Miettes de théologie

Les mercredis de Calvin (17) Ce qu'est la foi

29 Avril 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

Nous savons donc déjà que la foi est une connaissance de la volonté de Dieu, prise de sa Parole. Son fondement est la persuasion que l’on a de la vérité de Dieu, de laquelle, tant que ton cœur n’a point la certitude résolue, la Parole a son autorité bien débile ou totalement nulle en toi. Davantage, il ne suffit pas de croire que Dieu est véritable, qu’il ne puisse mentir ni tromper, si tu n’as cette résolution que tout ce qui procède de lui est vérité ferme et inviolable.
Mais d’autant que le cœur de l’homme n’est point confirmé dans la foi par chaque parole de Dieu, il faut encore chercher ce que la foi regarde proprement en la Parole. C’était une voix de Dieu, celle qui fut dite à Adam : Tu mourras de mort ! C’était une voix de Dieu, qui fut dite à Caïn : le sang de ton frère crie à moi de la terre. Mais toutes ses sentences ne pouvaient qu’ébranler la foi : tant s’en faut qu’elles fussent pour l’établir.
Nous ne nions pas ce pendant que l’office de la foi ne soit de donner consentement à la vérité de Dieu, toutes les fois qu’Il parle et quoi qu’il dise, et en quelque manière que ce soit : mais nous cherchons à présent ce que la foi trouve en cette Parole pour s’appuyer et reposer. Si notre conscience ne voit autre chose qu’indignation et vengeance, comment ne tremblera-t-elle pas d’horreur ? Et si elle a une fois Dieu en horreur, comment ne le fuira-t-elle pas ? or la foi doit chercher Dieu et non pas le fuir. Il appert donc que nous n’avons pas encore une pleine définition, puisque cela ne doit point être réputé foi, de connaître n’importe quelle volonté de Dieu.
Que sera-ce si au lieu de la volonté, dont le message est quelquefois triste et épouvantable, nous mettons la bienveillance ou la miséricorde ? Certes, en cette manière nous approchons plus de la nature de la foi. Car alors nous sommes induits à chercher Dieu, après que nous avons connu notre salut être en lui : ce qu’il nous déclare en nous assurant qu’il en a soin. Il nous est donc besoin d’avoir promesse de sa grâce, en laquelle il atteste qu’il nous est un Père propice, parce que sans elle nul ne peut s’approcher de lui, et que le cœur de l’homme ne se peut reposer que sur elle.
Selon cette raison, ces deux mots : miséricorde et vérité sont souvent conjoints dans les Psaumes : en effet, il y a entre eux un accord indissoluble, parce qu’il ne nous profiterait en rien de savoir que Dieu est véritable, s’il ne nous conviait à soi quasi nous alléchant par sa clémence ; et ce ne serait point à nous de comprendre sa miséricorde s’il ne nous l’offrait par sa voix (…) Je laisse à réciter ce qu’en disent souvent les prophètes : c’est que Dieu, selon qu’il est bénin, est aussi loyal en ses promesses. Car ce serait témérité à nous de concevoir que Dieu nous soit propice, s’il ne l’atteste en lui-même, et qu’il nous prévienne en nous conviant pour que sa volonté ne nous soit douteuse ou obscure. Or nous avons déjà vu qu’il a ordonné son Fils pour le seul gage de son amour, et que sans lui il n’apparaît au ciel et sur la terre que signes de sa colère et de haine.
Davantage, puisque la connaissance de la bonté de Dieu ne peut pas avoir grande importance, sinon qu’elle nous y fasse reposer, il faut exclure toute intelligence mêlée avec le doute, et qui ne consiste fermement mais vacille comme débattant de la chose. Or il s’en faut beaucoup que l’entendement de l’homme, parce qu’il est aveuglé et obscurci, puise pénétrer et atteindre jusqu’à connaître la volonté de Dieu, et que le cœur, au lieu qu’il a accoutumé de vaciller en doute et incertitude, soit assuré pour reposer en telle persuasion. Il faut donc que l’entendement de l’homme soit illuminé d’ailleurs, et le cœur affermi, avant que la Parole de Dieu obtienne pleine foi en nous.
Maintenant nous avons une entière définition de la foi, si nous déterminons que c’est une ferme et certaine connaissance de la bonne volonté de Dieu envers nous : laquelle, étant fondée sur la promesse gratuite donnée en Jésus Christ, est révélée à notre entendement et scellée en notre cœur par le Saint Esprit
Institution Chrétienne Livre III §2 6-7


Pendant que j’arpente la Turquie entre Paul et l’Apocalypse, la recherche d’une définition de la foi par le réformateur de Genève. Quand le triste et sévère Calvin nous explique que la véritable relation à Dieu, c’est de nous reposer en sa bienveillance pour nous.

