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Miettes de théologie

Sola scriptura, un pape de papier ?

30 Septembre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Disputatio

Être protestant, c'est se maintenir dans une écoute obstinée de la Parole de Dieu à travers une lecture intelligente de l'Écriture
Claudette Marquet


Cher Matthieu, avec un brin de jésuitisme, vous répondez à ma question : sur quelles bases bibliques fondez-vous l'autorité du pape ?, par une autre question. Sur quelle base biblique fondez-vous le Sola scriptura ?, m'interrogez vous.
C'est effectivement avec cette question que les théologiens catholiques entendent démontrer l'autorité de la Tradition. Il faut bien, disent-ils, que la Tradition ait une autorité pour avoir établi le canon, c'est à dire avoir défini  quels étaient les textes ayant autorité. Le Sola scriptura ne peut suffire. C'est d'une logique irréfutable.

Ce que signifie vraiment Sola scriptura
Sauf que... "Sola scriptura" ne signifie pas l'Ecriture et rien que l'Ecriture. . L'expression Sola Scriptura exprime un refus de l'autorité de la Tradition (comprise par l'Eglise Catholique Romaine comme un pan non écrit de la Révélation qui se transmettrait depuis les apôtres aux évêques et aux prêtres par l'imposition des mains et la succession apostolique) et contre le Magistère (l'autorité donnée aux conciles et au pape de trancher ce qui est conforme à la Révélation et ce qui ne l'est pas). Ainsi parmi les trois sources d'autorité reconnues pas l'Eglise Catholique Romaine, l'Ecriture, la Tradition, le Magistère, les protestants n'en reconnaissent qu'une seule, l'Ecriture, d'où le slogan Sola scriptura.

Le témoignage intérieur du Saint Esprit
Mais, hormis pour les fondamentalistes les plus extrêmes, les protestants ne confèrent pas à la bible une autorité absolue. Ce serait oublier le travail considérable des exégètes et théologiens protestants (ainsi que catholiques et orthodoxes souvent cités dans le protestantisme) et surtout ce serait dénier la puissance et la liberté absolue de l'Esprit (attestée clairement dans l'Écriture). Luther allait jusqu'à écrire qu'il mènerait le Christ au combat contre l'Écriture dans le cas ou les adversaires mèneraient l'Ecriture au combat contre le Chris.
C'est cet l'Esprit Saint qui a inspiré la formation du Canon, et l'Esprit Saint qui nous donne de reconnaitre l'autorité de ce Canon (j'ai déjà signalé que je reçois les apparentes faiblesses de la Bible, ses contradictions internes, sa diversité de théologie comme autant de signes du travail de l'Esprit. Quand une institution humaine veut se donner un texte de référence, elle se donne un texte fort et incontestable).

Quand la Bible parle d'elle-même
Pour répondre à votre question : comment fondez-vous bibliquement l'autorité de la Bible ? je laisserais donc parler les textes : 

il m'a aussi semblé bon, après avoir fait des recherches exactes sur toutes ces choses depuis leur origine, de te les exposer par écrit d'une manière suivie, excellent Théophile,    afin que tu reconnaisses la certitude des enseignements que tu as reçus.  (Luc I, 3 et 4)
C'est ce disciple qui rend témoignage de ces choses, et qui les a écrites. Et nous savons que son témoignage est vrai.  Jean XXI, 24
Vous mettrez sur votre cœur et sur votre âme ces paroles que je vous adresse. Vous les attacherez comme un signe sur votre main, et elles seront un fronteau entre vos yeux.Vous les apprendrez à vos fils et vous leur en parlerez quand tu seras chez toi et quand tu seras en chemin, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras. Deutéronome XI, 18-19

Ainsi (j'aurai pu trouver d'autres exemples) la Bible nous dit, elle même, ce qu'elle est : un témoignage, ou plutôt des témoignages de la façon dont les premières communautés ont reçu la révélation de Dieu. Parce que nous croyons que le canon est inspiré, nous croyons que ces témoignages sont premiers (pas forcément au sens de chronologique mais au sens de principaux) et que toute affirmation théologique, toute doctrine doit pouvoir s'appuyer sur l'Ecriture et sur une interprétation intelligente et argumentée (ce qui disqualifie à nos yeux des dogmes tels que l'assomption, l'immaculée conception ou l'infaillibilité pontificale qui ne peuvent prétendre trouver leur source dans l'Ecriture).  En effet, ces textes nous sont donnés comme témoignages, c'est à dire des propos subjectifs, inscrits dans une époque et un contexte donné, écrit dans un but précis. Ce qui rend nécessaire une interprétation constante pour recevoir la Parole comme une parole vivante. Ainsi, le "sola scriptura" débouche-t-il sur une autre affirmation capitale du protestantisme : semper reformanda, une Église toujours à reformer.
Voilà, j'espère avoir été assez clair pour ceux qui ont eu le courage de me lire jusqu'au bout et avoir montré, pas trop maladroitement, un des points importants de l'identité  protestante, le rapport à la Bible.

