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Miettes de théologie

Cyrano : réveillez le poète qui sommeille en vous

26 Mars 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Du caté et des jeux

cyrano.jpgLes bouts rimés, c’est pas vraiment une nouveauté. Néanmoins, Cyrano en propose une adaptation susceptible de réveiller le poète qui sommeille en chaque catéchumène.

Le principe du jeu est simple : deux rimes sont données, ainsi qu’un thème. A charge pour chacun de composer un quatrain.

A moins d’avoir vraiment affaire à des cracks on ne tiendra pas trop compte de la métrique. Toutefois, le jeu n’est pas réservé aux seuls poètes ; ce qui est récompensé ici, ce n’est pas le talent de l’écrivain (qui sera tout de même salué) mais l’originalité et le bon goût. En effet, après l’écriture, c’est l’originalité des rimes choisies qui rapportera des points (si personne d’autre que moi n’a pensé à toujours comme rime en –our, je gagne 1 point). Ensuite, une phase de vote au cours de laquelle chacun vote pour le poème qu’il a préféré. Et là, ce qui rapporte des points, ce n’est pas le fait de recevoir des voix mais le fait de voter comme les autres.

Bien sûr, le vrai plaisir, c’est celui d’écrire et d’entendre ce qu’écrivent les autres. Je vous livre une petite perle tirée d’une partie avec des enfants.

Thème : Le plaisir            Rimes -té et -ère

 

Ma vie est super

 

C’est vraiment super

D’être la première

Je suis une célébrité

Je l’ai bien mérité

Anaëlle (10 ans)

Exempté de service

25 Mars 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

guerre.jpgMoïse dit : Quand vous partirez en guerre contre vos ennemis, si vous voyez des chevaux ou des chars et une armée plus nombreuse que vous, n’ayez pas peur. Le SEIGNEUR votre Dieu, qui vous a fait sortir d’Égypte, est avec vous.  Au moment où vous vous préparerez à combattre, le prêtre s’avancera devant l’armée et il dira aux combattants :  « Soldats d’Israël, écoutez ! Aujourd’hui, vous allez combattre vos ennemis. Ne perdez pas courage, n’ayez pas peur, ne vous troublez pas, ne tremblez pas devant eux. Le SEIGNEUR votre Dieu marche avec vous, il combat pour vous contre vos ennemis, afin de vous donner la victoire. »  Ensuite, les officiers chargés de recruter les soldats leur diront : « Est–ce qu’il y a parmi vous quelqu’un qui vient de construire une maison et qui ne l’a pas encore habitée ? Qu’il rentre chez lui. Sinon, il risque de mourir à la guerre, et un autre habitera sa maison.  Est–ce qu’il y a quelqu’un qui vient de planter une vigne, et qui n’a pas encore cueilli les premiers raisins ? Qu’il rentre chez lui. Sinon, il risque de mourir à la guerre, et un autre cueillera ses fruits. Est–ce qu’il y a quelqu’un qui vient de se fiancer, et qui n’est pas encore marié ? Qu’il rentre chez lui. Sinon, il risque de mourir à la guerre, et un autre se mariera avec sa fiancée. » Les officiers ajouteront ceci : « Est–ce qu’il y a quelqu’un parmi vous qui a peur et qui est découragé ? Qu’il rentre chez lui pour ne pas décourager les autres. » Quand ces officiers auront fini de parler, ils nommeront des chefs militaires pour commander l’armée.

Deutéronome XX, 1 à 9

 

Il serait certainement très exagéré d'aller chercher une veine pacifiste dans les prescriptions militaires du Deutéronome. N'empêche que la liste des exemptions du devoir militaire est remarquable.

Pas tant à cause du nombre d'exemptés qu'elle représente (encore que si on permet à tous ceux qui ont peur d'affronter une troupe plus nombreuse et mieux armée de se retirer du champ de bataille, il ne doit plus rester grand monde), qu'à cause de la nature de ces exemptions. En fait, est dispensé de son devoir militaire celui qui n'a pas encore goûté à la vie.

