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Articles avec #royaume tag

Un peu de levain

24 Juillet 2017 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #levain, #Royaume, #parabole

Photo by Mike Kenneally on Unsplash

Pour Jésus, le levain est parabole du Royaume, mais le levain, qu'est ce que c'est, exactement ?

 

Prédication du dimanche 23 juillet 2017

Esaïe 44, 6-8

Romains 8, 26-37

Matthieu 13, 24-43

 

Ce matin, je voudrais que nous nous penchions un peu sur une  parabole d’un seul verset, une petite parabole culinaire perdue entre deux paraboles agricoles qui font un peu du man-spreading, qui s’étalent en prenant toute la place.

 

Le royaume des cieux est semblable à du levain qu’une femme a pris et mis dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que la pâte soit toute levée.

 

Si l’on utilise sur cette parabole les méthodes d’interprétation que Jésus nous fournit, alors la femme, c’est Dieu, la farine (ou plutôt la pâte), c’est le monde, le levain, c’est la Parole ou les fils du Royaume (selon qu’on regardera à la parabole du semeur ou à celle du bon grain et de l’ivraie). Donc première remarque, au milieu des images de père, de roi, de patron que Jésus utilise pour parler de Dieu, il faut ajouter l’image d’une ménagère.

 

Mais aussi importante soit cette remarque, ce n’est qu’une remarque, l’élément principal de la parabole, c’est le levain.

Sur le levain, je savais, grâce à la parabole qu’il en fallait peu, je connaissais bien sûr les pains sans levain de la Pâque et je me souvenais qu’il fallait se méfier du levain des pharisiens.

Alors j’ai complété mes connaissances bibliques avec un petit cours de boulange.

 

Le levain, à ne pas confondre avec la levure (j’y reviendrai), c’est une pâte à pain fermentée. Bref, ajouter du levain, c’est incorporer de la pâte à de la pâte. La parabole du levain complète les paraboles agricoles en nous enseignant que le règne de Dieu, c’est quand il n’est plus possible de distinguer le monde de ce que Dieu y a mis. Le règne de Dieu c’est quand notre monde, notre quotidien, notre vie est entièrement transformé, levé, soulevé par ce que Dieu y met.

 

De plus, non seulement il faut peu de levain mais le levain est « contagieux », pour reprendre les mots de mon professeur en boulangerie : « le levain est comme une véritable braise qui peut embraser des quantités infinies de pâte. Le levain étant composé d'eau et de farine, on le nourrit avec de l'eau et de la farine. »

Du coup, le levain se partage facilement, il me suffit d’en donner un peu et je peux refaire grossir le mien immédiatement et laisser l’autre nourrir la portion que je lui ai donnée.

Je n’ai donc pas à protéger jalousement mon levain contre les autres, qui voudraient me le prendre, je ne peux pas refuser d’en donner sous prétexte que je risque d’en manquer. Et je ne devrais même pas regarder de haut celles et ceux qui en sont dépourvu.

Ce ferment du Royaume que Dieu nous donne grandit en se partageant, il ne doit pas nous servir à juger ou à réduire les autres mais à les nourrir.

 

Un petit mystère quand même, nous avons remplacé le levain par la levure du bière alors même que le pain au levain est meilleur pour la santé, il évite par exemple les allergies au gluten, et selon pas mal d’avis, meilleur au goût.

Eh bien tout simplement, faire un levain mère est un procédé délicat, ça prend du temps.

On retrouve ici les pains sans levain de la Pâque, si pâque est célébrée avec des pains azymes, c’est pour rappeler l’urgence de la fuite, les pains sans levain sont des marqueurs de la hâte. Du coup, la parabole du levain est, à l’inverse, un enseignement de patience, de durée, d’attente. Le royaume des cieux est difficilement compatible avec notre logique de l’urgence, de la productivité immédiate.

 

Enfin, pour parler de la fermentation, mon professeur m’enseigne qu’il faut retenir deux mots : contamination et ensemencement. Je le cite, « la contamination c'est quand un agent pathogène, une bactérie vilaine vient envahir un milieu. Il en résulte pourriture et maladie. L'ensemencement c'est le même phénomène mais cette fois avec des bactéries (ou des levures) désirables et bénéfiques comme dans le levain naturel. »

Et je me rappelle que tout en prenant l’action du levain comme image du Royaume de Dieu, Jésus nous appelle à nous méfier du levain des pharisiens.

