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Mais le navire...

16 Septembre 2017 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Actualité ecclesiale, #tempête, #Actes

Photo by Tim Marshall on Unsplash

Prédication du dimanche 10 septembre 2017

Journée de rentrée

Romains 12 1-2, 9-18

Actes 27

 

Dans la Bible, les voyages en bateau se passent généralement mal. De Noé à Paul, en passant par Jonas et Jésus, tout est fait pour nous dire que finalement, pour franchir la mer, la traversée à pieds secs, c’est encore ce qui se fait de plus sûr.

On peut y voir la méfiance des hébreux, ce peuple non-marin, vis-à-vis de la mer, symbole du chaos, de la menace et de la mort…

Et, sans doute plus simplement, un voyage en mer qui se passe bien, cela ne vaut pas le coup d’en parler. C’est lorsqu’il y a des difficultés que cela devient intéressant, nous connaissons tous la vieille malédiction chinoise : « Je vous souhaite de vivre des temps intéressants »

 

         Et puis, l’avantage c’est qu’à travers les récits de ces traversées périlleuses, on peut parler de bien d’autres situations que de voyages nautiques. Un bateau, surtout à l’époque de Paul, c’est un lieu où nous sommes confrontés directement aux forces extérieures qui nous entourent, où nous sommes avec d’autres, où nous n’avons pas seul le contrôle de la situation mais où nous avons parfois à mettre la main à la pâte. D’ailleurs l’image de l’embarcation, du voyage en mer reste tout à fait utilisée de nos jours.

 

         Ce matin, donc ce chapitre 27 des Actes ne nous parlera pas du voyage de Paul mais de nos voyages, des coups de grains auxquels nous sommes confrontés, dans nos familles, dans notre paroisse, dans notre société… Il nous racontera les tentations auxquelles nous sommes confrontés dans ces temps de tempêtes, nous y trouverons des conseils et nous y entendrons une promesse un peu menaçante.

 

Et c’est justement par cette promesse que je voudrais commencer. « Personne n’y laissera sa vie mais le navire sera perdu » Personne n’y laissera sa vie, j’y entends l’Evangile, la promesse du Dieu de Jésus Christ, quoiqu’il arrive personne ne perdra l’amour de Dieu. Sur ce point, nous n’avons pas de soucis à nous faire. Dieu ne reviendra pas sur cet amour gratuit, immérité qu’il nous donne, il ne renoncera pas à nous.

Et c’est l’essentiel. 

En revanche, parce que nous sommes aussi des êtres d’accessoire, nous devons entendre la deuxième partie de l’annonce, le navire et sa cargaison seront perdus.

Et ce navire, ça peut être notre société  - là, mon petit côté anar me souffle que ce ne sera pas forcément une grosse perte  - ; ça peut-être notre famille –eh oui, nous le savons bien, il existe des familles qui explosent, cela ne signifie pas que les individus soient perdus, ni qu’il ne soit plus possible de reconstruire mais nous n’avons pas le droit d’oublier les souffrances qui en découlent ; ça peut -être notre paroisse – et c’est vrai que la prédication de ce matin est aussi guidée par des questionnements sur l’avenir de notre paroisse et sur quelques mauvaises nouvelles dont nous aurons à parler aujourd’hui.

 

Pour autant, je n’ai pas reçu de révélation que la paroisse d’Evreux serait perdue et donc, puisque notre salut à chacun est assuré, puisqu’il ne dépend pas de nous, nous pouvons nous concentrer sur ce qui dépend de nous et entendre quelques pistes que ce texte nous donne.

Dans un film catastrophe hollywoodien, nous aurons tous les archétypes humains, le lâche, le cynique, le fou, le héros, etc. Cela permettrait de dénoncer, d’accuser tel ou tel… Cela n’intéresse pas Luc, il préfère montrer les tentations auxquelles sont confrontées l’équipage et les passagers de ce navire. Voyons un peu ces tentations en 3 D, déni, désespoir et division.

La première tentation, c’est celle du déni ou de la vision à court terme. Paul prévient qu’il a été averti des risques encourus mais le centurion Julius préfère écouter l’avis des professionnels, du capitaine et du timonier plutôt que de se fier aux songes de son prisonnier. C’est d’ailleurs de bon sens. Sauf que ce que Julius ne mesure pas c’est qu’il est dans l’intérêt du capitaine et du timonier que le voyage puisse se faire. Tout comme lui, ils sont pressés d’arriver à bon port et quand les intérêts se rejoignent, eh bien on a envie de croire que « ça va le faire », « ça va passer » et la moindre embellie devient promesse de mieux durable.

 

Et ici, comment ne pas penser à Irma ? Comment ne pas penser à ces tempêtes qui n’ont rien d’image, à ces vies réellement brisées ? Comment ne pas voir les impacts de ce réchauffement climatique que nous voudrions continuer à voir comme une vue de l’esprit ? Comment ne pas nous interroger sur nos propres dénis, sur nos refus de changer nos manières de vivre et de consommer ?

La deuxième tentation, c’est celle du désespoir. A un moment, on laisse le bateau dériver. La tempête est trop forte. On est trop fatigués, trop vieux, plus assez nombreux pour que ça vaille le coup de lutter. Et là, le bateau va à un naufrage certain.

La troisième tentation, c’est celle de la division. Sur le bateau, il y a plusieurs groupes : les marins, les soldats, les prisonniers et sans doute les autres passagers. Tous ces groupes ont des intérêts et des capacités diverses. Les marins se disent qu’après tout, ils pourraient s’en tirer seuls sur un canot de sauvetage. Les soldats craignent de voir leurs prisonniers s’échapper.

 

Ces groupes d’intérêts, de cultures, de sensibilités différentes, on les retrouve sur toutes nos embarcations, dans notre société, au sein même de nos famille et aussi dans nos Eglises. Il ne sert à rien d’en nier l’existence ni la légitimité, mais dans la tempête, la question que chacun doit se poser, c’est « suis-je en train de lutter pour les intérêts de mon groupe ou pour le navire tout entier ? »

 

Mais le texte ne nous parle pas de tentation, il nous donne aussi des « trucs », des pistes pour s’en sortir. Et par là, je n’entends pas les techniques de navigations, mais des éléments bien plus généraux, qui me semble-t-il, doivent trouver un écho dans notre vie d’Eglise.