Et le contraste entre les prescriptions du texte et ce qui se fait de manière universelle est saisissant. En effet, qui envoie-t-on à la guerre en priorité si ce n’est les plus jeunes, voire les enfants. Pourquoi les plus jeunes, pourquoi les enfants. Je crois que la raison principale est que ce sont ceux qui ne savent pas ce qu’ils ont à perdre, ceux qu’il est donc le plus facile d’endoctriner.

Avec la méthode prescrite du Deutéronome, la guerre est interdite à ceux qui n’ont pas encoure goûté à la vie et ceux qui y ont goûté ont le droit de refuser d’aller se battre, je ne suis pas sûr qu’il reste beaucoup de monde dans les corps d’armées. Je me demande d’ailleurs si cette loi a jamais été mise en pratique.

Science et religion

17 Mars 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

mgould.jpgIl n'est pas vrai que la science et la religion doivent s’affronter- il s'agit de deux sphères parmi les plus séparées de celles qui émanent des besoins psychiques humains. La lutte titanesque existe, a toujours existé et existera toujours entre le questionnement et l'autorité, la libre recherche et le dogme figé - mais les institutions représentant ces pôles ne sont pas la science et la religion. Ce type de lutte se présente au sein de chaque domaine et non entre eux. L'éthique générale de la science favorise une plus grande ouverture d'esprit par rapport à la nouveauté ; mais nous avons néanmoins nos fossiles, et ils sont souvent en position de grand pouvoir. L'institution religieuse en tant que partie prenante du pouvoir étatique, comme cela a souvent été le cas dans l'histoire, a tendu à défendre des positions rigides - mais il y a eu aussi des cas où des doctrines religieuses ont été à l'avant-garde des révolutions sociales (...) La lutte qui oppose la libre quête à l'autorité est si centrale, si universelle, que nous avons besoin de l'appui de tout le monde, de tous bords. Les scientifiques qui recherchent doivent se joindre aux théologien qui questionnent, si nous voulons préserver le plus fragile de tous les roseaux : la liberté elle-même. Si les scientifiques perdent leurs alliés naturels en désignant des institutions entières comme ennemis, au lieu de chercher la solidarité avec des âmes soeurs engagées dans d'autres voies, alors leur propre lutte n'en sera que plus difficile.

S. Jay Gould : La foire aux dinosaures.

La citation de Jay Gould s'inscrit clairement dans le contexte de la lutte entre créationnistes et évolutionnistes, mais je crois qu'elle est bien plus largement vraie.

Dans l'impasse

16 Mars 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

mjoncs.jpgPrédication du 14 mars 2010

Exode XIII, 17 à XIV, 31

Jean XI, 16

 

Deux murailles d'eau se dressent de part et d'autres et entre les deux, s'avance le peuple hébreux. L'image est bien connue, elle est évocatrice. C'est l'image de la création, de la naissance d'un peuple. C'est l'image de la délivrance, une image qui nous est transmise encore aujourd'hui par le baptême. Comme le chante le psalmiste : il fend la mer et ouvre un passage, une pâque

Mais puisque nous ne sommes pas encore en ce temps de Pâques, je vous propose de nous concentrer ce main, sur ce qui précède le passage, le temps de l'impasse. Rembobinons un peu le film des 10 commandements et arrêtons nous avant que la mer s'ouvre, ce temps de panique où le peuple hébreu est pris en sandwich entre les flots de la mer et les chars égyptiens. D'un côté, la mort. De l'autre côté, la mort.

Je voudrai ce matin que ce cul de sac nous évoque nos propres impasses, tous ces moments de notre vie, où nous ne voyons plus d'issues. Que ce soit dans des situations tragiques,  des moments pénibles ou simplement des temps de projets contrariés. Pensons à ces impasses et  surtout à nos réactions dans ces culs de sac de notre vie.

Je crois que nous pouvons nous reconnaître dans le peuple hébreu, dans Thomas, ou dans Moïse... Souvent dans les trois à la fois d'ailleurs.

