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Articles récents

La loi contre la solidarité

8 Avril 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Sans doute cette note aurait-elle été plus utile si je l’avais écrite un peu plus tôt (ne serait-ce que pour son caractère informatif) mais bon, l’inspiration se commande rarement.
J’irai tout à l’heure au tribunal de grande instance d'Evreux, demander à être poursuivi pour « solidarité ». Pas que je sois un grand activiste de la solidarité, mais parce que la loi nécessite d’être changée.
L622-1 du Code d’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile
Toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l'entrée, la circulation ou le séjour irréguliers, d'un étranger en France sera punie d'un emprisonnement de cinq ans et d'une amende de 30 000 Euros.
Ainsi l’amalgame est fait entre les réseaux de passeurs et les actes associatifs ou individuels de solidarité. Eric Besson prétend qu’au regard de l’article 622-4, le délit de solidarité n’existe pas puisque ne peuvent être condamnés ceux qui ont aidé un étranger en situation de détresse. Il devrait relire plus attentivement le-dit article
Ne peut donner lieu à des poursuites pénales sur le fondement des articles L. 622-1 à L. 622-3 l'aide au séjour irrégulier d'un étranger lorsqu'elle est le fait (…) De toute personne physique ou morale, lorsque l'acte reproché était, face à un danger actuel ou imminent, nécessaire à la sauvegarde de la vie ou de l'intégrité physique de l'étranger, sauf s'il y a disproportion entre les moyens employés et la gravité de la menace ou s'il a donné lieu à une contrepartie directe ou indirecte.
Bref, les situations de détresse sont quand même limitées et l’on peut tout à fait être condamné pour avoir donné une aide matérielle à un étranger dont la vie ou l’intégrité physique n’était pas menacée. Et je doute fort que l’affirmation que tous les hommes sont frères puisse permettre de se réclamer de la famille de celui que l’on a aidé. Que 4 personnes seulement aient été condamnées au nom du L622-1 ne change rien au problème : tant qu’elle ne se restreindra pas aux personnes agissant pour une contrepartie financière (bref, les véritables passeurs), la loi permettra la poursuite et la condamnation d’une personne pour solidarité. Et c’est là qu’est tout le danger.
En effet, en matière de solidarité, je suis toujours surpris de la rapidité avec laquelle nous passons d’une tentative de justifier notre inaction à l’accusation. Par exemple : je ne donne pas au quémandeur dans le métro, très vite je m’expliquerai que c’est parce que donner encourage la mendicité et que du coup des réseaux se forment qui envoient mendier femmes et enfants. Du coup, mon refus de donner devient un geste salutaire et c’est celui qui donne qui est mis en accusation. Je suis le premier à demander que celui qui ne veut ou ne peut pas faire tel ou tel geste de solidarité ne soit pas culpabilisé mais de là à culpabiliser la solidarité, c'est un peu fort.
Et là, la loi elle-même vient se poser comme obstacle à la solidarité : à la privation de confort (c’est rarement confortable d’aider quelqu’un), aux questions éthiques (on ne s’engage pas dans une action sans se poser les questions du pour ou du contre, sans savoir que notre action comporte aussi du négatif), vient s’ajouter le risque d’avoir des ennuis. On voudrait dissuader complètement les gens de se montrer solidaires, on n’agirait pas autrement.
Dans la parabole du bon samaritain, un des critères qui dissuade le prêtre et le lévite d’agir, c’est que leur loi les rend impurs s’ils touchent un mort ou du sang…
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L'enseignement du Notre Père (5) Notre pain de ce jour

5 Avril 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 5 avril 2009-04-05
Exode XVI, 1 à 31
Jean VI, 28 à 35
Matthieu VI, 11

Commençons par formuler la question que vous vous posez tous : mais qu’est ce que fait là cet âne ? (Non, pas moi, l’autre)
Ce n’est pas dur à deviner : en ce dimanche des rameaux, nous célébrons l’entrée de Jésus comme roi dans Jérusalem. Et puis, cet âne va aussi, de façon plus surprenante, illustrer la dernière branche, la branche centrale de notre chandelier à 7 branches du Notre Père.
Peut être vous rappelez-vous d’où vient le mot chiasme ? Il vient de la lettre grec Xi qui s’écrit comme un X. Un chiasme c’est le X qui marque  le trésor sur une carte. Le trésor est donc au point central. Le Notre Père prend tout son sens avec « Donne-nous notre pain de ce jour »

