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Articles avec #petite theologie pas tres serieuse tag

Rahan et la fabrique des idoles

1 Février 2017 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture, #Petite théologie pas très sérieuse, #Rahan, #Idole, #libre-pensée

Rahahaaaaaha ! Un cri s’élève dans la forêt préhistorique, Rahan a sauvé la veuve et l’orphelin, il a libéré un village, ou vaincu une dinosaure surgi accidentellement du fond des âges.

Dans les pages de Pif-Gadget puis dans son propre magazine, Rahan, fils de Craô et des âges farouches, allait au secours de Celles et ceux qui marchent debout  (les humains, hein pas les échassiers) et inventait la dynamite, l’élastique, la loupe ou Internet (ah non, en ce qui concerne le dernier, Rahan n’y est pour rien, il paraît que c’est François Fillon… Pour les trois premiers, je vous jure que c’est vrai, c’est dans les bédés).

Je me rappelle qu’en grandissant, j’avais été gêné par l’image de ce grand athlète blond qui venait aider des peuples petits et plus ou moins bronzés à se civiliser, mais force est de reconnaître que là, Rahan s’inscrivait dans une vieille tradition culturelle…

En dépit de ce hiatus, le message profond de Rahan, c’était la fraternité humaine, la foi indéfectible en la vertu du progrès scientifique et technique et, à peine masqué,  l’anticléricalisme. En effet, à une exception près (de mémoire de filsdecrâophile), quand Rahan rencontrait un sorcier (un prêtre, donc), celui-ci était l’ennemi. En effet, dans la construction sociale des âges farouches (et de Pif-Gadget), le sorcier/prêtre abuse de la crédulité du village alors que le scientifique met son observation de la nature au service de la collectivité.

Mais le comportement de ce sceptique avant la lettre (au sens propre) est assez intéressant...

 

Rahan commence sa carrière de voyageur en courant après le soleil et c’est très agaçant pour lui car tous les matins, le soleil se lève derrière lui. Bon, comme il est malin, il ne passe pas son temps à faire des allers-retours, il va à la recherche de la tanière du soleil. Jusqu’au jour où observant une course de pirogue autour d’une île, il comprend que le soleil tourne autour de la terre et qu’il ne sert à rien de rechercher sa tanière.

Au lieu de se poser pour écrire une thèse fondatrice du géocentrisme (je peux ironiser tant que je veux, mais Rahan, c’est très bien pour comprendre que la lutte entre héliocentrisme et géocentrisme, c’est une lutte de conceptions scientifiques bien plus qu’une lutte entre science et foi), Rahan va continuer ses voyages. A l’aveuglette ? Non, dorénavant, tous les matins, il fait tournoyer son coutelas d’ivoire pour qu’il lui indique la direction où aller. Et, quels que soient les obstacles (océan, falaises infranchissables, marais mortels), Rahan va suivre la direction indiquée par ce morceau d’ivoire (parfois en l’engueulant, quand même)

Et là, précisément parce qu’il dénonce toute superstition, Rahan devient semblable au fabricant d’idoles tel que le dépeint Esaïe

 

Il se coupe des cèdres, Il prend des rouvres et des chênes, Et fait un choix parmi les arbres de la forêt ; Il plante des pins, Et la pluie les fait croître.

Ces arbres servent à l’homme pour brûler, Il en prend et il se chauffe. Il y met aussi le feu pour cuire du pain ; Et il en fait également un dieu, qu’il adore, Il en fait une idole, devant laquelle il se prosterne.

Il brûle au feu la moitié de son bois, Avec cette moitié il cuit de la viande, Il apprête un rôti, et se rassasie ; Il se chauffe aussi, et dit: Ha ! Ha ! Je me chauffe, je vois la flamme !

Et avec le reste il fait un dieu, son idole, Il se prosterne devant elle, il l’adore, il l’invoque, Et s’écrie : Sauve-moi ! Car tu es mon dieu !