Le dialogue n'est pas mort

29 Septembre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Un communiqué de presse du GAIC

Le GAIC ( Groupe d’Amitié Islamo Chrétienne ) regrette profondément que le pape Benoît XVI, dans sa conférence  "Foi et raison" donnée à Ratisbonne, ait puisé dans la littérature des controverses en utilisant, dans son argumentation, une citation du XIVe siècle, de l’empereur byzantin Manuel II Paléologue.

 
Ces propos ont d’autant plus blessé chez les musulmans, qu’aujourd’hui des populations toujours plus nombreuses subissent la guerre, notamment en Palestine, au Liban, en Irak et en Afghanistan. 

 
Dans ce contexte, les propos du pape Benoît XVI  ont soulevé  des violences anti-chrétiennes que rien ne saurait justifier et que des dirigeants politiques et des responsables religieux, notamment en Palestine, ont condamnées.

 
Depuis, le pape Benoît XVI a précisé qu’il n’épousait pas  la pensée de Manuel II Paléologue sur l’islam. Il a aussi rappelé que "le dialogue interreligieux et interculturel entre chrétiens et  musulmans  ne peut se réduire à un choix passager". Des démarches sont faites pour relancer le dialogue au plus haut niveau. Nous nous félicitons de ces nouveaux développements.

Aujourd’hui, plus que jamais, nous redisons notre désir fort de continuer sur le chemin de l’amitié   pour être des médiateurs qui ouvrent nos communautés de vie et de prière au dialogue, au partage, à la réflexion et à l’action pour relever les défis communs du vivre ensemble, de la justice et de la paix. 

 
Paris,le 27 Septembre 2006

 

Pour le Conseil d’Administration :

M. Saïd Ali Koussay                                             Jean-Pierre Bacqué,

Président,                                                           Secrétaire général,

 

Myriam Bouregba,                                           Pasteur Ove Ullestad,

Vice-présidente,                                          Vice-président.


Une invitation au dialogue ?

29 Septembre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Disputatio

La "disputatio" avec Matthieu (de Totus Tuus) continue ici

Tout d’abord une mise au point le titre de l’article qui vous a fait réagir était Benoît XVI accablé par ses défenseurs, ce qui je crois est assez explicite, c’est plus les réactions de défenses du pape par des catholiques et des athées qui eux affirmaient de façon tout aussi explicite que Manuel II Paléologue que l’Islam était une religion intrinsèquement violente. C’est cette réaction qui me permettait de dire que Benoît XVI avait par ses propos incité à la haine de l’autre et donc s’était montré anti-évangélique.
Benoît XVI s’est à présent désolidarisé de sa citation (ce qu’il n’avait pas fait lors de son discours. Très bien.
Cependant, contrairement à ce que vous dites, le pape n’a pas demandé pardon : Je suis vivement attristé par les réactions suscitées par un bref passage de mon discours à l'Université de Ratisbonne, considéré comme offensant pour la sensibilité des croyants musulmans. Ce n’est pas une demande de pardon, ce n’est même pas la reconnaissance d’un tort, Benoît XVI n’est pas attristé d’avoir froissé les musulmans il est attristé par leur réactions…
De plus, l’explication que vous donnez de l’événement ne me paraît pas convaincante du tout. Si Benoît XVI voulait, par une citation provocante, interpeller l’Islam, il aurait mieux valu le faire dans un discours ou une déclaration adressé directement aux musulmans plutôt que par une citation lancée au détour d’un discours sur la raison qui n’a rien à voir avec la question. Pour ma part j’aurais été bien plus convaincu par un discours du type : « la citation était maladroitement choisie et je m’en repens. Mais profitons de cet accident pour ouvrir un dialogue franc et respectueux sur la violence qui empoisonne nos religions ». Bref quelque chose dans le style de la déclaration du Groupe d’Amitié Islamo-Chrétienne
Mais visiblement, l’infaillibilité pontificale empêche ce genre d’humilité… Et je doute fort que sur ce sujet nous tombions jamais d’accord. Je me contenterais donc de rappeler que, si votre point de vue est respectable, d’autres catholiques romains n’hésitent pas à se montrer bien plus critique vis à vis du souverain pontife.

