Miettes de théologie

Au coeur de Dieu : moi.

27 Juin 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 24 juin 2007
Romains VIII, 38-39
Matthieu X, 29-31
Psaume 139

A propos du psaume 139, je ne résiste pas à l’envie de vous raconter une anecdote croustillante. Nous sommes au rassemblement jeunesse Mesnières en Bray, un groupe de comédien évangélique nous présente un sketch dans lequel un jeune homme essaye de résister aux avances pressantes d’une jeune femme en priant avec l’aide du psaume 139. Seulement, ayant oublié sa traduction habituelle, l’acteur demande au public de lui prêter une bible. On lui tend une Segond dans laquelle il pourra lire son texte. Maintenant, je vous laisse imaginer la réaction d’un public de 15-25 ans quand, dans un contexte de flirt torride, on lit : Tu pénètres toutes mes voies (…) Tu m’entoures par derrière et par devant, Et tu mets ta main sur moi.
Si je vous raconte cette anecdote, ce n’est pas pour ouvrir une réflexion sur le langage érotique utilisé par les mystiques, mais pour dire que le psaume 139 réserve plusieurs surprises. Ce matin, j’en relèverai trois : une surveillance pour laquelle on rend grâce, la localisation de Dieu et une louange inconfortable.

Et Caïn était dans la tombe
Et l'œil était dans la tombe et regardait Caïn

J'aurai pu dire aussi Big Brother is watching you, tant ce psaume semble nous parler d'une surveillance constante. En effet, ce Dieu qui sait "quand je m'assieds et quand je me lève, quand je marche et quand je me couche", qui sait ce que je vais dire avant même que je ne parle, ressemble beaucoup à un surveillant dont il est impossible de tromper la vigilance. "Attention, Dieu te regarde ! Il sait ce que tu as fait hier soir, quand personne ne te voyait. Il sait quelles noires pensées tu rumines au fond de ton cœur." Nous connaissons tous ce discours dans lequel Dieu apparaît comme la caméra de surveillance suprême, l'œil de Moscou.
Et pourtant, le psaume ne résonne pas comme une menace, le psalmiste ne s'inquiète pas de ce regard posé sur lui, il ne s'effraye pas de cette présence constante et parfois pesante. Il rend grâce.
Pourquoi ? Avons-nous affaire à un masochiste qui aime être surveillé. Bien sûr que non. Ici, ce qui fait la différence, c'est la confiance.
Et cette confiance, ce n'est pas l'assurance de l'homme sans faute. Regarde si je suis sur une mauvaise voie, Et conduis-moi sur la voie de l'éternité!  Ce n'est pas vraiment la phrase d'un homme sûr de sa vertu. David ne dit pas :" Je n'ai rien à me reprocher, j'ai confiance en la justice de mon pays, pardon ! de mon Dieu".
Ce n'est donc pas en lui-même, en sa droiture que le psalmiste place sa confiance, mais bien en Dieu. Or si je vois en Dieu le flic suprême qui observe le moindre de mes faits et gestes, qui épie même mes pensées, toujours prêt à me condamner, ce n'est pas de la confiance que j'éprouve pour lui, c'est de la peur.
David, lui, n'est pas dans la peur, s'il vit comme une grâce ce regard perpétuel de Dieu sur lui, c'est qu'il sait que c'est un regard d'amour. Il sait que Dieu ne nous surveille pas mais qu'Il veille sur nous.

D'ailleurs, je parle de regard, mais il s'agit ici de beaucoup plus que d'un regard. Ici, nous parlons de présence. Et c'est la deuxième surprise du psaume. Ordinairement, quand nous parlons de la présence de Dieu, nous le disons au dessus de nous, ou à nos côtés ou à l'intérieur de nous. Je m'arrête d'ailleurs une seconde sur ce Dieu à l'intérieur de nous parce que c'est une image très à la mode et à mon avis assez dangereuse. Le Dieu en moi est sous contrôle, il m'appartient. Et pire encore, si Dieu est en moi, est-ce que cela ne signifie pas que je suis Dieu ? Vous voyez, le christianisme devrait être prudent avec cette image d'un Dieu intérieur...
Quoiqu'il en soit, ici, le psalmiste renverse la proposition, ce n'est pas Dieu qui est à l'intérieur de moi, c'est moi qui suis à l'intérieur de Dieu. Et c'est bien plus qu'une question de localisation ou de contenance. Ici, il ne s'agit pas de dire que puisque Dieu est partout, il est tout autour de moi ni d'affirmer que  Dieu est plus grand que l'univers et que puisque Dieu englobe l'univers, il nous englobe aussi. Le psaume est clair et la première personne est importante : ce n'est pas nous qui sommes à l'intérieur de Dieu, c'est moi que Dieu enveloppe. Pas moi en tant qu'être humain mais moi en tant qu'individu.
Ainsi donc, moi, Éric George, imparfait, faible, insignifiant, je suis à l'intérieur, au cœur  de Dieu, c'est à dire au centre de ses préoccupations. C'est vrai pour moi, c'est vrai aussi pour toi et pour toi.
Jésus ne dit pas autre chose : Ne vend-on pas deux passereaux pour un sou? Cependant, il n'en tombe pas un à terre sans votre Père. Nos traductions interprètent souvent « sans la volonté de votre père" mais l'affirmation de Jésus est bien plus forte : "sans votre père". Dieu tombe  avec le passereau. Et toi, tu vaux bien plus qu'un passereau.
Tu es au cœur de Dieu et ce, que tu tombes ou que tu te relèves.

