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Barth et l'être de l'homme en jésus Christ (3) L'espérance

4 Mai 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théolivres

La conversion de l’homme à Dieu a encore une autre forme. Elle réside (3) dans l’acte par lequel l’homme se trouve qualifié et investi pour être le porteur de la promesse de Dieu. Il est permis à l’homme d’avoir part à la promesse de Dieu et de vivre à sa lumière : tel est son être dans l’espérance chrétienne (…)
Que signifie la promesse de Dieu ? Elle signifie que l’être de l’homme reçoit une direction, une destination et une perspective. Pris et compris en eux-mêmes, le verdict et les directives de Dieu ne l’impliquent pas encore, bien qu’ils constituent comme tels sa parole qui ne laisse rien à désirer. A la conversion de l’homme à Dieu appartient également le but de son être réconcilié et sanctifié, le but de la foi et de l’amour chrétiens. L’homme n’a pas le pouvoir de se donner lui-même ce but. Mais Dieu le lui donne par l’engagement qu’il prend à son égard – engagement qu’il a d’ailleurs déjà rempli en Jésus Christ  et qui pour cette raison, est vraiment sûr. Tel est le sens fort du mot « promesse ». Désormais, il est permis et prescrit à l’homme de vivre en sachant qu’il bénéficie de l’engagement de dieu à son égard, c'est-à-dire en ayant une direction et une destination, dans la perspective qui s’ouvre ainsi devant lui ; en d’autres termes, il vivra orienté sur ce qu’il sera en vertu de cet engagement. Dans l’événement qui marque l’accomplissement de l’alliance, il reçoit aussi cet engagement et il perçoit la consigne qui lui dit : « En avant ! »
Mais que veut dire cela ? Vers quel but l’homme doit-il s’avancer ? (…) Il est appelé à réaliser et à confirmer la communion établie entre Dieu et lui par l’accomplissement de  l’alliance. La promesse de dieu lui montre que cette communion, loin d’être une simple relation – à deux dimensions pour ainsi dire – possède une profondeur où elle doit lui devenir familière et bien connue ; elle lui apprend qu’il existe entre Dieu et lui quelque chose de commun dont il ne peut en aucune façon s’emparer, mais que Dieu lui-même s’engage à lui donner.
Il est essentiel que nous donnions son vrai nom à ce que Dieu indique et s’engage à donner à l’homme par sa promesse. Le Nouveau testament le désigne sobrement par l’expression « vie éternelle ». Par là, il nous dit, sans la moindre équivoque, qu’il s’agit d’une existence au sein d’une communion avec Dieu dont la profondeur doit encore nous être révélée. Dieu seul a « la vie éternelle ». Pour que l’homme la possède, il faut que Dieu veuille la « vivre » en communion avec lui. A ce moment-là, la vie éternelle ne peut être que quelque chose de nouveau que Dieu dit et promet à l’homme à chaque instant, dans le présent qui est le sien. Elle est alors réellement son avenir avec dieu – l’avenir vers lequel l’homme s’avance et qu’il attend, parce qu’il en a reçu la promesse. Mais qu’est ce que la vie éternelle si elle n’est l’avenir que Dieu promet à l’homme, si ce dernier ne cesse pas d’être  ce qu’il est : un homme, une créature – si même dans cette dimension de la communion avec Dieu, il n’est pas destiné à se dissoudre en Dieu, ni à se transformer en une toute autre créature ? En effet, s’il en était ainsi, cela signifierait que la vie éternelle n’est pas son avenir, que la promesse ne le concerne pas en tant qu’homme et qu’elle n’a rien à voir avec son présent.
