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Les mercredis de Calvin (11) La Loi comme maton

18 Mars 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

Les trois usages de la loi font partie des éléments connus de la théologie de Calvin. Voici ce qu'il en écrit dans l'Institution.

Le second office de la Loi est que ceux qui ne se souviennent de bien faire que par contrainte, en oyant les terribles menaces qui y sont contenues, pour le moins par crainte de punition soient retirés de leur méchanceté. Or, ils en sont retirés, non pas que leur cœur soit intérieurement ému ou touché, mais seulement ils sont étreints comme d’une bride, pour ne point exécuter leurs mauvaises cupidités, qu’autrement ils accompliraient en licence débordée. Par cela, ils ne sont en rien plus justes ni meilleurs devant Dieu. Car bien qu’ils soient retenus par crainte ou par honte, tellement qu’ils n’osent pas exécuter ce qu’ils ont conçus en leur cœur, et ne jettent au dehors la rage de leur intempérance, néanmoins ils n’ont point le cœur rangé à la crainte et obéissance de Dieu : mais plutôt, d’autant plus qu’ils se retiennent, ils sont d’autant plus enflammés et échauffés en leur concupiscence, étant prêts à commettre toute vilenie et turpitude, sinon que l’horreur de la Loi els restreigne. Et non seulement le cœur demeure toujours mauvais mais aussi ils haïssent mortellement la Loi de Dieu ; et d’autant que Dieu en est l’auteur, ils l’ont en exécration, tellement que, s’il leur était possible, ils l’aboliraient volontiers, vu qu’ils ne le peuvent endurer commandant ce qui est bon et saint et droit, et se vengeant des contempteurs de sa majesté.
Cette affection se montre plus ouvertement en certains, aux autres, elle est plus cachée, néanmoins elle est en tous ceux qui ne sont point régénérés : c’est qu’ils sont induits à se soumettre tant bien que mal à la Loi, non pas d’un franc vouloir, mais par contrainte et avec grande résistance, et n’y a autre chose qui les y astreigne, sinon qu’ils craignent la rigueur de Dieu.
Néanmoins cette justice contrainte et forcée est nécessaire à la communauté des hommes, à la tranquillité de laquelle notre Seigneur pourvoit, quand il empêche que toute choses ne soient renversées en confusion, ce qui serait, si tout était permis à chacun.
L’institution Chrétienne Livre II §7 10


Le second usage de la Loi tel que le présente Calvin est sans doute celui qui me convainc le moins. En effet, je ne suis pas certain qu’une société humaine ait besoin de la Loi donnée par Dieu pour vivre ensemble de manière acceptable et je suis encore moins certains qu’on puisse, en dehors du Règne de Dieu, fonder une société humaine sur la Loi de Dieu.
Néanmoins, cette petite explication de Calvin permet de revoir à quel point pour le réformateur genevois (en pleine fidélité à l’enseignement de Jésus Christ, cf. Le sermon sur la montagne : si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des Pharisiens, non, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux. « Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre ; celui qui commettra un meurtre en répondra au tribunal. Et moi, je vous le dis : quiconque se met en colère contre son frère en répondra au tribunal ; (Matthieu V, 20-21) une obéissance de forme n’est pas une véritable obéissance, au regard de Dieu, (même si elle est préférable sur un strict plan sociétal) et donc à quel point le péché ne se situe pas dans le faire mais bien plus profondément dans l’être.

L'enseignement du Notre Père (2) Ton nom : Règne, Puissance et Gloire

15 Mars 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 15 mars 2009
Dimanche caté
Exode III 1 à 14
Matthieu VI, 9 à 13

Aujourd’hui nous ne lirons pas l’évangile selon Marc, comme d’habitude au cours de ces cultes inter générations, mais nous allons rejoindre le cycle de prédications de carême sur la prière principale des chrétiens : Le Notre Père. Il y a quinze jours, nous avons vu que le Notre Père peut se lire comme le X d’une carte au trésor. Vous savez à quoi sert le X sur une carte au trésor ? Oui, il sert à marquer l’endroit du trésor. Eh bien le Notre père s’est pareil, il est composé comme le X d’une carte au trésor.  Pour les grands, le X d’une carte au trésor, c’est exactement ce qu’est un chiasme, le mot vient de la lettre xi, qui s’écrit comme un X.
Un chiasme donc c’est une forme littéraire qui consiste à distribuer les éléments d’un passage, de façon à ce qu’ils se correspondent deux par deux autour d’un centre ABCB’A’. Image du chandelier à 7 branches. Un exemple : Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger, ou, dans la Bible cette fois, Celui qui veut sauver sa vie la perdra mais qui perd sa vie à cause de moi la sauvera. Le chiasme peut prendre la forme d’une répétition de mots, il peut aussi prendre la forme d’une répétition d’idées, c’est le cas du Notre Père.
Ainsi, à la première demande du NP : Que ton nom soit sanctifié, nous pouvons faire correspondre la dernière car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire.

Que ton nom soit sanctifié. Sanctifier c'est-à-dire « mis à part », ou plutôt ici, « mis au dessus ». Mais qu’est ce que ça veut dire que mettre le nom de Dieu à part ?
A quoi ça sert un nom ? Eh bien un nom, ça sert à savoir de qui on parle. C’est toujours très compliqué de faire comprendre à quelqu’un de qui on parle quand on ne connaît pas son nom. Ca sert aussi, du reste, à appeler la personne, à montrer qu’on la connaît.
Et le nom de Dieu sert à tout cela mais il est à part, différents des autres noms, au-dessus des autres noms pour plusieurs raisons.
Tout d’abord, nous, notre nom nous a été donné par nos parents. Nous ne nous sommes pas nommés nous même. Alors que c’est Dieu qui se nomme lui-même. Personne d’autre que lui ne lui a donné son nom.
Ensuite, et c’est lié au premier point. Notre nom ne dit pas ce que nous sommes. Si je ne m’appelais pas Eric, peut-être deux ou trois choses auraient-elles changées parce que parfois un nom peut avoir un impact mais dans l’ensemble, il y a fort à parier que je serais le même. En revanche, Dieu quand il se nomme à Moïse, quand il lui dit son nom, lui dit un nom qui a un sens, qui dit qui il est. Quelle est la réponse de Dieu à Moïse quand celui-ci lui demande son nom ?
« Je suis » « YHVH »
Dieu est celui qui est, il est bien plus que nous sommes. C’est cela que signifie son nom. Et mettre à part ce nom c’est reconnaître que c’est à lui « qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire »

