Miettes de théologie

Le christianisme unitarien

29 Août 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Réponses

Suite à la discussion amorcée avec Micky sur l'Unitarisme-Universalisme, j'ai eu la bonne surprise de recevoir un e-mail de Jean Claude Barbier, chrétien unitarien rencontré lors des Journées Evangiles et Liberté de 2004. Avec son autorisation je le reproduis ici. Je reste pour ma part assez éloigné de cette vision des choses. Mais il est certain qu'elle a son intérêt et que le débat est loin d'être clos.

Cher Micky, Cher Eric. J’ai lu vos échanges avec beaucoup d’intérêt car je suis chrétien unitarien et donc bien au courant de l’histoire et de la spiritualité de l’unitarisme-universalisme (UUisme). Nos deux familles sont d’ailleurs distinctes mais complémentaires au sein d’un éventail allant des croyants aux non-croyants, et elles se retrouvent ensemble (en osmose, mais toujours sans confusion) au sein de l’International council of unitarians and universalists (ICUU). L’Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU), fondée en 1996 sous la houlette du professeur et protestant Théodore Monod, a été reconnue groupe émergent par l’ICUU au mois d’avril de cette année, avec d’autres associations de chrétiens unitariens au Burundi, Congo et Italie.

Au sein de l’Eglise réformée de France, la théologie chrétienne unitarienne est admise (Dieu Un et Jésus homme) comme l’une des possibles, même si les pasteurs qui adhèrent à elle sont très (très) peu nombreux – cette Eglise est en effet latitudinaire et admet plusieurs théologies, bien entendu voisines entre elles ; il en est de même en Belgique au sein de l’EPUB et à Genève.

La révérende américaine Lucienne Kirk, qui avait soutenu son mémoire sur James Adam (un théologien américain chrétien unitarien du début du siècle) à la Faculté libre de théologie protestante de Montpellier, reçut la consécration de ministre du culte au sein de l’Eglise unitarienne de Transylvanie (en décembre 1986) (à Cluj en Roumanie), puis exerça quelques années comme pasteur à l’ERF dans les Cévennes, avant de retourner aux Etats-Unis où elle milita au sein de l’Unitarian Universalist Christian Fellowship (UUCF).

L’UUisme est une approche tout à fait originale, à la fois intellectuelle, mais aussi intuitive, émotionnelle, spirituelle … et pratique, de la vie religieuse. Pratiquant en communautés en quelques sorte prophétiques, annonciatrices d’une harmonie mondiale souhaitable basée sur l’entente, le dialogue, la convivialité entre les individus, nos amis UUistes pratiquent ce qu’ils appellent l’inter-faith et qu’on pourrait traduire par le partage de la foi des uns et des autres. Plus qu’une rencontre entre corpus religieux divers, c’est au niveau des individus que l’UUisme situent cette osmose. Nous sommes donc loin du syncrétisme ainsi que le précisait Micky, ou d’un quelconque œcuménisme ou ouverture d’un champs religieux particulier. L’Uuisme n’est pas un christianisme qui se serait ouvert (même si historiquement il dérive de l’anti-trinitarisme des Réformes protestantes du XVIème siècle européen et du christianisme unitarien d’un Faust Socin et William Every Channing).

Ceci dit, c’est un mouvement post-chrétien qui accepte tout à fait en son sein les chrétiens (la fête de Noël est notamment l’occasion de parler de Jésus et de la Bible, mais sans que cela soit une obligation). L’UUisme n’est exclusif d’aucune religion, christianisme ou autre. Je dirais que c’est une autre façon de vivre la religion, la relation à Dieu (pour les uns) ou au mystère de la Vie (pour les autres).