0n pourrait s'arrêter à cette affirmation et cela ferait un très beau psaume de louange : nous sommes au sein de Dieu comme dans un cocon douillet. Mais le psaume 139 nous réserve une troisième surprise. En effet, s'il n'exprime aucune peur du jugement de Dieu, en même temps que la louange, il laisse apparaître un certain inconfort. Le psalmiste semble bien vouloir échapper à cette présence perpétuelle :
« Où fuirais-je loin de ta face? » 
« Si je dis: Au moins les ténèbres me couvriront ? »
Pourquoi, si cette présence n'est pas celle d'un juge, vouloir lui échapper ? J'y vois deux raisons.
Tout d'abord, même sans être le surveillant général suprême, la présence aimante de Dieu qui nous enveloppe remet en cause toutes nos décisions, tous nos choix même ceux qui nous apparaissent comme les plus juste. Regardons la fin du psaume :
  Éternel, n’aurais-je pas de la haine pour ceux qui te haïssent, Du dégoût pour ceux qui s’élèvent contre toi? Je les hais d’une parfaite haine; Ils sont pour moi des ennemis. Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon cœur ! Éprouve-moi, et connais mes pensées!
On voit bien ici, l’homme fier de ne pas appartenir aux méchants et même de rejeter complètement le mal. Mais cette haine elle-même des méchant finit par être remise en question : Regarde si je suis sur une mauvaise voie, Et conduis-moi sur la voie de l’éternité! La présence perpétuelle de Dieu me remet constamment en question, m’interdit de me prévaloir de ma justice. Parce que Dieu est toujours avec moi, je vois à quel point je suis loin de lui et ce n’est pas un sentiment confortable.
La deuxième raison qui pousse le psalmiste à tenter de fuir est plus importante, plus profonde encore : c’est son humanité. Eh oui ! L’être humain est profondément autonome, il rêve de s’accomplir lui-même, de contrôler sa propre vie. Alors, il faut bien dire qu’être à l’intérieur de Dieu, être constamment pris en Lui, n’a rien de confortable et nous conduit sans cesse à nous débattre, à essayer d’en sortir, à rejeter Dieu au loin… Mais, nous dit le psaume, c’est en vain.
Et là, c'est Paul qui ne dit pas autre chose : Car j’ai l’assurance que ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni les choses présentes ni les choses à venir, ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur. Et ma liberté alors ? Eh bien , elle a une limite, je suis libre de rejeter Dieu, de lui désobéir, de nier son existence mais je ne suis pas libre d’être sans lui, je ne suis pas libre de ne plus être aimé de lui, je ne suis pas libre d’être rejeté par lui… On dit souvent que la limite à la puissance de Dieu c’est la liberté de l’homme. Peut-être. Mais je crois, quant à moi, que la limite à la liberté de l’homme, c’est l’amour de Dieu…

Mon frère, ma sœur, que pourrais-je ajouter ? Tu es au cœur de Dieu, au centre de sa préoccupation. Cet amour te pèsera sans doute, comme il pèse à chacun de nous, mais c’est en lui que tu trouveras ta vie.

Amen

Compendre le culte (5) La volonté de Dieu

26 Juin 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #les mots de la théo

Le culte dominical nous raconte, par sa liturgie, une histoire et ce sont les étapes de cette histoire que je vous invite à découvrir.

Les articles de cette séries s'accompagneront sans doute d'exemple de textes liturgiques. Je précise donc que ces textes, donnés à titre d'exemple, ne sont en rien obligatoire et varient énormément selon les cultes..

Pardonnés et libérés, nous pouvons écouter ce que Dieu veut pour nous, ce qu'il nous donne la force de faire.
“Vous avez été appelés à être libres. 
Seulement ne faites pas de cette liberté un  prétexte pour vivre selon les désirs de votre propre nature.
Au contraire, laissez-vous guider par l’amour
pour vous mettre au service les uns des autres.
Car toute loi se résume dans ce seul commandement: aime ton prochain comme toi-même.”

J'ai mis beaucoup de temps à commenter cette partie de notre liturgie parce que ce moment où se dit la volonté de Dieu est sans doute le plus susceptible de varier selon les paroisses et les officiants. En effet, lors de l’établissement de notre nouvelle liturgie, il y eut un grand débat sur cette place de la volonté de Dieu et aujourd’hui encore, on trouve 3 écoles dans la liturgie réformée.
Pendant longtemps, la loi, dans nos cultes, a suivi la louange et précédé la confession du péché. La nouvelle liturgie a d'ailleurs conservé une proposition conservant cet ordre. Cette loi qui entraîne la confession du péché prend un rôle pédagogique. Face à loi de Dieu, l'homme ne peut que reconnaître que, par ses propres forces, il est incapable de suivre la loi, qu'il lui est impossible de se dire juste .devant Dieu. Cet usage pédagogique de loi est clairement exprimé par la phrase d'introduction à la confession du péché :  La loi de Dieu nous conduit à la repentance.

Autre ordre de culte : la loi se place après l'annonce du pardon. On ne parle plus de loi mais de volonté de Dieu. En effet, il n'est pas question ici de présenter la facture à la livraison : "maintenant qu'on t'a pardonné va falloir payer mon p'tit gars sinon, on reprend tout". Mais bien de réaffirmer que ce pardon que nous avons reçu transforme notre vie.
Pardonnés et libérés (le lien de subordination au pardon) est clairement établi) nous pouvons écouter (le verbe pouvoir n'exprime pas un caractère optionnel mais une capacité : il faut vraiment avoir reçu la parole du pardon pour que cet envoi ait un sens) ce que Dieu veut pour nous (la volonté de Dieu n'est pas une décision arbitraire. Dieu n'a pas besoin de nous mais ce qu'il nous demande est pour notre bien, dans notre propre intérêt) et qu'il nous donne la force de faire (encore une fois, ce n'est pas de nous même  mais de Dieu que nous vient ce nouveau comportement)

Quelle que soit la place de cette volonté de Dieu, nos différentes liturgies privilégient l'utilisation de textes bibliques afin de bien rappeler qu'ici, nous ne sommes pas face au code de conduite d'une Église mais devant une parole de Dieu.

Enfin, certains suppriment tout simplement cette partie de la liturgie. Quoiqu'en fait, même dans ce cas extrême, la volonté de Dieu pour nous reste exprimée dans la prédication et dans l'exhortation finale.

Ces différences d'emplacement de la volonté ne traduisent donc pas des théologies différentes mais plutôt un souci de clarté. En effet, l'idée que Dieu nous aime à condition que nous suivions ses règles est tellement ancrée en nous que chaque proposition est au risque d'une mauvaise interprétation.
Quand la loi précède et entraîne la confession du péché, celle-ci peut être perçue comme une liste de nos infractions de la semaine. Quand la volonté de Dieu suit l'annonce du pardon, il est facile d'y voir une condition à la grâce. Et l'absence pure et simple peut nous faire perdre de vue que le pardon de Dieu change notre vie.