Les mercredis de Calvin (16) Profiter du Christ par l'Esprit

22 Avril 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

Premièrement, il est à noter que, tant que nous sommes hors de Christ et séparés de lui, tout ce qu’il a fait ou souffert pour le genre humain nous est inutile et de nulle importance. Il faut donc, pour nous communiquer les biens dont le Père l’a enrichi et rempli, qu’il soit fait nôtre et habite en nous. C’est pourquoi il est nommé notre chef et premier-né d’entre plusieurs frères ; et il est dit aussi d’autres part que nous sommes entés en lui et le vêtons, parce que rien de ce qu’il possède ne nous appartient, comme nous avons dit, jusqu’à ce que nous soyons faits un avec lui.
Or, bien que nous obtenions cela par la foi, néanmoins puisque nous voyons que tous indifféremment n’embrassent pas cette communication de Jésus Christ qui est offerte par l’Evangile, la raison nous induit à monter plus haut, pour nous enquérir de la vertu et opération secrète du Saint Esprit, par laquelle nous jouissons de Christ et de tous ses biens (…) Le dire de S. Paul s’accorde très bien à ce propos : c’est que les fidèles sont scellés ou cachetés du Saint Esprit de la promesse. Car il signifie qu’il est le maître intérieur, par le moyen duquel la promesse du salut entre en nous et transperce nos âmes ; et qu’autrement elle ne ferait que battre l’air ou sonner à nos oreilles (…)
Voilà pourquoi S. Paul magnifie tant le ministère de l’Esprit, parce que les docteurs ne profiteraient de rien à crier, si Jésus Christ, le souverain Maître, ne besognait au-dedans pour attirer ceux qui lui sont donnés du Père. Ainsi donc, comme nous avons dit que toute perfection de salut se trouve en Jésus Christ, aussi lui, afin de nous en faire participants, nous baptise du Saint Esprit et de feu, nous illuminant en la foi de son Evangile, et nous régénérant, de telle sorte que soyons de nouvelles créature ; finalement nous purifiant de toutes nos souillures et ordures, pour être consacrés à Dieu en saints temples.
Institution Chrétienne Livre III §1

Je crois avoir déjà évoqué que pour Calvin, la foi ne pouvait être qu'un don de l'Esprit voici un passage où il le détaille davantage. On remarquera également que le salut offert en christ se vit d'abord au quotidien.