« Donne nous notre pain de ce jour » Pour ceux qui écoutaient Jésus, celà ne pouvait que rappeler une histoire qu’on leur racontait souvent depuis qu’ils étaient petit : l’histoire de cette manne, cette nourriture que Dieu donnait aux hébreux dans le désert.
Et cette histoire de la manne, elle nous enseigne bien sûr que Dieu nous donne ce dont nous avons besoin pour vivre. Bien sûr, il ne s’agit pas seulement de nos besoins de nourriture, de nos besoins matériels, il s’agit aussi de besoins moins évidents, moins palpables mais tout aussi concret : nous avons besoin d’être aimé et Dieu nous affirme qu’il est notre père ; nous avons besoin de repères et Dieu nous révèle que son nom est je suis, j’étais je viens, il nous donne une ancre, un roc sur lequel nous pouvons construire ; nous avons besoin de nous protéger contre le mal, de résister à la tentation et Dieu fait venir son règne ; nous avons besoin de pardonner et d’être pardonné et Dieu fait s’accomplir sa volonté de pardon. Voilà la manne que Dieu fait pleuvoir sur nous, voilà ce qu’il nous donne.
Et comme dans l’histoire de la manne, c’est un don qui recommence chaque jour. Les hébreux ne pouvaient pas conserver la manne, ils ne pouvaient que manger leur ration du jour et compter sur Dieu pour leur fournir celle du lendemain. C’est une belle image de la foi : recevoir pour aujourd’hui, compter sur Dieu pour demain. On pourrait faire remarquer que Dieu devrait peut-être appliquer le proverbe qui dit « donne un poisson à un homme, il pourra se nourrir une journée, apprend-lui à pêcher, il pourra se nourrir toute sa vie ». Le proverbe est bien évidemment tout à fait valable dans nos relations humaines, dans nos gestes d’entraide. Mais j’aime que Dieu agisse différemment. J’aime l’idée que Dieu veuille rester toujours dans la relation avec nous, qu’il prend plaisir à nous donner, autant que nous avons plaisir à recevoir. Et surtout j’aime savoir que je peux toujours me tourner vers Dieu quand tout devient trop dur, quand je n’arrive pas à pardonner, quand je n’arrive plus à espérer, quand l’avenir me fait peur, quand la tentation est plus forte que moi. Je n’ai pas à me dire que j’ai échoué, que j’ai mal profiter de mes leçons, que je reviens comme un pêcheur bredouille, je peux me tourner vers lui et lui dire simplement « Père, donne moi ce dont j’ai besoin aujourd’hui ».
Enfin, ceux qui ramassent la manne, ne la ramassent pas pour eux seuls, ils ont pour mission de la partager avec ceux de leur maison. C’est bien également l’esprit du Notre père, cette prière que nous maintenons au pluriel même lorsque nous la disons dans le secret de notre cœur. Savoir que Dieu nous comble de bien, c’est aussi avoir la possibilité et l’élan pour se tourner vers les autres.

Mais je crois qu’à nous, chrétiens d’aujourd’hui, ce « donne-nous notre pain de ce jour » peut évoquer plus que la manne. En écoutant l’évangile selon Jean, en nous rappelant de la Cène, nous pouvons reconnaître en Jésus, ce pain, ce don que Dieu nous renouvelle chaque jour. C’est lui qui est, pour nous l’assurance de l’amour et du pardon de Dieu. C’est en lui que nous pouvons, chaque jour, puiser la force de pardonner et de résister à la tentation…
Alors, maintenant, vous pouvez sans doute répondre à cette question : mais qu’est ce que fait là cet âne ? Aujourd’hui, nous sommes le jour des rameaux, nous fêtons ce jour où Jésus est entré dans Jérusalem sur le dos d’un âne. J’ai donc voulu représenter cet âne. Et à votre avis, que transporte-t-il ?
Oui, c’est bien du pain.

Qu’aujourd’hui, frères et sœurs, nous célébrions la venue de Jésus comme le pain dont nous avons besoin et que Dieu nous donne. Et demain ? Eh bien, demain, il sera temps de redire cette prière : Donne-nous le pain de ce jour.
Amen.
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L'Incarnation : l'impossible nécessité.

4 Avril 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #les mots de la théo

Nathalie H me pose au sujet de l'incarnation deux questions, j'espère ne pas trop les déformer : Dieu n'est-il pas assez proche de nous qu'il doive encore s'incarner ?
Voir Jésus-Christ comme Dieu n'est-il pas une forme d'idolâtrie ?
A la première question, je répondrai que la question n'est pas tant celle de l'éloignement de Dieu (encore que celui-ci reste le Tout-Autre et qu'hors Jésus-Christ, il me paraisse hors d'atteinte) que celle de l'éloignement de l'homme. L'homme refuse d'être créature de Dieu, il refuse d'avoir besoin de Dieu, il se veut autonome et cela creuse entre lui et Dieu un fossé qu'il lui est impossible de franchir. Or, l'Incarnation nous dit que Dieu vient lui-même franchir ce fossé. C'est la promesse de la croix : sur Golgotha, Dieu nous rejoint dans les trois lieux où l'homme était séparé de Dieu : le doute (mon Dieu, mon Dieu pourquoi m'as-tu abandonné ?), la mort (le Shéol dans la théologie hébraïque était le lieu (ou plutôt le non-lieu) où Dieu n'était pas) et la malédiction (maudit celui qui est pendu au bois). C'est ainsi que Jésus est "pour" nous : en lui, Dieu subit à notre place, les conséquence de notre refus ; en lui Dieu accepte à notre place d'être créature et de cette obéissance nous tirons le bénéfice.
Quant à la deuxième question, je n'ai pu m'empêcher d'y penser en lisant ce passage du commentaire de Ellul sur l'apocalypse (bientôt sur vos écrans) :
Il est intolérable, impossible, que Dieu s'abandonne, cesse d'être dieu et devienne homme dans sa plénitude. Il est intolérable, impossible que Dieu meure en Jésus. Il est intolérable, impossible qu'un homme vraiment mort ressuscite et que la mort soit vaincue : c'est cette triple impossibilité qui entraîne le bouleversement général de toute la création et des puissances célestes. Si nous arrivions à prendre un instant au sérieux cet incroyable mystère de l'Incarnation, ce cataclysme que peut représenter  "Dieu n'est plus Dieu, il s'est abandonné lui-même, il s'est donné lui-même, il s'est réduit à n'être qu'un homme", alors les cataclysmes décrits dans les chapitres VIII et IX de l'apocalypse nous paraîtraient  bénins.
J. ELLUL. L'apocalypse. Architecture en mouvement.
Bref, Nath
ie a raison l'Incarnation est une folie, une idolâtrie, n'ayons pas peur des mots, une profanation et un blasphème même. Elle est également, impossible à concevoir pour  notre raison, immossible à exprimer de manière cohérente dans un discours humain Et pourtant j'y crois. Au sens le plus fort du terme.
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Les mercredis de Calvin (13) Tu ne tueras pas donc tu feras vivre

1 Avril 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

La citation précédente était un poisson d'avril, je vous laisse trouver qui en était véritablement l'auteur.