Dans la lignée du christianisme unitarien (Dieu ne s’est pas incarné en Jésus) et du théisme (Dieu se fait connaître par notre raison et non par des révélations particulières), les UUistes, à la suite du transcendantalisme d’un Ralph Waldo Emerson, s’ils croient à une dimension spirituelle de notre univers et de nos humbles personnes, n’en affirment pas cependant que Dieu est nécessairement et obligatoirement transcendant. Il peut être immanent dans sa Création ou présent d’une toute autre façon dont on n’a pas idée (sa façon à lui !). Comme dans le bouddhisme, la dimension spirituelle n’est pas forcément reliée à une entité surnaturelle. D’ailleurs, qu’est-ce qu’on appelle Dieu ? Les savoirs qui nous sont transmis sont des langages bien humains et sans doute bien insuffisants. Les certitudes en ce domaine ne peuvent qu’être subjectives.

Ne faisant guère de métaphysique, le moins possible, les questions d’un Dieu qui nous donnerait sa grâce pour que nous ayons la foi n’est pas une hypothèse centrale pour eux, mais je comprends tout à fait qu’elle le soit pour Eric. Les UUistes étant libéraux et admettant tous les itinéraires spirituels individuels, la proposition d’un Dieu " descendant vers l’homme " est tout à fait recevable au sein de leurs congrégations. En cela les UUistes ne sont pas anti-trinitaires comme le sont les chrétiens unitariens ! Bref, c’est un champ religieux tout à fait original à découvrir et à apprécier, même si on y adhère pas, ne serait-ce parce qu’on est occupé par ailleurs et que certains de ses aspects ne répondent pas tout à fait à nos propres besoins présents.

Pour nous qui peinons dans nos quêtes spirituelles, la proposition des protestants, à la suite d’un Martin Luther et d’un Jean Calvin, que nous rappelle Eric, est, elle aussi, particulièrement attrayante : " L'évangile de la grâce où l'homme reçoit tout sans rien avoir à faire " !

Paix, paix, paix

27 Août 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

Notre Dieu, les hommes disent "paix, paix, paix" mais ils le disent non parce qu'ils aiment leur ennemis, mais parce qu'ils accusent les autres d'être des fauteurs de guerre, ou parce qu'ils ont peur pour leur propre  tranquillité, leur propriété et leur sécurité.
Les hommes disent "paix, paix, paix" et pendant ce temps, silencieusement, leur coeur murmure : soupçon, mépris, tactique" ou encore "crainte, abandon, neutralité"
Les hommes parlent de paix, quand leur situation les avantage ou quand l'avenir les menaces. Ils se servent de la paix pour chercher la paille qui est dans l'oeil de leurs adversaires, et pour oublier la poutre qui est dans leur propre oeil. Les hommes tiennent le langage de la colombe mais ils ne desserrent pas leurs pattes de vautour.
Oh Dieu, qu'il est difficile de parler de la paix, même dans ce monde terrible où la course aux armement va plus vite encore que la course à la famine, où la vente d'armes est devenue une part substantielle de notre balance commerciale et, où, nous le savons tous, l'humanité dispose maintenant de moyen prodigieux pour s'anéantir elle-même.
Notre Dieu quand nous parlons de paix, préserve-nous des indignations faciles et vertueuses, unilatérales et inefficaces. Apprends-nous que la paix commence avec ceux qui sont nos adversaires et non pas ceux qui sont nos partisans. La paix commence quand je cherche à écouter et à négocier mais non pas quand je continue à accuser et à découper le mondes en camps irréconciliables. La paix commence quand je cherche la désescalade et non pas que loge ici le bien et là le mal. La paix commence quand je suis prêt à en payer moi-même le coût et non pas quand j'ai trouvé d'autres boucs émissaires que je charge du mal et du malheur de l'humanité.
Ô Dieu en ce temps où s'accumule la honte des armements, de leurs dépenses stérilisantes et menaçantes, fais de nous des artisans de paix. Plonge-nous dans les analyses politiques et économiques. Nous te prions pour les gouvernements et les opinions publiques, pour les journalistes et pour les informateurs, pour les partis et pour les syndicats, pour les multiples associations qui ont pris à coeur d'éviter la guerre et de fabriquer la paix. Mène-nous tous vers la désescalade des peurs et des menaces, des armements et des budgets militaires. Pacifie entre nous les rapports internationaux.
Car tu es venu porter ta guerre de justice, de vérité et de liberté contre nos guerres de privilèges, de propagande et de domination.
Au nom de Jésus Christ qui est mort dans notre guerre contre toi, pour nous ouvrir à ta paix envers nous. Amen

André Dumas : Cent prières possibles

Jésus sans la croix ?

