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Miettes de théologie

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Remariages

3 Mars 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Bonjour monsieur le pasteur, nous souhaiterions avoir une cérémonie religieuse pour notre mariage. Nous ne sommes protestants ni l'un ni l'autre mais dans notre Eglise d'origine, on nous l'a refusée parce que mon (ma) conjoint(e) est divorcé. Est-ce que c'est possible ?

La demande est de plus en plus fréquente. Et de mon côté,  de notre côté plutôt, puisque la décision a été prise en conseil presbytéral, la réponse est de plus en plus sytématiquement "oui". Mais on se rencontre, on prépare et j'explique ou j'essaye.
J'explique tout d'abord tout d'abord que dans les Eglises protestantes, le mariage n'est pas un sacrement et que c'est pour cela que le divorce est reconnu ainsi que la possibilité de vivre ensuite une nouvelle histoire d'amour. Mais que cela implique que ce que nous proposons n'est pas fondamentalement différent de la "bénédiction non sacramentelle" que proposent certains prêtres. Pas fondamentalement (nous ne marions pas mais prononçons une parole de bénédiction sur un acte civil) mais il reste quand même une différence importante : ce que nous proposons à ces couples n'est absolument pas différent de ce que nous proposons aux autres. Nous reconnaissons leur engagement comme mariage à part entière. C'est sans doute pour cette raison qu'alors même que je leur dis qu'il existe une possibilité dans leur Église, ils préfèrent maintenir leur demande, pour vivre leur mariage comme la concrétisation de leur amour et non pas comme une cession de rattrapage.
J'explique ensuite qu'ils ne sont absolument pas obligés de devenir protestants. C'est bien sûr une célébration protestante que nous leur proposons mais pas une conversion. En quelque sorte, nous "prêtons" une célébration à des frères et soeurs en Christ. S'ils s'intéressent au protestantisme, ils seront bienvenus mais ce sera une autre démarche et pas une condition.
Enfin, et c'est souvent le plus difficile, j'essaye d'expliquer que nous n'accueillons pas ainsi au nom de la tolérance ou de l'ouverture, encore moins parce que nous sommes "modernes" mais au nom de Jésus Christ et que c'est lui, Dieu qui donne et se donne, que nous annonçons en accueillant ainsi, et que c’est de lui que nous parlerons en ce jour de mariage.

A la base, bien souvent une demande rite mais surtout, une occasion de cheminer ensemble, une occasion de dire qui, pour nous est à la source de l'amour, une occasion de parler de résurrection.

L'enseignement du Notre Père (1) Notre père dans les cieux

1 Mars 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du 1er mars 2009
Psaume 89 2 à 30
Romains VIII, 14 à 17
Matthieu VI, 5 à 15

 
Au milieu du sermon sur la montagne, Jésus donne un enseignement sur la prière, enseignement qui se terminera par la Notre Père. Avant d’arriver à ce contenu, Jésus commence par un enseignement « technique » : qui prier, comment prier et par cet enseignement technique nous donne un enseignement de fond sur le pourquoi prier qui éclairera le Notre Père.

    Qui prier ? La réponse est évidente, pour le juif Jésus on ne peut prier que le Dieu d’Israël, le Dieu unique. Mais ce Dieu, Jésus l’appelle ici « père » ou plus exactement ton père, votre père, notre père, je reviendrai sur cet emploi du possessif.
Comment prier ? Tout d’abord la prière n’est pas un acte public, elle se fait dans le secret d’une chambre verrouillée. A priori, cette condition ne devrait pas trop nous déranger, tant nous autres réformés sommes souvent bien timides à exprimer notre foi en public. Alors que la Bible nous appelle tellement à témoigner, à crier sur les toits, enfin Jésus nous donne un enseignement qui flatte notre discrétion naturelle ! Deux remarques cependant : prier dans le secret de la chambre la plus éloignée signifie que la prière est un acte éminemment personnel : ce n’est pas pour le regard des autres que nous prions mais pour nous. Dans cette perspective, prier à l’écart par peur du regard des autres devient assez semblable à prier en public pour être vu : c’est accorder trop d’importance aux regard des autres.Si je prie pour être vu, j'ai déjà ma récompense : je suis vu. Si je prie pour ne pas être vu, j'ai déjà ma récompense : je ne suis pas vu. Se cacher et se montrer c'est se situer dans le regard des autres, alors que la prière m'appelle à ne me placer que par rapport au regard de Dieu.
Deuxième remarque : nous avons, en Eglise, nos temps de prière publique : au culte, dans les partages bibliques, avant les repas… Ces temps de prières publiques ont certainement leur utilité mais Jésus nous enseigne ici qu’ils ne suffisent pas, ils ne remplacent pas cette prière personnelle qui est un face à face avec Dieu. Bref, ce texte pose à chacun de nous une question importante : est-ce que je me donne du temps pour la prière, dans le secret de la chambre la plus éloignée ?
    Comment prier ? Ensuite, il ne s’agit pas de multiplier les litanies Ne rabâchez pas comme le font les païens. La prière n’est pas une répétition de formules plus ou moins magiques qui mettrait la divinité dans de bonnes dispositions. D’ailleurs Jésus précise : Votre Père sait de quoi vous avez besoin avant que vous le demandiez. L’enjeu de la prière n’est donc pas de faire connaître à Dieu nos désirs ou mêmes nos besoins, qu’ils soient matériel (besoin du pain quotidien) ou spirituels (besoin du pardon), il les connaît. Nous ne prions pas pour être exaucé, nous dit Jésus. Mais alors pourquoi prions-nous ?
Eh bien nous prions pour être en présence de Dieu, ou plus exactement pour comprendre que nous sommes en présence de Dieu. La prière, notre prière est d’abord un enseignement : elle nous dit quelque chose de Dieu et donc quelque chose de nous-même. Puisque, pour reprendre une citation célèbre d’un certain réformateur genevois « La connaissance de Dieu et de nous sont choses conjointes »