Des mots d'amour

19 Avril 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 19 avril 2009
I Corinthiens XII 31à XIII, 13
Jean XXI 15-19
L’hymne à l’amour de Paul est un texte dangereux parce que parler d’amour c’est toujours un peu gênant, un peu inconvenant. Soit on tombe dans le sirop, dans les effusions, bref dans l’émotivité, quelle horreur. Soit on tombe dans une grande théorie intellectuelle sur l’amour, ce qui n’est guère plus satisfaisant. Ce matin, je vous propose donc de passer de Charybde en Scylla, de l’intellectuel à l’émotionnel, ce matin nous parlerons d’amour.
Commençons donc par une lecture un peu théologique. "Si je n'ai pas l'amour" c'est tout de même une expression étrange, tout comme est étrange cette longue personnification de l'amour : ne serait-ce pas celui qui aime qui "ne fait rien de mauvais" plutôt que l'amour ? Mais c'est de la poésie, me dira-t-on. C'est possible, mais sous la plume de Paul, je vois une autre explication, c'est que l'amour soit bien, non pas un sentiment mais une personne, une personne distincte de nous. Paul est celui qui écrit : "Revêtez le Christ", "Ce n'est plus moi, c'est Christ qui vit en moi", rien de surprenant donc à ce qu'il reconnaisse dans cet amour qui nous anime, non pas l'expression d'un sentiment qui nous pousse mais bien la présence de Dieu en nous « Si je n’ai pas Christ, je ne suis rien ». Ainsi, avant même d'être un élan, un moteur, l'amour est un don, une grâce. Le don le meilleur, nous dit Paul.
C’est sans doute ce qui explique pourquoi parmi la foi, l’espérance et l’amour, ce triumvirat de la vie chrétienne, l’amour est le plus grand : la foi et l’espérance sont la relation que nous avons à Dieu, l’amour, c’est Dieu lui-même qui nous agit. On pourrait aussi dire : la foi et l’espérance même si elles sont dons de Dieu sont humaines, Dieu n’a pas la foi, Dieu n’espère pas mais il aime. Où encore : l’amour est premier et dernier. Avant de croire, avant d’espérer j’étais aimé. L’amour est le plus grand.
Mais quel amour ? Ah voilà le moment d’énoncer le marronnier absolu de tout discours chrétien sur l’amour, la tarte à la crème théologique. Il y a trois verbe en grec pour dire aimer «eraw » qui signifie « être amoureux de » et qui n’est jamais utilisé dans la bible ce qui va nous simplifier la vie puisque nous n’aurons pas à nous étendre sur la question ce matin, filew qui signifie avoir de l’affection, du goût pour et agapaw qui parle de l’amour chrétien et il est regrettable qu’en français nous n’ayons qu’un verbe pour dire toutes ses nuances.
Bien.
Très bien.
Sauf que…
Tout d’abord agapaw n’est pas un terme exclusivement chrétien, c’est un mot qu’on trouve par exemple sous la plume d’Euripide (5e siècle avant J-C) et qui signifie aimer, chérir, qui désigne l’amitié. La belle affaire, les auteurs chrétiens ont simplement profité de la richesse de la langue grecque pour bien montrer qu’il y avait différentes formes d’amour. Pourquoi pas, mais là encore, il y a une faille. Le verbe eraw ou son substantif erws n’existant pas dans le Nouveau Testament, donc pas de soucis, il n’y a pas de confusion possible à la traduction.
En revanche ça se complique un peu pour filew et agapaw. Que ce soit par les évangiles ou dans les épîtres, agapaw est beaucoup plus utilisé que filew mais sont ils aussi soigneusement distingués qu’on aime à le dire ? Quand Matthieu ou Luc nous disent que les pharisiens aiment les premières places, pas de soucis c’est bien filew, de même quand il est question de ceux qui aiment leur père ou leur mère ou leurs enfants plus que Dieu c’est encore filew Un peu plus problématique le « si vous n’aimez que ceux qui vous aiment que faites vous de plus que les païens » parce que là, le verbe employé est agapw Si la distinction avait été aussi importante entre les deux verbes, Matthieu nous aurait sans doute dit qu’il ne faut pas se contenter de filew ceux qui nous filew mais qu’il faut ses ennemis.
Mais quand on arrive à l’évangile selon Jean, là c’est une catastrophe, si Jean utilise lui aussi l’agape plus que la filia, il utilise néanmoins le vocabulaire de la filia (verbe et substantif) bien plus que les autres. Et surtout, sous sa plume, les deux mots semblent interchangeables : le « Pierre m’aimes-tu » « Seigneur j’ai de l’affection pour toi » me paraît un bon exemple. Certains veulent absolument voir un sens au décalage entre m’agapais-tu, je te filw. Mais en fait, vu la tournure du dialogue m’agape tu ? Je te filw , m’agapes-tu je te filw, me files-tu, je te filw, je n’en suis pas très sûr. J’aurais été plus convaincu si Pierre avait fini par passer à l’agape. Bref, je pense que la traduction m’aimes-tu, tu sais que je t’aime est plus fidèle au sens du texte que celles qui veulent montrer la différence des verbes.
Bien sûr c’est discutable mais j’ai d’autres arguments. Petit exercice
« Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé» agapaw ou filew ? agapaw bien sûr.
 « Le père lui-même vous aime parce que vous m’avez aimé » agapawou filew ? Filew dans les deux cas.
« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour les amis » agapeou filia? Agape et amis ? Filos. Alors que ça aurait tout à fait put être agapetos.
« Le Père aime le Fils » ? agapw ou filew. En fait une fois l’un (3 ; 35) une fois l’autre (5,20)
 Le disciple que Jésus aimait : agape ou filia ? Généralement c’est agapaw mais une fois c’est filw qui est employé Bref, vous voyez qu’il est difficile de vouloir établir des catégories radicalement séparées avec ces deux termes. Et je crois que c’est très bien parce que le risque à vouloir absolument distinguer l’agape d’une notion sentimentale ou affective c’est de le désincarner et donc de le faire sortir du registre de l’amour. On finit par réduire l’agape aux actes qu’il entraîne, or Paul nous dit bien que c’est impossible « si je vend tous mes biens, si je livre mon corps aux flammes, bref si je fais tous les sacrifices et que je n’ai pas l’amour, cela montre bien qu’on peut faire les gestes de l’amour sans aimer. Il ne suffit pas que je me donne à fond pour l’autre pour prétendre l’aimer, il faut que cet autre me soit véritablement cher, précieux : c’est là ce qui fait l’amour.
Et c’est bien pour cela que je crois qu’eros, agape et filia sont trois formes d’un seul et même mouvement vers l’autre. Bien sûr il y a des distinctions (distinctions faciles à ressentir, mais pas faciles à théoriser), mais ce qui les distingue, c’est précisément ce qui sort du champ de l’amour. Un exemple, une des distinctions que je ferais entre agapeet filia entre l’amour chrétien et l’amitié, c’est que l’amitié nécessite la réciprocité, si j’ai de l’amitié pour une personne et que celle-ci n’en a pas pour moi, je ne pourrais jamais la dire mon amie ni me dire son ami. Alors que l’agape ne nécessite pas la réciprocité, il nécessite même de ne pas la nécessiter. Mais ce besoin de réciprocité ne fait pas partie de l’amour, c’est un sentiment annexe. Bref, l’agape est différente de l’amitié mais il est impossible de complètement séparer les deux et encore plus de les opposer. Il est dangereux également de vouloir les graduer, d’essayer de dire laquelle vaut mieux. La Bible ne nous invite pas à faire cette distinction si chère aux enfants entre copain, ami et meilleur ami. Dans cette parabole rabbinique que je racontais tout à l’heure, il est bien évident qu’il n’est pas question d’aimer moins ses amis ou sa famille, mais bien que le visage de l’inconnu nous devienne aussi cher que celui de nos amis. L’amour, l’amitié ne se dit pas en terme de préférence : c’est visible dans les relations familiales : parmi nos enfants, il en est avec qui la relation est plus facile et d’autres avec qui elle est plus difficile, mais cela ne signifie pas forcément que nous préférons les premiers aux deuxièmes. C’est vrai aussi dans notre relation à nos parents, même s’il en est avec qui il est plus facile de parler, cela ne signifie pas forcément que nous aimons moins l’autre. Aussi, ne coupons pas trop l’agape, un amour idéalisé de l’amitié. J’aime à imaginer Jésus et ses disciples comme un groupe d’ami ou l’Evangile et la proximité du Royaume se vivait non seulement dans la prédication, la prière et le service mais aussi dans la joie toute simple de l’amitié partagée, du plaisir d’être ensemble.