Tout d’abord, on entend dans ce texte un passage constant du « nous » au « ils », à tel point qu’on ne sait plus très bien si le narrateur était ou non sur le navire. Il me semble que cela peut s’expliquer de manière assez simple, la lutte contre la tempête est l’affaire de tous, mais tout le monde ne peut pas tout faire, chacun peut avoir sa place, son rôle à jouer. Chacun doit être à son poste, il y a ce que l’équipage a à faire, ce que les soldats ont à faire, ce que les passagers peuvent et doivent faire. Si tout le monde veut tout faire et se mêler de tout, on se gêne mutuellement et personne n’est efficace. Cet été, j’entendais ma tante s’exclamer « il y a trop de jambes et pas assez de bras, dans cette cuisine ! » Il arrive que ce soit pareil sur un navire ou dans une Eglise. Nous avons tous et toutes un rôle à jouer mais aucun de nous, aucun groupe ne peut jouer tous les rôles.

Ensuite, à un moment il faut manger, il faut recouvrer des forces et là, je ne parle pas de nourriture spirituelle, nous avons besoin de repas, nous avons besoin de temps de convivialité, nous avons besoin de temps de réconfort partagés, de soutien mutuel. Puisque dans un bateau à la dérive, l’apôtre n’oublie pas ce besoin humain, pourquoi l’oublierions nous dans les temps « intéressants » qui nous attendent.

Un troisième point que nous pouvons entendre dans ce récit, c’est qu’au cœur du naufrage, Paul ne renonce pas à l’annonce « le Dieu que nous adorons » explique-t-il à l’équipage, aux autres passagers et je ne peux m’empêcher de faire le lien avec ce Aristarque rencontré au début du voyage. En voyage, on fait de nouvelles rencontres et même quand notre Eglise traverse un grain, nous y voyons de nouveaux visages. Nous ne devrions donc jamais renoncer à l’annonce. L’annonce de l’Evangile, ce n’est pas un luxe que nous pouvons nous permettre quand tout va bien, l’annonce de l’Evangile, ce n’est même pas notre raison d’être, notre but premier, l’annonce de l’Evangile, c’est la source de notre existence en tant qu’Eglise. Si nous y renonçons, ce n’est même plus la peine d’essayer de sauver le navire, c’est que nous avons déjà sombré.

 

Enfin, avant le repas partagé, Paul rend grâce. La prière est discrète dans ce récit, pourtant, comment pourrions-nous imaginer que Paul et ses compagnons n’aient pas prié ? La prière ne prend pas beaucoup de place, mais elle est bien présente et manifestée.

 

Frères et sœurs, quand le ciel s’assombrit, quand le vent se lève, rappelons nous de cette promesse de Dieu que Jésus rend manifeste : notre vie ne sera pas perdue, nous ne serons pas séparés de l’amour de Dieu.

Quant aux navires, et en particulier à notre petite chaloupe paroissiale… Eh bien, que Dieu nous donne la force de refuser le désespoir, le déni et la division, et que dans la convivialité, la prière et l’annonce, nous prenions, chacun, notre poste…

 

Amen

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Servir l'humain avant Dieu

12 Juillet 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #-AccueillonslesExiles, #Actualité ecclesiale, #Bible, #Exilés, #Accueil, #Entraide

Servir l'humain avant Dieu

Ces jours-ci, la devise républicaine s’affiche sur le fronton des églises protestantes. Suite au synode de Nancy, l’Eglise Protestante Unie de France fait campagne, avec d’autres associations, auprès du gouvernement pour que la Méditerranée, pour qu’au moins les engagements de notre pays quant à l’accueil des réfugiés soient tenus.

Mais cet affichage de la devise républicaine pose question, notre volonté d’accueil est elle fondée sur la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, sur les idéaux humanistes ou bien sur l’Evangile, sur le commandement de Dieu tel qu’il se révèle dans les Ecritures ? La Bible ne comporte-t-elle pas assez de textes plaidant pour l’accueil de l’étranger pour que nous ne soyons pas capables d’en trouver un ?

La réponse est simple, cette campagne#AccueillonslesExiles, l’Eglise Protestante Unie de France la mène avec d’autres : nous ne pouvions pas imposer un verset biblique à l’association boudhiste de France ni à la très interconfessionnelle association Coexister.

De plus, l’argument biblique aurait eu peu de pertinence pour s’adresser à un Etat laïc.

Mais le partenariat avec d’autres, l’adresse à un état laïc justifie-t-il que nous renoncions à afficher nos convictions ? Dans bien des cas, je répondrais non. Mais dans ce cas précis, je crois que l’efficacité du service de l’humain, de l’entraide doit passer avant l’annonce de l’Evangile.

Oui, c’est la Bonne Nouvelle de Jésus Christ et son commandement d’amour du prochain qui, avant toute considération humaniste ou politique, avant tout calcul, me fait dire que nous ne pouvons fermer nos frontière lorsque des humain(e)s sont obligés de fuir leur pays, au risque de tout perdre. Ce même commandement d’amour m’interdit d’ailleurs de m’affranchir du principe de réalité, de ne pas prendre mes responsabilités dans ce que cet accueil impliquera ou d’oublier que l’exil est en soi un fléau qu’il nous faut combattre.

Je ne suis pas le plus ardent défenseur de l’efficacité et du rendement. Il m’arrive même de penser que nous visons trop souvent l’efficacité dans notre annonce de la Bonne Nouvelle, que nous ne faisons plus assez confiance à la puissance propre de l’Evangile et que de témoins, nous courrons le risque nous transformer en communiquants…

Mais pour le service de l’humain, l’efficacité doit être de mise. Et si cette efficacité nécessite que nous faisions passer l’annonce en second plan, alors écoutons l’Ecriture qui nous dit que le service de l’humain doit passer avant le service de Dieu.

