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Une communion à l'épreuve ou A l'épreuve de la communion ?

1 Juillet 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Une communion à l'épreuve ou A l'épreuve de la communion ?

Pour une fois, tous savaient ce dont on allait parler au synode… Il faut reconnaître que le sujet (ou plutôt une de ses ramifications) était brûlant : au lendemain de la loi Taubira, alors que le Mariage pour tous continuait de cliver la société française, l’Eglise Protestante Unie de France réfléchissait sur la bénédiction des couples et en particulier sur la possibilité de bénir des couples de même sexe.

Et il faut bien dire que ce sujet brûlant a provoqué des couacs dans notre démarche synodale : créations de sites indépendants (un contre et un pour), démission de deux membres de l’équipe des rapporteurs (une au début de la réflexion et un autre après la synthèse des synodes régionaux), un faux débat sur la prétendue objectivité du dossier des rapporteurs (alors que les rapporteurs à un synode n’ont jamais eu à être objectifs, ils ont à amener le synode à se prononcer sur une résolution (leur opinion devrait donc être plutôt claire)), une pétition adressée aux délégués synodaux… Tout laissait présager un synode conflictuel.

Pourtant, peut- être grâce à ces faux-pas de la démarche synodale, le synode de Sète n’a pas été une foire d’empoigne, même pas le lieu de passes d’arme oratoire. Il n’a même pas donné lieu à l’habituelle frustration : « on n’a pas eu le temps de débattre ». Il faut dire que pour une fois, le temps de la discussion était largement prévu : en plus de l’heure de présentation par les rapporteurs et des deux heures consacrées au vote, le synode a bénéficié de 5h30 de travail (en groupe et en plénière) sur le sujet synodal et a prolongé la discussion d’une heure. Je n’avais jamais vu ça en 12 ans de synode national. Les échauffourées pré-synodale ont conduit les uns et les autres à préférer le respect et le souci fraternel à l’affrontement et aux outrances : les partisans d’une bénédiction pour les couples de même sexe ont porté le souci de ne pas empêcher les opposants de s’exprimer (souci qui s’est transformé en inquiétude devant le peu de prise de parole « contre » à la tribune), les opposants ont, quant à eux, préféré poser la question de savoir si l’accueil devait aller jusqu’à la bénédiction pour les couples plutôt que d’aller vers un débat sur l’homosexualité.

Ainsi, le synode a fait face au véritable enjeu posé par les rapporteurs, notre communion d’Eglise peut-elle survivre malgré la diversité de nos opinions sur un sujet qui parvient à être aussi viscéral qu’épidermique ? La décision finale qui donne la possibilité de bénir des couples de même sexe aux ministres et aux Conseils Presbytéraux qui y voient un juste témoignage de l’Evangile paraîtra très normande. Pourtant, elle est profondément exigeante : elle m’appelle à accepter de recevoir comme frère ou sœur en Jésus-Christ celui ou celle qui comprend les textes différemment de moi. Elle m’interdit le rejet ou la condescendance. Elle m’affirme qu’au contraire, j’ai besoin des lectures qui s’opposent à la mienne. Certains clament déjà au « non-respect des textes bibliques » mais n’est-ce pas une grande marque de respect que de refuser de les instrumentaliser au service de nos opinions humaines ? N’est-ce pas une grande marque de foi que d’affirmer que de Christ nous pouvons recevoir une fraternité que nos divergences d’opinion rendent impossible ? On commentera beaucoup les parties 4 et 5 de la décision synodale, et on ne prêtera sans doute pas assez d’attention à la partie 3 qui est pourtant le cœur de cette décision, posant notre rapport aux textes bibliques et à Jésus Christ. Il faudra sans doute préciser souvent que la grande majorité en faveur de la possibilité de bénir des couples de même sexe ne signifie pas que tous les votants accepteront de le faire dans leurs Eglises locales : ils ont voulu que ceux qui veulent le faire aient la possibilité de le faire.

Alors, tout va-t-il pour le mieux dans le meilleur des mondes synodaux possibles ? Non. Ce n’est pas parce que l’habituelle récrimination sur le manque de débat n’a pas lieu d’être que ce synode est sans reproches.