 

Le peuple hébreu, c'est la panique. On est fichu, le monde s'écroule.  On se lamente sur les choix ou sur les circonstances qui nous ont amenée là. On aimerait remonter le temps. Nous étions si bien dans l'esclavage d'Egypte : nous aimions mieux vivre dans l'esclavage en Egypte que mourir dans le désert. C'était forcément mieux avant. Et puis si l'on trouve quelqu'un à blâmer, c'est encore mieux. "N'y avait-il pas des sépulcres en Égypte, sans qu'il fût besoin de nous mener mourir au désert?" reprochera le peuple à Moïse.

 

Bien sûr, il y a une autre attitude que les pleurs, les cris et la recherche d'un bouc émissaire, c'est la résignation courageuse que l'on retrouve chez Thomas lorsque Jésus décide de se rendre auprès de Lazare, à Béthanie, dangereusement proche de Jérusalem, ou l'attendent de puissants ennemis. "Allons aussi, afin de mourir avec lui". "Quand faut y aller, faut y aller. 

Enfin, il y a Moïse... Ah Moïse ! Figure de la foi ou d'un optimisme que certains qualifieraient de béat. Moïse, c'est celui qui, dans l'impasse s'écrie : ne vous inquiétez pas, tout va s'arranger. C'est l'attitude qui paraît la plus folle, la plus ridicule peut-être. Mais si l'on y pense, elle n'est finalement pas moins constructive que les deux autres. Quand la situation est désespérée, il n'est pas plus utile de se lamenter ou de se résigner courageusement que d'espérer en un dénouement miraculeux de la situation.

Finalement : le "arrêtez vous et regardez le spectacle" de Moïse n'est pas plus bête ni plus vain que le "Oh comme c'était mieux avant" des hébreux ou le " allons et mourons" de Thomas.

 

Donc dans nos impasses, soyons aussi confiants que Moïse. Ce pourrait être ma conclusion.

 

Sauf que n'ai pas atteint les trois pages réglementaires.

 

Et surtout, sauf que Dieu donne tort à Moïse.

En effet, nous connaissons tellement bien l'histoire que l'attitude de Moïse nous semble couler de source. Pourquoi s'en faire puisque Dieu va ouvrir la mer et engloutir les égyptiens. Et nous ne repérons même pas que l'ordre de Dieu contredit radicalement celui de Moïse. "Restez en place" ordonne Moïse, "que le peuple se mette en marche" ordonne Dieu.

 

"Que le peuple se mette en marche" Ca résonne un peu comme "aide-toi,  et le ciel t'aidera", non ? On pourrait entendre : "Voilà, Dieu ouvre la mer, mais c'est à toi de la traverser". Finalement, Pâque, c'est la coopération entre Dieu qui ouvre et le peuple qui traverse.

Sauf que le texte est clair, le but de la traversée de la mer des roseaux, c'est de faire éclater la gloire de Dieu. La libération est l’affaire de Dieu seul.

C'est un peu paradoxal : pour faire éclater sa gloire, pour libérer son peuple, Dieu pouvait réduire l'Egypte à néant par la seule force de sa main, mais voilà qu'il choisit un moyen qui réclame une participation du peuple.

Eh bien, je crois que c’est là la gloire de Dieu, il choisit de nous faire participer à notre libération. Je ne crois pas qu’il faille parler de collaboration ou de coopération mais simplement de participation.

Il ne s’agit pas de nous dire « si tu veux sortir d’Egypte, il faut le mériter et te mettre au travail », mais plutôt, « vois, c’est bien toi qui sors, c’est bien toi qui est en marche ».

La gloire de Dieu, c’est de ne pas nous déposséder de nous même, de ne pas être un marionnettiste qui nous place et nous déplace là où ça lui chante. Il pourrait nous montrer ainsi que nous lui appartenons, qu’il est le souverain. Mais il choisit d’être un Père aimant, de nous faire participer. Ainsi, il nous donne la véritable liberté.