Le pardon de Dieu change notre vie. Voila, à travers tant de débats et d'hésitation, ce que nous rappelle ce moment de notre liturgie.

Prescriptions, grâce et liberté

25 Juin 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Réponses

Dans un de ces commentaires, Ti'Hamo décrit  la liberté de l'homme de cette manière   "Après, si Dieu a vraiment dit à nos parents de tout longtemps : "Vous décidez donc de vous détourner de moi, de rejeter ma confiance, et de proclamer vôtre cet univers...ben, soit. Voilà la liste de ce qui va s'ensuivre, mais c'est vous qui l'avez librement choisi.",  c'est différent."
J'aime assez cette définition et mes lecteurs les plus fidèles, les plus courageux et ls plus attentifs savent que j'ai souvent dit des choses à peu près de ce genre, que pour moi, il est impropre de parler de chatiment quand nous sommes face à des conséquences... Quand mon médecin me demade d'éviter d'abuser des chocolats, que je désobéis et que je tombe malade, je ne dis pas que mon médecin m'a puni. 
Mais ce que Ti Hamo oublie de signaler, c'est que toute la Bible montre Dieu refusant de nous laisser subir les conséquences prévues dans ce qu'elles ont de plus définitif. Le peuple hébreux devrait avoir disparu depuis longtemps et pourtant l'Ancien Testament ne cesse de montrer Dieu rappelant sans esse un petit reste, laissant infiniment sa colère retomber... Le Nouveau Testament pousse cette logique à son comble : c'est l'humanité toute entière que Dieu va sauver...
Ben voilà, on a donc bien le péché originel : cette faiblesse inhérente à l'homme qui le conduit à toujours se détourner du chemin de vie que Dieu lui indique (la faiblesse n'exclut pas une aprt de responsabilité) et la puissance de l'amour de Dieu qui malgrè tout sauve l'homme de lui-même...
Bref, quand mon fils veut mettre ses doigts dans la prise de courant, je le prive de sa liberté pour lui sauver la vie. Et je crois que Dieu, père infiniment plus aimant et plus parfait que moi, agit de la même manière...

Cachez cette croix que je ne saurai voir, nouvelles histoires d'une laïcité défigurée

21 Juin 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Allez, quelques nouvelles histoires de laïcité, juste comme ça pour me défouler un peu (je finirais par faire une rubrique rien que pour ça)...

L'orgue de l'école de musique est arrivé au temple. Les élèves et leur professeur peuvent ainsi venir s'entraîner ailleurs que dans un placard à balais, il ont une salle avec une bien meilleure accoustique à leur disposition et la communauté protestante, elle, gagne l'avantage d'un bon instrument pour ses cultes... Bref, tout le monde est content et pour fêter ça, nous organisons une série de concerts sur tout un week end, au milieu desquels un culte, axé lui aussi sur la musique (la prédication est ici). Le professeur d'orgue trouve des musiciens,à charge pour la paroisse de prendre l'aspect matériel et la publicité. Le paroissien qui s'occupe des affiches des cafés bibliques prend les chose en mains, compose une affiche et la multiplie à ses frais. Bien sûr, sur cette affiche nous annonçons toutes les festivités autour de cet évenement : les trois concerts et le culte. L'affiche est contrôlée par l'école de musique, et, après quelques modifications (par exemple, Ecole de musique doit être plus gros que Eglise Réformée de France (authentique!)), elle est acceptée. Seulement, quelques jours après l'affichage, nous apprenons que sur ordre de la mairie, toutes les affiches ont été retirées et remplacées par d'autres affiches qui ne mentionnaient même plus l'ERF d'Evreux comme partenaire. Nous attendons de voir quelles sont les raisons qui nous seront données. Rien. La municipalité ne daigne pas entrer en contatc avec nous pour nous exposer son point de vue et nous dire quelle loi nous aurions enfreinte... Bien sûr nous nous doutons bien que le problème c'était que le culte était annoncé sur l'affiche, mais je ne crois toujours pas que la loi oblige (ni même permette) une telle censure... Et puis la moindre des politesse aurait été de se mettre en contact avec les deux organisateurs de la manifestation, non ?

D'ailleurs, je ne peux m'empêcher de remarquer que désormais sur le petit guide d'Evreux, les associations cultuelles ne sont plus présentées. J'attend la réaction des défenseurs de la laïcité toujours prêts à partir en croisade lorsque les associations athées ne sont pas représentées aux côtés des religions. Ici, la Libre Pensée, la Ligue des droits de l'homme sont bien présente mais ni le catholicisme, ni l'Islam, ni le protestantisme ni aucun autre culte....

Plus anecdotique et sans doute plus révélateur encore de ce à quoi nous sommes en train d'arriver sous couvert de laïcité. Je vous avais déjà parlé de l'enregistrement d'un conte musical et de chants (absolument profanes) par les enfants des écoles dans le temple. Le CD est maintenant sorti accompagné d'un DVD de photo... Eh bien les critiques fusent parce que sur ces photos, on voit la croix... Eh oui, les parents ont signé une autorisation pour que les enfants enregistrent dans un temple et maintenant certains fulminent parce qu'on voit une croix sur les photos prisent pendant "l'action".

Ca serait risible si ne révélait pas justement quelque chose de très grave. Alors que la laïcité est précisément ce qui devrait permettre de vivre ensemble dans le respect et la reconnaissance de l'autre, à force d'interdictions et de censures, en train de raviver toutes sortes de rancoeur et de peur, en train de créer un véritable terreau d'intolérance et d'ignorance...

Ô laïcité
Que de crimes on commet en ton nom...

"Va et ne pèche plus" : halte à la récidive ?