L’écriture note deux raisons, sur lesquelles est fondé ce précepte (tu ne tueras point) : c’est que l’homme est l’image de Dieu, puis aussi qu’il est notre chair. C’est pourquoi si nous ne voulons violer l’image de Dieu, nous ne devons faire aucune offense à notre prochain, et si nous ne voulons renoncer toute humanité, nous le devons entretenir comme notre chair. (…) Le Seigneur a voulu que nous considérions naturellement ces deux choses en l’homme, qui nous induisent à lui bien faire : c’est qu’en chacun nous révérions son image, qui y est imprimée, et aimions notre propre chair. C’est pourquoi celui qui s’est abstenu d’effusion de sang n’est pas pourtant innocent du crime d’homicide. Car quiconque ou commet par œuvre, ou s’efforce et étudie, ou conçoit en son cœur une chose contraire au bien de son prochain, est tenu de Dieu pour homicide. D’autre part, à moins que nous ne nous employions selon notre faculté et l’occasion qui nous sera donnée, à faire du bien à notre prochain, par telle cruauté nous transgressons ce précepte.
Institution Chrétienne Livre II §8. 40

En regrettant amèrement qu'il n'ait pas mis ses propres paroles en pratique lors de l'affaire Servet, je souligne à quel point Calvin comprend le "Tu ne tueras pas" dans toute sa radicalité.
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Les mercredis de Calvin (13) La liberté chrétienne

1 Avril 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

Quant à celui qui est en Christ, toute sa vie est employée non par loi, statut ou règle mais selon son vouloir et franc arbitre. Il se lève du lit quand bon lui semble, boit, mange, travaille, dort quand le désir lui vient. Nul l’éveille, nul ne le force à boire ni à manger, ni à faire autre chose quelconque. Ainsi est-il établi dans le Seigneur. En sa règle n’est que cette clause : « Fais ce que voudras », parce que gens libérés, bien né, bien instruit, conversant en compagnie modeste, ont par nature un instinct et aiguillon qui toujours les pousse au fait vertueux et retire de vice. Tandis que ceux qui par vile subjection et contrainte, sont opprimés et asservis, détournent la noble affection, par laquelle ils sont poussés à vertu pour briser et enfreindre ce joug de servitude ; car nous entreprenons toujours choses défendues et convoitons ce qui nous est dénié.
Dispute avec Guillaume Teylaime sur l’élection éternelle

Le texte intégral
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L'enseignement du Notre Père (4) Le pardon : volonté et exigence.

29 Mars 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 29 mars 2009
Matthieu VI, 10 et 12
Matthieu XVIII 21-35

    Avant dernier volet de notre étude du Notre Père comme un chandelier à 7 branches. (Petit rappel : des rabbins se penchant sur le Notre Père, on fait remarquer que la prière de Jésus était composée selon une forme bien connue du Premier comme du Nouveau Testament : le chiasme. Le chiasme est une structure littéraire qui consiste à distribuer les éléments d’un passage, de façon à ce qu’ils se correspondent deux par deux autour d’un centre ABCB’A’.)
La paire de branches que nous étudions aujourd’hui nous enseigne donc que la volonté de Dieu est une volonté de pardon. Dieu veut nous pardonner et Dieu veut que nous pardonnions.

Que ce soit dans la parabole du débiteur impitoyable ou dans les mots même du Notre Père, c'est en terme d'économie que Matthieu nous parle du pardon et même, plus précisément, en terme de dette. C'est intéressant de passer du langage de l'offense à celui de la dette. Parce que le langage de la dette va en fait bien plus loin que celui de l'offense. Penchons nous un peu sur cette image de la dette sans pour autant nous laisser complètement enfermer par elle (le pardon n’est pas simplement une remise de dette) mais en soulignant deux aspects du pardon que nous enseigne le langage de la dette : qui dit dette dit apport et qui dit remise de dette dit don.
Si je demande à Dieu de me pardonner mes offenses, je vais immédiatement me demander quelles sont ces offenses, comment moi, Eric George, ai-je pu offenser Dieu, après tout, comme chantait Brassens, je n'ai jamais tué, jamais violé non plus et y a déjà quelque temps que je ne vole plus. Bref, il y a de bonne chance pour que je finisse par trouver que Dieu est bien susceptible et est offensé par pas grand’ chose. Mais si je dis : remets-moi mes dettes. Alors, la question devient :"Mais qu'est ce que dois à Dieu ?" Et du coup, au lieu de regarder à Dieu et d'essayer de voir à quel point il est chatouilleux, je vais regarder à ce que j'ai reçu de lui et pourquoi je l'ai reçu. Et les choses deviennent bien plus claires.
De Dieu, je reçois ma vie, mon intelligence, mes capacités. Bien sûr c’est un don et je n’ai pas à les rembourser. Mais je les reçois dans un but, pour quelque chose, Dieu me crée pour que je vive, pour que je sois à son image, un être d’amour tourné vers l’autre. Or, je veux pouvoir choisir ce qui fait mourir, je veux m’enfermer sur moi-même, je veux haïr ou ignorer l’autre. Je veux être mon propre maître, et ainsi, je me prétends propriétaire de quelque chose qui n'est pas à moi, qui cesse d’être à moi, parce que je n’en fais pas ce pour quoi cela m’a été donné. Et pourtant, Dieu continue à me créer, il continue à me donner cette vie que je gaspille. Il ne rejette pas sa créature qui refuse d’être créature, qui refuse d’entrer dans ce qu’il veut pour elle et il continue à lui ouvrir un chemin de vie.
Voilà ce que Dieu nous donne, voilà la dette que nous avons envers lui.