Si donc tu vas présenter ton offrande sur l’autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère, puis viens présenter ton offrande.

Matthieu 5 , 23-24

Le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat

Marc 2, 27​​

Servir l'humain avant Dieu
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D'une profession de foi à l'autre

2 Février 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale, #Profession de foi, #credo, #foi, #pastorale

D'une profession de foi à l'autre

Dans le cadre de la démarche synodale vers une nouvelle déclaration de foi de l’Eglise protestante unie de France, à chacune de leurs rencontre, les pasteurs de Haute Normandie proposent une confession de foi qu’ils aiment bien, voire qu’ils ont écrite… Ce moi-ci, c’était mon tour... Petite occasion d'entrer dans ces très mystérieuses rencontre pastorales...

Pour commencer, une profession de foi qui n’est pas la mienne, qui n’est sans doute pas ma préférée au sens de l’adhésion théologique mais qui est certainement celle qui a le plus profondément marqué mon parcours.

Je ne suis pas sûr que les mots soient exactement ceux-là, parce que je n’ai jamais demandé le texte originel et qu’à chaque fois que je l’évoque, je fais appel à mes souvenirs et je la réécris aussi…

Je ne sais pas s’il était Dieu ou Fils de Dieu

Mais je sais que par ses paroles et ses actes, par son amour, il a bouleversé et changé la vie de ceux qui le suivaient et qu’il a tellement fait peur aux puissants du monde qu’ils l’ont mis à mort.

Je ne sais pas s’il est ressuscité

Mais je sais qu’après sa mort, ses disciples et ses amis n’on pas perdu espoir, qu’ils ont continué sur le chemin qu’il leur avait indiqué et qu’ils ont proclamé qu’il était vivant.

D’après A. George (1985 ?)

En fait, sur un éventail qui va de cette profession de foi de mon père (il paraît que c’était à la profession de foi de mon petit frère) au Symbole de Nicée Constantinople, je veux entendre, à travers des mots, des idées et des images différentes toujours la même affirmation : « Jésus Christ est le Seigneur ».

Bref, avec la profession de foi qui va suivre, je ne fais qu’essayer d’exprimer ce que je crois, sans ouvrir de procès en hérésie. Je n’ai pas voulu écrire une confession de foi d’ailleurs je pense qu’en fait cela ne peut qu’être le fruit d’un travail de groupe. Donc, je vous propose une profession de foi, je dis ma foi devant l’Eglise (pour aller vite confession de foi : l'Eglise affirme collectivement sa foi, profession de foi : le chrétien affirme personnellement sa foi) Même si elle a été écrite tout au long de cette semaine, cette profession de foi s'est beaucoup nourrie de nos échanges précédents...

Je crois que je veux être Dieu, que je veux contrôler ma vie et les autres et que je m’abîme et abîme les autres dans ces tentatives, tout comme je suis abîmé par leurs tentatives…

Je crois que pour moi, pour tous, Dieu s’est fait homme en Jésus Christ et qu’il est allé au plus bas de l’humanité, qu’il a traversé le doute et la tentation, qu’il a connu la servitude, la trahison, l’abandon, la condamnation et la mort.

En lui, je découvre un Dieu Tout-Autre, radicalement différent de mes idoles, de mes projections et de mon désir de puissance. Je découvre également que je ne peux dire Dieu que par lui.

En lui, par sa vie, son enseignement et sa mort sur la croix, je découvre la démesure de l’amour de Dieu pour moi, pour tous. Dans la mort de Jésus sur la croix, dans les paroles qu’il y a prononcées, je découvre qu’il n’est pas de lieu, pas de souffrance, pas de révolte, pas de culpabilité où l’humain soit privé de Dieu, pas même la mort.

En effet, je crois que malgré sa mort, il est vivant et qu’il m’ouvre à une vie plus forte que toutes mes morts.

Je crois en Dieu qui m'a rejoint là où je suis, qui m'a révélé à moi-même et qui m'appelle à une vie renouvelée

En lui, je découvre la valeur infinie de chaque être humain, puisque non seulement pour eux comme pour moi, il a tout donné, mais qu’il m’invite en outre à le reconnaître dans les plus petit(e)s et les plus méprisé(e)s de ceux-ci.

Je crois que ce changement de regard, cette transformation de ma vie ne viennent pas de moi mais qu’ils me sont donnés par Dieu qui s’est donné pour moi et qui se tient chaque jour à mes côtés. Dans le réconfort et l’encouragement, en m’inspirant les gestes du pardon et de l’amour ; mais aussi dans le combat contre moi-même, en bousculant mes égoïsmes, en ébranlant mes certitudes, en questionnant mes jugements.

En effet, ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi (Galates 2, 20)

Je crois que le jour vient où tout ce qui s’oppose à Dieu sera vaincu et où tous, nous pourrons être ce que nous sommes vraiment, à savoir, enfants de Dieu.

Cette Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu pour moi et pour tous, Dieu me pousse à la redécouvrir chaque jour dans le témoignage des Ecritures, par la lecture personnelle et partagée de celles-ci. En effet, je crois que je ne puis vivre ma foi seul, mais que j’ai besoin de l’encouragement, du soutien mais aussi du questionnement, de la réflexion et de l’interpellation des autres chrétien(ne)s.

E George 02/02/2016

Je ne suis pas très modérément satisfait de ce que j’ai écrit mais plus insatisfait encore de ce que je n’ai pas su écrire. Le plus gros manque à mes yeux : le salut par la croix : j’ai du mal avec les formulations traditionnelles mais je reconnais que ce que j’en dis est très en deçà de ce que j’en crois.