 En fait ; dans votre article il y a un deuxième point qui me chiffonne bien plus, c’est l’amalgame que vous faites entre évangélisation et dialogue inter-religieux.
Entendons-nous bien, j’espère autant que vous, qu’un jour les musulmans, comme les boudhistes ou les athées reconnaîtront que Jésus est le sauveur. Et tout comme vous, je crois important d’annoncer cette bonne nouvelle. Cependant évangéliser ne signifie pas convaincre ni tenter de convertir mais simplement annoncer. La conversion des cœurs n’est pas dans les attributions du chrétien, c’est le rôle de l’Esprit Saint.
Le dialogue religieux, quant à lui, est d’un autre ordre. En effet, on ne se lance pas dans un dialogue respectueux de l’autre en ayant pour but de lui démontrer notre supériorité et de l’obliger à admettre notre point de vue. Le dialogue inter-religieux (ou avec les athées) ne peut se faire que si chaque partie est volontaire de recevoir de l’autre et de s’enrichir de conviction qui ne sont pas les siennes (cela n’implique absolument pas de renoncer à nos convictions propres). Par exemple le dialogue inter-religieux peut se vivre sur le mode ; voyons comment nos religions respectives essayent de lutter contre la violence mais pas sur le mode, nous allons vous apprendre à vous débarrasser de la violence qui est la vôtre…
En résumant, si j’espère la conversion des athées ou des musulmans, quand je discute avec eux, ce n’est pas pour les convaincre mais pour avoir une chance de leur exposer ce que je crois (l’annonce) et aussi comprendre et m’enrichir de perspectives auxquelles je n’aurais pas pensé et peut-être trouer des pistes d’action commune (le dialogue).  En tout cas, j’essaye… Cela nécessite deux choses, de savoir d’où je parle, quelles sont mes convictions et ne pas chercher à les imposer à l’autre… Je n’ai pas trouvé la deuxième dans votre discours sur le dialogue avec l’Islam et pour tout dire j'ai eu le même désagréable sentiment que quand je discute avec des catholiques pour qui l'oecuménisme consiste à ramener les protestants dans le girond de l'Eglise Romaine ou avec des protestants pour qui il consiste à amener les catholiques aux lumières de la Réforme... Je crois qu'il existe une autre manière d'être fidèle à ses convictions...

 

Café biblique : L'argent impie.... toyable

28 Septembre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Voici le canevas que je vais utiliser ce soir pour lancer la discussion sur le regard que la bible nous donne sur l'argent au cours de notre café biblique. J'approfondirai (et expliciterai un peu plus certains de mes points de vue) dans un bilan de ce café biblique...

Habituellement quand on parle d'argent et de christianisme, soit on se rappelle de la condamnation de l'argent soit pour évoquer l'hypocrisie des Eglises qui appellent à la pauvreté en roulant sur l'or. Ce soir à travers plusieurs textes biblique, je vous propose de voir de quelles manières la Bible nous parle de l'argent. Et bien sûr de réagir.

L’argent comme bénédiction

Isaac sema dans ce pays, et il récolta au centuple cette année–là : le SEIGNEUR le bénit. Il devint un homme riche, il alla s’enrichissant de plus en plus : il finit par être vraiment très riche. Il avait des troupeaux de petit bétail, des troupeaux de gros bétail et un grand nombre de serviteurs. Genèse XXVI, 12 à 14

Dans la Bible la richesse apparaît d’abord comme un don de Dieu, c’est Dieu qui donne à l’homme les bien dont il jouit. C’est d’ailleurs aussi cette conviction qu’illustre l’offrande des prémices de la récolte ordonnée par le Lévitique (XXIII, 10ss) la dîme.

Pensez-vous que nos richesses viennent de Dieu ?
Quels sont selon vous les conséquences positives de cette vision des choses ?
Quels en sont les risques

Malheur aux riches

Pourtant, si la richesse est lue dans la Bible comme une bénédiction, les textes bibliques ne sont pas tendres avec les riches (que ce soit dans l’Ancien ou le Nouveau Testament.

Écoutez, vous qui harcelez le pauvre et qui supprimez les déshérités du pays ! Vous dites : Quand la nouvelle lune sera–t–elle passée, que nous vendions le grain ? Quand le sabbat finira–t–il, que nous ouvrions les sacs de blé ? Nous diminuerons l’épha, nous augmenterons le prix, nous fausserons les balances pour tromper ; nous achèterons les petites gens pour de l’argent, le pauvre pour une paire de sandales, et nous vendrons même le déchet du blé. Le SEIGNEUR l’a juré par l’orgueil de Jacob : je n’oublierai jamais aucune de leurs œuvres. La terre ne tremblera–t–elle pas à cause de cela ? Tous ses habitants ne prendront–ils pas le deuil ? Elle montera tout entière comme le Nil, elle se soulèvera et s’affaissera comme le Nil d’Egypte. En ce jour–là––déclaration du Seigneur DIEU –– je ferai coucher le soleil à midi et j’obscurcirai la terre en plein jour. Je changerai vos fêtes en deuil et tous vos chants en complainte ; je couvrirai tous les reins de sacs et je tondrai toutes les têtes ; je mettrai le pays dans le deuil comme pour un fils unique, et son avenir ne sera plus qu’un jour d’amertume. (Amos VIII, 4 à 7)

 Cette dénonciation est aussi violente, parce que si la Ancien Testament voit la richesse comme une bénédiction, il n’affirme jamais que le pauvre est celui qui est maudit par Dieu. Au contraire, le pauvre est celui dont on doit s’occuper.