Esaïe 44, 13-17

 

En fait, à l’insu sans doute de Lecureux, en obéissant à son coutelas, en lui parlant, Rahan devient figure de cette humanité qui,  alors qu’elle se veut esprit fort et libre - précisément lorsqu’elle se veut esprit fort et libre - forge ses propres chaînes, s’entrave à des idoles dont elle connaît tous les secrets de fabrication, se rend esclave de ses propres outils ; une humanité qui, pour se libérer d’une puissance extérieure à elle-même, préfère se soumettre à des dieux qu’elle s’est fabriquée.


Et Esaïe de conclure “Ils n’ont ni intelligence, ni entendement”

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Une bénédiction qui donne un cadre

20 Mai 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse, #Actualité ecclesiale

Une bénédiction qui donne un cadre

Petit essai de fondement biblique pour la bénédiction des couples de même sexe

Je reste persuadé que ce n’est pas la Bible qui conditionne notre regard sur l’homosexualité mais bien notre regard sur l’homosexualité qui conditionne notre lecture de la Bible (en tout cas des versets qui traitent de l’homosexualité). Nous sommes donc toujours au risque d’instrumentaliser la Bible dès que nous la citons sur ce sujet.

Pour autant, je serais malhonnête de botter en touche lorsqu’on me demande sur quels fondements bibliques je pense possible de bénir des couples de personnes de même sexe. Mon argumentaire ne convaincra que les convaincus (et encore…) mais au moins peut-être me laissera-t-on le bénéfice du doute quant à mon rapport à la Bible.

Tout d’abord, il est vrai que je relativise fortement les 5 versets de la Bible qui condamnent explicitement l’homosexualité ; au même titre, d'ailleurs, que je relativise ceux qui interdisent le port de vêtements de deux étoffes différentes ou ceux qui justifieraient une exclusion des femmes de la cène pendant leurs règles. Les versets du Lévitique s’inscrivent dans un contexte de dénonciation de pratiques religieuses et les versets de Paul sont guidés par sa culture (fortement influencée par le Lévitique. Ce ne sont pas des versets à supprimer, ce sont des versets à interroger. C’est sans doute discutable mais j’attends encore qu’on me dise pourquoi ceux-là ne doivent pas être relativisés alors que ce qui concerne la pureté d’un vêtement, l’impureté d’une femme, ou l’inégalité au sein du couple doit l’être…

Ensuite j’aime assez ce qu’un collègue nous disait d’une signification chrétienne de la bénédiction comme parole de la croix et de la résurrection. Dans le christianisme, la bénédiction serait un « OUI » de Dieu sur la personne que l’humain a écrasé de son « NON ». Mais d’une part, j’entends les collègues qui m’enjoignent de ne pas confondre Bénédiction avec Annonce de la Grâce. D’autre part, je pense que cette compréhension ne s’applique qu’à une bénédiction prononcée sur les personnes. Et enfin, je ne peux m’empêcher de penser que c’est un peu trop tardif de ne dire le « OUI » de Dieu qu’une fois que la société a largement commencé à reconnaître des personnes que l’Eglise écrasait de son « NON » (mieux vaut tard que jamais, certes, mais bon, il m’est difficile de penser que nous ne prêchons le scandale de la croix qu’à la condition qu’il soit entré dans les mœurs.)

L’homosexualité a-t-elle sa place dans la création ? Dans la nouvelle création en Jésus Christ, clairement non. Mais l’hétérosexualité non plus (il n’y a plus ni homme ni femme, il n’y aura plus ni mari, ni épouse), du coup tout s’arrange. Dans la première création, j’avoue que c’est plus compliqué de répondre, tellement on a chargé le sens des mots et des idées de morale, de culpabilité et de condamnation.
Allons au plus simple, je dirai en lisant ma Bible : non. Pas plus que, par exemple, les différences de couleurs de peaux mais finalement ça n’a aucune espèce d’importance parce que nous avons à nous situer entre le jardin d’Eden et la Jérusalem céleste, c’est dans cet entre-deux que nous avons à porter une parole de Dieu pour les homosexuels, comme pour les hétérosexuels…

Tout ce qui remue et qui vit pourra vous servir de nourriture ; comme je vous avais donné l’herbe verte, je vous donne maintenant tout cela. Cependant vous ne devez pas manger la viande qui contient encore la vie, c’est-à-dire le sang.