Il y a donc des levains qui ensemencent et des levains qui contaminent. Je pense que cela va de pair avec cette question du temps et de la patience. Aussi affamés soyons-nous du Royaume de Dieu, la parabole du levain nous exhorte à prendre le temps d’exercer ce discernement.

Et ce n’est pas simple, parce que les pharisiens citent la bible, leur levain est paré de la meilleure intention religieuse. Toute notre intelligence est donc sollicitée, mais pas seule, il ne s’agit pas seulement de discerner ce qui nous paraît juste ou ce qui nous convient. Nous avons la Bible, nous avons notre intelligence, et les textes que nous avons entendus ce matin, nous rappellent trois éléments au service de ce discernement.

Esaïe nous rappelle qu’il n’y a pas d’autre rocher sur lequel nous puissions fonder, assurer notre vie que Dieu. Nous le savons par cœur, mais je crois qu’il n’y a pas de rappel plus nécessaire que celui-ci.

Nous avons aussi l’enseignement que Jésus a opposé aux pharisiens, que Paul a repris : « La loi est faite pour l’homme et non l’homme pour la Loi », Dieu est pour l’humain. Tout discours - aussi biblique, religieux, traditionnel soit-il - qui ne reprend pas cette idée que, même dans sa colère, Dieu est toujours pour nous, qu’il veut la vie et non la mort, tout proclamation d’un Dieu qui détruit et fait mourir, n’est pas ferment du Royaume. Je sais bien qu’il y a des récits de colère dans la Bible mais même ceux-ci doivent être lus à la lumière de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ.

Enfin, rassurons-nous, quand notre intelligence ne suffit plus, quand le temps de l’attente est trop long, quand l’espérance vacille et fait place à la résignation, il y a l’Esprit qui même quand nous ne savons plus prier, gémit et intercède pour nous…

 

Frères et sœurs le levain a été incorporé à la pâte, il est là, il la fait vivre et respirer. Un pain nouveau nous est promis et offert, réjouissons-nous et surtout partageons-le.

 

Amen

 

 

 

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Le Royaume des cieux est dans un sale état

23 Février 2014 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #ivraie, #Royaume

Le Royaume des cieux est dans un sale état

Prédication du 23 février 2014

Matthieu 13, 24-32 et 36-43

Le Royaume des cieux est dans un sale état.

Nous aspirions au somptueux festin d'Abraham et c'est une malheureuse graine de moutarde qui nous est offerte. Nous attendions la Jérusalem céleste, cité merveilleuse d'or et de lumière, et c'est un champ plein de mauvaise herbe que Jésus nous présente. Oui, le Royaume des cieux est dans un sale état.

Parce que ce que nous découvrons à travers cette parabole, c’est que le royaume des cieux, ce n'est pas l'au-delà meilleur qui nous est promis après notre mort, le Royaume des cieux, ce n'est pas cette terre nouvelle d'après le retour glorieux du Christ, le Royaume des cieux, c'est ce champ dans lequel un ennemi a planté une mauvaise herbe. Et ce champ, nous dit Jésus en expliquant la parabole, c'est le monde. Le Royaume de Dieu, c'est notre monde avec toute sa violence, toute son injustice, toute sa misère et tout son manque d'amour. Vous voulez voir le Royaume de Dieu ? Ouvrez votre journal. Ouvrez votre fenêtre. Ouvrez vos yeux et regardez. Le Royaume de Dieu c'est notre monde, le Royaume de Dieu, c'est votre vie.

Comment ? Vous avez du mal à y croire ? Vous ne le reconnaissez pas ce Royaume ? Moi non plus, à vrai dire. Trop de crasse, trop de mauvaises herbes, trop d'ivraie, dans mon cœur et dans le monde, comment pourrais-je y reconnaître le Royaume de Dieu.

Et pourtant, quand j'ouvre ma Bible, il m'est dit que c'est bien là, dans ce champ qu’est le Royaume des cieux. Bien sûr, c'est du bon grain qui y a été semé et l'ivraie, toute cette saleté n'était pas au programme. Elle a été rajoutée par un ennemi, dans le mystère de la nuit. Mais cette ivraie qui nous empoisonne n'étouffera pas le bon grain. Elle n'empêchera pas la moisson.

Le champ sera libéré de l'ivraie, voilà la promesse qui nous est faite au moment même où nous découvrons que notre monde est le Royaume des cieux.