Vous voyez la relecture théologique devait nous protéger contre une lecture sentimentale mais voilà qu’elle maintient le lien entre amour chrétien et affection humaine, qu’elle nous conduit aux effusions. Parce que, Dieu merci, l’amour n’est pas simplement un discours qui résonne dans nos églises, c’est une grâce que nous vivons au quotidien. Nous avons tous nos engagements, nos missions, nos responsabilités. Que ce soit dans notre famille, dans notre travail, dans notre église, dans tous ces cercles que nous fréquentons. Nous pouvons assumer ces responsabilités parce que cela va dans notre intérêt, parce que nous aimons que les autres nous soient reconnaissants, parce que c’est notre gagne-pain. Et tout cela est très bien, admirable mais ce n’est pas facile. Nous pouvons aussi les assumer par amour, l’amour de notre famille, l’amour du prochain, assumer nos responsabilités non pas parce qu’il faut le faire, non pas pour nous, pour le regard des autres mais pour l’autre. Et là, les choses deviennent immédiatement plus faciles. C’est cela la magie de l’amour : il nous fait faire librement, avec plaisir (ce qui ne veut pas dire sans effort) ce que nous ne supporterions pas d’être contraint de faire. Ainsi, désirer le don le plus grand, c’est demander à Dieu de transformer notre vie, non pas forcément en transformant notre manière de faire mais en transformant nos motivation, nos raison d’agir.
Et puis, cet appel à l’amour, nous permet également de rendre grâce pour les temps d’amitié, d’affection, d’y discerner la présence véritable de Jésus Christ Et c’est vrai aussi pour notre vie d’Eglise. Bien sûr l’Eglise est bien plus qu’un cercle d’ami et si nous sommes appeler à nous agapw, nous sommes sans doute trop différents, trop nombreux pour tous nous filew. Mais ce serait tellement triste qu’il n’y ait pas au sein de nos églises des amitiés qui naissent, des groupes d’amis qui se forment nous rappelant que c’est dans notre pâte humaine que souffle l’Esprit de Dieu, et que notre amour ne doit surtout pas prendre un tour désincarné.
Et la plus grande promesse de cet hymne à l’amour, c’est que cet amour que nous aimons tant ressentir, cet amour qui nous fait vivre, ne disparaîtra jamais. C'est vrai qu'il est facile de sortir de l'amour et que le champs de l'amour tel que le dépeint Paul ets bien étroit. Mais tout ce qui le pollue, tout ce qui nous fait sortir de l’amour, disparaîtra  : c'est du rien. Et rien ne fera disparaître l’amour.

Aussi mes frères et sœurs, su hn erw, umeis ous filw, umeis ous agapw (je ne suis pas très sûr de mon thème grec mais ça devrait vouloir dire) toi que j’aime, vous que j’aime et vous que j’aime. Remercions Dieu pour ces moments d’amours et d’amitié qui nous sont donnés comme autant de signes de sa présence. Et chaque jour aspirons au plus grand des dons, demandons-lui toujours plus d’amour à vivre et à partager.
Amen

L'Apocalypse. Architecture en mouvement

16 Avril 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

Pour comprendre à quel point nous sommes ici devant un écrit théologique, et non point devant des « visions » ou des explications sur la fin des temps, ou des proclamations politiques, il suffit de considérer l’importance du « Je ». Tout le long de notre texte, c’est Jésus Christ en tant que Seigneur, et le Dieu de Jésus Christ qui parlent à la première personne soit pour nous dire qui est Jésus Christ (« Je suis le Premier et le Dernier » : proclamation qui ouvre l’Apocalypse) soit pour nous dire ce qu’il fait (« voici, je fais toute chose nouvelle » : proclamation qui clôt l’Apocalypse). Et dans chaque section, ce n’est pas le spectaculaire qui est important : celui –ci est seulement, soit l’environnement, soit l’illustration, soit la parabole, soit l’allégorie de ce que fait, de qui est le Seigneur. Ce n’est pas l’Eglise dans les sept lettres qui est le centre d’intérêt, c’est le Seigneur de l’Eglise, celui qui la conduit et la juge. Ce n’est pas les cataclysmes dans le monde qui sont la Révélation, mais que Dieu est celui qui « fait vivre et qui fait mourir ». Ce n’est pas la destruction de la puissance du Monde qui est significative, mais bien le fait que Dieu est plus puissant que toutes les puissances ; ce n’est pas la Jérusalem céleste qui doit nous intéresser, mais l’amour que Dieu manifeste à toute sa Création en l’accomplissant dans cette Jérusalem. Autrement dit, parce que nous avons une curiosité malsaine, une compréhension déficiente, parce que nous sommes toujours attirés vers le spectaculaire et l’émotionnel, nous nous intéressons en général dans l’Apocalypse à ce qui n’est qu’une enveloppe, et lorsque bien des commentateurs ont employé la méthode allégorique, ils n’aveint pas tout à fait tort, en ce qu’il y a en effet allégorie, mais ils se trompaient quant à son objet : toute l’Apocalypse est une allégorie de Dieu et de son œuvre : rien d’autre.
Jacques Ellul


Les commentaires de l'Apocalypse se divisent en deux groupes : ceux qui lisent l'Apocalypse comme l'annonce d'évènements à venir et qui généralement voient dans des événements contemporains la réalisation de ces prédiction : les même symboles de Jean de Patmos y sont lu comme l'avènement du communisme, du catholicisme romain, du capitalisme ou de la Réforme selon la sensibilité de l'exégète. L'autre groupe est composé de ceux qui voient dans l'Apocalypse une description de l'époque à laquelle elle a été écrite. Si ma sympathie va plutôt vers le deuxième groupe, il faut bien reconnaître que cette lecture a tendance à désincarner l'Apocalypse, à réduire ce livre déjà gênant par son étrangeté au rang de simple document historique, une sorte de livre de paille destiné aux seuls spécialistes. Ellul se refuse à s'inscrire dans un de ces deux groupes et fait de l'Apocalypse une lecture théologique voyant dans ce texte la description du bouleversement que la Croix provoque dans la sphère céleste. Ainsi, pour lui, l'Apocalypse s'évade l'époque à laquelle elle a été écrite mais ce n'est pas pour s'enferrer dans une autre période historique. Dans la perspective ellulienne, l'Apocalypse parle à chaque époque et de chaque époque. Cette approche et l'importance que Ellul donne à la structure globale du livre ne permet pas d'utiliser son livre comme on utilise souvent un ouvrage d'exégèse : en en faisant une lecture morcelée, limitée au passage biblique qui nous intéresse (en tout cas, c'est généralement ainsi que j'utilise les commentaires). L'apocalypse de Ellul est plus un essai théologique dans lequel on trouvera plusieurs grands thèmes elluliens : le silence de Dieu, la foi comme refus de silence, les forces du mal, l'eschatologie. C'est un livre qui entre plus dans le registre de la prédication que dans celui de l'exégèse, ce qui en fait un ouvrage peut-être moins "pratique" mais aussi plus ouvert et accessible.