Genèse 9, 3 et 4

C’est ce que Dieu dit à Noé à la sortie de l’arche. Alors que la violence est la première conséquence de la sortie d’Eden, alors qu’elle est la marque première de la méchanceté de l’homme et la cause du déluge, la Dieu donne à la violence de l’homme, un cadre dans lequel elle peut s’exprimer « c’était pas le projet mais vous pouvez dorénavant tuer des bêtes pour vous nourrir, dans une limite, dans un cadre »

Si je ne crois pas que l’homosexualité s’inscrive dans le projet initial de Dieu, je ne crois pas non plus qu’elle aille contre ce projet. De toute façon, je suis en revanche certain (puisque la Bible ne cesse de me le dire) que la violence, sous toutes ses formes, y compris notre régime carnassier, va radicalement contre ce projet de Dieu et pourtant, parce qu’elle fait partie de nous, Dieu nous a donné un cadre où l’exprimer.

Alors oui, clairement, je me sens appelé à donner la bénédiction d’un cadre, d’une loi aux couples de même sexe : "mariez-vous, c’est le cadre que Dieu vous donne pour vivre votre amour."

(Note, je n'ouvre pas les commentaires sur ce texte, les débats sur Internet concernant cette question se vivant actuellement dans un esprit de division et d'accusation)

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Thomas Römer, David et Jonathan

24 Janvier 2013 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

insolite_111118.jpgIl y a quelques semaines, m'agaçant contre nos tendances à instrumentaliser la Bible au service de nos anthropologies, j'écrivais que la relation de David et Jonathan n'était pas une relation homosexuelle.

Depuis, je découvre un article (de 2003) de Thomas Römer (De Sodome et Gomorrhe à David et Jonathan, quelques considérations sur l'homosexualité dans la Bible hébraïque) qui affirme le contraire (et je ne saurais trop vous recommander la lecture de cet article avant d'aller plus loin dans ma prose) Le point de vue est solidement argumenté et Thomas Römer est certainement un bibliste bien plus compétent que moi, alors s'il affirme qu'on peut lire la relation entre David et Jonathan comme un amour homosexuel, je ferais sans doute mieux de reconnaître mon erreur et de faire profil bas. Surtout qu'au bout du compte, ça m'arrange plutôt bien dans mon anthropologie et dans ma position favorable au mariage pour tous...

Seulement voilà, aussi solidement argumentée soit-elle, la lecture de Thomas Römer ne me convainc pas. Ce que je lui reproche, c'est de passer sous silence ce que je crois être une problématique importante.

Thomas Römer nous apprend que les condamnations des pratiques homosexuelles par le Lévitique sont postérieures à la geste de David. Mais si vraiment un lecteur hébreux pouvait voir une relation empreinte d’érotisme entre David et Jonathan, comment se fait-il qu'à un moment de condamnation forte de l'homosexualité, cette relation n'ait pas été relue, réinterprétée ? (Comme, par exemple, ont été réinterprétées les épouses étrangères de Salomon (d'abord signe de sa richesse et de sa splendeur puis considérées à des époques plus isolationnistes comme la cause du schisme d'Israël)) C'est à cause de cette non-censure, à cause de cette non réinterprétation pour édulcorer ou pour condamner ces moeurs de David, que j'ai peine à croire que les lecteurs hébreux à travers les siècles aient vu la charge érotique que Thomas Römer décèle dans ce texte.

Bref, je continue à penser que si nous voulons tirer de la Bible un discours général sur l'homosexualité, il ne nous reste que les 4 ou 5 versets qui la condamnent. Heureusement, la plupart des opposants chrétiens au mariage pour tous ont bien perçu qu'utiliser ces versets les discréditeraient, non pas tant au regard de la société qu'au regard de la Bible elle-même. Comment pourrait-on revendiquer des prescriptions du Lévitique, alors que nous ne tenons pas compte de 99% d'entre elles. Comment pourrait-on revendiquer les anathèmes de Paul en oubliant l'essentiel de son message  O homme, qui que tu sois, toi qui juges, tu es donc inexcusable ; car, en jugeant les autres, tu te condamnes toi-même, puisque toi qui juges, tu fais les mêmes choses.