26 Août 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

J’ai écrit récemment tout le bien que je pensais de Penser la foi, tout en précisant que c’était aussi « un livre avec lequel on est content de tomber en désaccord »

Voilà typiquement le genre de passage avec lesquels je suis en désaccord complet.

 

Quelques libéraux pensent que la crucifixion de Jésus s’explique par des circonstances purement accidentelles. Si les autorités juives et romaines n’avaient pas exécuté Jésus, il serait quand même le sauveur, le fils de Dieu. Certes, plusieurs passages du Nouveau Testament parlent de la mort de Jésus comme d’un « sacrifice de bonne odeur » offert à Dieu (expression horrible) ; ils la présentent comme le prix à payer afin de nous racheter et de nous libérer. En fait, ces textes utilisent des images qu’explique et éclaire le contexte du 1er siècle. Il s’agit de paraboles qu’on a tort de prendre au pied de la lettre. Celle du prix payé convient bien dans un monde où le marché des esclaves était une réalité quotidienne et banale, où l’on faisait commerce avec des vies humaines et où la liberté s’achetait. Celle de la victime tuée sur un autel avait une pertinence à une époque où, partout et tout le temps, on sacrifiait à des divinités pour obtenir leur indulgence et leur faveur. Les auteurs humains du Nouveau Testament ont utilisé les figures et illustrations qui correspondaient aux coutumes et à la culture de leur temps. Par contre, elle conviennent mal aux nôtres et nous cachent l’essentiel, à savoir que Jésus agit et nous sauve essentiellement par sa parole.

Dans cette perspective, l’américain John Cobb a écrit sur Jésus un beau livre où il étudie longuement son œuvre et sa prédication, mais où il ne consacre que quelques lignes à sa mort. Selon lui, même si Jésus n’avait pas été crucifié, il aurait cependant été le Christ, le messie, le sauveur par l’exemple qu’il donne et le message qu’il proclame : il n’en annoncerait pas moins la résurrection  et apporterait tout autant la vie éternelle.

Leur message, Jésus et ses disciples l’ont formulé dans le langage et les catégories de pensée qui sont celles de leur temps  et qui ne correspondent plus à notre époque. Il importe de l’adapter, de l’actualiser (…), formuler le message de Jésus dans un langage laïc et développer une morale et une spiritualité à la fois fidèle à l’évangile et ouverte sur le monde contemporain. (…) Écouter Jésus signifie le suivre, lui obéir.

Je m'offre donc un petit droit de réponse... 

Je n’ai pas lu le livre de Cobb (il manque d’ailleurs une bibliographie dans Penser la foi) mais l’affirmation Jésus agit et nous sauve essentiellement par sa parole me paraît gratuite et incompatible avec un point essentiel du protestantisme.

Gratuite parce que, même sans avoir une lecture fondamentaliste des Écritures, nous recevons tout de même celles-ci comme témoignages premiers de notre foi. Or, tous les écrits du Nouveau Testament placent la mort de Jésus sur la croix au centre de leur théologie me semble-t-il. Et, à ma connaissance, le seul texte qui permettrait de faire de la crucifixion, un accident et la parabole des vigneron assassins (Matthieu XXI, 33 à 40).

De plus, c’est évidemment discutable mais je ne suis pas certain qu’amputé de l’incarnation (Dieu se fait homme) et de la crucifixion,  la prédication de Jésus soit si nouvelle que cela. Aime ton prochain comme toi-même vient de l’Ancien Testament, la priorité de l’humain sur la loi également et « le Royaume est proche » n’est pas non plus d’une originalité folle. Bref, affirmer que l’essentiel c’est la prédication de Jésus me paraît nécessiter de mettre une bonne partie du Nouveau Testament de côté.