Comment donc la vie éternelle peut-elle être promise à l’homme et être en même temps son avenir avec Dieu dans le présent qui est le sien ? Comme on le sait, on dit que la vie éternelle est le repos futur de l’homme en Dieu ou la joie parfaite qu’il aura un jour devant lui, ou encore la contemplation et l’adoration permanentes de Dieu qui caractériseront sa félicité à venir. Et, bien compris, tout cela doit être retenu. Mais lorsque l’on décrit ainsi le contenu de la promesse, qu’on veille à ne pas se faire des représentations païennes de Dieu et de la vie éternelle qu’il possède, ni de ce qu’il s’engage à donner à l’homme : comme si Dieu était au fond, une « entité » sans vie, inactive et privée d’histoire, comme si, prisonnier d’une neutralité inerte et intangible, il était l’être « suprême » auquel l’homme ne pourrait être lié que par le repos, dans une béatitude passive ou une contemplation faite d’adoration. Dieu, le Père, le Fils et le Saint Esprit qui, en Jésus Christ, est à l’œuvre  et se révèle ne nous comme le Dieu vivant n’est nullement cet être  prétendu « suprême ». Et, à eux seuls, les termes de repos, de béatitude et de contemplation ne suffiraient pas à décrire correctement ce qu’il faut entendre par un être existant dans la profondeur de la communion avec lui. Selon le témoignage scripturaire, Dieu, est –conformément à son essence trinitaire et comme l’indique la notion biblique d’éternité – déjà « historique » en soi-même ; à combien plus forte raison l’est-il dans sa relation avec la réalité différente de lui ! Il est le Dieu qui décide, agit, gouverne, crée de la prospérité, secourt, donne la paix, juge, procure la joie – le Seigneur vivant et agissant qui, par sa volonté et ses actes, règne sur son royaume : ce royaume qui n’est pas simplement le cosmos qu’il a créé, mais qu’il établit au cours d’un cheminement historique ayant un commencement, un centre et un but – et qui vient du ciel sur la terre. Voilà comment Dieu nous rencontre et se révèle à nous en jésus Christ ; et c’est encore comme le Seigneur vivant et agissant qu’il se comporte lorsqu’en jésus Christ il ramène son monde à lui, en se dressant contre son péché et sa misère dans l’œuvre de la réconciliation. Or si une promesse est faite à l’homme en ce qui concerne son propre avenir au sein de la profondeur de la communion divine, profondeur qui lui demeure encore cachée, il est évident que le contenu de cette promesse doit correspondre à l’essence même de ce Dieu. La communion parfaite avec Dieu envisagée comme l’avenir de l’homme, c'est-à-dire la vie éternelle, n’est donc rien d’autre que ce qu’il est donné à l’homme d’être avec Dieu, le Seigneur vivant et agissant. Et l’on ne voit guère comment on pourrait mieux en parler sommairement, sinon en disant qu’il s’agit d’un être semblable à  celui des anges, selon Luc XX, 36, et donc d’un être au service de Dieu. Luther a fait preuve d’une clairvoyance qu’on peut dire géniale – précisément parce qu’elle se dépasse elle-même de toute manière – lorsqu’en expliquant le second article du Credo dans le Petit catéchisme, il décrit en ces termes le but de la rédemption de l’homme accomplie en Jésus Christ : « afin que je lui appartienne et que je vive sous sa souveraineté, dans son Royaume, pour le servir éternellement dans la justice, l’innocence et la félicité, comme lui-même, étant ressuscité des morts vit et règne éternellement ». Vivre sous sa souveraineté, dans son Royaume, et pour le servir, voilà où il conviendrait de chercher le sens et la raison d’être de tout ce qui s’appelle repos et joie, contemplation et adoration de Dieu, au sein de la vie éternelle promise à l’homme. La vocation au service est en tout cas le télos de la justification et de la sanctification. L’avenir de l’homme dans l’alliance est de devenir l’allié de Die et de vivre en conséquence (à la place et dans la fonction qui lui reviennent en tant qu’homme). Il s’agit en fait de ce que le synergisme de tous les temps et de toutes les tendances a voulu attribuer à l’homme dans le cadre où l’on ne peut pas – pas encore ! – le faire ; où en le lui attribuant, on ne réussit qu’à tout embrouiller et à tout fausser : nous voulons dire, dans la situation qui est celle de l’homme placé sous le verdict et les directives de Dieu. Il est permis à l’homme de se soumettre au verdict de Dieu et, le connaissant, de croire ; il lui est donné d’obéir aux directives de Dieu et, les connaissant, d’aimer. Mais cela n’implique nullement l’existence d’une quelconque collaboration de l’homme avec Dieu ; au contraire par la foi et dans l’amour, l’homme ne fait que répondre ou correspondre à l’œuvre que Dieu seul accomplit pour lui et en lui, à la Parole qu’il lui adresse et qu’il prononce sur lui. Et comprenons le bien : même dans l’espérance, même en recevant et en portant la promesse de Dieu, il ne peut jamais faire autre chose. Mais nous parlons maintenant du contenu de la promesse : non pas, par conséquent de la situation de l’homme qui espère, mais de ce qu’il lui est permis d’espérer, lorsqu’il reçoit la promesse et qu’il la reconnaît comme telle. (…)