18 Juin 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Réponses

Alors les scribes et les pharisiens amènent une femme surprise en adultère, la placent au milieu et lui disent : Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes : toi, donc, que dis–tu ? Ils disaient cela pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus se baissa et se mit à écrire avec le doigt sur la terre. Comme ils continuaient à l’interroger, il se redressa et leur dit : Que celui de vous qui est sans péché lui jette le premier une pierre ! De nouveau il se baissa et se mit à écrire sur la terre. Quand ils entendirent cela, ils se retirèrent un à un, à commencer par les plus âgés. Et il resta seul avec la femme qui était là, au milieu. Alors Jésus se redressa et lui dit : Eh bien, femme, où sont–ils passés ? Personne ne t’a donc condamnée ? Elle répondit : Personne, Seigneur. Jésus dit : Moi non plus, je ne te condamne pas ; va, et désormais ne pèche plus

.
Au cours de notre longue discussion sur l’homosexualité (je penserai à reprendre un thème aussi racoleur lors de la prochaine baisse d’audience) j’évoquais qu’il me paraissait toujours dangereux d’insister sur ce que devait être la vie après la conversion sans retomber dans un discours légaliste. En effet, je crois que la conversion est un événement personnel provoqué par la grâce et que le converti sait très bien sur quel chemin il est appelé à s’engager. Je voulais dire par là que lorsqu’on fait suive une annonce de la grâce par une description détaillée de la vie nouvelle à laquelle la grâce nous conduit, on court le risque que certains essayent par eux-même de vivre cette vie nouvelle sans passer par la case réception de la grâce, bref, lisent la nouveauté de vie offerte comme une loi à suivre.
Je n’ai sans doute pas été assez clair puisque Matthieu m’a posé la question : Jésus a-t-il été légaliste en disant à la femme adultère « Va et ne pèche plus » ?
Intervention qui m’en a rappelé d’autres se référant au même texte.
Mais tout d’abord je vais, enfin, répondre à Matthieu.
Non Jésus n’est pas légaliste pour deux raisons simples. Tout d’abord il ne parle pas de la grâce à des gens qui ne l’ont pas reçue ni vécue mais à quelqu’un qui vient de la recevoir. Ensuite, Jésus ne donne pas à la femme adultère un carnet de route très détaillé. « Ne pèche plus » c’est bien trop vaste pour pouvoir être pris comme une loi. Nous savons bien que la femme n’est pas devenue ensuite exempte de tout péché. En fait Jésus ne fait que formuler ce qu’elle savait déjà, ce que tous ceux qui ont vécu, à un moment où un autre, le pardon de Dieu dans leur vie : ce pardon n’est pas une marque de faiblesse qui incite à la récidive. Celui qui se dit « Puisque je sais que je serais pardonné par Dieu, je peux faire tout ce que je veux » n’a assurément pas réellement reçu ce pardon, il n’a pas vécu la puissance de la grâce de Dieu.

Mais cette intervention de Matthieu m’a aussi rappelé d’autres réactions lorsque j’évoquais le caractère absolument inconditionnel de la grâce de Dieu. Réactions qui en substance disaient « Mais quand même Jésus a bien dit à la femme adultère : « Ne pèche plus » ». En effet, et alors ?
Prendre ce « va et ne pèche plus comme une condition du pardon me paraît être un contresens complet. C’est lire ce texte, au mieux comme si Jésus disait à la femme adultère : « Allez si tu promets de ne plus recommencer, je ne te condamne pas », au pire comme s’il donnait à la femme adultère une condamnation avec sursis, comme si la femme adultère devait être lapidée à la prochaine incartade…
Or ce n’est pas du tout l’esprit du texte. La chronologie de l’épisode ne laisse aucune ambiguïté.
1) Péché.
2) Rétribution du péché par la mort au nom de la loi.
3) Réfutation des juges qui ne sont pas qualifiés pour condamner (rappel que nul homme n’est juste devant Dieu et que personne n’est donc habilité à condamner son frère)
4) Refus de juger par le seul qui en aurait le droit. Parole de grâce
5) Exhortation (Va et ne pèche plus)
L’exhortation finale ne peut donc absolument pas être lue comme une condition au pardon. Elle dit simplement ce que provoque la grâce. La femme adultère ne doit pas changer de vie pour être pardonnée, mais parce qu’elle est pardonnée, une vie nouvelle lui est offerte. D’ailleurs on trouve ce «ne pèche plus » à un autre endroit de l’évangile de Jean, c’est la parole adressée au paralytique de la piscine de Bethzatha (Jean V, 14). Parole d'ailleurs surprenante puisque Jésus renchérit "De peur qu'il ne t'arrive quelque chose de pire". Seulement Jean révèle que Jésus ne partageait pas la croyance de ses contemporains selon lesquels le handicap était une conséquence du péché (Jean IX, 3), je vois plutôt cette phrase comme une affirmation qu'il existe pour l'homme des esclavages pire que le handicap ou la maldie... Cette exhortation est donc une parole de guérison et de délivrance plus que de menace. C'est aussi l'affirmation que si la grâce est inconditionnelle, elle n'est pas sans conséquence.

Liberté, égalité, sexualité (2) Bible et homosexualité

6 Juin 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

Affiche-Bible-12.JPGLors de notre dernier café biblique, nous avons parlé de sexualité. Bien sûr, nous sommes loin d'avoir fait le tour de la question. Mais voici, rassemblées et mises par écrit quelques réflexions que nous avons eue lors cette soirée sur l'homosexualité.

Quand on évoque l’homosexualité et la Bible, c’est souvent l’image de Sodome et Gomorrhe qui s’impose aux esprits.

 

Ils n’étaient pas encore couchés que les gens de la ville, les hommes de Sodome, entourèrent la maison, depuis les jeunes gens jusqu’aux vieillards, tout le peuple, sans exception. Ils appelèrent Loth et lui dirent : Où sont les hommes qui sont entrés chez toi ce soir ? Fais–les sortir vers nous, pour que nous ayons des relations avec eux ! Loth sortit vers eux, à l’entrée de la maison, et ferma la porte derrière lui. Il dit : Mes frères, je vous en prie, n’agissez pas mal ! J’ai deux filles qui n’ont jamais eu de relations avec un homme ; je vais les faire sortir vers vous, et vous leur ferez ce qu’il vous plaira. Seulement, ne faites rien à ces hommes, puisqu’ils sont venus à l’ombre de mon toit. Ils dirent : Pousse–toi ! Ils dirent encore : Celui–ci est venu tout seul, en immigré, et il veut faire le juge ! Maintenant, nous allons te faire plus de mal qu’à eux ! Tout en insistant fortement auprès de Loth, ils s’avançaient pour briser la porte. Genèse XVIII, 4 à 9