Et c'est une dette que, comme l'homme de la parabole nous ne pouvons pas rembourser. Nous ne pouvons donc que demander à notre créancier d’éponger notre dette. Or, s’il y a une chose que j’ai comprise en comptabilité, c’est que lorsqu’on vous remet une dette, on vous fait un cadeau, on vous enrichit. Qui paye ses dettes s’enrichit dit le proverbe (ça, c’est plus compliqué, pour le comprendre, il faut rentrer dans les questions d’intérêts), mais qui se voit remettre une dette s’enrichit encore plus. Nous parler du pardon comme d’une remise de dette, c’est donc nous dire que le pardon est d’abord un enrichissement pour celui qui est pardonné. Et un don, de la part de celui qui pardonne.
Mais la remise d’une dette est plus encore qu’un enrichissement. A l’époque de Jésus, et on le voit dans la parabole, lorsque quelqu’un ne pouvait pas payer une dette, le dernier recours était de le réduire en esclavage avec sa famille. Cet esclavage par la dette n’a jamais tout à fait disparu, et il existe toujours aujourd’hui, de manière plus ou moins légale, plus ou moins subtile. Que ce soit à l’échelle des individus ou des nations, être le créancier de quelqu’un, c’est un bon moyen de lui faire faire ce que nous voulons qu’il fasse. Aussi, la remise d’une dette est-elle véritablement libération, délivrance. Ceci s’exprime très bien dans le grec biblique ou le terme que nous traduisons par  pardonner est afihmi, laisser aller.
C’est peut-être un peu pour ça que le pardon, celui que nous recevons et celui que nous donnons, nous gêne toujours un peu aux entournures, parce qu’il est de l’ordre du laisser aller et qu’à ce laisser aller, nous préférons le contrôle, la maîtrise des évènements. Laisser aller, c’est bien trop facile. Alors nous posons des conditions. Pour que le pardon soit valide, il faut une vraie repentance de la part du pardonné, il faut qu’il ait demandé pardon, il faut qu’il ne recommence plus. Mais non,  quand mon frère a péché contre moi, ce n’est pas 7 fois que j’ai à lui pardonner mais 70 fois 7 fois. Et ce, sans considération de sa demande ou non de pardon (Pierre ne demande pas quand mon frère me demandera pardon mais bien quand mon frère aura péché contre moi), de la sincérité de son repentir (quel crédit accorderai-je au repentir de quelqu’un qui me blesserait 70 fois 7 fois ?). Et pourtant, le pardon que nous recevons nous met bien devant une exigence, celle de pardonner nous aussi.

« Remet nous nos dettes comme nous remettons à nos débiteurs » C’est ainsi que mon père céleste vous traitera si chacun de vous ne remet pas à son frère… » Il y a, bien, selon Jésus, une exigence au pardon, et cette exigence est une exigence de pardon.
La parabole qui vient éclairer cette exigence de pardon permet de remettre bien les choses dans l’ordre, alors que le « pardonne-nous comme nous pardonnons » du Notre Père pouvait prêter à confusion. Il ne s’agit pas de dire pour être pardonné, il faut que tu pardonnes mais bien : parce que tu es pardonné, tu dois pardonner à ton tour.
Pourquoi ce devoir ? Pour bien comprendre, il nous faut reprendre plusieurs points de l’enseignement du Notre Père et de la parabole du débiteur impitoyable. Tout d’abord, nous demandons à Dieu que sa volonté de pardon soit faite « sur la terre comme au ciel. » « Sur la terre », c'est-à-dire là, maintenant, tout de suite. Nous ne demandons pas à Dieu son pardon pour la fin des temps, ou pour après notre mort, nous lui demandons son pardon sur notre terre, maintenant, dans notre vie. « Comme au ciel », c'est-à-dire de manière limpide, non cachée, non obscurcie, que nous voyions pleinement que ta volonté est faite. Bref, ce que nous demandons c’est de vivre aujourd’hui pleinement du pardon de Dieu.
Or, nous ne pouvons pas prétendre vivre pleinement le pardon de Dieu aujourd’hui, si nous ne pardonnons pas. Le pardon est un enrichissement, avons-nous vu, comment puis prétendre être enrichi si je vis comme un pauvre ? Comment puis-je prétendre vivre d’un cadeau immense qui m’a était fait, si je continue à être au centième près de ce cadeau ? Notre pardon est nécessaire parce qu’il montre que nous reconnaissons qu’un cadeau nous a été fait. Et non seulement le pardon est ce signe extérieur de richesse, mais en tant que chrétien, notre pardon est nécessaire parce qu’il est témoignage. Quand je refuse de pardonner, je me fais témoin d’un dieu qui pèse, qui juge, qui compte. Quand je pardonne, je me fais témoin de Dieu qui donne sans compter. C’est bien devant cette responsabilité que nous place le « Tout ce que vous lierez sur terre sera lié au ciel »
Mais cela va plus loin. Nous avons vu que le pardon est aussi libération. Or comment puis-je me prétendre libre si je reste captif des blessures que j’ai reçues, du mal qui m’a été fait ? Or c’est bien ce qui se passe quand je ne pardonne pas. Je reste là avec ma blessure plus ou moins profonde, plus ou moins grave et je la ressasse et je l’aggrave bien souvent. Mon refus de pardonner ou mon incapacité à pardonner disent bien que je ne suis pas libre. Pardonner, dans la bible c’est laisser aller. C’est une libération pour celui qui est pardonné, c’est aussi une libération pour celui qui pardonne.
    Seulement voilà. Je n’y arrive pas. Et bien souvent, ce n’est pas parce que je ne veux pas mais parce que je ne peux pas. Je sais bien que j’irais mieux si j’arrivais à pardonner, mais voilà, le pardon ne vient pas et ma blessure reste là, à me faire mal, à m’appauvrir, à m’emprisonner.
    C’est le moment de se rappeler qu’en plus d’être un enseignement le Notre Père est une prière, c'est-à-dire une demande, un aveu de notre pauvreté, de notre incapacité. Nous demandons « Que ta volonté soit faite » et le passif indique bien un acte de Dieu et non pas de nous même. Nous demandons « Pardonne nous » et je crois que nous devons demander aussi « Que nous pardonnions ».