 

En effet, nous ne pouvons pas vraiment nous considérer comme libres lorsque il nous suffit de nous asseoir et d’attendre que cela passe. Mais sommes-nous vraiment plus libres lorsque toute notre vie dépend du moindre de nos choix, lorsque tout repose sur nos épaules ? Sommes-nous véritablement libres quand il y a tant d’angoisse ?

Et voilà que Dieu nous ouvre une voie nouvelle : celle qui consiste à agir comme si tout dépendait de nous et tout espérer de Dieu notre Père qui nous aime et nous donne ce dont nous avons besoin.

 

Frères et sœurs, bénissons Dieu notre libérateur qui ouvre une voie dans nos impasses et nous libère de nos servitudes.

Bénissons Dieu notre Père qui nous associe à ses projets et nous donne de nous mettre en marche.

Sans crainte, sans angoisse, sans résignation, mettons nous en marche dans l’espérance.

 

Amen

Shutter Island

11 Mars 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

shutter-island.jpgAttention, cet article est susceptible de contenir des révélations sur le scenario du film. Si vous voulez maintenir la surprise, il serait peut-être mieux de le lire plus tard.


Avec son dernier film, Martin Scorcese nous entraîne dans le monde de l'aliénation. Chic ! En utilisant le langage à la mode dans l’Eglise, on va pouvoir parler du péché. J’ironise un brin sur nos tics de langage, mais le fait est que ça marche.


En arrivant à Shutter Island, un pénitencier psychiatrique, pour enquêter sur la disparition d'une détenue, le marshall Teddy Daniels va se retrouver pris dans un véritable nasse. Si l'île symbolise bien cette captivité, il est rapidement évident que les barreaux de la cage de Daniels sont forgés par sa rancoeur, sa colère et sa culpabilité autant que par le complot des autres contre lui.

En nous présentant ainsi l'aliénation, Shutter Island me semble assez bien parler de ce que l'on nomme le pécher, cette blessure de l'homme qui le fait souffrir et le rend esclave. Tout d'abord, les chaînes du marshall sont multiples, aussi bien intérieures qu'extérieures or, il en va de même pour nous : on a trop souvent tendance à ne voir que l'aspect psychologique de l'aliénation de l'homme mais cette aliénation est aussi due à des facteurs extérieurs. Ensuite, les actes de Teddy Daniels découlent de son aliénation et non l'inverse. Ce ne sont pas mes péchés qui me rendent pécheur, mais c'est parce que je suis pécheur, captif de liens qui me sont imposé ou que je tisse moi-même, que je commet des péchés.

Enfin, le twist final (je sais, je devrais parler de coup de théâtre en bon français, mais en fait c’est tellement prévisible que « coup de théâtre » me semble un peu fort), le twist final disais-je me paraît s’accorder très bien avec l’Evangile : la captivité dans laquelle nous tient le péché est un mensonge, une illusion. Notre vérité n’est plus d’être esclave du péché qui conduit à la mort mais d’être sauvé, libéré, rendu à l’amour et à la vie par Jésus le Christ.


Qui me délivrera du corps de cette mort ? Grâces soient rendues à Dieu par Jésus Christ notre sauveur.

Romains VII, 24-25

Chandelle

9 Mars 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Choses vues au cours d’un cercle de silence. Une vieille dame à l'air sévère rafistole notre affichage un peu défaillant. Un petit garçon en tricycle traverse notre cercle. "Tu n'as pas le droit de déranger les gens !", le gourmande son père. Ne vous inquiétez pas, monsieur, notre cercle ne se veut pas clôture. Crête de 30 cm sur un visage poupin, blazer bardé de badges et d'épaulettes, un collégien vient nous demander ce que nous faisons. Et puis, il y a ce petit groupe de jeunes :

- on leur demande ce qu'ils font ?