 Je crois très bon que nous appuyions nos convictions politiques, anthropologiques et philosophiques sur nos lectures de la Bible mais nous devrions toujours garder beaucoup d'humilité en nous souvenant que si nos convictions s'appuient sur notre lecture, notre lecture s'appuie aussi sur nos convictions et qu'il nous est impossible de discerner ce qui soutient quoi. La Bible dresse-t-elle un modèle de famille et de relation ou remet-elle en question nos modèles familiaux et relationnels ? J’ai tendance à opter pour la deuxième lecture.  Mais après tout, c'est toujours du "choisis ton verset, camarade"

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Morceaux d'été : La cueillette

12 Août 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

 

cueillette.jpgC'est un passage obligé des ballades  d'été et d'automne : l'arrêt auprès de buissons sur lesquels on a aperçu mûres, myrtille, framboises ou fraises (je sais, les fraises ne poussent pas sur fes buissons). 
Je ne suis pas un cueilleur méthodique. Pour moi, le plaisir, c'est en ramassant 3 framboises aperçues du chemin, d'en découvrir 5 autres un peu plus loin et de m'enfoncer dans le bosquet, en me contorsionnant et en bousillant mon pantalon. Le plaisir, c'est de trier entre les baies mûres, les vertes et les pourries et de devenir de plus en plus exigeant. Le plaisir, c'est de découvrir, en revenant vers la route, de nouveaux fruits qui m'avaient échappés mais que le changement de perspective me révèle. Le plaisir, enfin, c'est de voir que ce détour nous a été une halte ludique et profitable dans notre chemin. 
Préparatifs de prédication et de partages mis à part (et encore), la lecture de la Bible est une cueillette. Par le hasard du feuilletage ou par le jeu des citations, un texte en fait découvrir un autre et un simple changement de perspectives fait découvrir de nouveaux trésors. Mais tous les textes ne parlent pas forcément au moment où nous les découvrons, il faut savoir en laisser sur la branche pour y revenir plus tard quand le moment sera venu. Mais qu'importe, puisquue justement, ici nous ne sommes pas dans la recherche de résultats, mais dans la promenade... Une ballade qui griffera nos bras et nos vêtement, un détour qui nous éloignera de nos sentiers battus, des préoccupations que nous croyions essentielles.
Finalement, cette lecture vagabonde et gratuite est aussi sérieuse que l'étude et la recherche de grandes réponses à nos grandes questions. 
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Un nouvel an en Christ

4 Janvier 2011 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

Traditionnellement, nous marquons le début de l'année par une embrassade, des voeux et des résolutions. Si la Saint Sylvestre n'a rien d'une fête chrétienne, à la lumière de notre foi, ces trois rites peuvent prendre une signification particulière.

 

Ne vous conformez pas à ce monde–ci, mais soyez transfigurés par le renouvellement de votre intelligence, pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, agréé et parfait 

Romains XII, 12

Nos résolutions suscitent souvent une bonne dose de scepticisme et de méfiance : combien sont réellement tenues ? Et ne sont-elles pas un énième avatar de l'éternelle tentation des oeuvres ? Prendre de bonnes résolutions, c'est vouloir encore et toujours donner nous même une valeur à notre vie, c'est vouloir, encore et toujours, être juste par nos propres forces. Sans doute.
Mais prendre des résolutions, c'est aussi reconnaître que nous ne sommes pas parfaits, que notre vie a besoin de changements. Prendre des résolutions, c'est refuser de nous résigner à nous-même.
Ne renonçons pas trop vite à nos résolutions mais, pour qu'elles soient plus qu'une vaine tentative d'auto-justification, prenons-les à la lumière de nos voeux.