Les réaction de mes collègues me permettent

  • de préciser que pour moi la confession du péché est de l’ordre de la foi plus que de l’autocritique. C’est en Jésus Christ que je découvre vraiment ma volonté d’être Dieu.
  • de parler un peu d’inter-religieux. aussi enrichissant soit-il pour ma culture, pour mon intelligence, pour mon enrichissement personnel, aussi nécessaire soit-il à notre société, le dialogue avec d’autres religions (quoique le judaïsme tient une place tout à fait à part) ou avec des athées ne nourrit pas ma foi. Sans doute parce que ma foi ne dépend pas de ma raison. Ceci dit, je suis bien obligé de moduler un peu mon propos : le dialogue interreligieux (y inclus avec les athées) stimule assurément ma réflexion sur ma foi…
  • enfin une question sur l’action commune de l’Eglise me met face à une lacune totale. J’essaye d’y répondre trop vite et mélange Eglise et institution…. En fait cela ouvre une réflexion nouvelle et sur la notion d’action chrétienne et sur la notion d’Eglise… pas mal...

Bref, poser des mots sur sa foi, même devant des frères et des soeurs qui partagent cette foi, reste terriblement frustrant et merveilleusement stimulant.

Notre Eglise cherche à dire sa foi commune, j’espère qu’elle s’y découvrira portée par le même Esprit que celui qui a soufflé ce matin à Rouen...

Post Scriptum : après l'échange, la réflexion continue et suite aux remarques sur la confession du péché qui ouvre ma profession de foi, je m'aperçois qu'alors que je suis si sensible à la différence entre "croire en" et "croire que", à la différence entre la dimension intellectuelle ou le contenu de la foi (je crois que) et sa dimension relationnelle (ma foi est relation à Dieu) je me suis cantonné au "je crois que". J'introduis donc un "je crois en". Où le mettre ? Après réflexion, je préfère garder le récit de ma profession de foi et ne pas faire de mon "je crois en" une déclaration programmatique. Il est l'aboutissement du don de Dieu pour moi.

Me reste encore cette question de l'action commune de l'Eglise... Quelque chose autour de l'amour qui ne se vit pas seul, et qui ne part pas dans tous les sens, ce n'est pas "chacun son amour" et donc pas chacun sa façon de vivre l'amour...

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Une communion à l'épreuve ou A l'épreuve de la communion ?

1 Juillet 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Une communion à l'épreuve ou A l'épreuve de la communion ?

Pour une fois, tous savaient ce dont on allait parler au synode… Il faut reconnaître que le sujet (ou plutôt une de ses ramifications) était brûlant : au lendemain de la loi Taubira, alors que le Mariage pour tous continuait de cliver la société française, l’Eglise Protestante Unie de France réfléchissait sur la bénédiction des couples et en particulier sur la possibilité de bénir des couples de même sexe.

Et il faut bien dire que ce sujet brûlant a provoqué des couacs dans notre démarche synodale : créations de sites indépendants (un contre et un pour), démission de deux membres de l’équipe des rapporteurs (une au début de la réflexion et un autre après la synthèse des synodes régionaux), un faux débat sur la prétendue objectivité du dossier des rapporteurs (alors que les rapporteurs à un synode n’ont jamais eu à être objectifs, ils ont à amener le synode à se prononcer sur une résolution (leur opinion devrait donc être plutôt claire)), une pétition adressée aux délégués synodaux… Tout laissait présager un synode conflictuel.

Pourtant, peut- être grâce à ces faux-pas de la démarche synodale, le synode de Sète n’a pas été une foire d’empoigne, même pas le lieu de passes d’arme oratoire. Il n’a même pas donné lieu à l’habituelle frustration : « on n’a pas eu le temps de débattre ». Il faut dire que pour une fois, le temps de la discussion était largement prévu : en plus de l’heure de présentation par les rapporteurs et des deux heures consacrées au vote, le synode a bénéficié de 5h30 de travail (en groupe et en plénière) sur le sujet synodal et a prolongé la discussion d’une heure. Je n’avais jamais vu ça en 12 ans de synode national. Les échauffourées pré-synodale ont conduit les uns et les autres à préférer le respect et le souci fraternel à l’affrontement et aux outrances : les partisans d’une bénédiction pour les couples de même sexe ont porté le souci de ne pas empêcher les opposants de s’exprimer (souci qui s’est transformé en inquiétude devant le peu de prise de parole « contre » à la tribune), les opposants ont, quant à eux, préféré poser la question de savoir si l’accueil devait aller jusqu’à la bénédiction pour les couples plutôt que d’aller vers un débat sur l’homosexualité.

Ainsi, le synode a fait face au véritable enjeu posé par les rapporteurs, notre communion d’Eglise peut-elle survivre malgré la diversité de nos opinions sur un sujet qui parvient à être aussi viscéral qu’épidermique ? La décision finale qui donne la possibilité de bénir des couples de même sexe aux ministres et aux Conseils Presbytéraux qui y voient un juste témoignage de l’Evangile paraîtra très normande. Pourtant, elle est profondément exigeante : elle m’appelle à accepter de recevoir comme frère ou sœur en Jésus-Christ celui ou celle qui comprend les textes différemment de moi. Elle m’interdit le rejet ou la condescendance. Elle m’affirme qu’au contraire, j’ai besoin des lectures qui s’opposent à la mienne. Certains clament déjà au « non-respect des textes bibliques » mais n’est-ce pas une grande marque de respect que de refuser de les instrumentaliser au service de nos opinions humaines ? N’est-ce pas une grande marque de foi que d’affirmer que de Christ nous pouvons recevoir une fraternité que nos divergences d’opinion rendent impossible ? On commentera beaucoup les parties 4 et 5 de la décision synodale, et on ne prêtera sans doute pas assez d’attention à la partie 3 qui est pourtant le cœur de cette décision, posant notre rapport aux textes bibliques et à Jésus Christ. Il faudra sans doute préciser souvent que la grande majorité en faveur de la possibilité de bénir des couples de même sexe ne signifie pas que tous les votants accepteront de le faire dans leurs Eglises locales : ils ont voulu que ceux qui veulent le faire aient la possibilité de le faire.