Qui est ce qui règne ? Les rois. Oui, celui qui règne, c’est celui qui dirige, qui décide. Eh bien sanctifier le nom de Dieu, c’est reconnaître que c’est celui qui dirige. Qui dirige quoi ? Tout. Nous. Le monde. Toutes ces réponses sont justes.
Mais qu’est ce qu’il faut pour qu’un roi règne ? Il faut que ses sujets lui obéissent. C’st à dire qu’il faut qu’ils reconnaissent son autorité ou bien qu’il ait une police assez forte pour les obliger à obéir. Eh bien, pour Dieu ce n’est pas la même chose. Parce que nous affirmons que non seulement le règne est à lui, mais également la puissance. C'est-à-dire que Dieu peut faire sa volonté, qu’il n’a pas besoin de nous, de notre permission, de notre bon vouloir pour régner. S’il en avait besoin, alors, à mon avis, il ne règnerait pas.
Vous voyez qu’il faut bien comprendre ces deux termes ensembles. Il n’est pas suffisant de dire que Dieu règne parce qu’on pourrait croire qu’il ne règne que parce que nous le voulons bien. Mais il n’est pas suffisant non plus de dire que Dieu a la puissance, parce qu’on pourrait croire qu’il l’a mais qu’il ne s’en sert pas, qu’il ne s’occupe pas de nous. Or nous affirmons qu’il a la puissance et qu’il s’en sert : qu’il règne.
Et parce que lui appartiennent le règne et la puissance, lui appartient aussi la gloire. La gloire. Ca c’est un mot compliqué parc qu’aujourd’hui gloire, ça veut surtout dire célébrité. Alors que dans la Bible c’est bien plus que ça. Pour parler de cette « gloire », les hébreux utilisent un mot que je trouve bien plus éloquent : ils parlent du poids. A toi la gloire, c'est-à-dire à toi le poids, à toi l’importance. A toi de vraiment peser, d’être vraiment concret. Tout le reste, pèse moins lourd, tout le reste passeras alors que toi, Dieu, tu resteras.

Mais ni le règne de Dieu, ni sa puissance, ni sa gloire ne sont évidents. Tous nous avons du mal à le comprendre, à le voir, à en avoir conscience. Et c’est bien pour ça que notre prière reste une demande : Que ton nom soit sanctifié.
C'est-à-dire que nous demandons à Dieu de faire savoir qu’il est celui qui est, que c’est à lui que sont le règne, la puissance et la gloire. En effet, lorsque le Nouveau testament utilise un passif, c’est très souvent pour dire une action de Dieu. « Que ton nom soit sanctifié, mis à part », ce n’est pas une formule d’envoi c’est une prière, une demande. Nous demandons à Dieu de nous faire reconnaître qui il est pour nous, comme nous lui demandons de le faire connaître aux autres.
Mais demander à Dieu de nous faire connaître que c’est lui qui règne sur nous, que lui seul à de l’importance, c’est déjà avoir compris quelque chose de Dieu. En effet, est-ce que j’ai envie qu’un roi vienne régner sur moi ? Est-ce que j’ai envie que le seul à avoir de l’importance sur ma vie, ce ne soit pas moi ? A priori, non. Le Dieu à qui sont le règne, la puissance et la gloire me fait un peu peur. Il m’écrase de sa majesté. Alors puis-je vraiment prier le Notre Père ?
Oui. Justement parce que c’est le Notre père et qu’avant même de demander à Dieu de régner sur moi et sur le monde, je me rappelle qu’avant tout, il est Notre père qui nous aime et nous fait vivre.

Aussi, frères et sœurs, puisqu’il est Notre Père, n’ayons pas peur de demander que son nom soit sanctifier, demandons-lui sans relâche de nous faire connaître, à nous et à tous, son règne, sa puissance et sa gloire.

Amen

Pensées en vrac au cours d'un cercle de silence

14 Mars 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Dis papa pourquoi ils sont en rond tous ceux là ? Il est indulgent avec notre triangloïde mal fichu ce petit garçon. Et je n’ai pas pu entendre ce que lui répondait son papa. Le silence c’est toujours un peu contagieux et les gens baissent intuitivement le ton quand ils passent à côté de nous. Nous étions un peu moins nombreux que les fois précédentes pour cette troisième édition du cercle de silence. Le froid était moins de la partie, peut-être certains se sont-ils dit que nous n’avions pas besoin d’eux. D’autres au contraire nous ont rejoint, plus de passants ce sont arrêtés un moment manifestant leur solidarité. Quelques pensées de ce cercle de silence C’est amusant, de ma place les drapeaux les plus proches sont Normand, Français Européen, j’imagine, masqué par le théâtre, un drapeau mondial qui achèverait l’élargissement progressif de nos frontières. Je suis dans un lieu familier, devant la médiathèque d’Evreux, entouré de visages connus et je suis là pour des visages inconnus, au-delà de mes frontières, je suis là parce que je pense que « là » c’est bien plus étendu que ce terre-plein, que cette ville d’Evreux, que ces visages amicaux… Je me suis moins couvert que les autres fois, j’ai un peu froid aux pieds et suis content de me dégourdir les jambes en distribuant quelques tracts. Je pense à ces frères et sœurs enfermés. Comme il est léger mon inconfort. Plus léger encore par ces visages que je reconnais dans notre cercle. A ma droite Denis prêtre de la pastorale des missions, à ma gauche Jacotte, responsable de la communication du diocèse, en face de moi Christian Nourrichard, évêque d’Evreux., des membres de la communauté réformée, notre présidente Françoise qui distribue des tracts et tous ces visages amis me font mesurer pourquoi Jésus envoie ses disciples, nous envoie deux à deux et non pas seuls. Je mesure aussi, comme toujours dans ces moments là, à quel point notre œcuménisme est là, dans un engagement commun, tourné vers l’autre bien plus profondément que dans ces dérisoires recherches d’accord théologique. Une heure à se taire, une heure à être ensemble, une heure à être au-delà de notre cercle… Une heure à vivre ensemble, tant que cela sera nécessaire. Rendez vous-même lieu, sans doute même heure le 18 avril.