Oui, mon frère, ma sœur, en demandant à Dieu son pardon, demande lui aussi la grâce immense de pardonner toi-même à ceux qui t’ont fait du mal. Demande lui cette richesse et cette liberté que l’on reçoit lorsque soi-même on pardonne. Que son pardon te fasse vivre. Que ton pardon soit ta vie.

Amen
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Les mercredis de Calvin (12) La Loi comme guide du croyant.

25 Mars 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

Les trois usages de la loi font partie des éléments connus de la théologie de Calvin. Voici ce qu'il en écrit dans l'Institution.

Le troisième usage de la Loi, qui est le principal, et proprement appartient à la fin pour laquelle elle a été donnée, a lieu parmi les fidèles, au coeur desquels l'Esprit de Dieu a déjà son règne et vigueur. Car bien qu'ils aient la Loi écrite en leurs coeurs du doigt de Dieu, c'est à dire bien qu'ils aient cette affection par la conduite du Saint Esprit, qu'ils désirent d'obtempérer à Dieu, toutefois ils profitent encore doublement en la Loi : car ce leur est un très bon instrument pour leur faire mieux et de jour en jour entendre quelle est la volonté de Dieu, à laquelle ils aspirent, et les confirmer en cette volonté. Comme un serviteur, bien qu'il soit délibéré en son coeur de servir bien à son maître, et lui complaire bien en tout, toutefois il a besoin de connaître familièrement et bien considérer ses moeurs et conditions, afin de s'y accommoder. Et personne parmi nous ne se doit exempter de cette nécessité. Car nul n'est encore parvenu à telle sagesse qu'il ne puisse par la doctrine quotidienne de la Loi, s'avancer de jour en jour, et profiter en plus claire intelligence de la volonté de Dieu.
L'Institution Chrétienne II §7. 12

Le troisième usage de la Loi vient rappeler que, pour Calvin, la grâce n'est pas un aboutissement mais bien un point de départ. A l'homme régénéré par Jésus Christ, une nouvelle vie est possible, une vie véritable au service de Dieu
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Et si Dieu s'appelait John ?

24 Mars 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Bon, on va commencer par un dogme : Watchmen c'est pas du cinéma (même si le film est pas mauvais du tout), c'est de la bande dessinée. De la très bonne. Ceci dit si vous êtes allergique aux super héros, à la violence, à la philosophie un peu facile ou au pessimisme, c'est peut-être pas la peine d'essayer non plus.
Sur un plan théologique, le plus évidement intéressant des personnages, c'est Dr Manhattan. Dr Manhattan, ou John, a été littéralement atomisé au cours d'un accident et, grâce à ses talents d'horloger, il s'est reconstitué, molécule par molécule (ben oui, on est dans le genre superhéroïque). De cette expérience, outre une très belle couleur bleue, il a retiré le pouvoir de soumettre la matière à ses moindres désirs ainsi qu'une perception simultanée du temps (pour lui, passé et futur ne se distinguent plus du présent). Deux caractéristiques qui font de lui Dieu compris comme l'être suprême : omnipotent et omniscient. Et pourtant, John,  le docteur Manhattan n'est pas Dieu, en tout cas pas celui de Jésus Christ. Chose amusante le film l'exprime très bien tout en faisant un contre-sens complet : un journaliste demande au Dr Manhattan "Vous jonglez avec la matière, vous voyez l'avenir, êtes-vous Dieu ?" Réponse de l'intéressé : "Non, je ne peux voir que mon avenir" Assez ironiquement, l'esprit de cette réponse "je ne suis pas aussi puissant que ça" est faux, alors que dans sa lettre, la réponse est juste :  si John n'est pas Dieu (pas le Dieu d'Israël et pas le Dieu de Jésus Christ donc pas Dieu puisqu'il ne saurait y avoir qu'un seul Dieu), ce n'est pas par manque de puissance mais bien parce que son omnipotence et son omniscience le conduisent à se détourner de l'humanité. Or, ce qui fait de Dieu notre Dieu, c'est qu'il se tourne vers nous, c'est qu'il fait alliance avec nous. C'est ce mouvement de Dieu vers nous que la Bible ne cesse de nous raconter, de la Création à la Pentecôte en passant par le Sinaï et le Golgotha, se fichant royalement de toute autre considération : c'est parce qu'il se tourne vers nous que nous reconnaissons Dieu comme notre Dieu.