Alors, tout va-t-il pour le mieux dans le meilleur des mondes synodaux possibles ? Non. Ce n’est pas parce que l’habituelle récrimination sur le manque de débat n’a pas lieu d’être que ce synode est sans reproches.

Tout d’abord, si le sujet synodal, et particulièrement la question des couples de même sexe, a été amplement débattu, il a aussi occulté d’autres questions, plus pratiques, moins évidemment brûlantes. Le synode est le lieu de gouvernance de notre Eglise, et pas la chambre d’enregistrement du Conseil national, il serait donc bien qu’il gouverne, qu’il réagisse un peu plus aux différents rapports, éventuellement qu’il donne des impulsions. Je suis toujours étonné, au régional comme au national, du silence des délégués synodaux (ou plus précisément de leurs commentaires en coulisse et de leur silence en plénière). Bien sûr peut-être faudrait-il qu’on les aide un peu plus dans cette mission de gouvernement, or, un dossier préparatoire de 500 pages (dont 120 sur le sujet synodal) reçu un mois avant le synode n’est pas la meilleure manière de travailler. Un effort de synthèse et d’étalement serait sans doute à faire.

Ensuite, je reste convaincu que nos décisions synodales ne sont pas assez explicites. Leur longueur ne me gêne pas ; en revanche, je trouve dommage que nous oubliions si souvent que celles et ceux qui les liront n’ont pas assisté aux débats et que tel ou tel point absent n’est pas forcément un oubli mais plutôt une proposition non retenue… Là encore, c’est un regret face auquel je n’ai pas vraiment d’autre solution qu’une vigilance qui fait parfois défaut…

Sur ce synode particulier, la plus grande fragilité a sans doute été l’ultra-médiatisation. Même la création de l’EPUdF n’avait pas bénéficié d’une telle couverture. Habituellement, quelques semaines après le synode, un paroissien bien informé pense à me demander « au fait, c’était bien le synode ? » (quand on me demande « de quoi avez-vous parlé ? », je sors le champagne…) Cette fois, dans le train du retour, je savais que tout le monde était déjà au courant ou plutôt, que tout le monde avait entendu que « les protestants disent oui au mariage gay »… Je ne plaide généralement pas en faveur de notre très parpaillote discrétion, mais dans ce cas, elle aurait aidé, au moins à éviter ce simplisme réducteur…

Enfin, je crains que la passion soulevée par ce sujet ne retombe quelque peu lorsque nous aborderons le toilettage de la Constitution et peut-être même la Déclaration de foi de l’EPUdF. Pourtant, notre foi n’a-t-elle pas plus d’importance que notre regard sur l’homosexualité ? Nos placements boursiers (le seul fait que nous en ayons, d’ailleurs) ne posent-il pas bien plus de questions sur notre rapport à l’Ecriture ? Notre fonctionnement d’Eglise n’a-t-il pas plus d’impact sur notre vie paroissiale que cette décision ? Notre Eglise n’a-t-elle d’intérêt que lorsqu’elle parle de sexe ? J’espère que les prochains synodes me feront mentir et que je verrai les discussions s’enflammer à propos de nos représentations au synode et de nos formulations de foi…

Mais, un mois après le synode, ma plus grande tristesse est pour ceux qui confondent démarche d’Eglise et débat politique, pour ceux qui pensent être dans le camp des vainqueurs ou dans le camp des perdants. Et il faut bien dire que, tant l’actualité du sujet que notre fonctionnement que nous sommes si fiers de dire « démocratique », nourrissent cette confusion. Pourtant, notre Eglise n’a pas vocation à se conformer au monde politique où la majorité n’a pas à tenir compte de la minorité. Si nos synodes empruntent des modes de fonctionnements démocratiques, ce n’est pas pour valider une majorité contre une minorité mais bien pour vivre « la communion fraternelle [qui] est une manière de vivre ensemble en Église, en valorisant nos différences par l’intérêt que nous leur portons, dans la confiance et la gratitude d’être frères et sœurs, enfants divers d’un même Père céleste. ». Oui, je suis triste pour ceux qui n’auront vécu cette décision qu’à travers le simplisme des médias et les anathèmes du Net, alors qu’en synode national, en synode régional et en paroisse, il m’a été donné de voir des frères et sœurs opposés sur cette question garder le souci les uns des autres et la confiance dans une unité qui nous vient du Christ et non de la proximité de nos opinions.

NB : La rédaction de cet article pour "Parole Protestante en Basse Normandie" a été achevée le 15 juin.

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Une bénédiction qui donne un cadre

20 Mai 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse, #Actualité ecclesiale

Une bénédiction qui donne un cadre

Petit essai de fondement biblique pour la bénédiction des couples de même sexe

Je reste persuadé que ce n’est pas la Bible qui conditionne notre regard sur l’homosexualité mais bien notre regard sur l’homosexualité qui conditionne notre lecture de la Bible (en tout cas des versets qui traitent de l’homosexualité). Nous sommes donc toujours au risque d’instrumentaliser la Bible dès que nous la citons sur ce sujet.

Pour autant, je serais malhonnête de botter en touche lorsqu’on me demande sur quels fondements bibliques je pense possible de bénir des couples de personnes de même sexe. Mon argumentaire ne convaincra que les convaincus (et encore…) mais au moins peut-être me laissera-t-on le bénéfice du doute quant à mon rapport à la Bible.