Les mercredis de Calvin (10) La Loi comme révélateur

11 Mars 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

Les trois usages de la loi font partie des éléments connus de la théologie de Calvin. Voici ce qu'il en écrit dans l'Institutio
n.

Les trois usages de la Loi La Loi nous révèle à nous même pour que nous recourions à la grâce Mais afin que tout s’entende plus clairement, recueillons en un sommaire l’office et l’usage de la Loi qu’on appelle morale, duquel, selon que je puis juger, il y a trois partie. La première est qu’en démontrant la justice de Dieu, c'est-à-dire celle qui lui est agréable, elle admoneste chacun de son injustice, et l’en rende certain, jusqu’à l’en convaincre et condamner. Car il est besoin que l’homme, lequel est autrement aveuglé et enivré en l’amour de soi-même, soit contraint à connaître et confesser tant son imbécillité que son impureté : vu que si sa vanité n’est redarguée à l’œil, il est enflé d’une folle outrecuidance de ses forces, et ne peut être induit à reconnaître leur faiblesse et petitesse, quand il les mesure à sa fantaisie. Mais quand il les éprouve à exécuter la Loi de Dieu, par la difficulté qu’il y trouve, il a l’occasion d’abattre son orgueil. Car quelque grande opinion qu’il en ait conçu auparavant, il sent alors combien elles sont grevées d’un si pesant fardeau, jusqu’à chanceler, vaciller, déchoir et finalement tout à fait défaillir. Ainsi l’homme, étant instruit de la doctrine de la Loi est retiré de son outrecuidance, dont il est plein par sa nature.
Il a aussi besoin d’être purgé de l’autre vice d’arrogance, dont nous avons parlé. Car cependant qu’il s’arrête à son jugement, il forge, au lieu de vraie justice, une hypocrisie, en laquelle se complaisant il s’enorgueillit contre la grâce de Dieu, sous ombre de je ne sais quelles observations inventée de sa tête ; mais quand il est contraint d’examiner sa vie selon la balance de la loi de Dieu, laissant sa fantaisie qu’il avait conçue de cette fausse justice, il voit qu’il est éloigné à merveille de la vraie sainteté et, au contraire, qu’il est plein de vices, desquels il se pensait être pur auparavant. Car les concupiscences sont si cachées et entortillées, que facilement elles se trompent la vue de l’homme Ce n’est point sans cause que l’apôtre dit qu’il n’a pas su ce qu’était la concupiscence sinon que la Loi lui dit : Tu ne convoiteras point (Romains VII, 7). Car si elle n’est découverte par la Loi, et tirée hors de ses cachettes, elle meurtrit le malheureux homme, sans qu’il en sente rien.
(…)
Or, que notre iniquité et condamnation soit convaincue et signée par le témoignage de la Loi, cela ne se fait point afin que nous tombions en désespoir, et qu’ayant perdu tout courage, nous nous abandonnions en ruine : car cela n’adviendra pas si nous en faisons bien notre profit. Bien est vrai que les méchants se déconfortent en cette façon : mais cela advient de l’obstination de leur cœur. Mais il faut que les enfants de Dieu viennent à autre fin, c’est d’entendre ce que dit S. Paul, qui confesse bien que nous sommes tous condamnés par la Loi, afin que toute bouche soit fermée, et que le monde entier soit rendu redevable à Dieu (Romains III, 19). Mais cependant, en un autre lieu il enseigne que Dieu à tout enclos sous l’incrédulité, non pas pour perdre, ou même pour laisser périr, mais afin de faire miséricorde à tous (Romains XI, 22) : à savoir que, se démettant de toute vaine estime de leur vertu, ils reconnaissent qu’ils ne sont soutenus que de sa main. Davantage, qu’étant entièrement vides et dénués, ils recourent à sa miséricorde, se reposant entièrement en elle, se cachant sous son ombre, la prenant pour seule justice et mérite, telle qu’elle est proposée en Jésus Christ à tous ceux qui la cherchent, désirent et attendent par vraie foi. Car aux préceptes de la loi, le Seigneur n’apparaît point rémunérateur sinon de parfaite justice, de laquelle nous sommes tous dépourvus ; au contraire, il se montre sévère exécuteur des peines dues à nos fautes. Mais en Christ, sa face nous reluit pleine de grâce et de douceur, bien que nous soyons pauvres et indignes pécheurs.
Institution chrétienne Livre II §7.6 et 8

Autorité reconnue de l'Ancien Testament, grande fidélité à Paul, refus catégorique d'essayer de s'en sortir à bon compte avec la convoitise en ne la voyant que comme une pensée active et volontaire et surtout, surtout un pessimisme quant à l'homme qui ne sert pas à mettre celui-ci plus bass que terre mais seulement à affirmer la grâce de Dieu en Jésus Christ.

Gran Torino

5 Mars 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Avertissement préalable : c'est au dénouement du film que je vais m'intéresser. Alors si vous ne l'avez pas vu, je ne saurais trop vous conseiller d'attendre un peu pour lire cette note.