Mais voici ce qui distingue l'oeuvre de Dieu en Jésus-Christ en tant qu'elle constitue le centre, la somme, la présupposition et le fondement de la création et de la réconciliation: en Jésus-Christ, Dieu est devenu lui-même créature, en devenant un avec elle, c'est-à-dire avec l'homme. Ainsi, il n'est pas seulement entré en communion avec la créature, tout en la laissant suivre sa propre voie, comme le montre la création; ou, comme on le voit dans le cadre de la réconciliation et de la rédemption, il ne s'est pas borné à la secourir et à lui accorder la vie éternelle dans son royaume. Non, ce qui distingue cet événement de tous les autres événements dans lesquels Dieu, en vertu de son libre amour, entre en communion avec la créature, c'est le fait qu'en Jésus-Christ il s'identifie avec elle. La présence de l'homme Jésus est identique à la présence de Dieu lui-même: non pas seulement comme Créateur et Seigneur, non pas seulement dans la grâce réconciliatrice, non pas seulement comme le roi, l'appui et le maître de la créature, et donc non pas seulement dans le témoignage de l'homme - bien qu'il ne cesse pas d'être tout cela ! - mais en ce sens qu'il s'atteste directement lui-même dans et par l'existence de cet homme particulier.
K. Barth. La dogmatique. 31.2

Je n'ai pas dit : le surhomme existe et il est américain, j'ai dit Dieu existe et il est américain. A. Moore.
Faux. Dieu, c'est cet homme de Galilée qui n'a rien d'un surhomme.

A. MOORE et D. GIBBONS : Watchmen. Zenda Edition. 1987
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L'enseignement du Notre Père (3) Quand ton Règne nous délivre

23 Mars 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Dimanche 22 mars 09
Psaume 97
Matthieu VI, 10 et 13
Marc IX, 14-29

Nous continuons notre plongée dans le Notre Père lu comme un chiasme ou comme un chandelier à 7 branches. Et nous voici donc à la paire : que ton règne vienne, ne nous conduit pas à la tentation mais délivre nous du mal" Une paire de branches que va éclairer le récit de Marc puisqu'il nous parle du mal, de libération et de prière.

C'est d'après la version de Matthieu que nous  formulons le Notre Père tel que nous le connaissons aujourd'hui. Pourtant, nous en avons changé deux aspects : nous avons remplacé la remise de dette par le pardon (nous verrons cela dimanche prochain) et nous avons remplacé le Malin par le Mal. Ah ah ! Vieille question : vaut-il mieux parler du diable ou du mal ? Faut-il personnifier le mal ? J'ai ma petite idée là-dessus, je la crois argumentée mais ce matin, je préfère que nous penchions sur la réponse que donne Marc dans le récit que nous venons d'entendre. Marc nous parle d'un enfant possédé par un démon. Mais ce possédé ne fait pas tourner sa tête à 360 degré, il ne parle pas des langues disparues, il ne vomit pas sa purée de pois aux visages des disciples de Jésus comme dans L'exorciste, les symptômes qu'il présente sont ceux que n'importe quel médecin actuel attribuerait à l'épilepsie. Attention, ne tirons pas de conclusions trop hâtives, il s'agit simplement de monter que, dans ce récit, pour désigner le mal, Marc utilise un vocabulaire aussi bien démoniaque que médical. L'enfant est-il épileptique ou possédé ? L'épilepsie est-elle une possession démoniaque ? La possession démoniaque est-elle un langage archaïque pour dire des maladies bien connues aujourd'hui ? En fait, ce débat concerne les médecins et les démonologues mais pas vraiment les témoins de l'évangile que nous sommes. Pour nous, ce qui est important, c'est que l'enfant soit guéri. De même, l'important n'est pas le mal ou le malin mais bien "délivre nous".

Délivre-nous du mal. Le mal, c'est quelque chose dont on doit être délivré. La lutte contre le mal est donc une lutte pour la liberté. Mais qu'est-ce que c'est que la liberté ? Bien sûr, être libre ne consiste pas à faire ce qu'on veut. Si c'était le cas, la liberté ne serait qu'une chimère. Aujourd'hui on voit plus souvent la liberté dans la possibilité de choisir. Cela me paraît une vision assez restrictive et somme toute problématique de la liberté. Problématique parce que si la liberté c'est le choix alors que penser des prisonniers volontaires ? Suis-je moins esclave parce que je choisi de l'être ? Restrictive parce qu'elle fait sortir du champs de la liberté des choses telles que la naissance ou l'amour. Du reste, le récit de Marc qui est un récit de libération, c'est incontestable, et il n'évoque aucun choix de la part de celui qui est libéré. Si vous regardez le geste par lequel Jésus libère l'enfant : il lui prend la main, il le fait lever. Jésus libère l'enfant en se saisissant de lui et en lui faisant faire quelque chose. On retrouve la même idée dans le Notre Père qui dit dans le même élan : "Ne nous laisse pas tomber dans la tentation mais délivre nous du mal" et "que ton règne vienne". Si la liberté consistait à choisir, alors la tentation serait l'expression suprême de notre liberté. Mais voilà que nous demandons à Dieu de nous en délivrer. Plus encore, quand nous suivons sa forme de chiasme, le Notre Père nous enseigne que c'est en régnant sur nous que Dieu nous délivre !
Et nous voilà avec une nouvelle vision de l'esclavage : être esclave, c'est bien pire que ne pas faire ce qu'on veut ou ne pas avoir le choix, être esclave c'est faire ce pour quoi nous ne sommes pas faits. L'enfant est captif parce qu'il n'est pas fait pour être jeté à terre, dans le feu ou dans l'eau. Et pensons à toutes ces fois où nous ressentons bien cette oppression, où nous sentons bien que ce n'est pour cela que nous sommes faits. Parfois l'oppression est extérieure : je ne suis pas fait pour souffrir sur ce lit d'hôpital. Parfois, elle est intérieure : je ne suis pas fait pour ruminer ainsi de la colère voire de la haine contre mon voisin. Parfois même, ce sentiment nous vient d'une situation que nous avons voulue, ou choisie. Bien sûr, nous ne nous expliquons pas toujours cette souffrance, nous ne l'identifions pas toujours et dès lors, il nous devient très difficile de la combattre.
Et pourtant elle est bien là, elle est toujours là, pour chacun de nous. Parce que si elle prend différente forme, elle est l’expression de notre principal esclavage, de notre principale incapacité à être ce pour quoi nous sommes fait. Nous sommes fait pour être les créatures de Dieu, pour dépendre totalement de lui et nous le refusons, nous aspirons à l’autonomie, nous voulons être Dieu nous-même ou être sans dieu (ce qui revient au même).