Le jeûne que je préconise, n’est–ce pas plutôt ceci : détacher les chaînes de la méchanceté, dénouer les liens du joug, renvoyer libres ceux qu’on écrase, et rompre tout joug ? Ne s’agit–il pas de partager ton pain avec celui qui a faim et de ramener à la maison les pauvres sans abri ? De couvrir celui que tu vois nu, et de ne pas t’esquiver devant celui qui est ta propre chair ? (Esaïe LVIII, 6 à 7)


Et cette préoccupation constante du pauvre, rend fatalement le riche suspect, suspect de garder pour lui seul dons de Dieu, suspect de s’enrichir sur le dos d’autrui.

Pour vous le riche est-il forcément l’exploiteur du pauvre ?
Ou bien y a-t-il des richesses justement acquises, sans léser personnes ?

Le Mamon d’injustice

Personne ne peut servir deux maîtres ; en effet, ou bien on détestera l’un et on aimera l’autre, ou bien on s’attachera à l’un et on méprisera l’autre. Vous ne pouvez être servir Dieu et Mamon.

 
Voilà que l’évangile ouvre une nouvelle vision de l’argent. L’argent est maintenant personnifié et dénoncé comme concurrent direct de Dieu.

Il leur dit une parabole : La terre d’un homme riche avait beaucoup rapporté. Il raisonnait, se disant : Que vais–je faire ? car je n’ai pas assez de place pour recueillir mes récoltes.  Voici, dit–il, ce que je vais faire : je vais démolir mes granges, j’en construirai de plus grandes, j’y recueillerai tout mon blé et mes biens, et alors je pourrai me dire : « Tu as beaucoup de biens en réserve, pour de nombreuses années ; repose–toi, mange, bois et fais la fête. » Mais Dieu lui dit : Homme déraisonnable, cette nuit même ta vie te sera redemandée ! Et ce que tu as préparé, à qui cela ira–t–il ?
(Luc XII, 16 à 20)

La dénonciation des riches par Jésus vous paraît-elle semblable à celle des prophète ou de l’épître  de Jacques ?
A votre avis quelles différentes formes l’adoration de l’argent prend-elle ?

Ce canevas doit beaucoup à l'excellent article de Daniel Marguerat : "Dieu et l'argent font-ils bon ménage ?" Le monde de la Bible, juillet août 2006

Le pape et l'unité

27 Septembre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Disputatio

Dans un article tout à fait intéressant, Totus Tuus est une bonne source pour bien comprendre une certaine approche catholique, Matthieu réagit à mon article sur Benoît XVI. Voici  la réponse que j'ai laissée sur son blog, légèrement corrigée.