J. Ellul. L'Apocalypse. Architecture en mouvement. Ed. Labor et Fides 2008

Les mercredis de Calvin (15) L'Ancien et le Nouveau Testaments

15 Avril 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire


Or, bien que les témoignages que nous avons cueillis de la Loi et des Prophètes suffisent à prouver qu'il n'y a jamais eu au peuple de Dieu autre règle de piété et de religion que celle que nous tenons, toutefois parce que souvent il est parlé aux Docteurs anciens de la diversité de l'Ancien et du Nouveau Testament d'une façon rude et âpre, et qui pourrait engendrer scrupule à ceux qui ne sont pas trop aigus, il m'a semblé bon de faire un traité particulier pour mieux discuter de cette matière.

Davantage, ce qui autrement était très utile, nous est nécessaire tant à cause du monstre de Servet, que de certains anabaptistes, qui n'ont d'autre estime du peuple d'Israël que comme d'un troupeau de pourceaux, vu qu'ils pensent que notre Seigneur l'ait voulu seulement engraisser en terre comme en une auge, sans espérance aucune de l'immortalité céleste.

Donc, afin de délivrer les fidèles de cette erreur pestilente, pareillement de délivrer les simples personnes de toutes difficultés qui viennent en l'entendement, de quelque diversité entre l'Ancien et le Nouveau Testament, regardons brièvement ce qu'ont de semblable ou divers l'alliance que le Seigneur a faite avant l'avènement de Christ avec le peuple d'Israël, et celle qu'il a faite avec nous après l'avoir manifesté en chair.

Or l'un et l'autre se peuvent dépêcher en un mot : c'est que l'alliance faite avec les Pères anciens, en sa substance et vérité est si semblable à la nôtre qu'on peut la dire une même avec elle. Seulement, elle diffère dans sa dispensation.

Institution Chrétienne Livre II §10. 2


Un des aspects important du protestantisme : le premier Testament, lu bien sûr, de manière chrétienne, c'est à dire à la lumière de Jésus Christ, a la même autorité que le nouveau. Pas question d'opposer le Dieu vengeur de l'Ancien testament au Dieu doux et compatissant de Jésus Christ. Pas question non plus de donner une dignité plus grande à un texte plutôt qu'à un autre.

La noce des sépulcres blanchis

13 Avril 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Ils viennent de se marier, ils sont fiers de recevoir leurs parents et amis dans ces meubles qu'il a construit lui-même... Et voilà que tout au long du dîner, les meubles s'effondreront tout comme s'effondreront les belles apparences derrière lesquelles chacun se cache.
Brecht signe une oeuvre drôle et féroce qui, par la simple récupération de son titre original ( La noce des petits bourgeois redevient La noce), prend une dimension bien plus large qu'une simple satyre sociale.
Il est peu probable que j'utilise jamais La noce dans une préparation de mariage (du reste, je ne crois pas que le mariage soit le sujet principal de la pièce). En revanche, le spectacle de ces meubles s'écroulant à mesure que tombe le vernis des convenances n'est pas sans rappeler l'invective de Jésus contre les pharisiens
"Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! Parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis, qui paraissent beaux au dehors, et qui, au dedans, sont pleins d'ossements de morts et de toute espèce d'impuretés". Une invective qui, me semble-t-il, peut très nettement aller plus loin qu'une dénonciation de l'hypocrisie religieuse. Ne nous en tirons-nous pas à bon compte en nous disant que le pharisien c'est toujours l'autre ?

La noce. Une pièce de Bertolt Brecht mise en scène par Patrick Pineau

Le jeune homme revêtu

12 Avril 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 12 avril 2009

Culte de Pâques Romains VI, 1 à 14
Apocalypse VII, 9 à 17
Marc XIV, 43 à 52 et XVI, 1 à 8

Alors que tous avaient fui, un disciple, un jeune homme, voulut aller plus loin et continuer à suivre Jésus. Mais l’entreprise s’avère impossible et notre jeune homme doit laisser son drap aux mains de ses poursuivants pour s’enfuir à son tour. Nu. Qui est ce jeune homme ? Marc, qui est le seul à nous raconter cet épisode de la passion ne nous donne pas beaucoup d’indice. Certains pensent, puisqu’il est le seul à relater cette anecdote que c’est à lui qu’elle est arrivée et que ce jeune fuyard serait plus tard l’évangéliste Marc. Pourquoi pas. Mais puisque Marc ne nous dit rien de tel, puisqu’il laisse ce jeune homme à son anonymat, il nous est possible de nous emparer de lui. Que nous dit le texte sur ce jeune homme ? Qu’il avait sans doute été surpris par les événements : on le voit vêtu d’un simple drap. Il nous dit aussi qu’il avait voulu suivre non pas la troupe qui s’était emparée de Jésus mais bien Jésus lui-même (un certain jeune homme le suivait). Nous avons donc bien affaire non pas à un voisin curieux mais un disciple. Un disciple qui, comme les autres, devra fuir pour sauver sa vie.
L’anecdote montre, bien sûr, la soudaineté et la violence de l’arrestation, elle montre la menace qui pesait sur les disciples. Mais je crois possible d’aller plus loin dans notre lecture parce que Marc nous y engage. D’abord en conservant l’anonymat de son jeune homme, ce qui en fait une figure générique, une figure de disciple. Ensuite, par le choix des termes, « jeune homme » et « drap » est plein de sens : dans l’évangile selon Marc, le drap est un linceul et le terme neaniskos, « jeune homme » ne se trouve que lors de l’arrestation et dans le tombeau vide. Bref, Marc nous permet de continuer l’enquête : qui est ce jeune homme. Et ce matin, nous pouvons répondre à la question, le jeune homme c’est moi, c’est Françoise, c’est Laurence, c’est toi qui veut suivre Jésus, que tu sois homme ou femme, jeune ou vieux, le jeune homme c’est toi. C’est toi qui surpris au milieu de ta nuit, au milieu de ta vie, as voulu suivre Jésus. C’est toi qui as mesuré ton incapacité à aller jusqu’au bout, qui y a laissé ton vêtement. C’est toi que l’on retrouve en ce matin de résurrection. Mais n’allons pas trop vite.