Et c’est d’abord ainsi qu’il nous faut comprendre le Notre Père : ce n’est pas une formule magique qui nous ouvrirait le cœur de Dieu, ce n’est pas non plus un mantra à réciter pour nous mettre en bonne condition (encore que selon Luther, ça peut l’être), ce n’est pas le cri de ralliement des chrétiens (encore que là, encore, cela puisse le devenir) mais c’est un enseignement sur Dieu, un enseignement que nous pouvons recevoir dans nos cœurs et nos intelligences. Et c’est cet enseignement contenu dans le Notre Père qui va nous accompagner tout au long de notre carême.
Récemment, dans le cadre d’amitié judéo-chrétienne, des rabbins se sont penchés sur le Notre Père, dans sa forme définitive, c'est-à-dire en incluant la doxologie finale) et y ont trouvés deux choses. Tout d’abord on retrouve tous les éléments, toutes les formules du Notre Père dans d’autres prières juives : le Notre Père forme une sorte de patchwork ou plutôt d’anthologie des grandes prières du judaïsme. Ensuite, le Notre père est formé selon une structure très utilisée dans le Premier Testament, une structure que l’on retrouve du reste dans le Nouveau Testament : le chiasme.
Un chiasme c’est une forme littéraire qui consiste à distribuer les éléments d’un passage, de façon à ce qu’ils se correspondent deux par deux autour d’un centre ABCB’A’. Mais puisqu’un petit dessin vaut mieux qu’un long discours, voilà un chiasme (image du chandelier à 7 branches). Les 7 demandes du Notre Père forment donc un chiasme précédé d’un préambule : Notre Père dans les cieux.

Notre Père qui êtes aux cieux, restez-y ! Ecrivait Prévert. Malgré toute l’admiration que j’ai pour le poète et son œuvre, ici, je dois dire qu’il n’avait rien compris. En effet appeler YHVH, le Dieu dans les cieux : Notre Père, c’est dire, très précisément qu’il n’y reste pas.
Dans les cieux , cela va sans dire, mais ça va mieux en le disant , cela ne veut pas dire que Dieu habite dans le ciel. Inutile de se munir d’un bon télescope, inutile d’interroger Gagarine, inutile de lever les yeux en l’air, vous ne le trouverez pas là. Simplement, c’est une formule qui exprime que Dieu se situe au-delà de l’univers connaissable, maîtrisable par l’homme et également qu’il domine ce monde dans lequel nous vivons. On surélève toujours celui qui dirige : cela lui permet de mieux voir. Eh bien dire que Dieu est dans les cieux, c’est l’élever au dessus de tout. Et l’élever au dessus de tout, c’est dire que la force qui domine cet univers, c’est lui, qu’il n’est soumis à rien ni à personne. C’est donc avoir sur notre univers un regard très différent.
Car ce Dieu qui domine et dirige, ce Dieu très haut, ce Dieu qui est le Seigneur, le Roi de l’Univers, est aussi notre père, par trois fois, Jésus nous le répète. Bien sûr, dans la société de Jésus, le père est le patriarche, celui qui donne la vie mais aussi celui qui dirige et qui décide. Mais cela ne doit pas nous faire oublier qu’à l’époque de Jésus comme aujourd’hui, le père, aussi patriarcale soit-il est aussi celui qui aime. En appelant Dieu « Notre Père », nous disons bien sûr que nous lui devons la vie, mais nous ne l’appelons pas « Notre créateur ». En appelant Dieu « Notre Père », nous affirmons bien sûr sa supériorité mais nous ne l’appelons pas « Notre roi » ou « Notre Seigneur ». C’est donc bien l’amour qu’il nous faut souligner lorsque nous parlons de notre père. (Certain(e)s feront remarquer que cet amour aurait été tout aussi bien, voire mieux exprimé en appelant Dieu « Notre mère » : c’est vrai. Mais rappelons nous que cette proximité de Dieu avec nous signifie qu’il est venu à une époque,d ans une culture donnée, une culture dans laquelle il aurait été impossible de dire Dieu au féminin. Et rappelons nous également qu’aujourd’hui, appeler Dieu « Notre Mère » serait aussi réducteur que de l’appeler « Notre Père ».)
Avons-nous conscience de l’audace qu’il faut pour dire le « Notre Père », rien que dans la première phrase, nous osons appeler le Dieu créateur et juge de l’univers, le Dieu maître de toutes choses : « Notre père ». Nous osons nous réclamer de son amour, nous osons nous prétendre fils ou fille du patron, nous osons nous poser comme héritiers légitimes. En nous apprenant le Notre Père, Jésus nous enseigne à nous présenter à Dieu non pas tremblants de peur comme devant un juge mais certains de son amour, certains de sa bonté, certains qu’ils nous donne ce dont nous avons besoin.
Et c’est dans la certitude de cet amour que nous pouvons dire « Notre ». C’est curieux, non, d’utiliser la première personne du pluriel. Bien sûr quand nous le disons d’un seul cœur et d’un même élan dans nos communautés, cela tombe sous le sens mais cette prière, Jésus nous a enseigné à la dire loin des regards, dans le secret de la chambre la plus éloignée. Et là, seul avec Dieu et avec nous-même, je dis « nous ». Parce que si Dieu est mon père, il est aussi celui de mon épouse, de mes enfants, de mes parents, de mes amis, de mes paroissiens, de mes voisins, de mes ennemis. Me présenter face à Dieu c’est déjà être relié aux autres par un lien des plus forts : je dis à Dieu « notre Père » et je me souviens que tous les autres sont mes frères et sœurs. Et l’audace qui me pousse à m’affirmer fils ou fille de Dieu me tourne aussitôt vers les autres non pas dans un esprit de supériorité mais de fraternité.