 

 Soyez bénis du SEIGNEUR, qui fait le ciel et la terre !

Psaume 115, 15

"Bonne année, bonne santé" Nos voeux sont le deuxième passage obligé de ce début d'année. A tel point qu’ils résonnent comme une formule un peu creuse. Pourtant, ils disent quelque chose d'essentiel : le bien que nous espérons pour l'année qui commence ne dépend pas de nous. Il serait donc cohérent, pour nous, chrétiens, de présenter nos voeux de Nouvel-an comme une prière de bénédiction pour ceux que nous aimons et que nous présentons à Dieu, pour nous-mêmes qui avons besoin de la bénédiction de Dieu sur nos projet et nos résolutions et même pour ceux que nous ne parvenons pas à aimer afin que la bise du Nouvel-an annonce l'année qui va suivre.

 

Saluez-vous d'un saint baiser. 

Romains XVI, 16

En effet, nous commençons l'année par un geste qui n'a rien d'anodin. Qu'il soit échangé avec notre conjoint ou un inconnu croisé pour la soirée de la Saint Sylvestre, ce baiser est un geste d'amour et de paix. Il dit la rencontre. Il dit que l'autre nous est précieux et que nous nous ouvrons à lui. Ce baiser qui commence notre année est la préfiguration de tous les gestes qui la peupleront. En ferons-nous le baiser de Judas ? A Dieu ne plaise.


A vous tous, mes frères et mes soeurs, une année de grâce et de bénédiction !

 

(Edito de notre bulletin paroissial)

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Je

1 Septembre 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

distributeur.JPG"Bonjour, je suis un distributeur automatique de billets" affiche l'écran du distributeur de je ne sais plus quelle banque de Montpellier.

Non !

Je veux bien que tout s'automatise ; moi-même, j'ai souvent recours aux bornes automatiques pour gagner du temps. Mais, je ne veux pas que, par soucis d'anthropomorphisme, une machine qui n'a aucune conscience d'elle même, me dise "Je". Je ne veux pas qu'on galvaude ce petit mot de deux lettres.

En effet, c'est un pouvoir immense que celui de la subjectivité. J'ai conscience de faire ce que je fais. J'ai conscience de penser ce que je pense. Et j'ai même conscience de n'être pas toujours maître de ma pensée ou de mes actes.

C'est dans ce "je" que je comprends "fait à l'image de Dieu". En effet, ce "je" est une caractéristique essentielle de Dieu, une caractéristique que la traduction de YHVH par l'Eternel, gomme malencontreusement. Dieu est sujet, bien plus que je ne puis l'être. En effet, quoiqu'individu conscient et donc sujet, je reste programmé et donc objet (moins qu'un distributeur automatique, quand même), Dieu est, quant à lui le sujet absolu, sans programmation, ni contrainte. Et c'est ce "je" là qui a choisi de s'attacher à moi. C'est ce "je" là qui m'offre ma liberté.

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Le shofar et la vuvuzela

18 Juin 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

 

vuvuzela.jpgLe schofar (chofar ou encore shophar) est un instrument de musique à vent en usage dans le rituel israëlite depuis l'Antiquité.

 

La vuvuzela (prononcé vouvouzéla), aussi appelée lepetata  en setswana, est une corne d'environ un mètre de long, utilisée par les supporters de football dans les stades d'Afrique du Sud.

(Source : wikipedia)

 

Le football m'indiffère totalement. Je me suis senti étranger à l'allégresse de 98, je me sens étranger à l'effondrement de 2010. Je ne fais même plus partie de ceux que cela agace.

Pourtant, il y a parfois autour de la coupe du monde des polémiques amusantes. Là, c'est la question des vuvuzelas qui a attiré mon attention. D'abord parce que je collectionne les mots rigolos et que vuvuzela, c'est quand même très joli.

Et puis, parce que ce débat soulève un concept intéressant : celui de la trompette qui fait trop de bruit. Ce n'est pas un concept nouveau, je le connais bien : depuis les premiers jeux offerts à mes enfants, à grand renfort de ricanements sardoniques, par un frère facétieux jusqu'aux premières leçons de hautbois de Yaël, j'ai eu l'occasion d'y être confronté.