- Je crois qu'ils doivent se taire

Je rompt le cercle et le silence pour leur expliquer (le silence est pour l'homme et non l'homme pour le silence). "Je vous encourage, je trouve ça super ce que vous faites" sourit le jeune rasta en faisant mine de s’éloigner "Vous pouvez rester 5 minutes dans le cercle si vous voulez." Il lance à ses copines "je vous rejoins tout à l'heure" et prend place dans le cercle, il restera plus de 20 minutes. Jusqu'à la fin, en fait.

Ces petits épisodes font chaud au coeur parce qu'une des difficultés du cercle de silence, c'est qu'on se sent un peu bête à rester là, planté en silence comme si on jouait au "facteur n'est pas passé". Le facteur, un jeu qu'on appelle aussi chandelle. C'est fragile une chandelle et puis, en plein jour, ça ne sert à rien. Mais notre chandelle est là, rappelant que des hommes, des femmes, des enfants sont enfermés sans avoir commis de crime. Et que pour des hommes et des femmes de tout âge, de toute confession, de toute conviction politique, c'est une blessure.

Des charbons ardents sur sa tête

7 Mars 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

goldorak1.jpgPrédication du 7 mars 2010

Proverbes XXV, 21-22

Luc VI, 27 à 38

Romains XII, 9 à 21

 

Soyez vainqueurs du mal par le bien. La victoire contre le mal par le bien me parle beaucoup. Forcément, mon enfance a été nourrie (entre autre) par Goldorak. Pour les plus jeunes parmi nous, vous demanderez à vos parents de vous raconter. Et dans chaque épisode de Goldorak, on assistait à la victoire contre le mal par le bien. Le mal étai représenté par un robot géant monstrueux et surarmé. Le bien lui était représenté par un robot géant, monstrueux et surarmé. En fait, on savait qu'il représentait le bien parce que 'est lui qui gagnait à la fin. J'ai l'air de plaisanter, mais il n'y pas si longtemps (c'est plus récent que Goldorak, en tout cas), on a eu l'audace de présenter une guerre comme la victoire du bien sur l'axe du mal. Et je crois que la tentation reste forte pour chacun de nous de lire la victoire du bien sur le mal comme le fait de triompher de nos ennemis. Or, Paul ouvre, ou plutôt rappelle, un autre chemin de victoire.

 

Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger; s'il a soif, donne-lui à boire; car en agissant ainsi, ce sont des charbons ardents que tu amasseras sur sa tête.  Chose amusante : je suis sûr qu'aujourd'hui nous sommes plus surpris voire choqué par la conclusion du proverbe "ce sont des charbons ardents sur sa tête" que par l'ordre qui nous est donné. Cette surprise est plutôt une bonne chose puisqu'elle montre à quel point l'idée de faire du bien à nos ennemis est, en tout cas théoriquement entré dans nos esprits.

Alors puisque nous associons étroitement l'idée de faire du bien à notre ennemi à notre foi chrétienne, sans doute est-il inutile de nous étendre longuement dessus. Signalons juste que le proverbe original nous enjoints de donner du pain et de l’eau à notre ennemi. On pourrait s’en sentir soulager : pas question de lui préparer un festin ni de lui ouvrir nos meilleures bouteilles. Mais plus sérieusement cela nous exhorte à essayer de comprendre la faim et la soif, le besoin réel de ceux qui nous font du mal, qui nous haïssent.

Ce commandement, allons et mettons-le en pratique. Ne nous contentons pas de prier pour nos ennemis, de ne pas leur rendre coup pour coup, mais donnons leur l'eau et le pain dont ils ont besoin. Et si nous ne trouvons pas en nous la force de le faire, prions pour la recevoir. Je ne dirai rien d'autre de peur d'obscurcir un commandement qui me paraît très clair.

 

"Ce sont des charbons ardents que tu amasses sur sa tête" Je vois trois lectures possibles de cette sentence, trois victoires du mal par le bien.

         Commençons par la plus évidente : en faisant du bien à ton ennemi, tu aggraveras le mal qu'il te fait, aussi gare à lui au moment des comptes ! Bien sûr, notre sang de chrétien se fige d'épouvante lorsque nous entendons cela : faire du bien à quelqu'un dans le but de lui nuire ? Quelle horreur !