« Notre père qui es aux cieux », en une phrase, nous affirmons que notre univers n’est pas un chaos incompréhensible et menaçant mais qu’il a un maître,  que ce maître nous déclare ses enfants chéris et qu’ainsi, il nous relie les uns aux autres comme frères et sœurs.
Aussi, mon frère, ma sœur, que cette prière soit toujours présente dans le secret de ton cœur. Dans les moments où nul ne peut te rejoindre, où tu es seul avec toi-même face à ta joie, à ta peur, à ton chagrin. Dis toi que tu n’es pas seul mais avec « Notre père dans les cieux ».
Amen

Les mercredis de Calvin (8) Vivre la providence

25 Février 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

S’il nous advient quelque adversité, nous élèverons incontinent notre cœur à Dieu, lequel seul le pourra former à patience et tranquillité. Si Joseph se fût arrêté à méditer la déloyauté de ses frères et le lâche tour qu’ils lui avaient fait, jamais il n’eût eu le courage fraternel envers eux. Mais parce qu’il convertit sa pensée à Dieu, oubliant leur injure, il fut fléchi à mansuétude et douceur, allant jusqu’à les consoler lui-même, en disant : Ce n’est point vous qui m’avez vendu pour être amené en Egypte ; mais par la volonté du Seigneur, j’ai été envoyé devant vous, pour votre profit. Vous aviez fait une mauvaise machination contre moi : mais le Seigneur l’a convertie en bien (Genèse XLV ; 8-L, 20) (…) David aussi bien, s’il se fut amusé à considérer la malice de Siméi, lequel le persécutait d’injures et à coup de pierres, eût incité les seins à le venger ; mais parce qu’il entend qu’il ne fait pas cela sans le mouvement de Dieu, il les apaise au lieu de les irriter : Laissez-le, dit-il, car Dieu peut-être lui a commandé de médire de moi (II Samuel XVI : 10-11) (…) S’il n’y a nul meilleur remède contre ire et impatience, ce ne sera pas mal profité à nous, quand nous aurons tellement appris de méditer la providence de Dieu en cet endroit, que nous puissions toujours réduire notre cogitation à ce point : le Seigneur l’a voulu, il faut donc prendre patience ; non pas seulement parce qu’il n’est pas loisible de résister, mais parce qu’il ne veut rien qui ne soit juste et expédient. La somme revient là, qu’étant injustement grevés par les hommes, nous laissions là leur malice, laquelle ne ferait qu’aigrir notre courroux et aiguiser nos affections à vengeance ; et qu’il nous souvienne de nous élever à Dieu, et nous tenir certains que c’est par son juste décret et prévoyance, que tout ce que nos ennemis attentent contre nous et permis, voire ordonné.
Institution Chrétienne Livre I §17. 8

Or, en cet endroit on peut voir une singulière félicité des fidèles. La vie humaine est environnée, et quasi assiégée de misères infinies. Sans aller plus loin, puisque notre corps est un réceptacle de mille maladies, et même en nourrit en soi les causes, quelque part où aille l’homme il porte plusieurs espèces de mort avec soi, tellement qu’il traîne sa vie quasi enveloppée avec la mort. Car que dirons nous autre chose, quand on ne peut avoir ni froid ni suer sans danger ? Davantage, de quelque côté que nous nous tournions, tout ce qui est à l’entour de nous non seulement est suspect, mais nous menace quasi ouvertement, comme s’il nous voulait intenter la mort. Montons en un bateau : il n’y a qu’un pied à dire entre la mort et nous. Que nous soyons sur un cheval : il ne faut sinon qu’il choppe d’un pied pour nous faire rompre le col. Allons par les rues : autant qu’il y a de tuiles sur les toits, autant sont-ce de dangers sur nous. Tenons une épée, ou que quelqu’un auprès de nous, en tienne : il ne faut qu’un rien pour nous en blesser. Autant que nous voyons de bêtes, ou sauvages, ou rebelles, ou difficiles à gouverner, elles sont toutes armées contre nous. Enfermons-nous en un beau jardin, où qu’il n’y ait que tout plaisir : un serpent y sera quelquefois caché. Les maisons où nous habitons, comme elles sont assiduellement sujettes à brûler, de jour nous menacent de nous appauvrir, de nuit de nous accabler. Quelques possessions que nous ayons, en tant qu’elles sont sujettes à grêles, gelées, sécheresse, et autres tempêtes, elles nous dénoncent stérilité, et par conséquent famine. Je laisse là les empoisonnements les embûches, les violences desquelles la vie de l’homme est partie menace en la maison, partie accompagnée aux champs. Entre telles perplexités, ne faudrait-il pas qu’un homme fût plus que misérable ? à savoir d’autant qu’en vivant il n’est qu’à demi en vie, s’entretenant à grand’peine  en langueur et détresse, tout comme s’il se voyait le couteau sous la gorge à chaque heure.
Quelqu’un dira que ces choses adviennent peut souvent, ou pour le moins qu’elles n’adviennent pas toujours, ni tout le monde ; d’autre part qu’elles ne peuvent advenir jamais toute en un coup. Je le confesse mais parce que par l’exemple des autres nous sommes avertis qu’elles nous peuvent advenir, et que notre vie ne doit pas être exemptée de nulle d’entre elles, il ne se peut faire que nous ne les craignions comme si elles nous devaient advenir. Quelle misère pourrait-on imaginer plus grande, que d’être toujours en tel tremblement et angoisse ? Davantage, cela ne serait point sans l’opprobre de Dieu, de dire qu’il eût abandonné l’homme, la plus noble de ses créatures, à la témérité de fortune. Mais mon intention n’est ici que de parler de la misère de l’homme, en laquelle il serait s’il vivait comme à l’aventure.
Au contraire, si la providence de Dieu reluit au cœur fidèle, non seulement il sera délivré de la crainte et détresse de laquelle il était pressé auparavant, mais sera relevé de tout doute. Car comme à bon droit nous craignons la fortune, aussi nous avons bonne raison de nous oser hardiment abandonner à Dieu. Ce nous est donc un soulagement merveilleux d’entendre que le Seigneur tient tellement toutes choses en sa puissance, gouverne par son vouloir, et modère par sa sagesse, que rien ne vient sinon comme il l’a destiné. Davantage, qu’il nous a reçus en sa sauvegarde, et nous a commis en la charge de ses anges, à ce qu’il n’y ait ni eau, ni feu, ni glaive, ni rien qui nous puisse nuire, sinon d’autant que son bon plaisir le portera. Car il est ainsi dit au Psaume : Il te délivrera des pièges du chasseur et de peste nuisante. Il te gardera sous son aile, et tu seras en sûreté sous ses plumes. Sa vérité te sera pour bouclier, tu ne craindras point les tumultes de nuit, ni la flèche quand elle sera tirée en plein jour, ni nuisances qui passent en ténèbres, ni le mal qu’on te voudra faire en la clarté du jour, etc. (Ps 91 : 3-6). De là, vient la fiance qu’ont les saints de se glorifier : Le Seigneur est mon protecteur, qu’est ce que je craindrais ? Si un camp est dressé contre moi, si je chemine en l’obscurité de mort, je ne laisserai point de bien espérer (Ps 27 : 3 ; 56 : 5 et ailleurs)
D’où est ce qu’aurait l’homme fidèle une telle assurance, laquelle ne peut être jamais ôtée, sinon que là où il semble que le monde soit témérairement tourné dessus et dessous, il répute que Dieu y besogne à le conduire, duquel il espère que toutes les œuvres lui sont salutaires ? S’il se voit assailli ou molesté du diable ou des méchants, n’a-t-il pas bon métier de se fortifier, en réduisant en mémoire la providence de Dieu sans le souvenir de laquelle il ne pourrait que désespérer ? Au contraire, quand il reconnaît que le diable et toute la compagnie des méchants sont tenus serrés de la main de Dieu comme d’une bride, tellement qu’il ne peuvent concevoir mal aucun ; ni quand il l’auront conçu, machiner à le faire ; ni quand ils machineront, l’exécute, ni même lever le petit doigt, sinon d’autant que Dieu le leur commande ; même que non seulement ils sont tenus en ses pièges ou manettes, mais qu’ils seront contraints par le frein de sa bride à lui obéir : en cela il a suffisamment à se consoler. Car comme il est en Dieu seul d’armer leur fureur, la tourner et convertir où bon lui semble, aussi est-il en son pouvoir de les restreindre à ce qu’ils ne fassent pas tout selon leur intempérance.
Institution chrétienne Livre I, §13 10 et 11