Walt grogne. Pas qu'il soit méchant mais c'est sa manière d'exprimer une amertume trop lourde pour lui. Walt chérit sa voiture. Pas qu'il soit fétichiste mais c'est tout ce qui lui reste  d'une époque qui était la sienne et qui a disparu. Walt profère des insultes racistes. Pas qu'il soit beaucoup plus raciste que les partisans du politiquement correct, mais c'est sa culture, son langage. Comme il est dans la culture des hmong de ne pas regarder en face leur interlocuteur ou de rire quand on leur crie dessus. C'est d'ailleurs, sans doute, l'histoire principale du film, la rencontre entre deux traditions déracinées, apparemment opposées, et pourtant pas si différentes que ça. Rencontre rendue possible grace à l'intelligence et à l'humour d'une jeune fille qui appartient aux deux cultures.

Et pour tout dire, j'ai vraiment eu peur que cette histoire classique mais joliment racontée ne se termine par un retour de l'inspecteur Harry, Walt se transformant en ange exterminateur, descendant les voyous pour défendre et venger ses amis, justifiant la légitime violence. Mais non, Eastwood ne me refait pas le coup de Million dollars baby, cette fois, il me déçoit en bien (oui, l'année Calvin, je parle suisse) et ce n'est pas en ange vengeur qu'il paraît mais en victime sacrificielle.
Ah, Clint Eastwood en figure christique voila une aubaine pour une relecture théologique ! (elles se font un peu rares ces temps-ci).
Sauf que si Walt, porte-flingue raciste devient un très bel apôtre de la non-violence (ce qui est déjà très bien), il n'est pas une figure christique. Il a beau tomber les bras en croix, victime de la violence humaine, il se distingue du supplicié de Golgotha sur un point essentiel : sa mort sert à perdre ses assassins et non pas à les sauver. C'est là toute la limite de la non-violence humaine : aussi noble et admirable soit-elle, elle reste un moyen politique, elle vise un but et elle ne peut servir qu'à confondre les violents et non à les sauver. Alors qu'en mourant sur la croix, non seulement Jésus dénonce la violence des hommes mais il en subit, à leur place, les conséquences. Une non violence qui n’est pas une stratégie, qui est mue par un pur amour et qui, pour cela, atteint son but.

Les mercredis de Calvin (9) Une connaissance de nous sans concession

4 Mars 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

"La connaissance de Dieu et de nous sont choses conjointes", c'est une des citations les plus connues de Calvin. Forcément c'est ainsi que commence l'Institution. Mais, si on va un peu plus loin, cette connaissance de nous à la lumière de la connaissance de Dieu n'est pas tendre. Quand je dis que protestantisme et humanisme ne vont pas vraiment de paire...

C’est ce que la vérité de Dieu nous ordonne de chercher en nous considérant : à savoir une connaissance qui nous retire loin de toute présomption de notre propre vertu et nous dépouille de toute matière de gloire, pour nous amener à l’humilité. C’est cette règle qu’il nous convient de suivre, si nous voulons parvenir au but de bien sentir et bien faire. Je sais combien il est plus agréable à l’homme de voir qu’on l’induise à reconnaître ses grâces et louanges, qu’à entendre sa misère et pauvreté avec son opprobre dont il doit être abîmé en honte. Car il n’y a rien que l’esprit humain désire plus, que d’être amiellé de douces paroles et flatteries. C’est pourquoi, quand il entend qu’on prise ses biens, il n’est que trop enclin à croire tout ce qui se dit à son avantage. Ainsi, ce n’est pas de merveilles que la plupart du monde a ainsi erré en cet endroit. Car comme les hommes ont un amour d’eux-mêmes désordonné et aveuglé, ils se feront volontiers accroire qu’il n’y a rien en eux qui soit digne d’être méprisé. Ainsi sans avoir autre avocat, tous reçoivent cette vaine opinion, que l’homme est suffisant de soi-même à bien et heureusement vivre. S’il y en a quelques-uns qui veuillent plus modestement sentir, bien qu’ils concèdent quelque chose à Dieu, afin qu’il ne semble pas qu’ils s’attribuent le tout, néanmoins, ils partagent de telle sorte entre Dieu et eux, que la principale partie de la gloire et présomption leur demeure. Puisque l’homme est tant enclin de soi-même à se flatter, il n’y a rien qui puisse être plus plaisant que quand on chatouille l’orgueil qui est en lui par vains allèchements. C’est pourquoi celui qui a le plus exalté l’excellence de la nature humaine a toujours été le mieux venu.
Néanmoins une telle doctrine qui enseigne l’homme à s’approuver soi-même ne le fait qu’abuser, et tellement abuser que quiconque y ajoute foi en est ruiné. Car quel profit avons-nous de concevoir une vaine confiance, pour délibérer, ordonner, tenter et entreprendre ce que nous savons être bon, et cependant défaillir, tant en saine intelligence qu’en vertu d’accomplir ? Défaillir, dis-je, dès le commencement, et néanmoins poursuivre d’un cœur obstiné, jusqu’à ce que nous soyons entièrement confondus ? Or il n’en peut autrement advenir à ceux qui se confient de pouvoir quelque chose de leur propre vertu. Si quelqu’un donc écoute telle manière de docteurs, qui nous amusent à considérer notre justice et vertu, il ne profitera point en la connaissance de soi-même, mais sera ravi en ignorance très pernicieuse.
Cependant, bien que la vérité de Dieu convienne en cela avec le jugement commun de tous les hommes, à savoir que la seconde partie de notre sagesse gît en la connaissance de nous-mêmes, toutefois en la manière de nous connaître il y a grande différence. Car selon l’opinion de la chair, il semble bien que l’homme se connaisse très bien, quand, en se confiant en son entendement et en sa vertu, il prend courage pour s’appliquer à faire son devoir, et renonçant à tous vices, s’efforce de faire ce qui est bien et honnête. Mais celui qui se considère bien selon la règle du jugement de Dieu, ne trouve rien qui puisse élever son cœur en bonne fiance ; et d’autant qu’il s’examine plus profondément, d’autant est-il plus abattu, au point qu’entièrement déjeté de toute espérance, il ne se laisse rien par quoi il puisse droitement ordonner sa vie.
Toutefois, Dieu ne veut pas que nous oubliions notre première dignité, qu’il avait mise en notre père Adam, du moins en tant qu’elle nous doit éveiller et pousser à suivre honnêteté et droiture. Car nous ne pouvons penser ni à notre première origine, ni à la fin pour laquelle nous sommes créés, que cette cogitation ne nous soit comme un aiguillon pour nous stimuler et poindre à méditer et désirer l’immortalité du royaume de Dieu. Mais tant s’en faut que cette reconnaissance nous doive enfler le cœur, que plutôt elle nous doive amener à humilité et modestie. Car quelle est cette origine ? à savoir celle dont nous sommes déchus. Quelle est la fin de notre création ?  celle dont nous nous sommes entièrement détournés, en sorte qu’il ne nous reste plus rien, sinon qu’après avoir réputé notre misérable condition, nous gémissions et, en gémissant, soupirions après notre dignité perdue. Or quand nous disons qu’il ne faut point que l’homme regarde rien en soi qui lui élève le cœur, nous entendons qu’il n’y a rien en lui pour quoi il se doive enorgueillir.
Par conséquent, s’il semble bon à chacun, divisons ainsi la connaissance que l’homme doit avoir de soi-même : c’est qu’en premier lieu il considère à quelle fin il a été créé et doué de grâces singulières que Dieu lui a faites, et que par cette cogitation il soit incité à méditer la vie future et désirer de servir à Dieu. Ensuite, qu’il estime ses richesses, ou plutôt son indigence ; l’ayant connue, qu’il soit abattu en extrême confusion, comme s’il était réduit à néant.
Institution chrétienne Livre II Chapitre 1 § 2 et 3