Pourtant, cela nous arrive peut-être plus souvent que nous le croyons. En effet, il nous arrive de faire du bien à quelqu'un qui nous nuit, juste pour montrer, aux yeux des autres, à ses yeux, à nos propres yeux que nous ne nous abaissons pas à son niveau que nous valons mieux que lui. Alors, le bien que nous faisons à notre ennemi n'est rien d'autre qu'une arme visant à le combattre.

         Pourtant avant de dénigrer cette vision barbare qui nous pousse à faire du bien une arme pour détruire, ou du moins réduire l'autre, imaginons un peu ce que serait un monde où chrétiens et juifs appliqueraient ce précepte, ferait du bien  leurs ennemis. Même si c'était pour de mauvaises raisons, pour nuire à ces ennemis, pour les diminuer, notre monde ne se porterait-il pas mieux ? Le monde ne se porterait-il pas mieux si nous laissions à Dieu la vengeance contre nos ennemis ? Je crois que si.

 

         La deuxième lecture de ce texte est sans doute plus conforme à notre chrétiennement correct, il s’agit de voir les charbons non pas comme l’expression d’un châtiment mais comme une écharde dans la chair, comme le remord. Donne à ton ennemi ce dont il a besoin alors, il reconnaîtra le mal qu’il te fait et il sera rongé par le remord. Le proverbe devient alors bien plus conforme à l’enseignement de Jésus, le Christ et il vient s’inscrire au milieu de toutes les stratégies non violentes, ces stratégies qui visent à transformer l’ennemi pour l’empêcher de nuire sans chercher à le détruire.

         A côté des stratégies de non-violence, cette lecture m’évoque aussi un peu le syndrome de Stockholm qui pousse des otages à prendre parti pour leurs ravisseurs. En effet, ce syndrome est sans doute un réflexe de survie, si je m’attire la sympathie de celui qui me fait du mal, il s’arrêtera de me faire du mal.

         Je ne cite pas le syndrome de Stockholm pour dévaloriser les techniques de non-violence, bien au contraire. Je le cite parce qu’il montre que la stratégie de la sympathie, du bien pour le mal n’est pas une folie, un idéalisme est une stratégie qui peut être efficace pour lutter contre l’hostilité. Du reste, dans notre vie quotidienne, il nous arrive régulièrement de déployer de petites attentions afin d’arrondir les angles, afin d’éviter ou d’apaiser le conflit.

         Transformer l’ennemi en ami, est certainement une magnifique manière de voir le bien triompher du mal. Cependant, nous restons dans la stratégie, dans la tactique et j’avoue avoir du mal à associer l’idée de stratégie à celle d’amour…

 

         Reste la troisième lecture pour laquelle il nous faut entendre le proverbe original   Si ton ennemi a faim, donne–lui à manger du pain ; s’il a soif, donne–lui à boire de l’eau.  Car ce sont des braises que tu amasses sur sa tête, et le SEIGNEUR te le rendra.

Le Seigneur te le rendra. Premier constat : le texte ne nous donne pas comme conséquence « alors ton ennemi deviendra ton ennemi ». La Bible ne nous met pas dans l’univers merveilleux des séries américaines ou tout finit toujours par s’arranger. La stratégie de la non violence n’est pas toujours efficace, ne t’attends pas forcément à ce que ce soit lui qui te rende le bien que tu lui auras fait mais Dieu, lui te le rendra.

Voilà que Dieu s’immisce dans cette relation de haine ou d’hostilité qui s’est tissée entre mon ennemi et moi. Et cette intervention de Dieu nous invite à regarder autrement les charbons ardents dont il est question. Spontanément, nous les associons au brasero des tortionnaires mais c’est oublier que dans la Bible, ces charbons ardents se trouvent surtout dans le temple comme ustensiles religieux. Ce sont ces charbons ardents sur lesquels on brûle les parfums offerts à Dieu. En effet, dans la Bible le feu est moins un instrument de torture que de purification.