La fuite du jeune homme le dénude, il y laisse son dernier vêtement. La fonction première du vêtement dans la Bible est de couvrir notre nudité, c'est-à-dire notre faiblesse. Le vêtement, c’est tout ce dont nous nous parons pour nous montrer aux autres. Bien au-delà de notre style vestimentaire, c’est tout ce que nous montrons aux autres, tout ce par quoi nous croyons avoir de la valeur à leurs yeux. Cela peut-être notre métier, nos hobbies, nos convictions, notre nom, notre richesse, que sais-je encore ? Mais lorsque le Fils de l’homme est jugé, et avec lui toute l’humanité, tous ces beaux atours tombent, tout ce que nous pensions être notre valeur s’effondre et nous apparaissons dans toute notre nudité, dans notre faiblesse. Ce n’est même pas nous qui nous dépouillons, qui déposons notre vêtement, notre vie devant la croix, selon la formule consacrée, même cela nous en sommes incapables mais notre vêtement nous est arraché.
Et c’est alors qu’on se rend compte que ce vêtement n’est qu’un drap, un linceul. Un linceul parce que toute cette apparence extérieure ne fait que recouvrir tout ce qu’il y a de mortifère en nous, tout ce qui nous ronge et nous détruit, cette faiblesse qui nous fait si mal. Il y a tellement de choses que nous cachons derrière nos images.
Un linceul aussi parce que bien souvent nous nous sentons emprisonnés dans ce que les autres voient de nous, y compris lorsque c’est ce que nous leur donnons à voir. Nous nous sentons limité par l’image que les autres ont de nous. Et rien que pour ça, ce déshabillage, ce dépouillement est déjà une délivrance. En laissant notre drap, nous nous échappons. C’est être libre qu’être révélé tels que nous sommes, être manifestés dans notre faiblesse. C’est être libre que ne plus avoir à donner le change, ne plus avoir à paraître toujours plus fort, plus solide. Eh bien face à Christ dans sa passion et dans sa mort, tombent tous nos masques. Mais l’histoire ne s’arrête pas avec ce drap arraché, avec ce jeune homme en fuite. Notre histoire ne se termine pas pendant cette nuit qui commence le vendredi saint.

Bien sûr, le jeune homme disparaît, nous disparaissons pendant la crucifixion et le sabbat qui la suit. C’est normal c’est un temps de passion et de mort que Jésus à vécu pour nous, en notre faveur et à notre place. Il est donc normal que le disciple s’éclipse pendant ce moment.
Mais nous retrouvons le jeune homme au premier jour, le dimanche matin. Pourquoi ne serait-ce pas le même puisque Marc utilise le même terme pour le désigner et que ce terme n’est utilisé qu’à ces deux endroits. Il est là, dans le tombeau vide. Il n’est plus en fuite, il est assis, sûr, cette fois, de son support, serein et confiant. Il est là, vêtu d’un vêtement nouveau. Un vrai vêtement cette fois, pas un linceul qui cache et embarrasse, mais une robe blanche de vie et de lumière, « lavée dans le sang de l’agneau » pour reprendre l’expression de l’Apocalypse. Cela vous étonne que j’associe ainsi le disciple en fuite et l’ange du tombeau vide ? Mais n’est-ce pas la mission de tout disciple que d’être un ange, c'est-à-dire un messager ? Oui, nous sommes ce jeune homme en fuite et ce matin, nous sommes aussi ce jeune homme revêtu de blanc. La passion du Christ nous a révélé notre faiblesse, notre incapacité à aller jusqu’au bout, elle nous a montré également que nous ne sommes pas abandonnés, anéanti à cause de cette faiblesse et la résurrection nous donne une identité nouvelle : le vêtement dont nous sommes désormais revêtu, ce qui couvre désormais notre faiblesse, c’est l’amour dont Dieu nous aime, un amour si puissant qu’il a été jusqu’au bout et qu’il a vaincu la mort. Revêtu de cet amour, nous sommes porteurs pour nos frères et nos sœurs du message de la résurrection « Il a été réveillé, il n’est pas ici. Il vous précède en Galilée. » I
l a été réveillé. Celui qui a assumé à notre place les conséquences de notre fragilité, de notre faiblesse, de notre révolte contre Dieu a été réveillé par Dieu lui-même. Le message que nous avons à porter en tant que chrétien n’est pas une parole de jugement et de condamnation mais une bonne nouvelle de pardon et de vie. I
l n’est pas ici, il vous précède en Galilée. Le ressuscité n’est pas captif des lieux autorisés. Il n’est pas enfermé dans nos rites et nos paroles. C’est chez vous que vous le verrez, dans votre vie, dans vos engagements. Il vous y précède, il vous y conduit, il vous y attend. Le message que nous avons à porter en tant que chrétien n’est pas un message de refus du monde mais le message d’une présence joyeuse et renouvelée dans ce monde.