Incompatible avec un point important du protestantisme parce que si Jésus est sauveur par un message auquel il faut obéir et un exemple qu’il faut suivre alors autant dire tout de suite que nous ne sommes plus sauvés par la grâce mais bien par les œuvres… Et ça, c’est exactement ce que je pointe lorsque j’accuse certains libéraux de trop pencher ver l’humanisme…

 

Mais affirmer l’importance de la croix ne signifie pas pour moi renouer avec l’image d’un Dieu sanguinaire qui aurait besoin d’un sacrifice sanglant pour épargner l’humanité et accepterait le sacrifice de son propre fils. Pour moi, la croix est l’aboutissement « logique » de l’incarnation. L’homme se révèle incapable de franchir par lui-même le fossé qui le sépare de Dieu et du coup Dieu décide de rejoindre l’homme en franchissant lui même la distance. Il décide de se faire homme et d’aller jusqu’au bout de cette humanité. Et pour aller jusqu’au bout de cet abaissement, Il va mourir de la mort la plus infâme et la plus injuste, celle de l’innocent supplicié. Ce n’est donc pas au sens expiatoire qu’il faut entendre le sacrifice de Jésus mais au sens de don de soi. Et mon salut, notre salut réside dans cet événement : sans rien attendre en retour, Dieu s’est donné lui-même pour anéantir ce qui nous séparait. Parce qu’Il est mort, je sais que même ma mortalité ne me sépare plus de lui, parce qu’Il a crié « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as tu abandonné », je sais que même mon sentiment d’abandon le plus profond, même mon angoisse la plus douloureuse en me séparent pas de Lui.

Encore une fois, j’encourage la lecture du livre de Gounelle mais décidément, je ne suis pas près de faire l’impasse sur la croix…

La confiance

24 Août 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

Avant d'en faire une recension complète, un petit extrait du dernier Ellul que j'ai lu : La foi au prix du doute.

Et comment surmonter ce que tu as si bien décrit, la rupture et l'accusation, si tu ne commences par croire dans l'autre ? Croire, même s'il te ment, qu'il dit aussi la vérité. Croire que même s'il te hait il y a quand même en lui la racine d'un autre possible. A condition que ce soit toi qui commences par lui faire confiance. Croire que, même s'il te trompe, tu as à découvrir en lui l'étincelle de la vérité, que même s'il te raconte qu'il est un homme de bien quand tu sais le contraire, tu saches découvrir qu'il exprime un espoir. Et s'il te raconte qu'il est un homme sans pitié, tu saches découvrir la faille du rocher par laquelle toujours une goutte d'eau peut sourdre. Il ne s'agit pas devant cet autre d'être simplement stupide, un bêta crédule, non, non, vois-tu Monos, lucide, extrêmement lucide et sachant clairement ce que parler veut dire. Justement : "Ce que parler veut dire" c'est-à-dire beaucoup de filandres, de fadaise, d'entourloupes et de gloses et de gnoses, que tu sais déjouer, dont tu te réjouis peut-être dans ton ironie interne, mais qu'il s'agit de ne pas montrer, car la seule porte de sortie est justement qu'en pleine lucidité tu lui fasses confiance. Qu'autre peut surgir. Non pas croire en lui comme on croit en Dieu. Mais le croire lui parce qu'il n'est jamais ce qu'il dit ni ce qu'il se prétend, et par la seule relation à qui lui fait confiance, toujours plus ou moins modifié, creusé, même si derrière ton dos il cligne de l'oeil en déclarant : "Je l'ai bien possédé". Qu'importe (...) Seul un humble croire dans un nouveau possible de celui qui m'a trompé rend en même temps ma vie délivrée, délibérée, sa vie toujours à une croisée des chemins, sans cesse ouverte pour qu'il se choisisse autre qu'il n'était...

Une jolie preuve supplémentaire que la foi chrétienne est une foi de faibles. Et décidément, cela me convient très bien...

En marche

23 Août 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

Il y a trois moments au cours d'une randonnée en montagne : au départ, bien souvent, le sommet est invisible. Pourtant, nous sommes plein d'allant et d'énergie et la course nous paraît brève. Puis, à mi chemin, le sommet nous apparaît, mais la fatigue se fait sentir et il nous paraît si loin encore, semblant ne jamais s'approcher. Enfin, le sommet a disparu, la dernière fois que nous l'avions vu, il semblait encore inaccessible et nous en avons plein les jambes. A ce moment, nous nous demandons si nous arriverons au bout et c'est alors que le sommet réapparaît, cette fois tout proche.