Cher Matthieu, mon but n'était pas de blesser une sensibilité catholique (d'autre catholiques romains que je connais sont assez d'accord pour dire que dans cet épisode, l'attitude de Benoît XVI est criticable). Cependant, je suis tout à fait ravi de ce droit de réponse qui ouvre un dialogue respectueux et sans double langage (une disputatio ?)
1) J'ai lu entièrement le discours de Ratisbone, et je maintiens que pour appuyer son raisonnement (sur bien des points duquel je suis d'ailleurs en profond désaccord), Benoît XVI pouvait trouver de nombreuses citations de théologiens plus connus et vide de toute allusion à l'Islam, de plus Benoît XVI ne s'est pas désolidarisé de sa citation. Donc je ne pense pas que celle-ci aie été prise tout à fait par hasard ou maladresse, il me parait donc tout à fait justifié de le tenir pour responsable de cette citation.
2) Sur Jésus comme cause de division. Plusieurs choses. Tout d'abord Benoît XVI n'est pas le Christ, il me semble, il ne peut donc pas prétendre au tire de "Vérité". Deuxièmement, Jésus, qui était juif vient proposer une radicale contestation du monde juif. Il n'a jamais attaqué aussi violemment les païens, et à même brisé les barières qu'avait établies ses corréligionnaires. De la même façon Timothée est envoyé vers les jeunes communautés chrétiennes. Nous sommes donc dans un contexte de critique interne (une histoire d'enlever la poutre dans notre oeil plutôt que de s'occuper de la paille de l'oeil du voisin).  Bref, nous ne sommes pas vraiment là dans le même contexte. Et si vous relisez mon article entièrement, je m'appuie sur la prise de position de certains défenseurs "non catholiques" de Benoît XVI qui s'appuient sur ces propos pour fustiger l'Islam en entier, bref le Malheureux êtes-vous lorsque tous les hommes disent du bien de vous, car c'est ainsi que leurs pères agissaient à l'égard des faux prophètes  (Luc 6. 26), me paraît pouvoir s'appliquer là aussi... Ce serait donc se lancer dans une querelle stérile que de s'envoyer ainsi des versets sortis de tout contexte à la figure...
3) Sur l'unité. Effectivement elle m'est chère mais elle ne veut absolument pas dire uniformité. Je crois profondément que l'Eglise de Jésus Christ est Une, de même que le corps est un mais il y a plusieur membres et quand l'oeil dit à la main, "tu ne fais pas partie du corps..." je crois que nous sommes, là aussi, dans un cas de trahison de l'Evangile (rappelez vous Dominus Iesus)... Donc pour moi l'Eglise est une (par sa source d'inspiration et son affirmation que Jésus le Christ est Seigneur et Sauveur) et diverse (par ses modes d'expressions), exactement comme l'était l'Eglise primitive dont les communautés étaient peut-être encore plus diverses que nos Eglises le sont aujourd'hui. L'Eglise catholique romaine  fait assurément partie de cette Eglise invisible (et je suis en désaccord sur ce point avec les églises protestantes qui affirment l'inverses) mais celle-ci  ne se limite certainement pas à l'Eglise catholique romaine. C'est mon opinion dites-vous ? Certainement, mais encore une fois, je la crois fondée bibliquement. Et parce que, avec ses confessions différentes, l'Eglise est une, la clause de critique interne me paraît être respectée. Exactement comme Paul encourage Timothée à le faire et comme il le faisait lui-même, il est important ques ces communautés puissent, dans le respect mutuel s'interpeler les unes les autres. Quand j'écris "le pape trahit l'Evangile", je n'en fais pas une attitude générale, je dis simplement que dans ce cas précis, il y a trahison. Je n'affirme pas du tout que le pape est l'Antéchrist, (l'Eglise Réformée n'en est plus vraiment là) et si je pensais que c'était le cas, je ne parlerais pas de trahison. D'ailleurs je peux également me montrer violemment critique vis à vis de ma propre Eglise Réformée (même si (ou plutôt parce que) c'est l'Eglise dans laquelle ma foi s'exprime le mieux, il est donc normal que les points de désaccords soient moins nombreux).
4) Pour le sola scriptura, c'est avec plaisir que j'essayerai de préciser comment je comprends cette notion (d'habitude les théologiens catholiques nous opposent cette question quand nous parlons de la Tradition, pas du pape)...

Pourquoi fait-il toutes ces choses ?

26 Septembre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Une petite réflexion qui m'est venue en réécoutant L'homme de la Mancha, de Brel. on pourrait tout à fait mettre les paroles de la chanson de Dulcinea : "Pourquoi fait-il toute ces choses" dans la bouche de Zachée de Marie de Magdala, de la femme adultère, de la samaritaine ou de Paul, dans la bouche de n'importe qui faisant l'expérience de la grâce de Jésus Christ.

Pourquoi fait-il toutes ces choses
Pourquoi fait-il cela
Pourquoi, pourquoi voit-il pousser la rose
Là où la rose ne poussera pas?
Pourquoi veut-il toujours brûler sa vie
Pourquoi suis-je toute attendrie
Et qu'attend-il de moi?

Pourquoi dit-il qu'il est l'histoire
Pourquoi dit-il cela
Pourquoi "missive" pourquoi "Dulcinéa"
Et pourquoi veut-il que j'aie de la gloire?
Rien ne ressemble à tout ce qu'il espère
Pourquoi ne suis-je pas en colère
Et qu'attend-il de moi?

Oh je sais, je sais bien
Quoi qu'il fasse, le monde s'en moquera
Mais je sais, je sais bien, sans savoir
Que moi je ne m'en moquerai pas

Pourquoi rêver tout ce qu'il rêve
Que je ne comprends pas
Pourquoi ses yeux et pourquoi sa fièvre
Pourquoi veut-il que je sois une reine
Pourquoi donne-t-il quand les autres me prennent
Pourquoi m'a-t-il ouvert les bras
Et qu'attend-il de moi?

Inversement, la chanson de La quête pourrait-être celle de Jésus Christ, mais là il faut faire une petite inversion, ce n'est pas l'hidalgo qui tend ses mains vers le ciel pour "atteindre l'inaccessible étoile" mais Dieu qui se baisse pour atteindre l'inaccessible étoile qu'est le coeur de l'homme... Je vous assure quand on écoute cette chanson dans cette perspective, ça marche aussi...