Eh bien, si c’était cela, amasser des charbons ardents sur la tête de notre ennemi : s’il s’agissait de le rendre à Dieu. C'est-à-dire de sortir de la relation empoisonnée que nous avons avec celui qui nous hait ou qui nous fait du mal pour amorcer une relation nouvelle, celle que Dieu nous appelle à avoir avec nos frères et nos sœurs.

Et cette relation nouvelle est une libération. Tant que je rends coup pour coup à mon ennemi, tant que je lui résiste, je suis captif de son hostilité. Peut-être, le fait de lui rendre ses coups me défoulera-t-il sur le moment, mais cela me délivrera-t-il, cela me fera-t-il me sentir mieux ? Je ne crois pas.

En revanche, lorsque je ne el vois plus comme celui ou celle qui me hait, qui me fait du mal mais comme le frère ou la sœur que Dieu me donne à aimer, je suis véritablement libéré du mal que j’ai subit. Alors la victoire du bien sur le mal est parfaite.

 

Alors, frères et sœurs, rendons grâce à notre Dieu qui, pour nous, déchire les liens du conflit. Et prions le de nous donner de vivre de cette liberté qu’il nous donne. Prions pour qu’il nous donne de voir même ceux qui nous font du mal comme des frères et des sœurs au secours desquels nous pouvons nous porter. Prions pour qu’il nous donne de comprendre quelle soif ou quelle faim poussent nos ennemis à nous nuire. Prions pour qu’il nous fasse sortir des spirales de violence et de conflits. Prions pour qu’il nous donne l’assurance de la victoire du bien sur le mal, une victoire qui n’anéantit personne mais qui est la vie pour tous.

 

Amen

Castellion 1 - Calvin 0, la balle au centre ?

6 Mars 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Sans doute en (saine) réaction à une certaine calvinolâtrie manifestée lors de l’année Calvin, un colectif Castellion 2015 s’est formé et a constitué son groupe Facebook. L’ironie c’est que j’ai vécu l’année Calvin comme une (saine réaction) à l’anticalvinisme  primaire qui sévit dans le protestantisme français. Parmi les actions du collectif Castellion, un petit article sur Facebook consistant en une série de citations que j’ai trouvées très partialement choisies afin de bien montrer quel monstre était Calvin et je leur ai fait part, après avoir honteusement détourné la citation fétiche de Castellion, de la réflexion que je vous livre ici

« Je crois assez stérile d'essayer d'opposer un réformateur à l'autre. Pour moi l'héritage de la Réforme, c'est justement de sortir de la canonisation ou de la diabolisation, des procès en hérésie pour tirer de la pensée des réformateurs, de leurs différences, de leurs débats, de leurs oppositions même une véritable richesse. Bref, continuer la recherche et la réflexion sans se focaliser autour des personnes... »

Effectivement les réformateurs se sont souvent opposés et parfois violemment. Ces oppositions ne me gênent pas, je les vois comme une richesse du protestantisme, de sa théologie et de son histoire. Une richesse à condition que nous recevions ces débats comme un héritage, sans nous sentir obligés de nous établir comme un magistère tranchant qui a raison, qui a tort. Je ne me sens pas captif des écrits de Calvin (heureusement !), ni de ceux de Luther (encore heureusement !), ni de ceux de Castellion (là je sais pas si c’est heureusement, je les connais moins bien mais je tâcherai d’y remédier) ou d’autres… Avec bien d’autres théologiens modernes ou anciens, catholiques ou protestants, ils m’ouvrent des perspectives, des pistes de réflexions pour mieux comprendre et recevoir la seule parole qui me lie et me libère, la Bonne Nouvelle de Jésus, le Christ, une bonne nouvelle qui s'est, dès le départ, transmise dans une grande diversité d'opinion et donc une grande liberté.