Tout d’abord, il est vrai que je relativise fortement les 5 versets de la Bible qui condamnent explicitement l’homosexualité ; au même titre, d'ailleurs, que je relativise ceux qui interdisent le port de vêtements de deux étoffes différentes ou ceux qui justifieraient une exclusion des femmes de la cène pendant leurs règles. Les versets du Lévitique s’inscrivent dans un contexte de dénonciation de pratiques religieuses et les versets de Paul sont guidés par sa culture (fortement influencée par le Lévitique. Ce ne sont pas des versets à supprimer, ce sont des versets à interroger. C’est sans doute discutable mais j’attends encore qu’on me dise pourquoi ceux-là ne doivent pas être relativisés alors que ce qui concerne la pureté d’un vêtement, l’impureté d’une femme, ou l’inégalité au sein du couple doit l’être…

Ensuite j’aime assez ce qu’un collègue nous disait d’une signification chrétienne de la bénédiction comme parole de la croix et de la résurrection. Dans le christianisme, la bénédiction serait un « OUI » de Dieu sur la personne que l’humain a écrasé de son « NON ». Mais d’une part, j’entends les collègues qui m’enjoignent de ne pas confondre Bénédiction avec Annonce de la Grâce. D’autre part, je pense que cette compréhension ne s’applique qu’à une bénédiction prononcée sur les personnes. Et enfin, je ne peux m’empêcher de penser que c’est un peu trop tardif de ne dire le « OUI » de Dieu qu’une fois que la société a largement commencé à reconnaître des personnes que l’Eglise écrasait de son « NON » (mieux vaut tard que jamais, certes, mais bon, il m’est difficile de penser que nous ne prêchons le scandale de la croix qu’à la condition qu’il soit entré dans les mœurs.)

L’homosexualité a-t-elle sa place dans la création ? Dans la nouvelle création en Jésus Christ, clairement non. Mais l’hétérosexualité non plus (il n’y a plus ni homme ni femme, il n’y aura plus ni mari, ni épouse), du coup tout s’arrange. Dans la première création, j’avoue que c’est plus compliqué de répondre, tellement on a chargé le sens des mots et des idées de morale, de culpabilité et de condamnation.
Allons au plus simple, je dirai en lisant ma Bible : non. Pas plus que, par exemple, les différences de couleurs de peaux mais finalement ça n’a aucune espèce d’importance parce que nous avons à nous situer entre le jardin d’Eden et la Jérusalem céleste, c’est dans cet entre-deux que nous avons à porter une parole de Dieu pour les homosexuels, comme pour les hétérosexuels…

Tout ce qui remue et qui vit pourra vous servir de nourriture ; comme je vous avais donné l’herbe verte, je vous donne maintenant tout cela. Cependant vous ne devez pas manger la viande qui contient encore la vie, c’est-à-dire le sang.

Genèse 9, 3 et 4

C’est ce que Dieu dit à Noé à la sortie de l’arche. Alors que la violence est la première conséquence de la sortie d’Eden, alors qu’elle est la marque première de la méchanceté de l’homme et la cause du déluge, la Dieu donne à la violence de l’homme, un cadre dans lequel elle peut s’exprimer « c’était pas le projet mais vous pouvez dorénavant tuer des bêtes pour vous nourrir, dans une limite, dans un cadre »

Si je ne crois pas que l’homosexualité s’inscrive dans le projet initial de Dieu, je ne crois pas non plus qu’elle aille contre ce projet. De toute façon, je suis en revanche certain (puisque la Bible ne cesse de me le dire) que la violence, sous toutes ses formes, y compris notre régime carnassier, va radicalement contre ce projet de Dieu et pourtant, parce qu’elle fait partie de nous, Dieu nous a donné un cadre où l’exprimer.

Alors oui, clairement, je me sens appelé à donner la bénédiction d’un cadre, d’une loi aux couples de même sexe : "mariez-vous, c’est le cadre que Dieu vous donne pour vivre votre amour."

(Note, je n'ouvre pas les commentaires sur ce texte, les débats sur Internet concernant cette question se vivant actuellement dans un esprit de division et d'accusation)

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Une bénédiction "à la cool" ?

13 Mai 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Une bénédiction "à la cool" ?

Dans le débat houleux que traverse actuellement notre Eglise sur la bénédiction des couples, les partisans d’une bénédiction pour les couples de même sexe se voient généralement reprocher une compréhension légère ou gentillette de la bénédiction. Comme si la raison principale de demander une bénédiction pour tous les couples, c’était de montrer que l’Eglise est cool…

Et il faut bien dire, que trop souvent, la dimension exhortative de la reconnaissance des couples est oubliée… (Oui, je vais parler dorénavant de reconnaissance liturgique des couples car le débat sur la bénédiction m’a convaincu que notre Eglise devrait réserver strictement le terme « bénédiction » aux personnes et en exclure les états et les projets au même titre qu’elle en exclut les objets…)

La reconnaissance liturgique des couples de même sexe n’est pas seulement signe de la grâce de Dieu, elle est aussi exhortation. « Mariez-vous », dit l’Eglise aux couples c’est-à-dire non seulement « inscrivez-vous dans la stabilité, dans la fidélité, dans l’engagement l’un vis-à-vis de l’autre» mais aussi « votre couple ne regarde pas que vous, votre engagement ne se limite pas à votre intimité, il est appelé à prendre toute sa place dans le tissu social, dans le monde qui vous entoure. Votre amour est aussi un signe pour les autres. »

Dans le débat sur la bénédiction des couples, la question de la bénédiction pour les couples non mariés s’est également posée, de manière plus discrète. J’y suis profondément défavorable. D’une part, parce que ce serait faire un pas de plus vers la confusion entre nos liturgies nuptiales et l’idée que nous marions les gens, d’autre part parce que l’Eglise Protestante Unie de France tournerait le dos à sa reconnaissance du bien-fondé du mariage civil.

Jusqu’ici, la parole des Eglises pour les homosexuels c’est « soignez-vous » ou « cachez-vous » (ce qui est déjà une amélioration par rapport à « mourez ». Certaines Eglises leur disent dorénavant « mariez-vous », j’espère que dimanche, l’EPUdF fera partie du nombre.

Il me reste à préciser que ce « Mariez-vous » s’adresse aux couples et non aux individus et ne signifie nullement qu’un couple non marié vit dans le péché, c’est juste une option sociale qui n’est pas celle de notre Eglise.

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Petite ballade en espérance

26 Octobre 2013 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale, #Carnets de voyage, #Protestants en fête

Petite ballade en espérance

Jeudi 27 Septembre

- Allo ?