Mais la vuvuzela m'évoque le shofar, cette trompe biblique, qui est le premier instrument liturgique, la trompette évoquée par certaines traductions (cor me paraît quand même plus approprié). Or cette trompette n'a pas pour but de charmer nos oreilles avec des mélodies à la Louis Armstrong, mais de sonner le rappel ((Exode XIX, 16), de faire s'effondrer les murailles (Josué VI, 16) et même de réveiller les morts (I Corinthiens XV, 52).

Et plus qu'à une mélopée qui nous berce, la voix de Dieu ressemble à une clameur de vuvusela qui nous bouscule, nous dérange et nous réveille.


shofar.jpg

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Vous avez dit "dîme" ?

4 Juin 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

Tu lèveras la dîme de tout ce que produira ta semence, de ce que rapportera ton champ chaque année.    Et tu mangeras devant l'Éternel, ton Dieu, dans le lieu qu'il choisira pour y faire résider son nom, la dîme de ton blé, de ton moût et de ton huile, et les premiers-nés de ton gros et de ton menu bétail, afin que tu apprennes à craindre toujours l'Éternel, ton Dieu. 

Deutéronome XIV, 22-23

 

A Londres les musées nationaux sont gratuits. Pourtant, vous y êtes accueillis par un gigantesque tronc et un appel à donner pour que le musée reste gratuit, 4 ou 5£ pour le British Museum, 1 ou 2 £ pour la National Gallery. Et on comprend très bien la raison de cet appel, un musée, cela coûte cher. Cela ressemble beaucoup au discours de notre Eglise : il est pour nous impensable de faire payer nos services mais ces services coûtent de l'argent. C’est l’idée que reflète notre discours sur le don et cela n’a rien de surprenant. Du point de vue de l'Eglise, les dons, ce sont des bâtiments que l'on peut entretenir, du personnel (principalement des ministres) que l'on peut former et rémunérer et bien sur des projets que l'on peut concrétiser. Et parce que l'Eglise, ce n'est pas seulement le pasteur, la trésorière ou le conseil presbytéral (pour ne parler que de l'échelon local), mais chacun d'entre nous, il est normal que nous nous réjouissions de l'abondance des dons qui nous ouvre des possibilités ou que nous nous inquiétions  de leur faiblesse qui ferme bien des perspectives.

Mais en tant que donateur que représente notre don ? Est-ce que je donne à l'Eglise comme je donne au British Museum, pour l'aider à se maintenir gratuite et fonctionnelle ? Est-ce que je donne à l'Eglise comme  la Croix Rouge où à n'importe quelle oeuvre humanitaire, dans un élan de solidarité ? Sans doute un peu des deux. Mais ne puis-je y mettre aussi une dimension spirituelle. Et si mon don était d'abord une offrande, un geste pour Dieu avant d'être un geste pour l'Eglise.

Offrande, c'est un mot qui  fait peur, à cause de ce qu'il véhicule. En effet, on considère encore trop souvent que l'offrande consiste à se priver de quelque chose à laquelle on tient pour s'attirer la sympathie de Dieu, ou tout du moins pour lui prouver notre reconnaissance. On pourrait acheter Dieu ? Le Dieu qui nous donne tout nous demanderait de nous priver ? Mais ce n'est pas comme ça que la Bible nous parle de l'offrande, Paul affirme que ce que nous donnons ne nous manquera pas. Dès lors comment pourrions nous l'envisager comme une privation ? Le Deutéronome  nous parle d'un grand repas partagé en famille.  Bien sur ce repas a une signification religieuse, bien sûr c'est pour Dieu que l'on « gaspille » ainsi un dixième du revenu. Mais puisque c'est celui qui offre qui mange, l'offrande est bien un geste pour nous.  Notre prodigalité est en notre faveur !

