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Les mercredis de Calvin (31) La liberté du chrétien

5 Août 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

La liberté chrétienne, selon mon jugement, est située en trois parties.
La première, que les consciences des fidèles, quand il est question de chercher l’assurance de leur justification, s’élèvent et dressent par-dessus la Loi et oublient toute la justice de celle-ci. Car puisque la Loi ne laisse nul juste, ou il nous faut être exclus de l’espérance d’être justifiés, ou il nous faut en être délivrés – et délivrés de telle sorte que nous n’ayons égard à nos œuvres. Car quiconque penserait qu’il dût apporter quelque peu d’œuvres pour obtenir justice, il ne pourrait déterminer leur fin ni leur mesure, mais se constituerait débiteur de toute la Loi. Quand il est question de notre justification, il nous faut donc démettre de toute cogitation de la Loi et de nos œuvres, pour embrasser la seule miséricorde de Dieu et détourner notre regard de nous-même pour le fixer sur un seul, Jésus Christ. Car il n’est pas ici question de savoir si nous sommes justes, mais comment, étant injustes et indignes, nous pourrons être réputés pour justes.
(…)
L’autre partie de la liberté chrétienne, qui dépend de la précédente est celle-ci : c’est qu’elle fait que les consciences ne servent point à la Loi comme contraintes par la nécessité de la Loi, mais qu’étant délivrées du joug de la Loi, elles obéissent librement à la volonté de Dieu. Car d’autant qu’elles sont perpétuellement en crainte et en terreur, tant qu’elles sont sujettes à la Loi, jamais elles ne seront bien délibérées d’obéir volontairement et d’un franc cœur à la volonté de Dieu sinon que premièrement elles aient obtenu cette délivrance.
(…)
La troisième partie de la liberté chrétienne nous instruit de ne faire conscience devant Dieu des choses externes, qui par soi sont indifférentes, et nous enseigne que nous les pouvons ou faire, ou laisser indifféremment. Et la connaissance de cette liberté nous est aussi très nécessaire. Car si elle nous défaut, nos consciences jamais n’auront repos, et sans fin seront en superstition. Il paraît aujourd’hui à beaucoup de gens que nous sommes mal avisés d’émouvoir une discussion qu’il soit libre de manger de la viande, que l’observation des jours et l’usage des vêtements soit libre, et de tels fatras comme il leur semble. Mais il y a plus d’importance en ces choses qu’on ne l’estime communément. Car, dès qu’une fois les consciences se sont bridées et mises aux liens, elles entrent en un labyrinthe infini et en un profond abîme, dont il ne leur est pas après facile de sortir. Si quelqu’un a commencé à douter s’il lui est licite d’user de lin en draps, chemises, mouchoirs, serviettes, il ne sera pas non plus assuré s’il lui est licite d’user de chanvre ; à la fin il commencera à vaciller s’il peut même user d’étoupes. Car il réputera en soi-même s’il ne pourrait pas bien manger sans serviette, s’il ne pourrait point se passer de mouchoirs. Si quelqu’un vient à penser qu’un mets qui est un peu plus délicat que les autres, ne soit pas permis, à la fin il n’osera, en assurance de conscience devant Dieu manger ni pain ni mets vulgaires, d’autant qu’il lui viendra toujours en l’esprit s’il ne pourrait pas entretenir sa vie d’aliments plus vils. S’il fait scrupule de boire de bon vin, il n’osera après en paix de conscience en boire de poussé ou éventé, ni finalement de l’eau meilleure ou plus claire que les autres : bref, il sera mené jusque –là qu’il fera un grand péché de marcher sur un fétu de travers. Car il ne se commence pas ici un léger combat en la conscience : mais elle doute s’il plaît à Dieu que nous usions de ces choses, ou que nous n’en usions pas, à Dieu dont la volonté doit précéder tous nos conseils et tous nos faits. Dès cet instant, il est nécessaire que les uns  soient par désespoir jetés en un gouffre qui les abîme ; les autres, après avoir rejeté et chassé toute crainte de Dieu, visent par-dessus tous empêchements, puisqu’ils ne voient point la voie. Car tous ceux qui sont enveloppés en de tels doutes, quelque part qu’ils se tournent, ont toujours devant eux un scandale de conscience.
(…)
Nous voyons en sommes à quelle fin tend cette liberté : à ce que nous puissions sans scrupule de conscience ou trouble d’esprit appliquer les dons de Dieu à l’usage pour lequel ils nous ont été ordonnés, et que, par cette confiance, nos âmes puissent avoir paix et repos avec Dieu, et reconnaître ses largesses envers nous. Et en ceci sont comprises toutes les cérémonies dont l’observation est libre, pour que les consciences ne soient point astreintes à les observer par nécessité, mais qu’elles sachent que l’usage en est soumis à leur discernement, selon qu’il serait expédient pour édifier.
Institution Chrétienne Livre III §19. 2 à 8


Outre l'humour de la description de la maladie du scrupule,ce que j'aime dans cette description de la liberté chrétienne c'est qu'on y voit bien quelle est l'intention première de la doctrine de la prédestination : rendre au fidèle la tranquillité de l'âme en le délivrant de la question perpétuelle : "en fais-je assez pour être sauvé ?" A cette question Calvin répond "Non, mais quelqu'un d'autre l'a fait pour toi".

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