- Salut c'est Alain. Je passe, samedi, à Paris d'espérance et je voulais savoir si tu y venais aussi.

- Ben écoute, je n'avais encore rien décidé mais c'est cool si on peut s'y voir. Donc oui je viens.

Samedi 29 au matin,

Après un rapide message sur FB au cas où un admirateur inconnu me dirait «J'y serai aussi et j'aimerais vous reprocher de vive voix votre paresse à écrire. Vous me reconnaîtrez facilement je porterai une croix huguenote», me voilà parti vers le Paris d'espérance. Dans le train, en feuilletant une dernière fois le programme pour pointer deux ou trois «stands» ou on pourrait s'arrêter, je rêvasse un peu à l'ambiance que je vais y trouver. En effet, c'est l'écho que j'avais eu de l'édition strasbourgeoise : un temps où l'on croise un visage connu à chaque carrefour. Quels collègues, anciens paroissiens ou condisciple vais-je croiser ?

Gare Saint Lazare, aucune écharpe vert espérance ni badge identité visuelle coloré (faut dire que je ne porte pas le mien non plus) Pas d'avantage dans le métro. Gare Montparnasse, non plus. Enfin, je retrouve Alain mais là, ça compte pas : on avait rendez-vous.

Dépose des bagages de mon collègue qui vient de loin, pizza partagée en disant du mal de nos enquiquineurs respectifs, en discutant de nos questions et de nos inquiétudes sur la vie de notre Église, en redisant notre joie du ministère, aussi. Comme souvent, quand un pasteur rencontre un autre pasteur, ils sont trop timides, trop pudiques pour parler de leur foi.

14h

Il est largement temps d'aller à la rencontre d'autres protestants. Premier lieu de festivités à visiter : le village d'accueil. Devant Bercy, nos coeurs se serrent d'émotion en voyant notre première banderole Paris d'espérance. Un bénévole donne des indications à un groupe que nous devinons constitué de paroissiens, une tente vestiaire-consigne puis plus rien. Pas un panneau, pas un distributeur de tract. Pourtant, en poussant un peu plus loin, nous apercevons les tentes qui annoncent le village. Pour le coup, les retrouvailles commencent, on se croirait en synode. De fait, les visages croisés sont ceux que je croise en synode, ceux qui sont de tous ces rassemblements. Une belle tente librairie, une grande tente de présentation dont les nombreux stands évoquent bien la diversité protestante. Des échos d'activités qui ont bien marché, voire qui ont été victimes de leur succès (je suis content d'apprendre que la réflexion sur Brassens et l'Évangile a dû refuser du monde : c'était à mes yeux un des stands les plus originaux et un de ceux qui m'avaient le plus interpelé)

En quittant le village et en retournant vers le métro nous croisons le capitaine Jack Sparrow et une femme-sandwich qui distribuent des tracts. Activité jeunesse ? Annonce d' une conférence d'Olivier Abel sur le protestantisme et la flibuste ? Eh non, pub pour une chaîne de magasin de jouets.

15h

Direction foyer de Grenelle pour boire un cidre et voir un peu ce que font les voisins du Bocage. Si nous ne restons pas assez pour assister aux discussions, je suis content d'apprendre qu'il y a eu du passage. Bon, uniquement des protestants...D'ailleurs, cette fois, nous croisons des protestants identifiables en pleine rue ! Oui, bon, juste en quittant les lieux au moment où eux arrivent.

16h30

L'heure de mon train approche mais ce serait dommage de quitter Paris sans voir ce village jeunesse qui tourne si bien, direction la gare de Lyon, donc (décidément, notre périple n'est pas tout à fait optimum, tiens d'ailleurs ce serait une bonne idée de jeu 'Protestants en fête 2013 : parcours le plus d'animations en faisant le moins de km et en croisant le plus de protestants)

Arrivée à la gare de Lyon, rien. Enfin, pas rien, plein de monde, de taxis, de voyageurs, mais pas une affiche, pas un prospectus, aucun signe visible de ce village jeunesse. Pour moi, il est grand temps de retourner à Saint Lazare et je mets fin à ma virée en espérance en abandonnant Alain.

Bon, je ne ronchonne pas, j'ai passé une bonne journée, c'est toujours sympa de retrouver un vieil ami. Mais au niveau de la visibilité du protestantisme, je reste dubitatif, et je n'ose même pas évoquer le témoignage et l'évangélisation. Au moins, on ne nous reprochera pas notre prosélytisme agressif. Bien sûr, je n'ai pas respecté le mode d'emploi, et je n'ai assisté ni au méga-culte, ni à la soirée spectacle (vous retrouverez des comptes rendus plus complets ici) mais je ne suis pas sûr que le promeneur parisien lambda ait vu quoique ce soit de changé.

En fait, c'est d'ailleurs cela qui m'ennuie : je venais voir un temps fort à Paris et je n'ai vu que ce que devrait être le quotidien : des Églises de toute les tendances du protestantisme qui organisent diverses manifestations tournées vers la cité et qui communiquent entre elles sur ce qu'elles font.

Et puis quand même, une petite réflexion personnelle pour mon moi de 20 ans qui a poussé un cri d’horreur quand j’ai exprimé mon envie à aller me balader dans Paris pour me retrouver « en famille » avec d’autres parpaillots, il faut dire que cette tendance à l’entre-soi des protestants l’a toujours agacé, cet horsain : « Bah oui, tu vois, maintenant, tu te sens complètement du sérail, de cette famille, alors finalement, ce chauvinisme protestant (qui reste agaçant, c’est vrai) n’empêche pas l’Eglise d’accueillir, d’adopter et d’intégrer… »

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Identité visuelle et ronchonnage

7 Novembre 2012 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

egliseunie_logo_10cm.pngL’Eglise protestante unie s’est donc donné son identité visuelle. Bien. Mais j’ai quand même envie de ronchonner un peu, sinon, ça ne vaudrait même pas un article.