Dans cette vision biblique le don utilitaire et l'offrande sont réconciliés. C'est pour moi que je donne, pour avoir une Eglise plus vivante, des locaux mieux chauffés, plus de pasteurs et mieux formés. C'est pour moi que je donne, pour limiter les injustices, pour vivre dans un monde meilleur. Et c'est la volonté de Dieu que je donne pour moi !

Mais mon don est aussi une offrande, une prière. En donnant, j'affirme ma confiance en Dieu qui ne me laisse manquer de rien. En donnant, je quitte l'inquiétude qui me pousse à garder pour plus tard.

Que nos dons soient utiles à la vie de notre Eglise et que pour nous, ils deviennent offrande, signes extérieurs de richesse, témoignage de notre reconnaissance et de notre confiance.

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Relire nos déserts

16 Février 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

 desert1-001.jpgL'Éternel entendit le bruit de vos paroles. Il s'irrita, et jura, en disant:   Aucun des hommes de cette génération méchante ne verra le bon pays que j'ai juré de donner à vos pères,

Deutéronome I, 34-35

 Souviens-toi de tout le chemin que l'Éternel, ton Dieu, t'a fait faire pendant ces quarante années dans le désert, afin de t'humilier et de t'éprouver, pour savoir quelles étaient les dispositions de ton coeur et si tu garderais ou non ses commandements. 

Deutéronome VIII, 2

Ton vêtement ne s'est point usé sur toi, et ton pied ne s'est point enflé, pendant ces quarante années.

Deutéronome VIII, 4


Quel sens donner aux quarante années passées dans le désert ? Si les trois réponses données par le Deutéronome ne sont pas forcément en opposition, elles sont tout de même difficilement compatibles entre elles : Dieu a-t-il puni les hébreux en leur imposant d'errer dans le désert ? Les a-t-il éprouvé afin de les rendre meilleurs ? Ou bien les a-t-il gardé pendant cette longue et périlleuse aventure ? Je ne suis pas certain qu'il faille choisir une réponse qui, fatalement, appauvrirait le texte (même si, comme tout le monde, j'ai ma réponse privilégiée). Bien au contraire, que cette multiplicité de réponses, même si certaine nous heurte dans nos convictions actuelles, constitue la richesse du texte biblique. Tout particulièrement si nous nous rappelons que ces trois réponses ont été élaborées bien après les faits. Le même livre présente donc trois relectures du même évènement. La foi ne nous impose pas une réponse toute faite pour expliquer nos traversées du désert, elle nous appelle constamment à les relire, à les comprendre sous un jour toujours nouveau.


Au jour du malheur, réfléchis

Qoeleth VII, 14

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Joindre les mains, tendre la main

4 Février 2010 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

mains.jpgDemandez et l’on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira.

Matthieu VII, 7

 

Que ce soit à Dieu ou aux hommes, nous n'aimons pas beaucoup demander. C'est tellement mieux quand les choses sont faites sans qu'on ait demandé.

Demander, c'est se mettre à la merci d'un refus. C'est surtout admettre que nous avons besoin des autres. C'est abandonner notre vieux rêve d'autonomie. C'est reconnaître notre faiblesse.

C'est sans doute là qu'il faut rechercher la raison la plus profonde à notre malaise vis-à-vis de la prière de demande ; plus que dans le pieux "je n'ose pas déranger le Très Haut avec mes petits problèmes", bien plus que dans le révolté "de toute façon, il ne répond jamais", c'est parce qu'elle est l'aveu de notre précarité que la prière nous est difficile. Prière-précaire, si l'étymologie est douteuse, le lien théologique est évident.

Le carême s'approche, temps associé au jeûne et donc à la faim, temps rêvé pour redécouvrir notre fragilité, notre précarité et donc la prière.

 

Que ce temps de carême soit pour chacun de nous un temps de prière, prières spontanées, jaillissant de l'élan de notre coeur, prière coutumière du lever, du coucher ou du repas, prière en solitaire, en famille, ou en communauté.

Et si nous ne savons pas ou plus comment prier : pas d'inquiétude : l'Esprit nous aide dans notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu'il nous convient de demander dans nos prières. Mais l'Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables.

Romains VIII, 26

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