Pourtant, si on regarde d’un peu près le texte, il est évident d’une part que l’homosexualité n’est pas l’aspect le plus important de ce récit : le crime des hommes de Sodome c’est de briser les lois de l’hospitalité. « Ne faites rien à ces hommes car ils sont venus sous mon toit » plaide Loth et non pas « ne faites rien à ces hommes car ce serait une abomination contre nature »
De plus si l’on veut vraiment tirer du récit de Sodome et Gomorrhe un enseignement moral, alors il nous faut célébrer l’attitude de Loth, prêt à livrer ses filles vierges à l’appétit sexuel de ses concitoyens, ce qui sur un plan éthique me paraît fortement discutable…

En fait la condamnation sans équivoque de l’homosexualité (ou plus exactement de la pratique homosexuelle) dans la Bible se trouve en Lévitique

Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination. (XVII, 22)
Si un homme couche avec un autre homme comme on couche avec une femme, ils ont commis tous deux une abomination ; ils seront mis à mort : leur sang sera sur eux. (XX, 13)

On pourrait certes objecter qu’il est impossible de coucher avec un homme comme on couche avec une femme et que l’homosexualité féminine est ici passée sous silence, mais c’est ici jouer sur les mots.
Il me semble plus pertinent en revanche de s’interroger sur le pourquoi de cette condamnation… Si l’on regarde de plus près les interdits du Lévitique, ils ont en commun un refus de la confusion. En effet, pour les hébreux, Dieu crée le monde en y mettant de l’ordre et se retrouve frapper d’interdit ce qui déroge à cet ordre, ce qui semble revenir au chaos originel (par exemple les poissons sans écailles ni nageoires ou les animaux qui ruminent mais n’ont pas le pied fourchu) (Deutéronome XIV, 7 et 10). L’homosexualité est donc ici perçue comme un désordre dangereux.
Si nous voulons faire de la Bible, un livre de règle quant à la sexualité et en son nom condamner l’homosexualité, pourquoi se focaliser sur ces deux commandements sur l’homosexualité tout en en ignorant d’autres ?
 « Aucun d’entre vous ne mangera du sang » Lev XVII, 10
« Tu n’accoupleras pas deux bêtes de deux espèces différentes. Tu ne porteras pas un vêtement tissé de deux espèces différentes de fils »(Lev. XIX, 19)

Dans le Nouveau Testament, la critique de l’homosexualité vient de Paul

18  La colère de Dieu, en effet, se révèle depuis le ciel contre toute l’impiété et l’injustice des gens qui tiennent la vérité captive dans l’injustice ; 19 car ce qu’on peut connaître de Dieu est manifeste parmi eux : c’est Dieu qui, pour eux, l’a rendu manifeste. 20  En effet, ce qui chez lui est invisible –– sa puissance éternelle et sa divinité –– se voit fort bien depuis la création du monde, quand l’intelligence le discerne par ses ouvrages. Ils sont donc inexcusables, 21  puisque, tout en ayant connu Dieu, ils ne l’ont pas glorifié comme Dieu et ne lui ont pas rendu grâce ; mais ils se sont égarés dans des raisonnements futiles, et leur cœur sans intelligence a été plongé dans les ténèbres. 22  Se prétendant sages, ils sont devenus fous 23  et ils ont changé la gloire du Dieu impérissable en des images représentant l’être humain périssable, des oiseaux, des quadrupèdes et des reptiles. 24  C’est pourquoi Dieu les a livrés à l’impureté, par les désirs de leur cœur, de sorte qu’entre eux ils déshonorent leur propre corps, 25  eux qui ont changé la vérité de Dieu pour le mensonge et qui ont adoré la création, en lui rendant un culte, au lieu du Créateur, qui est béni pour toujours ! Amen ! 26  C’est pour cela que Dieu les a livrés à des passions déshonorantes. Ainsi, en effet, leurs femmes ont changé les relations naturelles pour des actes contre nature ; 27  de même les hommes, abandonnant les relations naturelles avec la femme, se sont enflammés dans leur appétit les uns pour les autres ; ils se livrent, entre hommes, à des actes honteux et reçoivent en eux–mêmes le salaire que mérite leur égarement.

Paul quant à lui n’associe pas l’homosexualité à un chaos originel, il la voit comme un symptôme et un symbole du refus de l’Autre. La refus de l’altérité de Dieu s’est transformée en refus de l’autre sexe. On retrouve ici une avancée par des psychanalystes modernes. Et il est vrai que cette question ne peut pas être écartée d’un revers de la main. L’homosexualité n’est-elle pas le signe d’un refus de l’altérité ? Mais d’autres psychanalystes tout aussi compétents affirment que l’altérité peut se trouver ailleurs que dans l’identité sexuelle. Aussi le débat reste en suspens.
De toute façon, je ne crois pas que son aboutissement changerait grand chose quant à l’accueil d’une personne homosexuelle dans nos communauté. En effet, s’il était prouvé demain qu’effectivement l’homosexualité est un refus de l’altérité, qu’est ce que ça changerait à l’affirmation de Paul :
Tous, en effet, ont péché et sont privés de la gloire de Dieu ; et c’est gratuitement qu’ils sont justifiés par sa grâce, au moyen de la rédemption qui est en Jésus–Christ (Romains III, 23-24)
Alors peut-être l’homosexualité est-elle un péché, mais ce qui est certain, c’est que l’homosexuel n’est pas plus pécheur que moi. Comment pourrai-je me poser comme juge de mon frère ou de ma sœur, alors que je suis aussi pécheur que lui ? Comment pourrai-je prétendre lui indiquer le bon chemin alors que moi-même je ne suis rendu juste que par l’amour de Christ ?
J’ai, comme chacun, une lecture hérétique de la Bible, c’est à dire que j’y fais des choix, ou plutôt, je la comprend suivant une grille de lecture préalable. Cette grille de lecture, c’est la Bonne Nouvelle de Jésus Christ. Et au nom de cette Bonne Nouvelle, ce n’est pas une parole de jugement ou d’interdit que je veux annoncer à chacun, mais une parole de bénédiction.
Or, je crois qu'il est impossible de dire une parole de bénédiction en condamnant ceux qi la reçoivent à la solitude. Je crois donc que cette bénédiction doit s’adresser aux personnes homosexuelles aussi bien dans leur individualité que dans leur projet de couple. Aussi, j’espère que demain mon Église me permettra de dire sur un couple homosexuel une bénédiction qui ne sera pas celle d’un mariage mais la reconnaissance d’un projet de vie.