Dangereuse miséricorde

24 Septembre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

De Salomon ni de Judas, je ne te dirai ce que j'ai fait, pour qu'on abuse pas de ma miséricorde

 Cette citation de Sainte Gertrude (moniale allemande et mystique  m'a rappelé la réaction d'un collègue alors que j'exprimais ma conviction d'un salut offert à tous sans condition aucune : "Mais c'est terriblement démobilisateur !"
J'avoue que cette réaction m'amuse. Bien sûr je ne prétends pas détenir la vérité sur ce point précis et je sais bien qu'on pourrait avancer de nombreux arguments bibliques et théologiques pour me contredire. Bref, le débat sur l'universalité du salut reste ouvert. Mais l'argument "pratique", le "mais si on annonce le salut de tous, les gens se conduiront n'importe comment !" est pour moi irrecevable. En effet,n'avoir que cet argument c'est s'avouer être prêt à déformer le message de Jésus Christ pour des raisons utilitaire.
Pour ma part, je sais bien que l'absolue miséricorde de Dieu est dangereuse et que le message de la grâce n'est pas vendeur face à des foules qui, de plus en plus cherchent des repères, des règles. Il n'y a qu'à voir le succès des religions légalistes (Islam, boudhisme (sans parler des confessions chrétiennes qui finissent par revenir à la loi à force de vouloir donner des repères)Pour ma part, je continue à croire que le message de Jésus Christ est celui du salut gratuit, de l'amour inconditionnel. Et je crois également que, si ce message n'est pas propre à attirer les foules, il peut, par la puissance de l'Esprit Saint, transformer une vie.
C'est pourquoi je n'ai pas peur d'affirmer que je crois que Dieu aime et sauve Judas et Salomon.

Benoît XVI accablé par ses défenseurs

23 Septembre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Disputatio

Ecoeurés (à juste titre) par les réactions violentes et criminelles qui ont traversé le monde musulman après les propos du pape, certains journalistes, blogueurs et philosophes, croyants ou athées apportent leur soutien au souverain pontife et dénoncent la violence intrinsèque de l'Islam, en mettant allègrement dans le même sac les protestations des modérés et les exactions des fanatiques ou des foules manipulées.
Or cette forme de soutien, bien plus encore que les réaction des musulmans, me conforte dans l'idée que le pape a eu tort de tenir ses propos. En effet, Benoît XVI n'est pas un homme politique ni une personnalité médiatique, il se prétend et est reconnu par beaucoup comme le représentant du christianisme. En tant que tel, il me paraîtrait logique, d'appliquer l'enseignement de Jésus Christ qui condamnait la violence, fût-elle verbale,  et interdisait de juger autrui. Difficile ? Impossible ? Déraisonnable ? Sans doute, c'est bien pourquoi il me semble très dangereux de se parer du titre de "vicaire du Christ". En effet, aucun chrétien ne peut se prétendre absolument fidèle à l'enseignement du Christ.
Mais Benoît XVI a pris ce titre, bien plus, il affirme que l'Eglise dont il est chef est la seule véritable Eglise, alors quand ses paroles entraînent la division, le jugement et la condamnation de l'autre, il trahit l'Evangile. Et ceux qui croient le soutenir en accusant les musulmans ne font que rendre sa trahison plus évidente, parce que le problème n'est pas dans la violence réelle ou non de l'Islam, il est dans ce que le pape représente et dans l'humilité du message évangélique...

 Qui s'élèvera sera abaissé
Matthieu  XXIII, 12

Prison Break

21 Septembre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Michael Scofield se fait emprisonner afin de pouvoir faire évader son frère injustement condamné à mort. Voici le thème de Prison Break, la série à la mode diffusée actullement sur M6. Loin de la claque télévisuelle qu'était Oz (autre série carcérale) les aventures de Michael Scofield sont plutôt agréables à suivre quoique truffées d'invraisemblances et de clichés. Mais vous vous en doutez, si vous êtes un lecteur régulier, le but de cet article n'est pas de faire une critique télévisuelle.

Nous avons donc un innocent qui par amour décide de se mettre au rang des coupables afin de libérer un condamné à mort. Tiens, c'est amusant, c'est à peu de chose près le rôle que tient Jésus Christ dans la théologie classique : un juste qui se met au rang des condamnés pour libérer ceux-ci (on peut bien sûr discuter sur les termes et les catégories). La grosse différence c'est que la théologie classique est bien plus subversive que la série télévisuelle : contrairement à Michael,le but de Jésus n'est pas de faire sortir un condamné mais bien tous les prisonniers. Et les prisonniers qu'il veut libérer ne sont pas les innocentes victimes d'un complot... Bien plus subversif, je vous dis...

Pape et Islam: trois théologiens protestants réagissent

20 Septembre 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

Un collègue m'envoie ces réactions de trois théologiens libéraux... Je laisse donc la parole à Raphaël Picon, Henri Persoz et André Gounelle.

La leçon du Pape est ratée
Le Pape voulait montrer qu' « agir de manière déraisonnable est contraire à la nature de Dieu et à la nature de l'âme», comme le sont notamment l'usage de la violence pour diffuser la foi et pour ainsi forcer la conversion.