Tout d’abord, si le sujet synodal, et particulièrement la question des couples de même sexe, a été amplement débattu, il a aussi occulté d’autres questions, plus pratiques, moins évidemment brûlantes. Le synode est le lieu de gouvernance de notre Eglise, et pas la chambre d’enregistrement du Conseil national, il serait donc bien qu’il gouverne, qu’il réagisse un peu plus aux différents rapports, éventuellement qu’il donne des impulsions. Je suis toujours étonné, au régional comme au national, du silence des délégués synodaux (ou plus précisément de leurs commentaires en coulisse et de leur silence en plénière). Bien sûr peut-être faudrait-il qu’on les aide un peu plus dans cette mission de gouvernement, or, un dossier préparatoire de 500 pages (dont 120 sur le sujet synodal) reçu un mois avant le synode n’est pas la meilleure manière de travailler. Un effort de synthèse et d’étalement serait sans doute à faire.

Ensuite, je reste convaincu que nos décisions synodales ne sont pas assez explicites. Leur longueur ne me gêne pas ; en revanche, je trouve dommage que nous oubliions si souvent que celles et ceux qui les liront n’ont pas assisté aux débats et que tel ou tel point absent n’est pas forcément un oubli mais plutôt une proposition non retenue… Là encore, c’est un regret face auquel je n’ai pas vraiment d’autre solution qu’une vigilance qui fait parfois défaut…

Sur ce synode particulier, la plus grande fragilité a sans doute été l’ultra-médiatisation. Même la création de l’EPUdF n’avait pas bénéficié d’une telle couverture. Habituellement, quelques semaines après le synode, un paroissien bien informé pense à me demander « au fait, c’était bien le synode ? » (quand on me demande « de quoi avez-vous parlé ? », je sors le champagne…) Cette fois, dans le train du retour, je savais que tout le monde était déjà au courant ou plutôt, que tout le monde avait entendu que « les protestants disent oui au mariage gay »… Je ne plaide généralement pas en faveur de notre très parpaillote discrétion, mais dans ce cas, elle aurait aidé, au moins à éviter ce simplisme réducteur…

Enfin, je crains que la passion soulevée par ce sujet ne retombe quelque peu lorsque nous aborderons le toilettage de la Constitution et peut-être même la Déclaration de foi de l’EPUdF. Pourtant, notre foi n’a-t-elle pas plus d’importance que notre regard sur l’homosexualité ? Nos placements boursiers (le seul fait que nous en ayons, d’ailleurs) ne posent-il pas bien plus de questions sur notre rapport à l’Ecriture ? Notre fonctionnement d’Eglise n’a-t-il pas plus d’impact sur notre vie paroissiale que cette décision ? Notre Eglise n’a-t-elle d’intérêt que lorsqu’elle parle de sexe ? J’espère que les prochains synodes me feront mentir et que je verrai les discussions s’enflammer à propos de nos représentations au synode et de nos formulations de foi…

Mais, un mois après le synode, ma plus grande tristesse est pour ceux qui confondent démarche d’Eglise et débat politique, pour ceux qui pensent être dans le camp des vainqueurs ou dans le camp des perdants. Et il faut bien dire que, tant l’actualité du sujet que notre fonctionnement que nous sommes si fiers de dire « démocratique », nourrissent cette confusion. Pourtant, notre Eglise n’a pas vocation à se conformer au monde politique où la majorité n’a pas à tenir compte de la minorité. Si nos synodes empruntent des modes de fonctionnements démocratiques, ce n’est pas pour valider une majorité contre une minorité mais bien pour vivre « la communion fraternelle [qui] est une manière de vivre ensemble en Église, en valorisant nos différences par l’intérêt que nous leur portons, dans la confiance et la gratitude d’être frères et sœurs, enfants divers d’un même Père céleste. ». Oui, je suis triste pour ceux qui n’auront vécu cette décision qu’à travers le simplisme des médias et les anathèmes du Net, alors qu’en synode national, en synode régional et en paroisse, il m’a été donné de voir des frères et sœurs opposés sur cette question garder le souci les uns des autres et la confiance dans une unité qui nous vient du Christ et non de la proximité de nos opinions.