Remariages

3 Mars 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Bonjour monsieur le pasteur, nous souhaiterions avoir une cérémonie religieuse pour notre mariage. Nous ne sommes protestants ni l'un ni l'autre mais dans notre Eglise d'origine, on nous l'a refusée parce que mon (ma) conjoint(e) est divorcé. Est-ce que c'est possible ?

La demande est de plus en plus fréquente. Et de mon côté,  de notre côté plutôt, puisque la décision a été prise en conseil presbytéral, la réponse est de plus en plus sytématiquement "oui". Mais on se rencontre, on prépare et j'explique ou j'essaye.
J'explique tout d'abord tout d'abord que dans les Eglises protestantes, le mariage n'est pas un sacrement et que c'est pour cela que le divorce est reconnu ainsi que la possibilité de vivre ensuite une nouvelle histoire d'amour. Mais que cela implique que ce que nous proposons n'est pas fondamentalement différent de la "bénédiction non sacramentelle" que proposent certains prêtres. Pas fondamentalement (nous ne marions pas mais prononçons une parole de bénédiction sur un acte civil) mais il reste quand même une différence importante : ce que nous proposons à ces couples n'est absolument pas différent de ce que nous proposons aux autres. Nous reconnaissons leur engagement comme mariage à part entière. C'est sans doute pour cette raison qu'alors même que je leur dis qu'il existe une possibilité dans leur Église, ils préfèrent maintenir leur demande, pour vivre leur mariage comme la concrétisation de leur amour et non pas comme une cession de rattrapage.
J'explique ensuite qu'ils ne sont absolument pas obligés de devenir protestants. C'est bien sûr une célébration protestante que nous leur proposons mais pas une conversion. En quelque sorte, nous "prêtons" une célébration à des frères et soeurs en Christ. S'ils s'intéressent au protestantisme, ils seront bienvenus mais ce sera une autre démarche et pas une condition.
Enfin, et c'est souvent le plus difficile, j'essaye d'expliquer que nous n'accueillons pas ainsi au nom de la tolérance ou de l'ouverture, encore moins parce que nous sommes "modernes" mais au nom de Jésus Christ et que c'est lui, Dieu qui donne et se donne, que nous annonçons en accueillant ainsi, et que c’est de lui que nous parlerons en ce jour de mariage.

A la base, bien souvent une demande rite mais surtout, une occasion de cheminer ensemble, une occasion de dire qui, pour nous est à la source de l'amour, une occasion de parler de résurrection.

L'enseignement du Notre Père (1) Notre père dans les cieux

1 Mars 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 1er mars 2009
Psaume 89 2 à 30
Romains VIII, 14 à 17
Matthieu VI, 5 à 15

 
Au milieu du sermon sur la montagne, Jésus donne un enseignement sur la prière, enseignement qui se terminera par la Notre Père. Avant d’arriver à ce contenu, Jésus commence par un enseignement « technique » : qui prier, comment prier et par cet enseignement technique nous donne un enseignement de fond sur le pourquoi prier qui éclairera le Notre Père.