La vie de notre paroisse comme notre chemin de foi personnel ressemblent parfois à une randonnée alpine. Nous y traversons des moments d'enthousiasme, de découragement et d'accomplissement.

Il y a pourtant une différence de taille. Nous n'avons de sommets à atteindre ni dans notre foi personnelle, ni dans la vie de notre paroisse. Seulement le plaisir de la marche. Une randonnée qui nous permet d’aller plus loin que nos soucis. Un cheminement qui montre que nous sommes vivants. Une marche joyeuse parce que notre Dieu ne nous donne pas rendez-vous sur d'inaccessibles pics mais reste à nos côtés à chacun de nos pas.

 

 

Torsion de textes sacrés ?

21 Août 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Réponses

L'article "Ce sale macho de Paul" m'a valu deux commentaires qui m'ont paru necessiter une réponse : une critique d'Anna sur l'aspect sacré des textes et une interrogation de Kiyomi sur notre tendance à tordre lesdits textes pour les faire correspondre à notre perception.

Premièrement la Bible n'est pas un livre sacré, en tout cas pas au sens où on l'entend habituellement. Si je crois que c'est à travers la Bible que je reçoit l'Évangile (c'est à dire la bonne nouvelle), cela ne signifie pas que tout dans la Bible soit pour moi vérité. Par exemple si Paul considère que le voile est la marque de la femme respectable, rien ne m'oblige à être d'accord. En revanche, connaître ce point de vue me permet de mieux comprendre le texte de Paul.

Cette étude objective du texte, qui consiste à replacer le texte dans son contexte historique et culturel, à en étudier la structure et les mouvements, etc. c'est l'exegèse. Dans un deuxième mouvement, l'herméneutique consiste à trouver dans le texte biblique un témoignage, un message qui s'adresse à notre aujourd'hui.

Alors, il est certain que dans notre prédication nous traduisons l'Évangile dans des termes et des préoccupations qui sont les nôtres. Et on pourrait, en effet, assimiler cette attitude à de la torsion de texte. Mais l'exegèse précède l'herméneutique et elle suppose de bons arguments. Ceux que déploie Rakotoharintsifa me paraissent convaincants, non pas pour faire de Paul un fervent féministe (ce qui serait, pour le coup, un détournement caractérisé) mais pour mieux comprendre le sens général de son propos.

Une sagesse au féminin

20 Août 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 20 août 2006

Proverbes IX, 1 à 6 

(cette prédication n'a pas été donnée à Evreux mais a été rédigée dans le cadre de l'aide à la prédication)

 
    Toute culture a, par définition, sa sagesse. Et bien sûr la cultures, les cultures hébraïques ne font pas exceptions. Le texte que nous avons entendu ce matin nous montre d’une part ce qu’est la sagesse et d’autre part comment la chercher.

  

 Qu'est ce que la sagesse ? Peu de mots sont aussi flous : les définitions sont nombreuses. En reprenant Descartes, le dictionnaire nous dit que c’est la « parfaite connaissance de toutes les choses que l’homme peut savoir. Mais il nous en donne aussi 5 autres définitions : comportement juste, discernement, modération, tranquillité qui, si elles sont liées entre elles n’en sont pas moins assez différentes. Lorsque nous demandons à nos enfants d’être sages, nous ne leur demandons pas de se conduire en philosophes grecs. D’ailleurs, à propos de philosophes grecs, voyons un peu ce que nous disent ces champions de la sagesse : Les stoïciens et les épicuriens parlent de la maîtrise des désirs et de la connaissance de ce qui est de notre ressort et ce qui ne l'est pas. Les sophistes évoquent la relativité de la vérité qui s'élabore dans le discours, dans le débat agonistique, dans le maniement de la rhétorique, de la logique et de la résolution des contradictions. Pour Aristote et Socrate, la sagesse est la recherche du Souverain Bien… Bien sûr on trouvera d’autres définitions de la sagesse dans bien d’autres cultures


