujourd'hui ce qui fait de nous de gens sérieux, le moteur de nos actions. Pour être valable, une œuvre doit être rentable.

A une époque, on oeuvrait pour la plus grande gloire de Dieu (ou du moins était-ce le prétexte que l'on se donnait), aujourd'hui nous avons ouvertement changé de divinité. Maurice Tilleux était prophétique : son héros maquille ses penchants altruistes sous un respecable appât du gain : Mamon, le nom sous lequel Jésus dénonce le règne de l'argent sur nos vies) est devenu un prétexte raisonnable.

(Et en plus Les cargos du crépuscule, c'est quand même pas la meilleure enquête de Gil Jourdan)

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Vice-Versa, une tristesse qui fait vivre

8 Juillet 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture, #ViceVersa, #Pixar, #Repentance

Vice-Versa, une tristesse qui fait vivre

Avec Joie, Tristesse, Peur, Colère et Dégoût, les studios Pixar nous font entrer dans l’univers le plus étrange qui soit : le psychisme d’une pré-adolescente de 11 ans…

A quoi peut bien servir Tristesse ?, se demande Joie. Peur permet d’éviter les dangers, Dégoût, de s’empoisonner, Colère, de résister… Mais Tristesse ?

Joie finira par découvrir que Tristesse permet de compter sur les autres, d’avoir besoin d’eux. Cette très jolie réponse m’évoque le récit de la passion dans l’évangile selon Luc.


Il [Jésus, montant au Golgotha] était suivi par une grande multitude du peuple, entre autre de femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui. Jésus se tourna vers elles et leur dit : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi mais sur vous-mêmes et sur vos enfants (…) Car si l’on traite ainsi le bois vert comment traitera-t-on le bois sec »
Luc 23, 27-28

« Pleurez sur vous-même » Cette tristesse que Jésus invite les femmes de Jérusalem à faire passer avant même la compassion, c’est bien la petite boulotte bleue qui va permettre à Riley de rétablir le lien avec ses parents, en disant ce qui ne va pas au lieu de toujours essayer de faire en sorte que tout aille bien.
Et Tristesse devient Repentance, une repentance qui n’a rien à voir avec la culpabilisation (c’est plutôt Joie avec son besoin constant de positiver, qui jouerait ce rôle dans le film) mais qui est plutôt l’aveu de ses limites et du besoin que nous avons des autres et, surtout, de Dieu.

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Une communion à l'épreuve ou A l'épreuve de la communion ?

1 Juillet 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Une communion à l'épreuve ou A l'épreuve de la communion ?

Pour une fois, tous savaient ce dont on allait parler au synode… Il faut reconnaître que le sujet (ou plutôt une de ses ramifications) était brûlant : au lendemain de la loi Taubira, alors que le Mariage pour tous continuait de cliver la société française, l’Eglise Protestante Unie de France réfléchissait sur la bénédiction des couples et en particulier sur la possibilité de bénir des couples de même sexe.

Et il faut bien dire que ce sujet brûlant a provoqué des couacs dans notre démarche synodale : créations de sites indépendants (un contre et un pour), démission de deux membres de l’équipe des rapporteurs (une au début de la réflexion et un autre après la synthèse des synodes régionaux), un faux débat sur la prétendue objectivité du dossier des rapporteurs (alors que les rapporteurs à un synode n’ont jamais eu à être objectifs, ils ont à amener le synode à se prononcer sur une résolution (leur opinion devrait donc être plutôt claire)), une pétition adressée aux délégués synodaux… Tout laissait présager un synode conflictuel.

Pourtant, peut- être grâce à ces faux-pas de la démarche synodale, le synode de Sète n’a pas été une foire d’empoigne, même pas le lieu de passes d’arme oratoire. Il n’a même pas donné lieu à l’habituelle frustration : « on n’a pas eu le temps de débattre ». Il faut dire que pour une fois, le temps de la discussion était largement prévu : en plus de l’heure de présentation par les rapporteurs et des deux heures consacrées au vote, le synode a bénéficié de 5h30 de travail (en groupe et en plénière) sur le sujet synodal et a prolongé la discussion d’une heure. Je n’avais jamais vu ça en 12 ans de synode national. Les échauffourées pré-synodale ont conduit les uns et les autres à préférer le respect et le souci fraternel à l’affrontement et aux outrances : les partisans d’une bénédiction pour les couples de même sexe ont porté le souci de ne pas empêcher les opposants de s’exprimer (souci qui s’est transformé en inquiétude devant le peu de prise de parole « contre » à la tribune), les opposants ont, quant à eux, préféré poser la question de savoir si l’accueil devait aller jusqu’à la bénédiction pour les couples plutôt que d’aller vers un débat sur l’homosexualité.