Dernier volet de cette vision calviniste de la providence avec des applications pratiques : reconnaître que tout vient de Dieu c'est être libre toute rancoeur et de tout effroi.

Rater sa vie, la réussir ou la recevoir ?

20 Février 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse

Au cours d'une émission de télé, pour défendre le plan comm' de Nicolas Sarkozy, Jacques Séguéla déclare "si à 50 ans on n'a pas une Rolex, on a raté sa vie", devenant la risée du Net. Je ne sais pas si Jacques Séguéla a une Rolex mais il a sûrement raté une belle occasion de se taire.
Si le critère de J. Séguéla est risible, caricature extrême de notre soif d'avoir et de paraître, cette phrase malheureuse (mais peut-être calculée) me pose une question plus profonde : "ça veut dire quoi, réussir ou rater sa vie ?". Non pas "quels sont nos critères de ce qu'est une vie réussie ou ratée ?" mais plutôt pourquoi pensons-nous toujours notre vie en  terme de réussite et d'échec ?
Aujourd'hui, notre naissance est, dans la plupart des cas, un choix qui n'est pas le notre (je veux dire
jamais notre choix et souvent celui de nos parents). Mais nos parents nous ont-ils donné la vie dans un but précis que nous pourrions rater ou atteindre ? Je n’en ai pas l’impression, de ma propre expérience parentale, je crois qu’avant même que se projettent les désirs de parents pour leur progéniture, il y a tout simplement un acte d’amour. Et même si ce n’était pas le cas, même si nos parents nous donnaient naissance dans un but bien précis, est-ce que la manière dont nous nous conformons à ces projets, ces désirs nous définiraient ?
Voyons nous notre vie comme une mission (je dois avoir une Rolex avant 50 ans, je dois changer le monde dans lequel je vis, je dois reproduire mes gènes) ou comme un cadeau ?
Je suis bien sûr que le fait de rater ou réussir sa vie ne dépend pas de ce que nous passerons à notre poignet, mais j'ai bien peur que l'homme soit condamné à poser sa vie en terme de but à atteindre (que ce soit transformer le monde ou avoir une rolex) au lieu de la voir comme un don, alors que c'est ainsi qu'elle prend précisément tout son sens.

Les mercredis de Calvin (7) la providence comme soli Deo gloria

18 Février 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

 


Et de fait, le Seigneur s’attribue toute puissance, et veut que nous la reconnaissions être en lui : non pas telle que les sophistes l’imaginent, vaine, oisive, et quasi assoupie, mais toujours veillante, pleine d’efficace et d’action et aussi qu’il ne soit pas en général et comme en confus le principe du mouvement des créatures (comme si quelqu’un ayant une fois fait un canal et dirigé la voie d’une eau à passer dedans, la laissait ensuite couler d’elle-même), mais qu’il gouverne même et conduise sans cesse tous les mouvements particuliers. Car ce que Dieu est reconnu comme  tout-puissant, n’est pas pour qu’il puisse faire toute chose, et néanmoins se repose, ou que par une inspiration générale il continue l’ordre de nature tel qu’il l’a disposé au commencement : mais d’autant que gouvernant le ciel et la terre par sa providence, il dirige tellement toutes choses que rien n’advient sinon ainsi qu’il l’a déterminé en son conseil (Ps. 115 ; 3). Car quand il est dit en ce psaume, qu’il fait tout ce qu’il veut, cela s’entend d’une volonté certaine et propos délibéré. Et, de fait, ce serait une maigre fantaisie d’exposer les mots du prophète selon la doctrine des philosophes, à savoir que Dieu est le premier motif, parce qu’il est le principe et la cause de tout mouvement : au lieu que plutôt c’est une vraie consolation, de laquelle les fidèles adoucissent leur douleur en adversités, à savoir qu’ils ne souffrent rien que ce ne soit par l’ordonnance et le commandement de Dieu, d’autant qu’ils sont sous sa main. Que si le gouvernement  de Dieu s’étend ainsi à toutes ses œuvres, c’est une cavillation puérile de le vouloir enclore et limiter dedans l’influence et le cours de nature.