  L'Ancien Testament propose une vision très concrète de la sagesse. Le sage c'est celui qui vit en conformité avec les projets de Dieu. La sagesse est aussi bien la bonne connaissance de la loi par le scribe que l’habileté de l’artisan, du marin ou du commerçant. La sagesse c’est de vivre en conformité avec le plan de Dieu qui ordonne le monde. C’est ce que nous montre le livre entier des proverbes. En le lisant on se sent souvent bien loin des grands penseurs de l’humanité ou, pour rester dans la Bible, de la profondeur du Qoeleth, dans le livre des Proverbes nous trouvons surtout des dictons, on a l’impression d’être plus dans le bon sens populaire que dans la philosophie. Eh bien c’est normal, puisque c’est précisément cela la sagesse de la Bible. Non pas des grandes théories mais une manière très concrète de participer à l’harmonie que Dieu donne au monde. Alors, bien sûr, un certain nombre de proverbes nous mettent mal à l’aise aujourd’hui : parce qu’ils sont tout emprunts d’une culture qui n’est pas la notre. Mais plutôt que nous attacher à chacun de ces proverbes, c’est à cette vision générale de la sagesse que nous devrions penser. La sagesse n’est pas l’affaire d’une élite intellectuelle ou religieuse mais simplement une façon de vivre dans le monde que Dieu façonne, un chemin de vie plus qu’une activité cérébrale.

 Et ce chemin de vie prend un visage assez remarquable : celui d'une maîtresse de maison. Alors, il faut bien préciser que ce n’est pas remarquable au sens d’exceptionnel, bien d’autres cultures représentent la sagesse comme une femme (l’Égypte avec Maat, la Grèce antique avec Athena en fournissent de bons exemples). Mais c’est remarquable, parce qu’on reproche souvent au Dieu biblique d’être un dieu exclusivement masculin (bien qu’il ne soit pas anthropomorphe, il est quand même « père ») et parce que peu de place est laissé à l’aspect féminin, à tel point que certains vont jusqu’à justifier le culte marial comme un rétablissement de l’équilibre. Mais c’est oublier que si Dieu présente des aspects masculins indéniables, il n’est pas un Dieu anthropomorphe et qu’ils présente également certaines caractéristiques typiquement féminines. C’est oublier également qu’en hébreux l’esprit et la sagesse sont deux noms féminins. D’ailleurs, dans ce texte, non seulement la sagesse est au féminin mais sa conduite est complètement celle d’une femme. Bien sûr il ne s’agit pas ici de dire que la seule place de la femme est celle de la maîtresse de maison mais contrairement à Athena par exemple qui n’a de féminin que l’aspect (c’est une vierge guerrière), la sagesse dans son rôle de matrone, correspond pleinement à l’image que la société hébraïque se fait de la femme. On peut, à raison, contester cette image mais il n’empêche que la sagesse est ici indéniablement féminine et vue comme telle.

 

Si les définitions de la sagesse sont nombreuses, il en va de même pour les chemins qui conduisent à cette  sagesse. Toutefois, il est possible de regrouper ce foisonnement en 2 grands types de chemin.

 
Le premier chemin c’est celui de la recherche intellectuelle, que ce soit à travers la connaissance ou à travers la rhétorique.  C’est d’ailleurs l’image qu’on se fait du philosophe, de l’ami de la sagesse : un penseur, un chercheur, quelqu’un qui se sert avant tout de sa tête. La recherche de la sagesse serait alors avant tout une activité cérébrale.

Mais un autre type de chemin de sagesse est également courant, celui de l’action. La quête de la sagesse est plus qu’une réflexion, c’est une façon de vivre. On pensera bien sûr à toutes les conceptions orientales (le bouddhisme notamment mais cette quête de la sagesse par l’action autant que par la pensée se trouve également chez les philosophes grecs. Renoncement à soi, obéissance aux lois de la cité, recherche du bonheur individuel autant de chemins qui passent non plus par la pensée mais par l’être tout entier pour accéder à la sagesse.