Puisque notre esclavage consiste précisément à refuser d’avoir besoin de Dieu, comment pourrions-nous nous en libérer par nous-même ? Et bien encore, la guérison de l’épileptique de l’enfant peut nous éclairer.
Jésus nous enseigne : "cette espèce de démon ne peut sortir que par la prière". Il est des maux que nous pouvons combattre par différents moyens, avec l'aide de Dieu, mais face à celui-là, face à ce mal qui nous pousse là ou ne nous devrions pas être, qui nous fait faire ce pour quoi nous ne sommes pas fait, il n'y a  que la prière.
Or, le texte nous montre Jésus délivrant l’enfant sans prier. Alors où est la prière dans le récit ? Elle est, je crois, dans la bouche du père : « je crois, viens au secours de mon incrédulité ». Comme toute confession de foi c’est une prière. Mais il faut bien reconnaître que c’est une confession de foi paradoxale. C’est en reconnaissant son manque de foi, que le père affirme tout le sérieux de sa confiance en Jésus. Il n’essaye pas de tricher, de se montrer plus confiant qu’il ne l’est vraiment et c’est cette honnêteté qui manifeste bien sa confiance.
Eh bien, je crois que notre « Que ton règne vienne, délivre nous du mal » est une prière du même genre. Quand nous disons sérieusement, sans tricher, « délivre-nous du mal et de la tentation», nous reconnaissons notre incapacité à accepter le règne de Dieu sur nous.
Et quand nous disons « Que ton règne vienne », en fait nous affirmons que ce règne est déjà là. En effet, si le règne de Dieu n’était pas déjà en action en nous, nous ne pourrions pas demander qu’il vienne. Sans le règne de Dieu sur nous, nous ne pouvons pas vouloir que Dieu règne sur nous. Exactement comme le père de l’enfant ne pourrait pas reconnaître qu’il a besoin de Jésus dans son manque de foi, s’il n’avait déjà la foi (et bien sûr, si cette foi qu’il manifeste déjà ne lui venait pas de Dieu, il ne demanderait pas son aide pour croire davantage).
Ainsi, en étant notre prière « Que ton règne vienne, délivre nous du mal » est déjà la réalisation de cette prière. En me tournant vers Dieu pour qu’il règne, je montre que déjà, je reconnais son règne. En me tournant vers Dieu pour qu’il me délivre du mal, je manifeste que déjà, il m’a libéré de mon incapacité à le reconnaître comme seule source de liberté. Dans cette demande du Notre Père comme dans la confession de foi du père « Je crois, viens au secours de mon manque de foi » je suis déjà pris dans le mouvement de vie.

Frères et sœurs, en nous tournant vers notre Dieu pour que, par son règne il nous délivre, affirmons face au mal qui semble dominer notre monde et nous-mêmes, face à tous nos esclavages et à toutes nos impuissances, la victoire déjà présente de Notre Père dans le ciel qui nous rejoint dès aujourd’hui.

Amen
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Petites réflexions sur trois points d'actualité catholique

19 Mars 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Faute de temps, de courage pour écrire aussi, et puis parce que je n'aime pas réagir trop à chaud, je n’ai pas du tout commenté l’actualité ultra-médiatisée de l’Eglise Catholique Romaine. Heureusement, les derniers propos de Benoît XVI en Afrique ont poussé un bon nombre de blogueurs à faire une reprise en un seul paquet des trois dernières affaires, du coup je peux en faire autant sans que ça se voit trop.