 

La note et le Verbe

5 Juin 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

musique.JPGPrédication du dimanche 3 juin 2007

Installation de l'orgue de l'Ecole de musique dans le temple

I Samuel X, 1 à 6
Matthieu XI, 16 à 19

« A quoi comparerai-je cette génération ? » Ainsi présenter, on peut facilement voir dans cette courte parabole, un simple mouvement d’humeur, Jésus déplorant que ses contemporains ne soient jamais satisfaits. Pourtant, cette comparaison est plus riche d’enseignement qu’un simple mot de mauvaise humeur, elle nous parle de ce qu’est la Parole, nous renseigne sur l’articulation entre la prédication de Jésus est celle de Jean le Baptiste et nous éclaire sur notre propre attitude par rapport à la Bonne Nouvelle.

Un air de flûte, une complainte… C’est par la musique que Jésus représente le message porté par Jean le Baptiste et par lui-même. Cette image, il l’emprunte à l’Ancien Testament. Par exemple, le signe distinctif de ces prophètes que le futur roi Saül doit rencontrer, c’est qu’ils sont musiciens. Or le prophète, c’est celui qui parle de la part de Dieu, et cette musique jouée par les prophètes est sans aucun doute considérée comme un moyen utilisé par Dieu pour nous faire parvenir sa parole. Alors pourquoi cette image ? pourquoi la musique ?
Tout d’abord, parce que la parole de Dieu veut atteindre le plus grand nombre : ce n’est pas un secret qui se murmure à l’oreille des seuls initiés. Or d’une part la musique porte loin, de plus loin que la voix humaine et d’autre part la musique est bien plus universelle que la parole humaine. Bien sûr elle change selon les cultures mais ces différences culturelle n’est jamais une barrière infranchissable et je peux tout à fait être touché au plus profond de mon être par une musique d’une toute autre culture que la mienne.
Ensuite, la musique parle à notre intelligence au delà de notre intelligence. Il me semble, en effet, que la musique est plus que le langage de l’émotion. Il y a de l’intelligence, de l’intellect dans la musique et celui qui sait l’entendre, qui sait l’analyser ne perd rien au niveau de l’émotion mais enrichit, élargit cette émotion. J’avoue mon peu de culture mélomane, mais en entendant parler certains bon amateurs de musique, j’ai acquis la conviction qu’une œuvre musicale en plus d’être belle peut être intelligente, intéressante. Il en va de même pour la Parole de Dieu. Elle ne nous demande certainement pas de renoncer à notre intelligence, à notre esprit critique. Le maître mot de la foi, ce n’est pas « ne cherche pas à comprendre ». La Parole éveille notre curiosité, attise notre intelligence mais elle nous pousse à aller encore plus loin. Contrairement à ce qu’on pense trop souvent, comprendre et ressentir ne s’opposent pas, ils peuvent aller ensemble et s’enlacer pour nous apporter une richesse encore plus grande…
Enfin, la musique conduit toujours au geste. C’est un doigt qui se dresse et bat la mesure, c’est une  tête qui se balance, c’est un pied qui marque le tempo, c’est un corps tout entier qui se met à danser… Mais même pour le moins danseur d’entre nous (et croyez-moi je sais de quoi je parle), il faut vraiment résister de toutes ses forces pour en pas être mis en mouvement par la musique. Il n’y a pas de différence profonde entre le mélomane qui marque la hoche doucement la tête en écoutant un concert et l’adolescente qui danse en rangeant sa chambre, un walkman vissé sur les oreilles. Les deux sont mus par leur musique. Il en va de même pour la Parole de Dieu, il est impossible de la recevoir et de ne pas être mis en action. C’est comme pour la musique, si je n’ai pas envie de me mettre en mouvement c’est que je ne la reçois pas…
D’ailleurs, en revenant à notre texte, les musiques évoquées par Jésus ont pour but de conduire à une action : le chant funèbre qui entraîne la lamentation et la musique de fête qui conduit à la danse. Les enfants de la comparaison le disent « on est allé d’un bout à l’autre de notre registre, et vous n’avez pas réagis… » Avec cette parole, Jésus n’oppose pas son ministère à celui de Jean le Baptiste, il lie les deux. La repentance proclamée par Jean (le chant funèbre) et la Bonne Nouvelle annoncée par Jésus (l’air de fête) vont ensemble, ce sont deux face de la même médaille.
Je commence par l e chant funèbre. La repentance n’est pas la haine de soi. La haine de soi, c’est le déni (je déteste tellement mon action que je ne suis même pas capable d’assumer ce que j’ai fait) ou bien l’autoflagellation (je me vautre dans ma culpabilité et dans mon désespoir et passe mon temps à me punir)… La repentance n’a rien à voir avec cela. Dans la Bible, se repentir, ce n’est pas seulement  regretter d’avoir fait quelque chose et ne rien pouvoir y faire, c’est aussi changer, être transformer. Mon repentir n’est pas un regret stérile, c’est l’affirmation que je suis libre vis à vis de mes erreurs passées et que je peux prendre une autre route. Et ce nouveau départ, c’est la bonne nouvelle : parce que je suis aimé de Dieu gratuitement, je suis libre vis à vis de ma propre faiblesse, vis à vis de mes propres échecs…
Le chant funèbre et l’air de fête sont étroitement lié,  et Jésus le souligne en renversant l’ordre chronologique. Ce n’est pas d’abord Jean, puis Jésus, la repentance puis la Bonne Nouvelle. Non ! tout est indissociablement lié. Tout comme il est bon de pouvoir pleurer au moment du deuil, il est bon de pouvoir pleurer sur nos limites, nos échecs, nos fautes. Il est bon de ne pas tout garder en nous, de pouvoir exprimer, c’est à dire faire sortir ce qui nous fait souffrir. Et cela, sans peur d’être jugé, sans désespoir parce que nous savons que quoiqu’il arrive nous sommes aimés. Ainsi, même les larmes procèdent de la joie de la Bonne Nouvelle. Nous pouvons jeûner avec Jean le Baptiste pour manifester le changement de notre vie, mais n’oublions pas que Jésus mange et boit avec les pécheurs pour manifester une alliance nouvelle, une réconciliation complète…
Mais ce chant qui est tour à tour lamentation et hymne, les contemporains de Jésus refusent de l’entendre. Ils s’esclaffent de ce que Jean le Baptiste jeûne, ils s’indignent de ce que Jésus mange. Quelle que soit l’attitude, à leurs yeux, elle n’est jamais la bonne…