Oui, en effet, le Pape a raison : la foi est un acte de liberté que nul ne pourrait et ne saurait contraindre. Plus encore, c'est bien par la foi que nous nous affirmons comme des être libres, cette foi étant toujours une foi malgré tout, en dépit des absences de preuves la rendant obligée. Pour convaincre, point n'est besoin, en effet, d'armes, de menaces et de bras.

Mais en matière d'usage de violence pour la bonne cause, le christianisme est bien loin d'être en reste… Pourquoi donc Benoît XVI s'est-il référé aux vieux propos d'un Empereur byzantin du 14ème siècle, sinon pour perpétuer une image négative de l'Islam qui en fait une religion de l'obscurantisme et du fanatisme ?

On peut dès lors se demander si la violence verbale dont fait preuve le Pape ne vient pas contredire ses propres appels aux relations désarmées devant autrui. C'était oublier que Benoît XVI est bel et bien toujours Ratzinger, c'est-à-dire un théologien savant, fin connaisseur des grands sujets doctrinaux de l'Eglise catholique romaine, provocateur et polémiste, et surtout, grand pourfendeur de son ennemi de toujours : le pluralisme. C'est de trop apprécier et d'encourager ce pluralisme (dont Evangile et liberté est un défenseur, justement !) qui explique, selon lui, l'affaiblissement de la foi chrétienne et tout ce terrain laissé à l'Islam qui, lui, ose condamner, dénoncer, récuser. L'équation est simple et bien connue.

On pourra toujours regretter la logique victimaire du bouc-émissaire à travers l'immédiate et facile instrumentalisation par les pays musulmans de tout ce qui tendrait à montrer la méchanceté de l'Occident à l'égard de l'Islam. Certains vont même se réjouir qu'un Pape ose dire ce que peut-être beaucoup pensent tout bas : l'Islam a certes ses lumières*, son usage éclairé de la raison critique, mais où brillent-elles aujourd'hui sur la scène du monde ?

Il n'en demeure pas moins que de tous les côtés la polémique laisse un goût amer. La réflexion du Pape sur la violence et la foi est juste et pertinente, mais elle vaut pour tout le monde. Car c'est bien le religieux lui-même qui doit continuellement être régulé, mis en critique, repensé, pour éviter qu'il sombre dans le dogmatisme et l'intransigeance. La leçon est juste, mais la référence au vieil empereur est de trop et lui fait rater ce qui aurait été sa plus belle cible : la religion dans sa folle prétention à régenter le monde entier.

16 septembre 2006

Raphaël Picon
(Professeur de théologie pratique à l'Institut Protestant de Théologie à Paris,
Rédacteur en chef d'Évangile & liberté)

* Merci à Malek Chebel, musulman, auteur de Pour un Islam des lumières et de deux textes parus dans Evangile et liberté de se faire inlassablement et publiquement dans les médias et dans ses livres le défenseur courageux d'un Islam de dialogue et d'ouverture.

"Un islam libéral, nourri de sa tradition philosophique", N°191 
"Carte Blanche", N°176

Une erreur historique
Le Pape a eu bien tort de s'appuyer sur l'histoire pour défendre l'importance de la raison et pour condamner la violence. Il a oublié les trop nombreuses violences qu'ont exercées les chrétiens pour défendre leur foi et notamment l'intégrité de la doctrine romaine. Il a oublié, surtout, que, bien avant les chrétiens, une partie des musulmans (par exemple les Mutazilites au 9 ème siècle) utilisait la raison pour interpréter les livres sacrés. Il a oublié aussi que c'est grâce aux musulmans andalous que les chrétiens ont redécouvert au Moyen-Âge la raison aristotélicienne et qu'à leur suite, Albert le Grand et bien d'autres se sont battus toute leur vie pour rendre la raison intelligible aux théologiens latins. Aujourd'hui encore, selon la pensée officielle romaine, la raison doit rester soumise à la révélation, ce qui la limite considérablement.

Le Pape, lorsqu'il parle de « la » doctrine musulmane, veut nous faire croire qu'elle est unique, comme il voudrait que la doctrine chrétienne soit unique. Mais nous savons que c'est dans la diversité des doctrines que se manifeste la richesse des religions. Amalgamant toutes les conceptions musulmanes sur Dieu en une seule, le Pape ne peut que s'attirer de vives ripostes. Il n'est pas étonnant que, dans le climat actuel d'exaspération, certains en profitent.