    Qui prier ? La réponse est évidente, pour le juif Jésus on ne peut prier que le Dieu d’Israël, le Dieu unique. Mais ce Dieu, Jésus l’appelle ici « père » ou plus exactement ton père, votre père, notre père, je reviendrai sur cet emploi du possessif.
Comment prier ? Tout d’abord la prière n’est pas un acte public, elle se fait dans le secret d’une chambre verrouillée. A priori, cette condition ne devrait pas trop nous déranger, tant nous autres réformés sommes souvent bien timides à exprimer notre foi en public. Alors que la Bible nous appelle tellement à témoigner, à crier sur les toits, enfin Jésus nous donne un enseignement qui flatte notre discrétion naturelle ! Deux remarques cependant : prier dans le secret de la chambre la plus éloignée signifie que la prière est un acte éminemment personnel : ce n’est pas pour le regard des autres que nous prions mais pour nous. Dans cette perspective, prier à l’écart par peur du regard des autres devient assez semblable à prier en public pour être vu : c’est accorder trop d’importance aux regard des autres.Si je prie pour être vu, j'ai déjà ma récompense : je suis vu. Si je prie pour ne pas être vu, j'ai déjà ma récompense : je ne suis pas vu. Se cacher et se montrer c'est se situer dans le regard des autres, alors que la prière m'appelle à ne me placer que par rapport au regard de Dieu.
Deuxième remarque : nous avons, en Eglise, nos temps de prière publique : au culte, dans les partages bibliques, avant les repas… Ces temps de prières publiques ont certainement leur utilité mais Jésus nous enseigne ici qu’ils ne suffisent pas, ils ne remplacent pas cette prière personnelle qui est un face à face avec Dieu. Bref, ce texte pose à chacun de nous une question importante : est-ce que je me donne du temps pour la prière, dans le secret de la chambre la plus éloignée ?
    Comment prier ? Ensuite, il ne s’agit pas de multiplier les litanies Ne rabâchez pas comme le font les païens. La prière n’est pas une répétition de formules plus ou moins magiques qui mettrait la divinité dans de bonnes dispositions. D’ailleurs Jésus précise : Votre Père sait de quoi vous avez besoin avant que vous le demandiez. L’enjeu de la prière n’est donc pas de faire connaître à Dieu nos désirs ou mêmes nos besoins, qu’ils soient matériel (besoin du pain quotidien) ou spirituels (besoin du pardon), il les connaît. Nous ne prions pas pour être exaucé, nous dit Jésus. Mais alors pourquoi prions-nous ?
Eh bien nous prions pour être en présence de Dieu, ou plus exactement pour comprendre que nous sommes en présence de Dieu. La prière, notre prière est d’abord un enseignement : elle nous dit quelque chose de Dieu et donc quelque chose de nous-même. Puisque, pour reprendre une citation célèbre d’un certain réformateur genevois « La connaissance de Dieu et de nous sont choses conjointes »

Et c’est d’abord ainsi qu’il nous faut comprendre le Notre Père : ce n’est pas une formule magique qui nous ouvrirait le cœur de Dieu, ce n’est pas non plus un mantra à réciter pour nous mettre en bonne condition (encore que selon Luther, ça peut l’être), ce n’est pas le cri de ralliement des chrétiens (encore que là, encore, cela puisse le devenir) mais c’est un enseignement sur Dieu, un enseignement que nous pouvons recevoir dans nos cœurs et nos intelligences. Et c’est cet enseignement contenu dans le Notre Père qui va nous accompagner tout au long de notre carême.
Récemment, dans le cadre d’amitié judéo-chrétienne, des rabbins se sont penchés sur le Notre Père, dans sa forme définitive, c'est-à-dire en incluant la doxologie finale) et y ont trouvés deux choses. Tout d’abord on retrouve tous les éléments, toutes les formules du Notre Père dans d’autres prières juives : le Notre Père forme une sorte de patchwork ou plutôt d’anthologie des grandes prières du judaïsme. Ensuite, le Notre père est formé selon une structure très utilisée dans le Premier Testament, une structure que l’on retrouve du reste dans le Nouveau Testament : le chiasme.
Un chiasme c’est une forme littéraire qui consiste à distribuer les éléments d’un passage, de façon à ce qu’ils se correspondent deux par deux autour d’un centre ABCB’A’. Mais puisqu’un petit dessin vaut mieux qu’un long discours, voilà un chiasme (image du chandelier à 7 branches). Les 7 demandes du Notre Père forment donc un chiasme précédé d’un préambule : Notre Père dans les cieux.

Notre Père qui êtes aux cieux, restez-y ! Ecrivait Prévert. Malgré toute l’admiration que j’ai pour le poète et son œuvre, ici, je dois dire qu’il n’avait rien compris. En effet appeler YHVH, le Dieu dans les cieux : Notre Père, c’est dire, très précisément qu’il n’y reste pas.
Dans les cieux , cela va sans dire, mais ça va mieux en le disant , cela ne veut pas dire que Dieu habite dans le ciel. Inutile de se munir d’un bon télescope, inutile d’interroger Gagarine, inutile de lever les yeux en l’air, vous ne le trouverez pas là. Simplement, c’est une formule qui exprime que Dieu se situe au-delà de l’univers connaissable, maîtrisable par l’homme et également qu’il domine ce monde dans lequel nous vivons. On surélève toujours celui qui dirige : cela lui permet de mieux voir. Eh bien dire que Dieu est dans les cieux, c’est l’élever au dessus de tout. Et l’élever au dessus de tout, c’est dire que la force qui domine cet univers, c’est lui, qu’il n’est soumis à rien ni à personne. C’est donc avoir sur notre univers un regard très différent.
Car ce Dieu qui domine et dirige, ce Dieu très haut, ce Dieu qui est le Seigneur, le Roi de l’Univers, est aussi notre père, par trois fois, Jésus nous le répète. Bien sûr, dans la société de Jésus, le père est le patriarche, celui qui donne la vie mais aussi celui qui dirige et qui décide. Mais cela ne doit pas nous faire oublier qu’à l’époque de Jésus comme aujourd’hui, le père, aussi patriarcale soit-il est aussi celui qui aime. En appelant Dieu « Notre Père », nous disons bien sûr que nous lui devons la vie, mais nous ne l’appelons pas « Notre créateur ». En appelant Dieu « Notre Père », nous affirmons bien sûr sa supériorité mais nous ne l’appelons pas « Notre roi » ou « Notre Seigneur ». C’est donc bien l’amour qu’il nous faut souligner lorsque nous parlons de notre père. (Certain(e)s feront remarquer que cet amour aurait été tout aussi bien, voire mieux exprimé en appelant Dieu « Notre mère » : c’est vrai. Mais rappelons nous que cette proximité de Dieu avec nous signifie qu’il est venu à une époque,d ans une culture donnée, une culture dans laquelle il aurait été impossible de dire Dieu au féminin. Et rappelons nous également qu’aujourd’hui, appeler Dieu « Notre Mère » serait aussi réducteur que de l’appeler « Notre Père ».)
Avons-nous conscience de l’audace qu’il faut pour dire le « Notre Père », rien que dans la première phrase, nous osons appeler le Dieu créateur et juge de l’univers, le Dieu maître de toutes choses : « Notre père ». Nous osons nous réclamer de son amour, nous osons nous prétendre fils ou fille du patron, nous osons nous poser comme héritiers légitimes. En nous apprenant le Notre Père, Jésus nous enseigne à nous présenter à Dieu non pas tremblants de peur comme devant un juge mais certains de son amour, certains de sa bonté, certains qu’ils nous donne ce dont nous avons besoin.
Et c’est dans la certitude de cet amour que nous pouvons dire « Notre ». C’est curieux, non, d’utiliser la première personne du pluriel. Bien sûr quand nous le disons d’un seul cœur et d’un même élan dans nos communautés, cela tombe sous le sens mais cette prière, Jésus nous a enseigné à la dire loin des regards, dans le secret de la chambre la plus éloignée. Et là, seul avec Dieu et avec nous-même, je dis « nous ». Parce que si Dieu est mon père, il est aussi celui de mon épouse, de mes enfants, de mes parents, de mes amis, de mes paroissiens, de mes voisins, de mes ennemis. Me présenter face à Dieu c’est déjà être relié aux autres par un lien des plus forts : je dis à Dieu « notre Père » et je me souviens que tous les autres sont mes frères et sœurs. Et l’audace qui me pousse à m’affirmer fils ou fille de Dieu me tourne aussitôt vers les autres non pas dans un esprit de supériorité mais de fraternité.