Eh bien ce refus d’entendre est finalement assez rassurant.
Rassurant d’abord parce que comparer la parole de Dieu à la musique est à double tranchant. En effet, on sait que la musique, par sa puissance émotionnelle, par les effets qu’elle a sur le corps, peut facilement devenir un moyen redoutable de manipulation.
Si tu veux contrôler le peuple commence par contrôler sa musique disait Platon
Alors, si la parole de Dieu est comme une musique, et une musique intensément émotionnelle (un chant funèbre, un air de fête), il y a de quoi s’inquiéter : ne sommes nous pas manipulés ?
Et voilà que le chant s’avère impuissant, que les hommes refusent de l’entendre. Ce qui montre bien qu’ils conservent toute leur liberté. La musique ne nous agit que si elle nous atteint. Exactement comme la parole. Et ici, nous voyons bien que la Parole n’est pas une tyrannie écrasante, mais qu’elle reste légère, offerte à tous mais sans contrainte aucune.
Cette liberté laissée aux hommes, c’est aussi une liberté pour la parole. En effet que l’homme la reçoive ou non, la chanson ne s’arrête pas. Elle reste dans l’air, accessible à chacun. Et cela c’est un soulagement pour nous aussi bien comme récepteurs que comme témoins.
En effet, cette parole offerte comme une musique. Nous devons bien reconnaître que nous ne l’entendons pas toujours… Eh bien que notre surdité ne nous fasse pas désespérer. La musique reste dans l’air, attendant que chacun d’entre nous l’entende et se laisse agir par elle. Y être sourd aujourd’hui ne signifie qu’elle soit définitivement perdue pour nous.
Et puis, c’est aussi un soulagement pour nous lorsque nous jouons notre rôle de témoins (ce rôle que Jésus nous confie)… En effet, lorsque nous reprenons cette Bonne Nouvelle comme un chant, lorsque nous tentons de la faire entendre au monde, nous sommes souvent agacés, parfois blessés par l’indifférence polie, voire l’hostilité que le monde oppose à notre chant… Mais nous oublions dans ces cas là que nous ne sommes pas tenu au résultat, notre rôle n’est pas de hurler notre chant à l’oreille du monde jusqu’à être entendu. Il nous suffit de fredonner la chanson, comme on fredonne un air que l’on a dans la tête, donnant ainsi à notre voisin une chance d’entendre à son tour cette musique qui libère. Mais si personne ne nous entend, si personne ne nous écoute, eh bien ce verset vient nous rappeler que Jésus lui-même ne fut pas forcément entendu à son époque… Ce qui devrait suffire à nous rassurer et à nous inviter à plus de patience et de modestie…

Frères et sœurs, la Bonne Nouvelle se fait entendre à nous, elle flotte dans l’air comme une musique entraînante, laissons nous saisir par elle, entrons dans la danse et laissons-là nous transformer en musiciens.

Amen

Liberté, égalité, sexualité (1) Bible et sexualité

2 Juin 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

Affiche-Bible-12.JPGLors de notre dernier café biblique, nous avons parlé de sexualité. Bien sûr, nous sommes loin d'avoir fait le tour de la question. Mais voici, rassemblées et mises par écrit quelques réflexions de cette soirée.
D'ordinaire, quand on évoque la sexualité et le christianisme, c'est pour les opposer. En effet, quand les chrétiens parlent de sexe, on s'attend à ce que ce soit pour interdire ou pour tolérer à la rigueur "mais seulement pour faire des enfants".

Pourtant, comme souvent, une lecture libre de la Bible permet de briser certaines images toutes faites.
Tout d'abord, la Bible parle de sexualité, elle en parle librement, sans tabou, sans sacralisation. Ainsi le sexe dans la bible n'est ni racoleur, ni tabou, il fait simplement partie de la vie.

La procréation

Dieu créa l'homme à son image, il le créa à l'image de Dieu, il créa l'homme et la femme. Dieu les bénit, et Dieu leur dit: Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l'assujettissez; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre
Genèse I, 27-28

Ainsi, dès le commencement, l'identité de l'humain est étroitement liée à la sexualité et le premier commandement qui lui est donné c'est "soyez féconds". Il me paraît donc évident qu'Augustin a fait fausse route en faisant de la sexualité le fruit défendu. Dans la Genèse, la sexualité n'est pas ce qui avilit l'humain. Bien au contraire, elle est voulue par Dieu.
Uniquement comme instrument de fécondité ? Voire...

Le plaisir
On trouve dans la Bible, tout un livre qui ne parle pas de Dieu mais uniquement du désir qui pousse l'homme et la femme l'un vers l'autre. Le Cantique des cantiques est un long poème érotique qui ne parle ni de mariage, ni de procréation mais seulement de désir et de plaisir. Le plaisir est donc bien un but de la sexualité. Bien sûr, on a souvent proposé une lecture allégorique du Cantique, l'amour de la sunamite et de son amant étant une image du lien entre Dieu et son peuple. Pourquoi pas ? Mais d'une part, il faut toujours se demander si on fait du Cantique une lecture allégorique parce qu'il est dans la Bible ou si on l'a placé dans la Bible parce qu'on en faisait une lecture allégorique. Et surtout, ça ne change finalement rien : faire du désir et du plaisir érotique un symbole de la relation de Dieu à son peuple, c'est les célébrer et non pas les condamner.