Pourtant, cette promesse me fait mal. Je me demande si je ne préfèrerai pas que le Royaume des cieux soit un autre monde, ce paradis perdu, cette cité céleste promise. Au moins, je saurai que Dieu ne règne pas sur ce monde où je vois tant de laideur et de souffrance. Mais si Dieu règne sur ce champ de mauvaises herbes qu’est notre monde, alors je sens monter ma colère. Comment Dieu peut-il supporter ce que nous, nous ne supportons pas ? Comment peut-il tolérer ce qui nous fait, de l’extérieur et de l’intérieur, tant de mal ?

C’est sur cette blessure, sur cette colère que la parabole attire notre attention. Nous avons entendu l’explication de la parabole par Jésus. Chaque élément trouve son explication : le semeur c’est le fils de l’homme, le champ c’est le monde, l’ennemi, c’est le diable, la moisson, c’est la fin du monde, les moissonneurs ce sont les anges, le bon grain, ce sont les fils du Royaume, et l’ivraie ce sont les fils du malin (sur ces deux derniers éléments, les fils du Royaume ou du malin, j’aurais tendance à dire : « ce » et non « ceux » ce qui vient du Royaume, ce qui vient du malin. Il est vrai que j’ai l’impression qu’en moi-même on trouve de l’ivraie et du bon grain, des choses du Royaume et des choses du malin.)

Mais il est un élément qui n’est pas expliqué, ce sont les serviteurs… Qui sont ces serviteurs ? La réponse est évidente, c’est nous.

Ces serviteurs qui ne semblent ne voir que l’ivraie, c’est nous, nous qui toujours nous focalisons sur la mauvaise herbe, sur ce qui ne va pas. Nous dont le regard est si souvent d’abord braqué sur le mal.

Qui sont ses serviteurs si désireux d’arracher l’ivraie ? C’est nous. Et je ne crois pas que ce soit seulement par impatience. En effet, les serviteurs ne demandent pas que la bonne semence pousse plus vite, ce qui les intéresse c’est de se munir de désherbant et de partir en guerre contre le mal, contre la mauvaise herbe. Et je crois que bien souvent, ce qui nous intéresse, ce n’est pas tant l’avènement du Royaume que de partir en croisade contre le mal que nous-même, nous identifions, que ce soit une croisade réelle contre les peuples ou les courants politiques qui constituent l’axe du mal, que ce soit une croisade sociale contre ce qui nous indigne, contre l’injustice ou le racisme, que ce soit une croisade intérieure, c’est bien le même esprit guerrier, le même idéal de paladin, de chevalier blanc qui nous anime.

Oh, bien sûr, qu’il y a des types de croisade que je préfère à d’autres, que je trouve plus conforme à l’Evangile, mais je crois qu’ici, Jésus nous oblige à nous interroger sur notre côté « va-t-en-guerre », sur notre esprit de dénonciation, sur la violence qui nous anime.

Bien sûr qu’à un moment, l’ivraie doit être arrachée mais le premier souci de Dieu, c’est de préserver la bonne semence. Bien sûr qu’à un moment le mal doit être combattu mais le premier souci de Dieu c’est que le bien croisse.
Et nous, quel est notre premier souci ? la préservation de ce qui est bon ou la destruction de ce qui est mauvais ? la vie du juste ou la mort du méchant ? Oserons-nous nous interroger sur ce qui, dans chacun de nos combats, est pour nous le but, le prétexte ou la nécessité ? La protection du petit est-elle notre but ou notre prétexte ? La destruction (réelle ou symbolique) du méchant est-elle une nécessité ou notre but ?

Frères et sœurs, notre monde et notre vie sont ce champ où Dieu a fait planter une bonne semence. Que la mauvaise herbe ne nous fasse jamais croire que ce champ est un champ de ruine. Que notre instinct guerrier n’en fasse jamais un champ de bataille. Le champ c’est le monde, le monde, c’est là que croît le Royaume des cieux.

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Un Avent en peinture (18) Roelandt Savery : Paysage avec la fuite en Egypte

18 Décembre 2013 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture, #calendrier de l'Avent, #fuite en Egypte, #secret, #Royaume

Un Avent en peinture (18) Roelandt Savery : Paysage avec la fuite en Egypte

Alors que le monde continue à tourner, que chacun vaque à son quotidien, une famille passe une frontière. Alors que le monde continue à tourner, que les oiseaux volent, le fils de Dieu échappe à la folie des hommes. Alors que le monde continue à tourner, dans le secret, Dieu prépare son Royaume

Roelandt Savery. Paysage avec la fuite en Egypte (Pays Bas XVII°)

Roelandt Savery. Paysage avec la fuite en Egypte (Pays Bas XVII°)

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