Et certes, tous ceux qui restreignent en si étroites limites la providence de Dieu, comme s’il laissait toutes créatures aller librement selon le cours ordinaire de nature, dérobent à Dieu sa gloire et se privent d’une doctrine qui leur serait fort utile : vu qu’il n’y aurait rien de plus misérable que l’homme, si les mouvements naturels du ciel, de l’air, de la terre et des eaux eussent leur cours libre contre lui. Joint qu’en tenant telle opinion, c’est amoindrir trop vilainement la singulière bonté de Dieu envers chacun. David s’écrie que les petits enfants qui sont encore à la mamelle de la mère, on assez d’éloquence pour prêcher la gloire de Dieu (ps. 8. 3) : c’est à savoir que sitôt qu’ils sont sortis du ventre, et venus au monde, ils trouvent leur nourriture qui leur est apprêtée par une providence d’en haut. Je confesse bien que cela est naturel et général : mais il faut cependant que nous contemplions et considérions ce que l’expérience montre tout évidemment, qu’entre les mères les unes ont les mamelles pleines et bien fournies de lait, les autres seront quasi sèches, selon qu’il plaira à Dieu de nourrir un enfant abondamment, et l’autre plus petitement.

Or, ceux qui attribuent droitement à Dieu la louange de Tout Puissant, recueillent de cela double fruit. Premièrement, d’autant qu’il a asse ample faculté de bien faire, vu que le ciel et la terre sont sous sa possession et seigneurie, et que toutes créatures dépendant de son plaisir pour s’assujettir à lui en obéissance. Secondement, parce qu’on se peut assurément reposer en sa protection, vu que toutes choses qui pourraient nuire de quelque part que ce soit, sont sujettes à sa volonté, vu que Satan avec toute sa rage et son tout appareil est réprimé par sa volonté comme d’une bride, et vu que ce qui peut contrevenir à notre salut est soumis à son commandement. Et il ne faut pas penser qu’il y ait autrement moyen de corriger ou apaiser les épouvantements ou craintes excessives et superstitieuses que nous concevons aisément quand les dangers se présentent, ou que nous les appréhendons. Je dis que nous sommes craintifs de façon superstitieuses, si quand les créatures nous menacent ou présentent quelque épouvantement, nous les redoutons comme si elles avaient quelque pouvoir de nuire d’elles-mêmes, ou qu’il nous en vînt quelque dommage par cas fortuit, ou que Dieu ne fût point suffisant pour nous aider à leur encontre. Comme, par exemple, le prophète défend aux enfants de Dieu de craindre les étoiles et signes du ciel, comme font les incrédules (Jer. X, 2). Certes il ne condamne point toute crainte : mais d’autant que les infidèles transfèrent le gouvernement du monde de Dieu aux étoiles, ils imaginent que tout leur bonheur ou malheur dépend d’elles, et non pas de la volonté de Dieu. Ainsi au lieu de craindre Dieu, ils craignent les étoiles, planètes et comètes. Ainsi, qui voudra éviter cette infidélité, qu’il se souvienne toujours que la puissance, action ou mouvement qu’ont les créatures, n’est point une chose qui se promène et voltige à leur plaisir : mais que Dieu par son conseil secret y gouverne tellement tout, que rien n’advient qu’il n’ait lui-même déterminé de son su et vouloir.

Institution Chrétienne Livre I §16. 3

 

Une fois de plus, tout en étant en désaccord avec la vision de la providence de Calvin. Je vois bien plus la souveraineté de dieu dans sa capacité de changer le mal en bien, je trouve absolument remarquable son affirmation de la gloire revenant à Dieu seul. La gloire, c’est ce qui a du poids dans notre vie. Et ici, Calvin ne dit pas : que la plus grande part de ce poids revienne à Dieu mais reconnaît que la seule chose qui ait du poids sur ta vie, c’est dieu qui gouverne complètement le monde.

 

Le malheur de Job

13 Février 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Enfouissement sous quelques extraits du Livre de Job pour voix, jongle, musique, SMS et nuée de sacs en plastique

Grimé en clown tragique, Dgiz récite dans un flot de paroles confinant parfois au délire une actualisation de la complainte de Job. Tout en étant très éloignée du texte, l'actualisation reste fidèle au plan général.
J'ai aimé cette adaptation.
J'ai aimé que l'introduction soit présentée comme un sketch, dans un ton qui tranche radicalement avec le reste du récit, ce qui est très conforme au texte biblique.
J'ai aimé que les amis de Job ne soient que les interlocuteurs muets (et absents) auxquels Job réplique dans son long monologue (même si je n'ai pas très bien compris et pas suivie l'idée qui consistait à proposer au public de jouer par SMS le rôle des amis de Job)
J'ai aimé ce monologue violent et rythmé qui nous met souvent mal à l'aise, nous invective parfois : spectacle de souffrance et de révolte, spectacle forcément inconfortable.
Et surtout, j'ai aimé que le spectacle ne se risque pas à évoquer la réponse de Dieu. En effet, cela saute aux yeux cours de la pièce : la réponse de Dieu à Job (qui es-tu pour entrer en procès avec Dieu ?) n'est acceptable que pour qui a déjà la foi. Pour l'incroyant, elle reste incompréhensible et insupportable.
Un spectacle à voir pour redécouvrir un des livres bibliques les plus iconoclastes, celui qui exprime le mieux le scandale de la souffrance.

Le malheur de Job
Un spectacle de Jean Lambert-wild, Jean-Luc Therminarias, Dgiz, Jérôme Thomas, Martin Schwietzke

Les mercredis de Calvin (6) La providence : indépendance 0

11 Février 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

Jusqu’ici, j’ai plutôt cité du Calvin assez consensuel (en tout cas pour des protestants). Aujourd’hui et puis pendant encore au moins deux mercredi, je vais évoquer une notion important de la théologie de Calvin avec laquelle je m’offre le luxe de ne pas être d’accord. Non il ne s’agit pas de la prédestination (qu’on exagère à mon avis toujours beaucoup chez Calvin) mais bien plutôt de la providence.