« Notre père qui es aux cieux », en une phrase, nous affirmons que notre univers n’est pas un chaos incompréhensible et menaçant mais qu’il a un maître,  que ce maître nous déclare ses enfants chéris et qu’ainsi, il nous relie les uns aux autres comme frères et sœurs.
Aussi, mon frère, ma sœur, que cette prière soit toujours présente dans le secret de ton cœur. Dans les moments où nul ne peut te rejoindre, où tu es seul avec toi-même face à ta joie, à ta peur, à ton chagrin. Dis toi que tu n’es pas seul mais avec « Notre père dans les cieux ».
Amen

Les mercredis de Calvin (8) Vivre la providence

25 Février 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

S’il nous advient quelque adversité, nous élèverons incontinent notre cœur à Dieu, lequel seul le pourra former à patience et tranquillité. Si Joseph se fût arrêté à méditer la déloyauté de ses frères et le lâche tour qu’ils lui avaient fait, jamais il n’eût eu le courage fraternel envers eux. Mais parce qu’il convertit sa pensée à Dieu, oubliant leur injure, il fut fléchi à mansuétude et douceur, allant jusqu’à les consoler lui-même, en disant : Ce n’est point vous qui m’avez vendu pour être amené en Egypte ; mais par la volonté du Seigneur, j’ai été envoyé devant vous, pour votre profit. Vous aviez fait une mauvaise machination contre moi : mais le Seigneur l’a convertie en bien (Genèse XLV ; 8-L, 20) (…) David aussi bien, s’il se fut amusé à considérer la malice de Siméi, lequel le persécutait d’injures et à coup de pierres, eût incité les seins à le venger ; mais parce qu’il entend qu’il ne fait pas cela sans le mouvement de Dieu, il les apaise au lieu de les irriter : Laissez-le, dit-il, car Dieu peut-être lui a commandé de médire de moi (II Samuel XVI : 10-11) (…) S’il n’y a nul meilleur remède contre ire et impatience, ce ne sera pas mal profité à nous, quand nous aurons tellement appris de méditer la providence de Dieu en cet endroit, que nous puissions toujours réduire notre cogitation à ce point : le Seigneur l’a voulu, il faut donc prendre patience ; non pas seulement parce qu’il n’est pas loisible de résister, mais parce qu’il ne veut rien qui ne soit juste et expédient. La somme revient là, qu’étant injustement grevés par les hommes, nous laissions là leur malice, laquelle ne ferait qu’aigrir notre courroux et aiguiser nos affections à vengeance ; et qu’il nous souvienne de nous élever à Dieu, et nous tenir certains que c’est par son juste décret et prévoyance, que tout ce que nos ennemis attentent contre nous et permis, voire ordonné.
Institution Chrétienne Livre I §17. 8