Ceci dit, je suis ravi de voir Facebook comme lieu de débat théologique, ça me donne encore plus hâte de voir arriver l'Eglise Réformée sur le Web. 2

Cas de conscience

3 Mars 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

cas de conscienceSi j’avais siégé pour ces trois affaires au Tribunal Contitucional de Madrid ou au Bundersverfassungsgericht de Karlsruhe (la Cour constitutionnelle allemande) et non au Conseil constitutionnel français, chacune des décisions prises aurait été publiée au Journal Officielle, accompagnée, comme c’est partout la règle, d’annexes présentant publiquement les « opinions différentes », les opinions minoritaires avec les argumentaires, contre-propositions et solutions alternatives proposée – mais rejetée par la majorité au moment du vote. Appelées votos particolares en Espagne, Sondervotum en Allemagne, dissent à la Cours suprême des Etats-Unis et dans les autres cours anglophones, ou encore « opinions différentes », « divergentes », ou « dissidentes », les expressions publiques d’avis différents, sur des questions juridiques complexes, font partie du droit commun universel et pour commencer européen – comme c’est le cas à la Cours européenne des droits de l’homme.

La publication des opinions différentes en France –où elle n’est pas encore pratiquée, aura pourtant bientôt l’avantage de mettre en perspective l’évolution du droit et d’en éclairer les différents facteurs.

Pierre Joxe

 

Je suis devant un cas de conscience : puis-je vraiment aller à l'encontre de mon corporatisme protestant, de mes sympathies politiques et de ma gentillesse naturelle en disant du mal du livre de Pierre Joxe, juste parce qu'il ne correspond pas à ce que m'attendais à y trouver ?

En effet,  l'expression "cas de conscience" m'évoque une situation dans laquelle un choix doit être fait, une position doit être prise qu'on sait discutable ou critiquable. Devant un cas de conscience, j'agis au mieux, souvent au moins pire. Et je pensais que Cas de conscience allait me faire pénétrer dans les arcanes de la réflexion d'un protestant engagé dans la politique ainsi que dans l'Eglise.  Je pensais que la realpolitik allait rencontrer le realtheologik, que le témoignage de Pierre Joxe montrerait à quel point l’Evangile ne nous montre pas toujours le chemin à suivre mais nous interroge sur nos choix. Malheureusement, le livre de Pierre Joxe évoque surtout des "affaires de conscience", des situations où Joxe a agit selon sa conscience. J'exagère un peu : un conflit entre éthique de conviction et éthique de responsabilité est tout de même esquissé...

 

A cette déception s'ajoute un agacement : les 100 premières pages au moins du livre (je ne me prononce pas pour le reste, je ne sais pas si ça se calme ou si je m'y suis habitué) sont un chef d'oeuvre d'autosatisfaction. Je suis bien persuadé que Mr Joxe est un travailleur acharné, un modèle de droiture, épris de justice, agissant toujours au nom de ses convictions sans jamais céder au compromis, mais le lire le souligner à longueur de pages, c'est franchement insupportable. Certes on ne peut pas lui reprocher sa fausse modestie mais du coup Cas de conscience est plus de l'ordre du "droit dans mes bottes" que de "la tempête sous un crâne" (et j’avoue préférer les tempêtes sous un crâne)

 

En revanche, j’aime beaucoup l'espoir de voir arriver l'expression d'une opinion divergente. Un espoir animé par la conviction que loin de perdre les esprits simples, l'expression des opinions divergentes permet à chacun de mettre en perspective l’évolution du droit, de comprendre les différents enjeux, bref, de susciter notre conscience à faire des choix politiques.

 

Bien sûr les affaires évoquées par Pierre Joxe ne manquent pas d’intérêt mais pour tout dire, je ne lis habituellement pas les livres des personnalités politiques. L’éditeur * et la présentation de celui-ci (ainsi que la pub’ faite par certains de mes collègues) m’avait donné envie d’essayer. Eh bien, disons que c’est une tentative infructueuse…

 

P. Joxe : Cas de conscience. Labor et Fides

* : je devrais être plus prudent, c'est la deuxième fois en peu de temps que je ne trovue pas ce que je pensais trouver dans un livre de chez Labor et Fides