D’un tweet rageur, j’ai eu un peu envie de faire remarquer qu’après son identité juridique et son identité visuelle, il ne lui reste plus qu’à trouver son identité confessante. Mais je préfère être positif et reconnaître que  parce que la parole que nous porterons est bien plus importante que le logo sur nos papiers à lettre et nos affiches, il vaut mieux que nous passions plus de temps à construire notre déclaration de foi qu’à trouver notre identité visuelle (« identité visuelle »… là, je vais pas me gêner pour persifler que ça fait horriblement branchouille et pompeux)

L’impression de fractionnement que j’ai eu à la première vision s’estompe au fur et à mesure que je m’habitue et de toute façon ce nouveau logo est bien moins laid que l’ancien… Je crains juste qu’il soit un peu trop à la mode et donc condamné à être dépassé d’ici une dizaine d’année.

Par charité chrétienne, je ne dirai rien du clip de présentation (en même temps, c’est sûr qu’une « identité visuelle », ça méritait un clip de présentation) et je vais attendre de voir la ligne budgétaire pour râler…

Foin de persiflage, il est pas mal ce nouveau logo… Mais ce qui me gêne vraiment, c’est l’explication qu’on nous colle avec. Alors quoi ? On va être privé du plaisir d’interpréter, de lire et de dé-lire ce logo comme on ne s’est jamais privé de le faire pour la croix huguenote ? (Tiens, une idée comme ça, je devrais faire une recherche et collectionner les interprétations de la croix huguenote). Alors quoi ? C’est ça, la nouvelle identité protestante : l’interprétation qui est livrée avec le texte ?

Bien sûr, ce n’est pas très grave mais quel dommage de n’avoir pas laissé un peu de place à notre imagination pour nous approprier ce logo, pour ne pas en faire seulement le travail d’un graphiste, mais vraiment notre logo, celui par lequel nous disons ce que nous sommes plutôt que celui qui nous dit ce que nous sommes…

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De jeunes compagnons de route (retour sur un synode national)

8 Juin 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

 

Comme souvent, de retour de synode, je grogne un peu. Pas tant par méfiance congrégationaliste vis à vis de nos instances que justement parce que j'apprécie notre mode de gouvernement, ce jeu entre le local et le national. Du coup, je tique un peu quand un sujet aussi important que la jeunesse est traité en synode national sans passer par les cases Conseil Presbytéral et Synode régional, je fronce les sourcils quand des décisions sont votées en rafales, quand un texte de deux pages est soumis au vote à l'heure de la sieste sans laisser aux synodaux le temps de se l'approprier. Sans doute, suis-je un pinailleur mais je n'aime pas que par soucis d'efficacité et de chronomètre, on nourrisse ainsi le sentiment trop répandu de manipulation. Comme souvent, je ne grogne pas contre les décisions mais contre la manière dont on les a prises.
Heureusement, il y a les jeunes qui viennent me soigner un peu de cette tendance obsessionnelle à la vigilance chiquanière en me demandant dans le train de retour : "vous pensez qu'on pourra revenir ?"
La jeunesse de notre Église m'inquiète : elle vient à un synode et elle trouve le moyen de s'y enthousiasmer, de vouloir y revenir et même de participer davantage à nos débats.

Je ne suis pas animateur jeunesse (j'aime bien les gros mots théologiques et je ne sais même pas jouer de la guitare) mais je vais quand même essayer d'interpréter cette demande. Les jeunes ont fait la fête pendant ce synode, ils ont vécu la joie des retrouvailles et de la rencontre et c'est effectivement une composante non négligeable de nos synodes (en tout cas, c'est pas moi, qui dirait le contraire...)
Mais ils ont aussi vu le synode en débat, en discussion, ils ont vu comment se vivaient les prises de décisions et d'orientation de notre vie d'Église et ils ne nous disent pas "C'est chiant" ou "C'est ringard" (ça se dit encore "ringard" ?), ils nous disent : "on aimerait participer".
Peut-être aussi, ont-il ressenti qu'en synode se vit très concrètement la dimension la plus élargie de notre Eglise, sa portée internationnale, entre autre...

Alors une délégation jeunesse au synode, pourquoi pas ?  En tout cas, ça mérite réflexion, comment associer à nos synodes, ces jeunes qui  vivent l'Église (pas forcément  au niveau de l'Église locale mais aussi dans leurs engagements auprès des partenaires (ça c'est un truc que j'ai eu à réfléchir pendant le Synode : s'engager dans des associations partenaires, pour les jeunes aussi, c'est s'engager dans l'Église)...

(Y a quand même un gros bémol, c'est que si les jeunes participent aux synodes, avec mes quarante ans, mes lunettes, mon crâne dégarni et ma tendance au pinaillage, je vais vraiment me sentir un croulant de synode...)
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Perdre, prendre, donner

19 Septembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

C'est du temps perdu. On peut essayer de se persuader que chaque personne qui lira nos panneaux sera éclairée sur la réalité des camps de rétention administrative, nous savons bien que nos cercles de silence n'améioreront pas le sort de nos frères et soeurs enfermés, et que leur multiplication n'a que peu de chance d'infléchir la politique du gouvernement.
C'est du temps perdu, mais, le monsieur qui vient passer 10 minutes avec nous, faisant patienter ses enfants, en est un beau témoignage, c'est du temps pris, pris sur nos occupations, sur la foultitude de choses que nous avons à faire, pris sur notre confort. Nous prenons ce temps parce que même si nous ne savons pas quoi faire, nous n'acceptons pas cette situation où des hommes, des femmes, des enfants sont emprisonnés pour avoir fui la détresse.
Et parce que nous choisissons de le prendre, ce temps que nous perdons devient un don. Un don futile peut-être, insuffisant sans doute, mais un don et non plus une perte.

Perdre, prendre, donner, ce sont trois verbes de riches. Seul le riche peut se permettre de perdre et de donner, et seul le riche a le pouvoir de prendre. Participer à un cercle de silence, c'est mesurer que nous sommes riches de notre temps...


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