NB : La rédaction de cet article pour "Parole Protestante en Basse Normandie" a été achevée le 15 juin.

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Une bénédiction qui donne un cadre

20 Mai 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Petite théologie pas très sérieuse, #Actualité ecclesiale

Une bénédiction qui donne un cadre

Petit essai de fondement biblique pour la bénédiction des couples de même sexe

Je reste persuadé que ce n’est pas la Bible qui conditionne notre regard sur l’homosexualité mais bien notre regard sur l’homosexualité qui conditionne notre lecture de la Bible (en tout cas des versets qui traitent de l’homosexualité). Nous sommes donc toujours au risque d’instrumentaliser la Bible dès que nous la citons sur ce sujet.

Pour autant, je serais malhonnête de botter en touche lorsqu’on me demande sur quels fondements bibliques je pense possible de bénir des couples de personnes de même sexe. Mon argumentaire ne convaincra que les convaincus (et encore…) mais au moins peut-être me laissera-t-on le bénéfice du doute quant à mon rapport à la Bible.

Tout d’abord, il est vrai que je relativise fortement les 5 versets de la Bible qui condamnent explicitement l’homosexualité ; au même titre, d'ailleurs, que je relativise ceux qui interdisent le port de vêtements de deux étoffes différentes ou ceux qui justifieraient une exclusion des femmes de la cène pendant leurs règles. Les versets du Lévitique s’inscrivent dans un contexte de dénonciation de pratiques religieuses et les versets de Paul sont guidés par sa culture (fortement influencée par le Lévitique. Ce ne sont pas des versets à supprimer, ce sont des versets à interroger. C’est sans doute discutable mais j’attends encore qu’on me dise pourquoi ceux-là ne doivent pas être relativisés alors que ce qui concerne la pureté d’un vêtement, l’impureté d’une femme, ou l’inégalité au sein du couple doit l’être…

Ensuite j’aime assez ce qu’un collègue nous disait d’une signification chrétienne de la bénédiction comme parole de la croix et de la résurrection. Dans le christianisme, la bénédiction serait un « OUI » de Dieu sur la personne que l’humain a écrasé de son « NON ». Mais d’une part, j’entends les collègues qui m’enjoignent de ne pas confondre Bénédiction avec Annonce de la Grâce. D’autre part, je pense que cette compréhension ne s’applique qu’à une bénédiction prononcée sur les personnes. Et enfin, je ne peux m’empêcher de penser que c’est un peu trop tardif de ne dire le « OUI » de Dieu qu’une fois que la société a largement commencé à reconnaître des personnes que l’Eglise écrasait de son « NON » (mieux vaut tard que jamais, certes, mais bon, il m’est difficile de penser que nous ne prêchons le scandale de la croix qu’à la condition qu’il soit entré dans les mœurs.)

L’homosexualité a-t-elle sa place dans la création ? Dans la nouvelle création en Jésus Christ, clairement non. Mais l’hétérosexualité non plus (il n’y a plus ni homme ni femme, il n’y aura plus ni mari, ni épouse), du coup tout s’arrange. Dans la première création, j’avoue que c’est plus compliqué de répondre, tellement on a chargé le sens des mots et des idées de morale, de culpabilité et de condamnation.
Allons au plus simple, je dirai en lisant ma Bible : non. Pas plus que, par exemple, les différences de couleurs de peaux mais finalement ça n’a aucune espèce d’importance parce que nous avons à nous situer entre le jardin d’Eden et la Jérusalem céleste, c’est dans cet entre-deux que nous avons à porter une parole de Dieu pour les homosexuels, comme pour les hétérosexuels…

Tout ce qui remue et qui vit pourra vous servir de nourriture ; comme je vous avais donné l’herbe verte, je vous donne maintenant tout cela. Cependant vous ne devez pas manger la viande qui contient encore la vie, c’est-à-dire le sang.