Mon frère, ma sœur, jeune femme, jeune homme (en grec, je dirais neanis(kos)), pour le monde et pour toi, Christ est ressuscité ! Il revêt tes faiblesses d’un vêtement nouveau. Il te précède dans ta vie et il éclaire tes engagements d’une lumière nouvelle. Il fait de toi un témoin, porteur d’une parole de vie pour tous ceux qui t’entourent.
Amen

Une variation sur une fugue inspirée par Elian Cuvilier

Qu'avons nous besoin de témoins ?

10 Avril 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Ils emmènent Jésus chez le grand–prêtre. Là, tous les chefs des prêtres, les anciens et les maîtres de la loi se réunissent. Pierre suit Jésus de loin et il entre chez le grand–prêtre. Il s’assoit dans la cour avec les serviteurs et il se chauffe près du feu. Les chefs des prêtres et tout le Tribunal religieux cherchent une raison d’accuser Jésus pour le condamner à mort, mais ils n’en trouvent pas. En effet, beaucoup de témoins disent des mensonges contre Jésus, mais ils ne sont pas d’accord entre eux. Quelques–uns se lèvent et ils accusent Jésus en disant ce mensonge : « Nous l’avons entendu dire : “Je détruirai ce temple que les hommes ont construit. Et en trois jours, j’en bâtirai un autre qui ne sera pas construit par les hommes.” » Mais même ces témoins–là ne sont pas d’accord entre eux. Alors le grand–prêtre se lève devant tout le monde et il demande à Jésus : « Tu ne réponds rien ? Qu’est–ce que ces gens disent contre toi ? » Mais Jésus se tait, il ne répond rien. De nouveau, le grand–prêtre lui demande : « Est–ce que tu es le Messie, le Fils du Dieu que nous adorons ? »   Jésus lui répond : « Oui, je le suis. Et vous verrez le Fils de l’homme assis à la droite du Dieu tout–puissant, et venir parmi les nuages du ciel. » Alors le grand–prêtre déchire ses vêtements et il dit : « Nous n’avons plus besoin de témoins ! Vous l’avez entendu insulter Dieu. Qu’est–ce que vous en pensez ? » Tout le monde condamne Jésus et dit qu’il doit mourir.   Quelques–uns se mettent à cracher sur lui. Ils couvrent son visage, ils le frappent à coups de poing et lui disent : « Qui t’a frappé ? Devine ! » Les serviteurs prennent Jésus et lui donnent des gifles.

(Marc XIV, 53 à 65)


Nous n’avons plus besoin de témoin

 

Il nous est insupportable

Que Dieu se révèle

En dehors des images que nous avons de lui

Qu’Il brise les murs de nos temples

Et de nos dogmes

 

Il nous est insupportable que Dieu agisse par lui-même

Anéantissant cadres que nous avions tracés pour lui

Ces confortables alcôves dans lesquelles nous l’avions enfermé

 

Il nous est insupportable que Dieu se fasse petit

Et plus insupportable encore qu’il règne

Il nous est insupportable que Dieu se taise

Et plus encore qu’Il parle

Ce soir-là, chez le grand prêtre

C’est notre religion qui dit notre refus de Dieu.

Une chambre aménagée et toute prête

9 Avril 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Le premier jour des Pains sans levain, le jour où l’on sacrifiait la Pâque, ses disciples lui disent : Où veux–tu que nous allions te préparer le repas de la Pâque ? Il envoie deux de ses disciples et leur dit : Allez à la ville ; un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre ; suivez–le, et là où il entrera, dites au maître de maison : Le maître dit : Où est la salle où je mangerai la Pâque avec mes disciples ?

Il vous montrera une grande chambre à l’étage, aménagée et toute prête : c’est là que vous ferez pour nous les préparatifs. Les disciples partirent, arrivèrent à la ville, trouvèrent les choses comme il leur avait dit et préparèrent la Pâque.

 

Drôle de texte… Certains veulent y voir un miracle : Jésus qui marchait sur l’eau, qui calmait les tempêtes aurait pu annoncer à ses disciples qu’en se baladant en ville, ils tomberaient sur un homme portant un pot à eau… La belle affaire !

En fait, je préfère l’explication la plus banale : Jésus avait déjà réglé la question du lieu de la Pâque et le pot à eau n’était qu’un signe de reconnaissance permettant aux disciples d’identifier l’homme qui avait accepté de prêter une salle.

Je trouve cela bien plus parlant que le Jésus voyant, un Jésus soucieux de fêter la Pâque avec ses amis, un Jésus bien ancré dans le monde réel avec ses petites préoccupations quotidiennes, un Jésus qui se met au service bien plus qu’il ne se fait servir. Je crois que c’est là le miracle, le vrai signe : le maître a lui-même réservé la salle !

C’est ce miracle dont nous faisons mémoire avec un petit geste typiquement protestant de Sainte Cène, un petit geste auquel nous ne pensons plus vraiment : la table est là, dressée avant que nous arrivions. Un signe fort pour nous dire que nous sommes ses invités.