Or, faire un Dieu créateur temporel et de petite durée, qui eût seulement d’un coup accompli son ouvrage, ce serait une chose froide et maigre ; il faut qu’en ceci principalement nous différions d’avec les païens et toutes gens profanes : que la vertu de Dieu nous reluise, comme présente, tant en l’état perpétuel du monde, qu’en sa première origine. Car bien que les pensées des incrédules soient contraintes par le regard du ciel et de la terre de s’élever au Créateur, néanmoins la foi en son regard spécial pour assigner à Dieu la louange entière d’avoir tout créé. A quoi tend ce que nous avons allégué de l’Apôtre, que c’est par la foi que nous comprenons le monde avoir été si bien bâti par la Parole de Dieu. Car si nous ne passons jusqu’à sa providence, par laquelle il continue à maintenir tout, nous n’entendrons pas droitement ce que veut cet article : que Dieu soit créateur, bien qu’il semble que nous l’ayons imprimé en notre esprit, et que nous le confessions de bouche. Le sens humain s’étant proposé la vertu de Dieu pour une fois en la création s’arrête là : et plus loin qu’il puisse s’avancer, n’est que de considérer et marquer la sagesse, puissance et bonté de l’ouvrier qui se présente à l’œil en ce grand et si noble bâtiment, même à qui ne veulent le regarder ; puis après il conçoit quelque opération générale de Dieu pour conserver et conduire le tout, de laquelle toute vigueur et mouvement dépend. Bref, il estime que ce que Dieu a au commencement épandu de vigueur partout suffit à garder les choses en leur état.
Or la foi doit bien passer plus outre, c’est de reconnaître pour gouverneur et gardien perpétuel, celui qu’elle a connu être créateur ; et non pas seulement en ce qu’il conduit la machine du monde, et toutes ses parties, d’un mouvement universel : mais en soutenant et soignant chaque créature jusqu’aux petits oiselets. C’est pourquoi David, après avoir dit en bref que le monde a été créé de Dieu descend tantôt après à cet ordre continuel de gouverner : Les cieux, dit-il ont été établis par la parole de Dieu, et toute leur vertu par l’esprit de sa bouche. Puis il ajoute, que Dieu regarde sur tous ceux qui habitent sur la terre, il dissipe le conseil des peuples (Ps 33 : 6, 10, 13), et ce qui est dit là à ce même propos. Car bien que tout n’arguent point si adroitement qu’il serait requis, toutefois parce qu’il ne serait point croyable que Dieu se mêlât des affaires humaines, sinon que le monde fût son œuvre, et aussi que nul ne croit à bon escient que le monde soit bâti de Dieu, qu’il ne soit en même temps persuadé qu’il a soin de ses œuvres : David procède par bon ordre, en nous menant de l’un  à l’autre. Bien est vrai, que les philosophes aussi enseignent en général que toutes les parties du monde tirent et prennent vigueur d’une inspiration secrète de Dieu, et notre sens le conçoit ainsi : mais cependant nul ne parvient en si haut degré que monte David, et y attire tous fidèles, en disant : Toutes choses attendent après toit Seigneur à ce que tu leur donnes viande en leur temps ; quand tu la leur donnes, elles la recueillent, quand tu ouvres ta main elles sont rassasiées de biens. Sitôt que tu détournes ta face, elles sont étonnées ; quand tu retires ton esprit, elles défaillent, et s’en revont en poudre ; quand tu envoies ton esprit, elles reviennent, et tu renouvelles la face de la terre (Ps 104 : 27-30). Même, bien que les philosophes s’accordent à cette sentence de Saint Paul, que nous avons notre être et mouvement et vie en Dieu (Actes XVII, 28) toutefois, ils sont bien loin d’être touchés au vif du sentiment de sa grâce, telle que Saint Paul la prêche : c’est qu’il a un soin spécial de nous, auquel se déclare sa faveur paternelle et que le sens charnel ne goûte point
Pour mieux éclairer cette diversité, il est à noter que a providence de Dieu, telle que l’Ecriture la propose, s’oppose à fortune et à tout cas fortuits. Et d’autant que cette opinion a été quasi reçue en tous âges, encore aujourd’hui est en vogue et tient tous les esprits préoccupés, à savoir que toutes choses adviennent de cas fortuit : ce qui devrait être bien persuadé de la providence de Dieu, non seulement est obscurci, mais quasi complètement enseveli. Si quelqu’un tombe en la main de brigands, ou rencontre des bêtes sauvages ; s’il est jeté en la mer par tempête ; s’il est accablé de quelque ruine de maison ou d’arbre ; si un autre errant par les déserts trouve de quoi remédier à sa famine ; si par les vagues de mer il est jeté au port, ayant évadé miraculeusement la mort par la distance d’un seul doigt, la raison charnelle attribuera à fortune toutes ces rencontres tant bonnes que mauvaises. Mais tous ceux qui auront été enseignés par la bouche de Christ, que les cheveux de notre tête sont comptés (Mat. X, 30), chercheront la cause plus loin, et se tiendront tous assurés que les événements, quels qu’ils soient sont gouvernés par le conseil secret de Dieu.
Quant aux choses qui n’ont point d’âme, il nous faut tenir ce point pour résolu que, bien que Dieu leur eût assigné à chacune sa propriété, toutefois elles ne peuvent mettre leur effet en avant, sinon d’autant qu’elles sont dirigées par la main de Dieu. Ainsi elles ne sont qu’instruments, auxquels Dieu fait découler sans fin et sans cesse tant d’efficace que bon lui semble, et les applique selon son plaisir, et les tournes à tels actes qu’il veut.
Institution Livre I §16. 1 et 2


Je l’ai dit plus haut, je ne suis pas d’accord avec Calvin quand à la providence à l’idée que tout ce qui arrive, n’arrive que par décret de Dieu. Néanmoins, je ne puis qu’être admiratif devant cette expression de la souveraineté absolue de Dieu et surtout devant son refus catégorique de laisser au monde le moindre soupçon d’indépendance par rapport à Dieu. En tout, pour tout, nous avons besoin de Dieu nous dit le réformateur de Genève. Et si je continue à affirmer que non tout n’arrive pas ni par le décret ni même la permission de Dieu, je ne puis qu’être d’accord avec lui sur ce dernier point.

Le mérite des indulgences

7 Février 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture

Une scène intéressante dans le film Luther : une mendiante est très fière de montrer au frère Martin l'indulgence qu'elle a acheté pour sa fille. Et celui-ci lui de répondre "Mais ça ne sert à rien." Regard furieux et surtout effrayé de la mendiante.
La scène est brève, elle souffre d'un dénouement à l'américaine, mais elle est là et elle suffit à sortir le débat des indulgences de la perpétuelle question financière.
Le mérite des indulgences c'est de répondre à deux désirs humains : agir et voir son action reconnue. Quand je me paye une indulgence, j'accomplis une bonne action et l'autorité ecclésiale me certifie que j'ai fait ce qu'il fallait. Me voici donc doublement rassuré. L'annonce de la grâce seule, en revanche, m'oblige à m'en remettre complètement à un autre que moi. Et celui qui me l'enseigne n'a d'autre autorité que sa foi. Un véritable saut dans l'inconnu...
Bref, indépendamment du problème des abus, les indulgences sont un bon choix politique : outre leur intérêt financier, elles offrent un réel réconfort au fidèle.
Seulement, la fidélité à l'Evangile est rarement un bon choix politique...