Henri Persoz (16-09-06)

Henri Persoz est ingénieur et théologien, fin connaisseur de l'islam, il a en particulier écrit pour Évangile & liberté :

"La révélation dans l’islam moderniste", N°198
"L'Islam libéral a toujours existé", N°182
  

Benoit XVI et l'islam
Les faits
1. Comme il faut toujours juger sur pièces, j'ai lu sur le site internet du Vatican le texte intégral de la conférence prononcée par Benoit XVI à l'Université de Ratisbonne le 12 septembre 2006. Il s'y exprime plus comme le professeur qu'il a été qu'il ne délivre un message papal. Entre parenthèses, cette leçon adresse des critiques assez vives et très discutables à la Réforme et au protestantisme libéral dont nous aurions, nous aussi, quelques raisons de nous froisser.

2. Cette leçon part d'une citation d'un empereur byzantin de la fin du quatorzième siècle qui déclare que « ne pas agir raisonnablement est contraire à la nature divine ». C'est cette idée que commente et développe le pape.

Selon l'habitude universitaire, Benoit XVI replace cette citation dans son contexte, celui d'une controverse entre chrétiens et musulmans. Comme exemple de conduite déraisonnable, l'empereur byzantin mentionne le comportement des musulmans qui convertissent par force, ce qui est déraisonnable parce que contraire à la nature de Dieu et à celle de l'âme humaine. Entre parenthèses, les huguenots auraient bien aimé que le catholicisme français du dix-huitième siècle professe et applique ce principe.

3. Les musulmans ont très mal réagi à ce point de l'exposé du pape ; ils ont estimé que le pape affirmait qu'existait un lien intrinsèque entre l'islam et la violence et que l'islam est contraire à la raison (alors qu'il se veut en accord avec elle). Il est possible, voire probable que telle était bien la pensée de l'empereur byzantin cité par Benoit XVI. Mais le pape ne l'approuve ni ne le désavoue (même s'il relève « l'étonnante brusquerie » du propos). Comme il le rappelle en réponse aux protestations musulmanes, il se contente de citer, et de cette citation il ne retient ensuite qu'un seul élément, à savoir que ce qui va contre la raison va contre Dieu.

Réactions
1. Dans la littérature chrétienne, on trouve des centaines de textes d'auteurs théologiquement plus prestigieux qui affirment l'accord fondamental de la foi et de la raison sans aucune allusion à l'islam. Pourquoi Benoit XVI est-il allé chercher cette citation-là ?

2. Si ces propos ont fait tant de bruit, c'est en raison de la personnalisation abusive de l'autorité ecclésiale, spirituelle et théologique qu'implique le statut du pape dans l'Église catholique romaine. Beaucoup, parmi les non chrétiens comme parmi les chrétiens, prennent sa parole pour la parole même du christianisme et, du coup, elle prend une ampleur et un portée excessives. La citation que pouvait faire sans grand inconvénient le professeur Ratzinger dans un colloque universitaire, le pape doit se l'interdire à causes des répercussions démesurées qu'on donne à ses propos. Sa fonction lui confère de très grands pouvoirs et fait de lui un prisonnier au discours enchaîné. Il ne peut plus contribuer, comme tout le monde, à un débat universitaire où on s'enrichit et on se corrige mutuellement ; qu'il le veuille ou non, il est celui qui tranche. Une maladresse de sa part soulève une tempête. Avec cette affaire, on touche du doigt les conséquences perverses d'un système de gouvernement ou de leadership aussi absurde que celui de la papauté.

3. Les occidentaux ne mesurent pas toujours les blessures profondes et toujours à vif du monde musulman. Les musulmans ont le sentiment d'être traités avec un mépris et une arrogance insupportables par les chrétiens. Alors que fréquemment, nous les jugeons dangereux et conquérants, ils ont, quant à eux, l'impression d'être les victimes d'agressions continuelles qui portent atteinte à leurs droits et qui tendent à détruire leur personnalité.

De nombreuses raisons historiques expliquent ce sentiment ; on peut l'estimer fondé ou exagéré ou faux ; quoi qu'il en soit il existe et on doit en tenir compte dans le dialogue interreligieux. Il nous faut être extrêmement attentif à ne pas blesser les musulmans quand nous exprimons nos désaccords avec eux, et de le faire de manière aussi équitable et nuancée que nécessaire.

Mais à l'inverse, il importe que les musulmans comprennent que les critiques ne sont pas forcément insultantes et qu'ils s'efforcent d'y réagir autrement que par des invectives ou des manifestations de violence. On a le droit de formuler ses réserves, ses objections et on a le devoir d'écouter les réponses argumentées et les réfutations savantes ; les unes et les autres font avancer le débat et dissipent des incompréhensions. Le dialogue interreligieux interdit la polémique qui cherche à écraser et à humilier l'autre ; par contre, il exige qu'on ne taise pas les divergences, mais qu'on les précise, qu'on les approfondisse et qu'on y réfléchisse.

André Gounelle (16-09-06)

André Gounelle, professeur honoraire de la Faculté libre de théologie protestante, est l'auteur de nombreux livres de théologie, il est régulièrement collaborateur d'Évangile et liberté et membre de l'IARF (International Association for Religious Freedom).