Genèse 9, 3 et 4

C’est ce que Dieu dit à Noé à la sortie de l’arche. Alors que la violence est la première conséquence de la sortie d’Eden, alors qu’elle est la marque première de la méchanceté de l’homme et la cause du déluge, la Dieu donne à la violence de l’homme, un cadre dans lequel elle peut s’exprimer « c’était pas le projet mais vous pouvez dorénavant tuer des bêtes pour vous nourrir, dans une limite, dans un cadre »

Si je ne crois pas que l’homosexualité s’inscrive dans le projet initial de Dieu, je ne crois pas non plus qu’elle aille contre ce projet. De toute façon, je suis en revanche certain (puisque la Bible ne cesse de me le dire) que la violence, sous toutes ses formes, y compris notre régime carnassier, va radicalement contre ce projet de Dieu et pourtant, parce qu’elle fait partie de nous, Dieu nous a donné un cadre où l’exprimer.

Alors oui, clairement, je me sens appelé à donner la bénédiction d’un cadre, d’une loi aux couples de même sexe : "mariez-vous, c’est le cadre que Dieu vous donne pour vivre votre amour."

(Note, je n'ouvre pas les commentaires sur ce texte, les débats sur Internet concernant cette question se vivant actuellement dans un esprit de division et d'accusation)

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Une bénédiction "à la cool" ?

13 Mai 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale

Une bénédiction "à la cool" ?

Dans le débat houleux que traverse actuellement notre Eglise sur la bénédiction des couples, les partisans d’une bénédiction pour les couples de même sexe se voient généralement reprocher une compréhension légère ou gentillette de la bénédiction. Comme si la raison principale de demander une bénédiction pour tous les couples, c’était de montrer que l’Eglise est cool…

Et il faut bien dire, que trop souvent, la dimension exhortative de la reconnaissance des couples est oubliée… (Oui, je vais parler dorénavant de reconnaissance liturgique des couples car le débat sur la bénédiction m’a convaincu que notre Eglise devrait réserver strictement le terme « bénédiction » aux personnes et en exclure les états et les projets au même titre qu’elle en exclut les objets…)

La reconnaissance liturgique des couples de même sexe n’est pas seulement signe de la grâce de Dieu, elle est aussi exhortation. « Mariez-vous », dit l’Eglise aux couples c’est-à-dire non seulement « inscrivez-vous dans la stabilité, dans la fidélité, dans l’engagement l’un vis-à-vis de l’autre» mais aussi « votre couple ne regarde pas que vous, votre engagement ne se limite pas à votre intimité, il est appelé à prendre toute sa place dans le tissu social, dans le monde qui vous entoure. Votre amour est aussi un signe pour les autres. »

Dans le débat sur la bénédiction des couples, la question de la bénédiction pour les couples non mariés s’est également posée, de manière plus discrète. J’y suis profondément défavorable. D’une part, parce que ce serait faire un pas de plus vers la confusion entre nos liturgies nuptiales et l’idée que nous marions les gens, d’autre part parce que l’Eglise Protestante Unie de France tournerait le dos à sa reconnaissance du bien-fondé du mariage civil.

Jusqu’ici, la parole des Eglises pour les homosexuels c’est « soignez-vous » ou « cachez-vous » (ce qui est déjà une amélioration par rapport à « mourez ». Certaines Eglises leur disent dorénavant « mariez-vous », j’espère que dimanche, l’EPUdF fera partie du nombre.

Il me reste à préciser que ce « Mariez-vous » s’adresse aux couples et non aux individus et ne signifie nullement qu’un couple non marié vit dans le péché, c’est juste une option sociale qui n’est pas celle de notre Eglise.

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Résistez : allez au culte

10 Mai 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Résistez : allez au culte

Signe de temps étranges, le premier ministre encourage les chrétiens à pratiquer leur culte. Il est vrai que deux églises ont été visées par un apprenti terroriste, il est vrai qu’en Seine Maritime, des frères et des sœurs d’Eglises évangéliques ont vu leur culte perturbé par des agressions verbales ou leur salle de culte taguées. Il est manifeste que les islamistes voudraient susciter une hostilité ouverte entre chrétiens et musulmans.

Alors, aller à au culte, c’est résister, Emmanuel Valls a raison, mais il ne sait pas à quel point. Car la résistance à Daesh et à leur projet de « frapper des chrétiens sur une terre perçue comme chrétienne, pour nourrir la peur et mieux exacerber la méfiance et l’hostilité vis à vis des musulmans de France. Avec l’espoir qu’ils finissent par se retourner, un jour, contre la République » (R. Poujol), s’inscrit dans un modèle de résistance, bien plus vaste.