La rencontre

Adam connut Ève, sa femme; elle conçut, et enfanta Caïn et elle dit: J'ai formé un homme avec l'aide de l'Éternel.
Genèse IV 1

Enfin, un des termes qu'emploie souvent la Bible pour évoquer l'acte sexuel c'est « yeda », "connaître". Ainsi, la sexualité est elle vue comme rencontre de l'autre. Et je crois que cette idée de rencontre, de reconnaissance de l'autre est essentielle. La sexualité devient ainsi le lieu ou deux corps et deux âmes se rencontrent et se reconnaissent intimement, elle est l'expression concrète de l'amour qui unit deux personnes.
En effet, en matière de sexualité, la Bible ne dresse pas une liste des positions et actes sexuels permis ou prohibés. Elle ne légifère pas sur ce qui se passe sous la couette. En revanche, elle pose comme condition, la reconnaissance de l'autre comme individu, comme sujet. Ma partenaire, mon partenaire est quelqu'un et c'est ensemble que nous cherchons le plaisir ou que nous procréons. Cela exclut aussi bien le viol que la pédophilie (traiter un enfant ou un adolescent comme un adulte, ce n'est pas le reconnaître dans son altérité)

Et le Nouveau Testament ?
Il est vrai que le Nouveau Testament est plus discret sur la sexualité. Si bien que l'on a tendance à n'en retenir que la préférence de Paul pour la virginité et l'abstinence (I Corinthiens VII). Mais faut-il faire une vérité dogmatique d'une préférence personnelle ? Rien n'est moins sûr.
En tout cas, sur le Nouveau Testament, deux remarques me paraissent importantes. Tout d'abord, le Nouveau Testament ne lie jamais la question du couple à celle de la filiation. Cela s'explique en partie par la perspective eschatologique : si la fin des temps est pour demain, à quoi bon faire des enfants ? Mais tout le NT n'est pas écrit dans une perspective eschatologique. Il est donc impossible de trouver un fondement biblique à l'idée que la procréation est le seul but de la sexualité.
Une autre remarque : dans ce texte où il indique sa préférence pour la virginité, Paul refuse en fait d'établir l'abstinence comme une règle (Romains I, 18 à 27). Il dit : " à chacun de faire selon sa conscience et selon sa possibilité". Mais surtout, il dit « la femme participe à ce choix, elle a son mot à dire »

Ce n’est pas la femme qui a autorité sur son propre corps, c’est son mari ; de même, ce n’est pas le mari qui a autorité sur son propre corps, c’est sa femme. Ne vous privez pas l’un de l’autre, sinon pour un temps et d’un commun accord, afin de vous consacrer à la prière (...)
I Corinthiens VII, 3 à 5


Ainsi, dans une société qui estime que le rôle de la femme est de satisfaire les désirs de l'homme, ce sale macho de Paul inscrit la réciprocité dans l'érotisme du couple...

Conclusion
La Bible nous parle donc d'une sexualité qui fait partie de la vie. Et quand elle est pratiquée dans le respect et la reconnaissance de l'autre, la sexualité est don et volonté de Dieu pour nous, qu'elle ait pour but la reproduction et/ou le plaisir. une sexualité basée sur la liberté et l'égalité, en quelque sorte...

PS : Je viens d'ajouter une phrase suite à une remaruqe de Micky. Je n'avais en effet pas été assez explicite...

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Spiderman 3 : le venin et le péché

1 Juin 2007 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

spiderman3-big.jpg

Mon péché me recouvre comme un vêtement de misère
Prière musulmane

En 1962, avec Spiderman, Stan Lee inventait un nouveau genre de super héro. À des lieues du super boy-scout extra-terrestre et du détective milicien, Peter Parker, alias Spiderman, est un adolescent timide et maladroit dont les déboires sentimentaux ont autant d'importance que ses démêlées avec des super-vilains. En adaptant Spiderman au cinéma, Sam Raimi va rester fidèle à cet esprit et, dans ses 3 films, la vie privée de Peter Parker a autant d'importance que les acrobaties de Spiderman (au grand dam des fans d'action pure et de mes enfants "oh non! Encore des bisous, c'est dégueu !" (oui, un de mes fils est en plein âge bête)) Ceci dit, on reste dans le genre superhéroïque, hein ! Alors, pour les sentiments comme pour la baston, la subtilité n'est pas vraiment de mise.

 

De toute façon ce n'est pas de la vie amoureuse de Peter et MJ que je vais tirer cette relecture théologique et certainement pas de la scène du pardon finale, qui non seulement est ratée mais qui est porteuse de l'idée absurde que pour être pardonné, il faut avoir des excuses.

Nettement plus intéressant d'un point de vue théologique est Venom (qui d'ailleurs reste anonyme dans le film, me semble-t-il). Venom, visuellement, c'est une version monstrueuse de Spider Man, vêtu de noir, plus balaise et plus agressif. Mais, dans le film peut être encore plus que dans la bd, Venom c'est avant tout un costume.

En effet, cette fois le méchant n'est pas un criminel, ni un savant fou, ni un tyran mégalomane mais un symbiote extraterrestre (oui, je sais dit comme ça, ça fait un peu bizarre, mais pas beaucoup plus que des histoires de ciel ouvert ou de vierges enceintes, si ? Tout est affaire de langage…) qui décuple la puissance et l'agressivité de son hôte.

Quelque chose qui n'est pas l'individu mais qui l'enveloppe complètement, au point d'en être indissociable, qui le rend plus fort, plus efficace mais aussi plus arrogant et plus dangereux, je trouve que c'est une assez bonne image du péché, cette soif de pouvoir et d'autonomie qui nous pousse à nos opposer à qui pourrait nous aider. (A ma décharge, l'inventeur du concept a du penser à quelque chose de ce genre aussi puisque dansle film comme dans la bd, Peter Parker se débarasse du symbiote grâce aux cloches d'une église : la voix des cloches n'ets elle pas annonciatrice d'une bonne nouvelle qui nous délivre de notre péché ?)

Je ne me souviens plus de la tirade de tante May sur le venin de la vengeance (la seule allusion à Vénom) mais je me rappelle qu’elle a résonné à mon oreille un peu comme « Le péché est tapis à ta porte et son désir se porte vers toi, mais toi, domine sur lui… » (Genèse IV, 7)

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