Les mercredis de Calvin (5) Les images

4 Février 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Citations

Au cours de cette année Calvin, un passage hebdomadaire du Réformateur de Genève commenté, ou pas, par votre serviteur… Je ne suis absolument pas un spécialiste de la pensée de Calvin, il est possible que je dise des bêtises, mais c’est un auteur que j’aime bien lire

Je sais bien que cela est tenu comme un commun proverbe : Que les images sont les livres des idiot. Saint Grégoire l’a aussi dit, mais l’Esprit de Dieu en a bien prononcé autrement, en l’école duquel si St Grégoire eût été pleinement enseigné, il n’eût jamais parlé tel langage. Et quand Jérémie dit que c’est une doctrine de vanité (Jer X, 3) et Habacuc, que l’image de fonte est un docteur de mensonge (Hab. II, 18), nous avons à recueillir de là une doctrine générale : tout ce que les hommes apprennent de Dieu par les images et frivole et même abusif. Si quelqu’un réplique que les prophètes reprennent ceux qui abusaient des simulacres à superstition mauvaise, je le confesse ; mais je dis d’autre part ce qui est patent et notoire à chacun, qu’ils condamnent cependant ce que les papistes tiennent pour maxime infaillible : à savoir que les images servent de livres. Car ils mettent tous simulacres à l’opposite de Dieu, comme choses contraire, et qui ne se peuvent nullement accorder. De fait, aux passage que j’ai allégué, ce point est couché comme résolu : comme ainsi soit qu’il n’y ait qu’un seul vrai Dieu que les juifs adoraient, que toutes figures qu’on fait pour représenter Dieu, sont fausses et perverses, et que tous ceux qui pensent connaître Dieu par ce moyen sont malheureusement déçus. Bref, s’il n’était ainsi que la connaissance qu’on pense avoir de Dieu par les images fût menteuse et bâtarde, les prophètes ne les condamneraient pas ainsi sans exception. Pour le moins, j’ai ceci gagné, qu’en disant que ce n’est que mensonge et vanité de vouloir figurer Dieu par images visibles, nous ne faisons que réciter mot à mot ce que les prophètes ont enseigné.
Institution  Livre I §11. 5

Je ne suis pas tant scrupuleux de juger qu’on ne doive endurer ni souffrir nulles images ; mais d’autant que l’art de peindre et tailler sont don de Dieu, je requiers que l’usage en soit gardé pur et légitime, afin que ce que Dieu a donné aux hommes pour sa gloire et pour leur bien, ne soit perverti et pollué par abus désordonné ; et non seulement cela, mais aussi tourné en notre ruine. Je n’estime pas qu’il soit licite de représenter Dieu sous forme visible parce qu’il a défendu de le faire, et aussi parce que sa gloire est d’autant défigurée et sa vérité falsifiée (…) Quant à ce qu’il est licite de graver ou peindre, il y a les histoires pour en avoir mémorial ; ou bien figures, ou médailles de bêtes, ou villes ou pays. Les histoires peuvent profiter de quelque avertissement ou souvenance qu’on en prend ; touchant le reste, je ne vois  point à quoi il servirait sinon à plaisir.
Institution Livre I §11. 12


Deux extraits qui résument pas mal la relation de Calvin avec les images. des images d'accord mais à condition qu'elles ne soient pas adorées et qu'on ne prétende pas qu'elles puisse être porteuses d'un enseignement sur Dieu.

Mariage et fin des temps

31 Janvier 2009 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Prédication du dimanche 25 janvier 2009
Matthieu XIX, 1 à 12
I Corinthiens 1 à 16 et 25 à 35

Chères frères, chères soeurs la fin des temps aura lieu demain 26 janvier à 17h47... Cela vous fait rire. J'en vois qui se disent "Mais qu'est-ce qu'il a encore inventé ?" Alors je le répète, très sérieusement " la fin des temps aura lieu demain 26 janvier à 17h47". Je sens que vous n'êtes toujours pas convaincus, la nouvelle vous semble peut-être trop étrange. Alors imaginez plus bizarre encore, plus incongru, imaginez que cette nouvelle de fin des temps, j'aille l'annoncer à des couples qui préparent leur mariage. "Bonjour Mr le pasteur, je suis M. Y voici Mlle X, on voudrait se marier" D'accord, la fin des temps aura lieu demain à 17h47" Ce serait un peu choquant non? À la limite de la faute professionnelle. Eh bien, c'est pourtant ce que fait Paul dans sa lettre à la communauté de Corinthe. Voici qu'en plein milieu d'un long développement sur le mariage, Paul nous lâche "le temps est court (...) la figure de ce monde passe." Et il ne faut pas y voir une digression. Dans cette annonce, il y a la clé de tout l'enseignement de Paul sur le mariage et le célibat. Un enseignement qui va finalement bien plus loin qu'une question de conjugalité.