 
Étant donné la proximité entre la sagesse et la loi, on pourrait s'attendre à ce que l'Ancien Testament propose une recherche de la sagesse sous la forme d'un ascétisme. Et pourtant, le texte nous propose une troisième voie : ici la sagesse n’est plus recherchée, c’est elle qui recherche. Non seulement la sagesse est une femme mais ce n’est pas une femme inaccessible, cachée au sommet d’une quelconque tour, c’est une maîtresse de maison qui a pignon sur rue. La sagesse des proverbes n’est pas un Graal en quête duquel nous devons nous lancer. Que le chemin de la sagesse soit cogitation ou action, c’est l’homme qui reste au centre de l’effort, c’est à lui de faire le premier pas et de s’élancer vers la sagesse. Et du coup la sagesse reste réservée à ceux qui y parviendront. Mais ici, c’est la sagesse qui appelle et ce ne sont justement pas les sages et les justes qu’elle appelle mais les insensés, les gens sans intelligence. Jésus dira plus tard le médecin vient pour les malades, pas pour les bien-portants. C’est ici la particularité de la Bible : c’est Dieu qui s’approche, c’est Dieu qui fait le premier pas, c’est Dieu qui nous rejoint.

 

Frères et sœurs, la sagesse nous convie à un festin, c’est ainsi que Dieu nous appelle. Il ne nous ordonne pas l’ascèse et la privation mais il nous rejoint pour nous offrir le bonheur d’une vie en harmonie avec son projet pour le monde. C’est lui qui vient à nous alors, laissons-le nous rejoindre. Abandonnons notre orgueil et nos vaines recherches, la sagesse est là, tout près. Il nous suffit de nous laisser saisir et d’entrer dans une vie nouvelle.


Amen

 

Jésus Christ superstar

19 Août 2006 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Hey JC, JC, would you stare to me

Sana ho Sana hey Super Star

Après mon goût pour les jeux de société, les séries télévisées et les super héros américains, que pourrais-je encore avouer pour achever de perdre toute crédibilité ? Ah oui ! J'aime beaucoup les comédies musicales ! Je veux dire pas vraiment les grands spectacles qui ont été tellement à la mode ces dernières années mais plutôt les comédies musicales au cinéma, de "Chantons sous la pluie" à "West Side Story".

De la version cinéma de Jésus Christ superstar vue une fois à la télé un après-midi de vacances, je n'ai gardé que quelques images : une camionette dans un paysage ensablé, des soldats romains armés de mitraillettes et un Judas noir.

Et puis pendant mes années en théologie, j'ai acheté le CD et maintenant je suis l'heureux détenteur du DVD de la nouvelle version de cet opéra rock. (En revanche, je suis toujours preneur de la version cinéma de 19--) Et c'est toujours avec plaisir que je réécoute Jésus Christ Superstar. Pas tellement pour la comparaison entre la messianité et le vedétariat. Pas non plus pour l'esthétique parfois douteuse, l'aspect futuriste des grands prêtres et le cabaret d'Hérode sont sympa mais le côté ouvertement gay de certaines scène est franchement plus kitch que provocateur (ah, Pilate dans ses draps de satin !). Ce que j'apprécie c'est plutôt pour la relative fidélité aux récits de l'arrestation et de la passion de Jésus (sans faire l'impasse sur un des textes les plus durs :"Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous..."), les différentes attitudes de ceux qui entourent Jésus, avec une mention toute particulière pour Judas, véritable héros tragique et dont la trahison est ici interprétée de façon intéressante.

Et surtout certains morceaux qui sont des bases intéressantes de débats : le conseil de Caïphe, les foules harcelant Jésus et surtout l'accusation de Judas :

You started to believe

The things they say of you

You really do believe

This talk of God is true

And all the good you've done

Will soon get swept away

You started to matter more

Than the things you say

C'est une approche pas vraiment nouvelle et avec laquelle je ne suis pas vraiment d'accord. Mais bon, c'est une comédie musicale, pas un traité de théologie.

Ah oui ! J'aime bien la musique aussi...

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