Les mercredis de Calvin (14) : C'est du vol

8 Avril 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire


Il y a plusieurs espèces de larcins. L’une gît en violence, quand par force et quasi par une manière de briganderie, on vole et pille le bien d’autrui ; l’autre gît en fraude et malice, quand cauteleusement on appauvrit son prochain, en le trompant ou en le décevant ; l’autre en une astuce encore plus couverte, quand sous couleur de droit on prive quelqu’un de ses biens ; l’autre en flatterie, quand par de belles paroles on attire à soi, ou sous titre de donation ou autrement, ce qui devait appartenir à un autre. Mais pour ne point trop nous arrêter à raconter les genres divers, il nous faut brièvement noter que tous moyens dont nous usons pour nous enrichir au dommage d’autrui, quand ils déclinent de la sincérité chrétienne, qui doit être gardée en dilection, et se dévoient à quelque obliquité d’astuce ou de toute autre nuisance, doivent être tenus pour larcins. Car bien que ceux qui y procèdent en telle façon, souvent gagne leur cause devant le juge, néanmoins Dieu ne les a pour autres que larrons, car il voit les embûches que font de loin les fines gens pour attraper les simples en leur rets ; il voit la rigueur des exactions que font les plus grands au plus petit pour les piétiner ; il voit combien sont venimeuses les flatteries dont usent ceux qui veulent emmieller quelqu’un pour le tromper : lesquelles choses ne viennent point à la connaissance des hommes.

Davantage, la transgression de ce précepte ne gît pas seulement en cela, quand on fait tort à quelqu’un en son argent, en marchandise ou possession : mais aussi en quelque droit que ce soit. Car nous fraudons notre prochain de son bien, si nous lui dénions les offices auxquels nous lui sommes tenus. Si donc un receveur, ou métayer, ou fermier, au lieu de veilleur sur le bien de son maître, vit en oisiveté, sans se soucier de procurer le bien de celui qui le nourrit, ; s’il dissipe mal ce qui lui commis, ou en abuse en superfluité ; si un serviteur se moque de son maître, s’il divulgue ses secrets, s’il machine quelque chose contre son bien, ou sa renommée, ou sa vie ; si d’autre part le maître traite inhumainement sa famille : c’est larcin devant Dieu. Car celui qui ne s’acquitte point envers les autres du devoir que porte sa vocation, retient ce qui appartient à autrui.

Nous obéirons donc au commandement, si étant contents de notre condition nous ne tâchons qu’à faire gain, sinon qu’honnête et légitime ; si nous ne désirons point nous enrichir, en faisant tort à notre prochain ; si nous ne machinons point de le détruire pour attirer à nous son bien ; si nous ne mettons point notre étude à assembler richesses du sang ou de la sueur d’autrui ; si nous n’attirons point de ça et là, à tort et à travers, tout ce qu’il est possible pour remplir notre avarice, ou dépenser en superfluités ; mais au contraire, si nous avons toujours ce but d’aider chacun tant que nous pouvons de notre conseil et de notre substance à conserver le sien. Et s’il advient que nous ayons affaire avec méchantes gens et trompeurs, que nous soyons prêts plutôt de quitter du nôtre, que de combattre avec eux par même malice ; que nous communiquions à leur indigence, et soulagions leur nécessité par notre abondance. Finalement que chacun regarde en quoi il est obligé du devoir de son office envers les autres, afin de s’acquitter loyalement.

Pour cette raison, que le peuple porte honneur à ses supérieurs, se soumettant à eux de bon cœur, obéissant à leurs lois et commandements, ne refusant rien qu’il puisse faire sans offenser Dieu ; d’autre part, que les supérieurs aient soins et sollicitude de gouverner leur peuple, de conserver la paix partout, défendre les bons, châtier les mauvais, et gouverner comme ayant à rendre compte de leur office à Dieu, souverain juge.

Que les ministres ecclésiastiques administrent fidèlement la Parole de Dieu, ne corrompant point la doctrine de salut, mais conservant sa pureté. Et que non seulement ils instruisent le peuple en bonne doctrine, mais aussi en exemple de vie. Bref, qu’ils président comme bons pasteurs sur les brebis. D’autre part, que le peuple les reçoive comme messagers et apôtres de Dieu, leur rendant l’honneur que notre seigneur leur attribue et leur donnant à vivre.

Que les parents s’emploient à nourrir, instruire et gouverner leurs enfants, comme leur étant commis de Dieu, ne les traitant point trop rigoureusement pour leur faire perdre courage, mais les entretiennent en douceur et bénignité convenable à leur personne ; comme il a été dit, que mutuellement les enfants leur doivent révérence et sujétion.

Item, que les jeunes portent honneur aux vieilles gens, comme notre Seigneur a voulu cet âge là être honorable ; et aussi que les anciens tâchent de dresser les jeunes par leur prudence, ne les traitant point par trop grande rigueur, mais usant d’une gravité tempérée avec douceur et facilité.

Que les serviteurs se rendent serviables à leurs maîtres, et diligents à leur complaire et non point seulement à l’œil, mais aussi de cœur, comme servant à Dieu. Que les maîtres aussi ne se rendent point difficiles et intraitables avec leurs serviteurs, les opprimant de trop grande rigueur, ou les traitant avec mépris : mais plutôt qu’ils les reconnaissent pour frères et leurs compagnons au service de Dieu, afin de les entretenir humainement.

Q’en cette manière donc, chacun répute qu’il doit à ses prochains, en son ordre et degré, et leur rende ce qu’il leur doit.

Davantage il faut que toujours notre mémoire soit dressée au Législateur, afin qu’il nous souvienne que cette règle n’est pas moins ordonnée à l’âme qu’au corps, pour que chacun applique sa volonté à conserver et avancer le bien et l’utilité de tous les hommes.

Institution Chrétienne Livre II §8. 46


Actuel, non ?

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