Or, en cet endroit on peut voir une singulière félicité des fidèles. La vie humaine est environnée, et quasi assiégée de misères infinies. Sans aller plus loin, puisque notre corps est un réceptacle de mille maladies, et même en nourrit en soi les causes, quelque part où aille l’homme il porte plusieurs espèces de mort avec soi, tellement qu’il traîne sa vie quasi enveloppée avec la mort. Car que dirons nous autre chose, quand on ne peut avoir ni froid ni suer sans danger ? Davantage, de quelque côté que nous nous tournions, tout ce qui est à l’entour de nous non seulement est suspect, mais nous menace quasi ouvertement, comme s’il nous voulait intenter la mort. Montons en un bateau : il n’y a qu’un pied à dire entre la mort et nous. Que nous soyons sur un cheval : il ne faut sinon qu’il choppe d’un pied pour nous faire rompre le col. Allons par les rues : autant qu’il y a de tuiles sur les toits, autant sont-ce de dangers sur nous. Tenons une épée, ou que quelqu’un auprès de nous, en tienne : il ne faut qu’un rien pour nous en blesser. Autant que nous voyons de bêtes, ou sauvages, ou rebelles, ou difficiles à gouverner, elles sont toutes armées contre nous. Enfermons-nous en un beau jardin, où qu’il n’y ait que tout plaisir : un serpent y sera quelquefois caché. Les maisons où nous habitons, comme elles sont assiduellement sujettes à brûler, de jour nous menacent de nous appauvrir, de nuit de nous accabler. Quelques possessions que nous ayons, en tant qu’elles sont sujettes à grêles, gelées, sécheresse, et autres tempêtes, elles nous dénoncent stérilité, et par conséquent famine. Je laisse là les empoisonnements les embûches, les violences desquelles la vie de l’homme est partie menace en la maison, partie accompagnée aux champs. Entre telles perplexités, ne faudrait-il pas qu’un homme fût plus que misérable ? à savoir d’autant qu’en vivant il n’est qu’à demi en vie, s’entretenant à grand’peine  en langueur et détresse, tout comme s’il se voyait le couteau sous la gorge à chaque heure.
Quelqu’un dira que ces choses adviennent peut souvent, ou pour le moins qu’elles n’adviennent pas toujours, ni tout le monde ; d’autre part qu’elles ne peuvent advenir jamais toute en un coup. Je le confesse mais parce que par l’exemple des autres nous sommes avertis qu’elles nous peuvent advenir, et que notre vie ne doit pas être exemptée de nulle d’entre elles, il ne se peut faire que nous ne les craignions comme si elles nous devaient advenir. Quelle misère pourrait-on imaginer plus grande, que d’être toujours en tel tremblement et angoisse ? Davantage, cela ne serait point sans l’opprobre de Dieu, de dire qu’il eût abandonné l’homme, la plus noble de ses créatures, à la témérité de fortune. Mais mon intention n’est ici que de parler de la misère de l’homme, en laquelle il serait s’il vivait comme à l’aventure.
Au contraire, si la providence de Dieu reluit au cœur fidèle, non seulement il sera délivré de la crainte et détresse de laquelle il était pressé auparavant, mais sera relevé de tout doute. Car comme à bon droit nous craignons la fortune, aussi nous avons bonne raison de nous oser hardiment abandonner à Dieu. Ce nous est donc un soulagement merveilleux d’entendre que le Seigneur tient tellement toutes choses en sa puissance, gouverne par son vouloir, et modère par sa sagesse, que rien ne vient sinon comme il l’a destiné. Davantage, qu’il nous a reçus en sa sauvegarde, et nous a commis en la charge de ses anges, à ce qu’il n’y ait ni eau, ni feu, ni glaive, ni rien qui nous puisse nuire, sinon d’autant que son bon plaisir le portera. Car il est ainsi dit au Psaume : Il te délivrera des pièges du chasseur et de peste nuisante. Il te gardera sous son aile, et tu seras en sûreté sous ses plumes. Sa vérité te sera pour bouclier, tu ne craindras point les tumultes de nuit, ni la flèche quand elle sera tirée en plein jour, ni nuisances qui passent en ténèbres, ni le mal qu’on te voudra faire en la clarté du jour, etc. (Ps 91 : 3-6). De là, vient la fiance qu’ont les saints de se glorifier : Le Seigneur est mon protecteur, qu’est ce que je craindrais ? Si un camp est dressé contre moi, si je chemine en l’obscurité de mort, je ne laisserai point de bien espérer (Ps 27 : 3 ; 56 : 5 et ailleurs)
D’où est ce qu’aurait l’homme fidèle une telle assurance, laquelle ne peut être jamais ôtée, sinon que là où il semble que le monde soit témérairement tourné dessus et dessous, il répute que Dieu y besogne à le conduire, duquel il espère que toutes les œuvres lui sont salutaires ? S’il se voit assailli ou molesté du diable ou des méchants, n’a-t-il pas bon métier de se fortifier, en réduisant en mémoire la providence de Dieu sans le souvenir de laquelle il ne pourrait que désespérer ? Au contraire, quand il reconnaît que le diable et toute la compagnie des méchants sont tenus serrés de la main de Dieu comme d’une bride, tellement qu’il ne peuvent concevoir mal aucun ; ni quand il l’auront conçu, machiner à le faire ; ni quand ils machineront, l’exécute, ni même lever le petit doigt, sinon d’autant que Dieu le leur commande ; même que non seulement ils sont tenus en ses pièges ou manettes, mais qu’ils seront contraints par le frein de sa bride à lui obéir : en cela il a suffisamment à se consoler. Car comme il est en Dieu seul d’armer leur fureur, la tourner et convertir où bon lui semble, aussi est-il en son pouvoir de les restreindre à ce qu’ils ne fassent pas tout selon leur intempérance.
Institution chrétienne Livre I, §13 10 et 11

Dernier volet de cette vision calviniste de la providence avec des applications pratiques : reconnaître que tout vient de Dieu c'est être libre toute rancoeur et de tout effroi.

Rater sa vie, la réussir ou la recevoir ?

20 Février 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

Au cours d'une émission de télé, pour défendre le plan comm' de Nicolas Sarkozy, Jacques Séguéla déclare "si à 50 ans on n'a pas une Rolex, on a raté sa vie", devenant la risée du Net. Je ne sais pas si Jacques Séguéla a une Rolex mais il a sûrement raté une belle occasion de se taire.
Si le critère de J. Séguéla est risible, caricature extrême de notre soif d'avoir et de paraître, cette phrase malheureuse (mais peut-être calculée) me pose une question plus profonde : "ça veut dire quoi, réussir ou rater sa vie ?". Non pas "quels sont nos critères de ce qu'est une vie réussie ou ratée ?" mais plutôt pourquoi pensons-nous toujours notre vie en  terme de réussite et d'échec ?
Aujourd'hui, notre naissance est, dans la plupart des cas, un choix qui n'est pas le notre (je veux dire
jamais notre choix et souvent celui de nos parents). Mais nos parents nous ont-ils donné la vie dans un but précis que nous pourrions rater ou atteindre ? Je n’en ai pas l’impression, de ma propre expérience parentale, je crois qu’avant même que se projettent les désirs de parents pour leur progéniture, il y a tout simplement un acte d’amour. Et même si ce n’était pas le cas, même si nos parents nous donnaient naissance dans un but bien précis, est-ce que la manière dont nous nous conformons à ces projets, ces désirs nous définiraient ?
Voyons nous notre vie comme une mission (je dois avoir une Rolex avant 50 ans, je dois changer le monde dans lequel je vis, je dois reproduire mes gènes) ou comme un cadeau ?
Je suis bien sûr que le fait de rater ou réussir sa vie ne dépend pas de ce que nous passerons à notre poignet, mais j'ai bien peur que l'homme soit condamné à poser sa vie en terme de but à atteindre (que ce soit transformer le monde ou avoir une rolex) au lieu de la voir comme un don, alors que c'est ainsi qu'elle prend précisément tout son sens.