Ainsi, le synode a fait face au véritable enjeu posé par les rapporteurs, notre communion d’Eglise peut-elle survivre malgré la diversité de nos opinions sur un sujet qui parvient à être aussi viscéral qu’épidermique ? La décision finale qui donne la possibilité de bénir des couples de même sexe aux ministres et aux Conseils Presbytéraux qui y voient un juste témoignage de l’Evangile paraîtra très normande. Pourtant, elle est profondément exigeante : elle m’appelle à accepter de recevoir comme frère ou sœur en Jésus-Christ celui ou celle qui comprend les textes différemment de moi. Elle m’interdit le rejet ou la condescendance. Elle m’affirme qu’au contraire, j’ai besoin des lectures qui s’opposent à la mienne. Certains clament déjà au « non-respect des textes bibliques » mais n’est-ce pas une grande marque de respect que de refuser de les instrumentaliser au service de nos opinions humaines ? N’est-ce pas une grande marque de foi que d’affirmer que de Christ nous pouvons recevoir une fraternité que nos divergences d’opinion rendent impossible ? On commentera beaucoup les parties 4 et 5 de la décision synodale, et on ne prêtera sans doute pas assez d’attention à la partie 3 qui est pourtant le cœur de cette décision, posant notre rapport aux textes bibliques et à Jésus Christ. Il faudra sans doute préciser souvent que la grande majorité en faveur de la possibilité de bénir des couples de même sexe ne signifie pas que tous les votants accepteront de le faire dans leurs Eglises locales : ils ont voulu que ceux qui veulent le faire aient la possibilité de le faire.

Alors, tout va-t-il pour le mieux dans le meilleur des mondes synodaux possibles ? Non. Ce n’est pas parce que l’habituelle récrimination sur le manque de débat n’a pas lieu d’être que ce synode est sans reproches.

Tout d’abord, si le sujet synodal, et particulièrement la question des couples de même sexe, a été amplement débattu, il a aussi occulté d’autres questions, plus pratiques, moins évidemment brûlantes. Le synode est le lieu de gouvernance de notre Eglise, et pas la chambre d’enregistrement du Conseil national, il serait donc bien qu’il gouverne, qu’il réagisse un peu plus aux différents rapports, éventuellement qu’il donne des impulsions. Je suis toujours étonné, au régional comme au national, du silence des délégués synodaux (ou plus précisément de leurs commentaires en coulisse et de leur silence en plénière). Bien sûr peut-être faudrait-il qu’on les aide un peu plus dans cette mission de gouvernement, or, un dossier préparatoire de 500 pages (dont 120 sur le sujet synodal) reçu un mois avant le synode n’est pas la meilleure manière de travailler. Un effort de synthèse et d’étalement serait sans doute à faire.

Ensuite, je reste convaincu que nos décisions synodales ne sont pas assez explicites. Leur longueur ne me gêne pas ; en revanche, je trouve dommage que nous oubliions si souvent que celles et ceux qui les liront n’ont pas assisté aux débats et que tel ou tel point absent n’est pas forcément un oubli mais plutôt une proposition non retenue… Là encore, c’est un regret face auquel je n’ai pas vraiment d’autre solution qu’une vigilance qui fait parfois défaut…

Sur ce synode particulier, la plus grande fragilité a sans doute été l’ultra-médiatisation. Même la création de l’EPUdF n’avait pas bénéficié d’une telle couverture. Habituellement, quelques semaines après le synode, un paroissien bien informé pense à me demander « au fait, c’était bien le synode ? » (quand on me demande « de quoi avez-vous parlé ? », je sors le champagne…) Cette fois, dans le train du retour, je savais que tout le monde était déjà au courant ou plutôt, que tout le monde avait entendu que « les protestants disent oui au mariage gay »… Je ne plaide généralement pas en faveur de notre très parpaillote discrétion, mais dans ce cas, elle aurait aidé, au moins à éviter ce simplisme réducteur…

Enfin, je crains que la passion soulevée par ce sujet ne retombe quelque peu lorsque nous aborderons le toilettage de la Constitution et peut-être même la Déclaration de foi de l’EPUdF. Pourtant, notre foi n’a-t-elle pas plus d’importance que notre regard sur l’homosexualité ? Nos placements boursiers (le seul fait que nous en ayons, d’ailleurs) ne posent-il pas bien plus de questions sur notre rapport à l’Ecriture ? Notre fonctionnement d’Eglise n’a-t-il pas plus d’impact sur notre vie paroissiale que cette décision ? Notre Eglise n’a-t-elle d’intérêt que lorsqu’elle parle de sexe ? J’espère que les prochains synodes me feront mentir et que je verrai les discussions s’enflammer à propos de nos représentations au synode et de nos formulations de foi…

Mais, un mois après le synode, ma plus grande tristesse est pour ceux qui confondent démarche d’Eglise et débat politique, pour ceux qui pensent être dans le camp des vainqueurs ou dans le camp des perdants. Et il faut bien dire que, tant l’actualité du sujet que notre fonctionnement que nous sommes si fiers de dire « démocratique », nourrissent cette confusion. Pourtant, notre Eglise n’a pas vocation à se conformer au monde politique où la majorité n’a pas à tenir compte de la minorité. Si nos synodes empruntent des modes de fonctionnements démocratiques, ce n’est pas pour valider une majorité contre une minorité mais bien pour vivre « la communion fraternelle [qui] est une manière de vivre ensemble en Église, en valorisant nos différences par l’intérêt que nous leur portons, dans la confiance et la gratitude d’être frères et sœurs, enfants divers d’un même Père céleste. ». Oui, je suis triste pour ceux qui n’auront vécu cette décision qu’à travers le simplisme des médias et les anathèmes du Net, alors qu’en synode national, en synode régional et en paroisse, il m’a été donné de voir des frères et sœurs opposés sur cette question garder le souci les uns des autres et la confiance dans une unité qui nous vient du Christ et non de la proximité de nos opinions.

NB : La rédaction de cet article pour "Parole Protestante en Basse Normandie" a été achevée le 15 juin.

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