Cette vocations ‘est produite elle-même dans ce qui s’est passé pour l’homme et le monde en vertu de la réconciliation accomplie en jésus Christ. Comme elle est l’exécution du verdict et la révélation des directives de Dieu, la réconciliation est également la proclamation valable de sa promesse, de son engagement. Elle implique aussi la consigne divine : « En avant ! », sous laquelle l’homme se trouve placé par l’accomplissement de l’alliance, par sa conversion à Dieu. Comment l’homme –même croyant et aimant – parviendrait-il à se dire lui-même : « En avant ! », à s’assurer lui-même cette grandeur incompréhensible qui s’appelle la vie éternelle auprès de Dieu, à son service ? Il peut sans doute s’imaginer que le contenu de son espérance est quelque « immortalité » dans un au-delà auquel il prête tel ou tel caractère,  ou qui se présente déjà comme un faisceau de possibilités qu’il juge importantes. Qu’il se demande seulement s’il ne risque pas de s’abuser et d’être désabusé dans les deux cas ! Mais il n’est aucun homme qui puisse de lui-même imaginer son avenir avec Dieu – son service de Dieu (dans l’au-delà comme ici bas) en tant qu’il constitue son être futur. Personne (pas même un chrétien très pieux) ne saurait anticiper sur son avenir éternel ou simplement temporel, en s’attribuant le pouvoir d’accomplir dans le futur tel service que Dieu agrée, et qui soit, objectivement et subjectivement, un service réel et parfait : pas plus que personne ne saurait s’attribuer le pouvoir d’être justifié et sanctifié par dieu. Pour qu’un homme puisse vivrez sous la promesse divine, pour qu’il soit effectivement capable de jouir, déjà dans le présent de l’avenir que Dieu lui réserve et de l’attendre, il faut que cette promesse lui ait été donnée par Dieu –exactement comme le verdict et les directives de Dieu, ou comme la justification et la sanctification qu’il ne peut que recevoir. Plus on s’aperçoit que, dans le contenu de la promesse, il ne s’agit rien de moins que de la réalisation de ce que le synergisme a cru devoir fautivement attribuer à l’homme, et plus aussi il saute aux yeux que l’assurance de servir Dieu un jour ne peut qu’être donnée, et qu’en aucun cas elle ne saurait être un postulat présomptueux de l’homme. D’ailleurs un tel postulat est ici, comme dans l’événement de la réconciliation, parfaitement inutile. Car en Jésus Christ Dieu s’engage, et sa promesse – qui n’a rien à voir avec ce que nous pouvons nous promettre nous-mêmes – nous est déjà donnée, puisqu’elle a réellement été communiquée au monde. De sorte que (sans se faire des illusions sur lui-même) le monde ne peut plus être un monde sans espérance : comme il existe sous le verdict et sous les directives de Dieu, il se tient sous sa promesse, et il lui est permis d’être le monde sur lequel brille la lumière de son avenir avec Dieu. En sorte que si l’homme est l’être existant dans cette direction, avec cette destination et cette perspective – le chrétien, lui, est l’homme qui sait cela et peut donc espérer, pour son propre bien et celui de tous. Il espère à partir de Jésus Christ : parce que Jésus Christ est aussi le contenu de la promesse, de l’engagement de Dieu. (…)
C’est pourquoi, dans le présent de Jésus Christ, nous avons affaire à notre avenir avec Dieu – et seulement à cet avenir. Et c’est pourquoi enfin l’avenir qui nous est promis en lui ne fera pas de nous des maîtres mais uniquement des serviteurs du Dieu unique qui, seul est et demeure le Seigneur. Toutefois ce qu’il convient de souligner ici est l’élément non pas limitatif mais positif : le monde se trouve réconcilié en Jésus Christ en ce sens qu’en lui, Dieu en personne lui donne une promesse qui l’engage, en ce sens qu’en lui l’avenir qui sera celui du monde est déjà un présent. Cela signifie qu’ici et maintenant  déjà, le monde est touché et déterminé en Jésus Christ par ce que sera son être futur. Parce qu’en Jésus Christ, Dieu s’est solidarisé avec le monde, parce qu’en lui il a été présent et reste présent au monde, ce dernier possède, avec la promesse divine, la garantie de son être futur ; et, qu’il le reconnaisse ou non, il n’est pas un monde sans espérance : exactement pour la même raison, il ne peut plus être simplement un monde perdu, complètement impie et privé d’amour. En Jésus Christ, il est devenu le monde dans lequel la consigne divine : « En avant ! » a retenti une fois pour toutes et reste déterminante.

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marie 04/05/2008 15:17

J'irais plus loin. En Dieu Unique, il n'y a pas d'opposition entre règne et service, pouvoir et amour.Jn 14, 6-10 06  Jésus lui répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi.07  Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l'avez vu. »08  Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. »09  Jésus lui répond : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m'a vu a vu le Père.10  Comment peux-tu dire : 'Montre-nous le Père' ? Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ! Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; mais c'est le Père qui demeure en moi, et qui accomplit ses propres oeuvres. Jésus fait cette révélation à ses disciples après le lavement des pieds.Jn 13, 12-1612  Après leur avoir lavé les pieds, il reprit son vêtement et se remit à table. Il leur dit alors : « Comprenez-vous ce que je viens de faire ?13  Vous m'appelez 'Maître' et 'Seigneur', et vous avez raison, car vraiment je le suis.14  Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.15  C'est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j'ai fait pour vous.16  Amen, amen, je vous le dis : le serviteur n'est pas plus grand que son maître, le messager n'est pas plus grand que celui qui l'envoie. En tout cas, vos citations donnent envie de lire Karl Barth !! ;-)))Cordialementmarie