L'enseignement de Paul sur la question du mariage est assez étrange. Tout d'abord pare qu'il n'est pas chrétien ni biblique. Ensuite, parce qu'il présente une sorte d'incohérence interne.
je pense qu'il est bon pour l'homme de ne point toucher de femme. Toutefois, pour éviter l'impudicité, que chacun ait sa femme, et que chaque femme ait son mari.  L'enseignement de Paul sur le mariage n'est pas chrétien. Paul semble voir le mariage comme une sorte d'espace de tolérance, une sorte de soupape de sécurité où l'homme pourrait assouvir sans se souiller la pulsion sexuelle qui le ronge. Eh bien si cette vision correspond sans doute à celle de l'époque de Paul. Les anthropologues le souligne, de tout temps l'homme a été fasciné et effrayé par la pulsion sexuelle, une pulsion qui fait perdre le contrôle et qui donne la vie, une pulsion qu'il s'agissait donc de canaliser. Le discours de Paul s'inscrit tout à fait dans cette logique, mais il n’a rien à voir avec le discours de l'Ecriture, ni avec celui de Jésus Christ. En effet, pour l'Ecriture, de la Genèse au Cantique des cantiques, l'union de l'homme et de la femme est célébrée, décrite comme étant la volonté de Dieu. Croissez et multipliez ! Il n'est pas bon que l'homme soit seul. Et c'est bien ainsi que l'entend Jésus qui, questionné sur la question matrimoniale se contente de renvoyer à la volonté première de Dieu. N'avez-vous pas lu que le créateur, au commencement, fit l'homme et la femme    et qu'il dit: C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair?  Ainsi ils ne sont plus deux, mais ils sont une seule chair. Matthieu XIX, 4-6. Bref, on est très loin de ce mariage "moindre mal" dont parle Paul. Mais si différentes que soient ces deux visions, elles ne sont pas forcément incompatibles et il est possible de faire une gymnastique mentale pour les faire tenir ensembles...
Sauf que je ne suis pas adepte de la gymnastique même mentale quand elle n'est pas nécessaire. En effet, pourquoi essayer de réconcilier la vision strictement culturelle que Paul a du mariage et de la sexualité avec la vision biblique alors que Paul lui-même va très rapidement déplacer la question ?
 En effet, pour Paul le mariage est nécessaire pour canaliser la sexualité et il affirme préférer le célibat et la virginité au mariage. On s’attend donc à ce que Paul célèbre l’état de célibat ou la virginité comme un état particulier de pureté. Mais non ! Pour l’apôtre mariage comme célibat sont deux dons de Dieu. La réticence de Paul face au mariage s’exprime de cette manière Celui qui n’est pas marié s’inquiète des choses du Seigneur, il se demande comment plaire au Seigneur.  Celui qui est marié s’inquiète des choses du monde, il se demande comment plaire à sa femme
A première vue, on pourrait penser que Paul voit le mariage comme une sorte d’idolâtrie, qu’il reproche aux mariés de faire passer le conjoint avant Dieu. Mais là encore ce n’est pas le cas. Paul ordonne aux gens mariés de se consacrer à leur conjoint, difficile dès lors de penser que c’est pour ensuite le leur reprocher…
Mais alors, s’il n’est pas question de voir la sexualité comme une souillure ou un péché, ni de reprocher aux mariés de passer l’un avec l’autre le temps qu’ils devraient consacrer à Dieu, pourquoi Paul adopte-t-il cette position absolument neuve d’opposition au mariage ?

En fait, le souci de Paul n’est pas ici une question de pureté mais une question de tranquillité d’esprit.   Je voudrais que vous soyez sans inquiétude répète l’apôtre et c’est bien ce souci qui éclaire ce constat. Celui qui n’est pas marié s’inquiète des choses du Seigneur, il se demande comment plaire au Seigneur. Celui qui est marié s’inquiète des choses du monde, il se demande comment plaire à sa femme. Il est bon, selon Paul que le mari cherche à plaire à sa femme et que la femme cherche à plaire à son mari. Eh oui, si Dieu nous accepte tel que nous sommes, s’il nous aime alors même que nous sommes pêcheurs, s’il est facile d’être ses enfants, il est bien plus difficile d’être un bon époux ou une bonne épouse et cela ne se limite pas au mariage, il est aussi difficile et bien souvent source d’inquiétude voire d’angoisse et de souffrance d’être un bon père, une bonne mère, un bon fils une bonne fille, un employé, un paroissien ou un pasteur modèle !
Heureusement la fin du monde aura lieu demain lundi 26 janvier à 17h47 !

En effet, c’est bien comme un « heureusement » qu’il faut lire cette affirmation de Paul « Le temps est court », littéralement le temps a cargué les voiles, le navire est déjà au port. L’apôtre ne met pas les corinthiens en garde en leur disant « Attention la fin des temps est là, le châtiment est sur vous, mettez vous en règle » Si c’était sa son discours, il ne direz pas « Soyez comme si », il dirait clairement « n’achetez pas, ne profitez pas du monde ! ». Et là, nous pourrions disqualifier ce texte en disant que Paul s’est trompé et que la fin des temps, l’avènement du Christ glorieux est pour demain et ne pas nous en occuper davantage. Mais Paul dit « Soyez comme si ». Et tout son texte demeure.
Aujourd’hui nous nous définissons par la place que nous occupons parmi ceux qui nous entourent. Nous sommes mariés ou célibataire, parents ou enfants, et ce rôle est parfois pesant, écrasant. Et aussi libérale que paraisse notre société c’est toujours aussi écrasant, peut-être même plus. Dur pour les gens mariés d’être de bons époux, dur pour les célibataire de ne pas être mariés (le mariage, ou en tout cas la vie de couple, reste une nécessité sociale très forte dans notre monde, l’appel de Paul au célibat reste toujours aussi surprenant), dur pour les parents qui se voient responsables de l’équilibre même de leurs enfants, dur pour les enfants. Oui, nous essayons de bien tenir notre place et cela est souvent source d’une angoisse terrible. C’est face à cette angoisse que Paul se fait porteur d’une bonne nouvelle, celle de Jésus Christ, qui prend sur lui tout ce qui nous écrase. Paul ne nous dit pas « envoyez tout promener », nous n’y parviendrions pas de toute façon. Il nous dit « soyez comme si ».

Et dans ce « soyez comme si », frères et sœurs, j’entends un « soyez légers et engagés ». Soyez engagés, tenez du mieux que vous pouvez cette place qui est la votre parmi vos proches et vos plus lointains, soyez bon époux, bon parent, bon fils ou bonne fille, soyez un bon célibataire, soyez un bon être humain. Vivez du mieux que vous pouvez votre vie d’homme et de femme avec vos frères et vos sœurs. Mais soyez légers, sachez que votre valeur ne réside pas dans votre statut, ni dans la manière dont vous l’occupez. Votre valeur, c’est l’amour que votre Dieu vous porte, c’est ce qu’il a fait pour vous.
La fin du monde, l’avènement final de notre Dieu aura lieu demain, lundi 26 janvier à 17h47 et même si ce n’était pas le cas, faites comme si : soyez légers et engagés.

Amen