On commence par le dernier. « Je dirais qu'on ne peut pas résoudre le problème du SIDA avec l'argent, même s'il est nécessaire. On ne peut pas résoudre le problème du SIDA avec la distribution de préservatifs ; au contraire elle aggrave le problème. » Bon, alors d’une part Benoît XVI, comme Jean Paul II avant lui, a entièrement raison  : l’abstinence et la fidélité sont de bien meilleures préventions contre le SIDA que le préservatif. C’est un argument fondé et il est regrettable qu’on refuse de le prendre au sérieux et de s’interroger sous prétexte que c’est un argument catholique (je devrai écrire chrétien, d’ailleurs) En revanche, affirmer que la distribution de préservatif aggrave le problème, c’est dire que lorsqu’on distribue des préservatifs, on dit aux gens : « Allez-y vous pouvez baiser dans tous les coins, vous êtes protégés, ayez donc une vie sexuelle irresponsable. » Pour reprendre l’image utilisée par un des commentateur d’Eolas (je crois), c’est comme si on disait aux gens « Quand on vous dit de mettre votre ceinture de sécurité c’est pour vous inciter à conduire comme des malades ». Il est possible, et même vraisemblable que certains le prennent ainsi, que certains pensent que le préservatif est une couverture qui autorise tout. Mais il est tout à fait possible et vraisemblable que d’autres se disent « Puisque le vagabondage sexuel est un péché et que mettre un préservatif est un péché, autant ne pas ajouter le péché au péché et le préservatif au vagabondage ». Bien sûr que ce n’est pas ce qu’enseigne l’Eglise catholique, mais le vagabondage n’est pas non plus ce qu’enseignent les promoteurs du préservatif. Bref, que l’on soit catholique ou non, on peut regretter que face à une tragédie comme celle du SIDA, un homme de l’intelligence de Benoît XVI, ne trouve rien de mieux que de rester dans un bras de fer stérile entre deux moyens de lutte. Et si le préservatif et la fidélité ne s’excluaient pas l’un l’autre ? Et si, puisqu’elle refuse (et c’est son droit) le préservatif, l’Eglise Catholique essayait de faire la promotion de la fidélité sans attaquer le préservatif ? (Oui bien sûr, les défenseurs de la capote pourraient de leur côté ne pas attaquer la vision chrétienne de la fidélité, mais bon, je ne crois pas déraisonnable de demander à une Eglise Chrétienne d’être la première à chercher l’attitude fraternelle au-delà du désaccord…)

Pour l’affaire de la fillette brésilienne, j’avoue nager un peu. J’ai eu vent de cette affaire par un ami diacre m’envoyant la demande de levée de l’excommunication par Mgr Yves Patenôtre. A l’époque, les choses me paraissaient assez simples : l'archevêque José Cardoso Sobrinho avait prononcé une excommunication sévère « pour l’exemple» (histoire de rappeler que l’IVG aux yeux de l’Eglise Catholique Romaine c’est mal dans tous les cas de figures, le problème de la lutte contre le relativisme c’est que la casuistique, pour laquelle l’Eglise Catholique m’a toujours paru assez forte, y laisse des plumes aussi), excommunication qu’avait soutenue le cardinal Giovanni Battista Re, préfet de la congrégation pour les évêques au Vatican. Heureusement, la voix d’autres autorités tout aussi catholiques se faisait entendre pour appeler à plus de compassion. Je me préparais à faire quelque recherche sur l’excommunication, parce que j’étais surpris qu’un péché puisse entraîner aussi rapidement l’excommunication (je pensais simplement que dans la théologie catholique, ce péché devait être absout au cours du sacrement de réconciliation). Finalement, les voix militant pour la compassion avaient été entendues et l’excommunication était levée. Mais en fait, c’est en lisant la tribune Mgr Fischella, par ailleurs pleine de compassion pour la petite Carmen, les choses ne me semblent pas si simple. Le concile Vatican II, dans Gaudium et spes - document d’une grande ouverture et prise en compte du monde contemporain - emploie de manière inattendue des mots sans équivoque et très durs contre l’avortement direct. Même la collaboration formelle à cet acte constitue une faute grave qui, lorsqu'elle est réalisée, place automatiquement hors de la communauté chrétienne. En termes techniques, le Code de droit canonique emploie l’expression latae sententiae pour indiquer que l'excommunication se réalise dans l'instant même où le fait se produit. Retenons qu'il n'y avait nul besoin de tant d'urgence et de publicité pour déclarer un fait qui se réalise de manière automatique. Bref, ce n’est pas l’excommunication qu’a dénoncé Mgr Fischella, c’est le fait de l’avoir rendue publique… Du coup, je ne suis pas si sûr que l’annulation de l’excommunication, ne soit pas un raccourci journalistique de plus et que la mère de Carmen et les médecins qui ont pratiqué l’IVG ne soient plus en dehors de la communauté (ainsi d’ailleurs que Carmen, au regard de Gaudium et Spes). Au début j’ai vu cette affaire comme un drame de la médiatisation : des lobbies pro et anti-IVG s’emparant de la souffrance d’une enfant comme d’un champs de bataille. Mais je crois qu’en plus, une fois de plus, l’Eglise Catholique Romaine est empêtrée dans une loi qui l’empêche de parler d’amour de façon crédible.

L’affaire Williamson ne m’avait pas vraiment passionné. Je ne crois pas une seconde que l’Eglise Catholique soit dans une phase négationniste ou anti-sémite et je voyais surtout dans cet incendie médiatique un arbre cachant la forêt : le cœur de la question est le mouvement de réintégration des Lefebvristes. Cette réintégration transformera sans doute en profondeur le paysage œcuménique mais je n’ai pas assez de donnée pour en faire une analyse pertinente (et puis c’est pas mon boulot). En revanche, j‘ai lu avec beaucoup d’intérêt la lettre ouverte à ceux qui veulent bien réfléchir de Mgr Hyppolite Simon qui remet bien les pendules à l’heure. Pourtant, je n’ai pas pu m’empêcher de me poser deux questions. Moi je veux bien voir Vatican II à la lumière de la parabole du fils prodigue (en y mettant beaucoup de bonne volonté), mais si les intégristes sont le fils aîné, qui est le fils prodigue ? (j'ai bien peur que le Père de la parabole soit le pape ou l'Eglise Catholique Romaine)
Plus sérieusement, je suis très gêné par une lettre qui évoque en même temps l’habileté politique de Benoît XVI pour obliger les intégristes à reconnaître l’autorité de Vatican II et l’amour nécessaire à avoir entre frères chrétiens. Forcément, ça laisse un peu de soupçons sur toute délcaration d'accord que l'on pourrait signer avec l'Eglise Catholique Romaine : l'amour : une stratégie pour absorber l'autre ? Bof.
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