En effet, résister à ce projet de haine et de meurtre, cela ne consiste pas à adopter un identitarisme de façade, une attitude de bravade. C’est dans notre identité chrétienne que nous devons puiser des forces. Dans cette identité, nous redécouvrirons qu’aller au culte, aller entendre la Parole de Dieu, aller faire communion, dans l’écoute, dans le chant, dans la prière avec des frères et des sœurs, ça a toujours été résister.

Résister d’abord à notre rythme de vie, voire à notre paresse : au matin de notre jour de repos, sans que rien ne nous y oblige, nous donnons une heure (sans compter le temps du transport). Il est bon que le culte ne soit plus du tout une obligation sociale, qu’il ne s’inscrive plus dans la routine de notre semaine : nous pouvons voir à quel point ce lever du dimanche matin est significatif.

Résister ensuite au monde qui nous entoure : nous venons au culte pour nous mettre à l’écoute de la Parole de Dieu. Or, face aux discours de notre société, à nos propres discours, cette Parole est subversive, l’amour de Dieu s’élève contre nos logiques de haine et de vengeance, la grâce de Dieu s’élève contre nos logiques de rétribution et de jugement, l’espérance de Dieu s’élève contre notre cynisme et notre fatalisme. Le Dieu de vie s’élève contre toutes nos logiques de mort.

A leurs moqueries, à leur haine, nous résisterons. Nous répondrons par l’amour et par la prière. Ils verront alors que notre force n’est pas celle du monde, que l’Esprit qui nous anime est le souffle d’amour qui donne la vie et non pas le vent de la violence qui charrie la mort.

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Zachée

1 Avril 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Zachée

Une petite méditation en image sur Luc 19,1 à 10

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Communauté, individu ou... ?

22 Mars 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Jérémie, #identité, #individualisme, #communautarisme, #raisin

Communauté, individu ou... ?

Prédication du 22 mars 2015

Jérémie 31, 27 à 34

Jean 12, 20 à 33

Qu’est ce qui me définit comme personne ? Qu’est ce qui fait mon identité ? Ma naissance, le groupe auquel j’appartiens ? Ou bien mes choix et mes actions ? A travers son prophète Jérémie, Dieu ouvre une nouvelle voie.

« Les parents ont mangé des raisins verts et les enfants ont eu les dents rongées ». A première vue cela paraît illogique et injuste ; pourtant on sait bien à quel point cette expression contient un bon fond de réalisme : aujourd’hui, on dirait « les parents boivent, les enfants trinquent » et l’on ne parle pas alors que de l’alcoolisme. Il est certain que nos enfants subissent ou profitent de nos choix, de nos actions, il est certain que nous portons le poids des comportements des générations précédentes et que les générations futures porteront le poids de nos actions et de nos inactions…

Mais ce dicton n’énonce pas seulement une vieille vérité, il contient également tous nos amalgames, tous nos préjugés. C’est vrai que nous jugeons parfois les enfants d’après leurs parents, les cadets d’après leurs aînés… C’est vrai surtout que nous avons fortement tendance à enfermer tout un groupe dans le comportement de certains et là encore certain payent pour ce que d’autres ont fait… Oui, il faut bien reconnaître que parce que les parents ont mangé des raisins verts, nous rongeons les dents de leurs enfants…

C’est fini, annonce Jérémie, dorénavant, c’est celui qui mangera les raisins verts qui aura les dents rongées. C’est plus normal, c’est plus logique, c’est plus juste… Cela me sortira de mes préjugés, je ne verrai plus tous les membres de la famille Machin comme ces gens-là, tous les musulmans comme des terroristes, tous les jeunes comme des irresponsables, tous les vieux comme des fossiles, d’ailleurs, je ne verrai plus un « Machin », un musulman, un jeune, un vieux, je verrai tout simplement un humain. Oui, dans mon regard, il y aura sans doute un progrès

Mais quand même le nouveau dicton « si quelqu’un mange du raisin vert, ses propres dents en seront rongées » est-il vraiment meilleur que le précédent ? Deux remarques

Tout d’abord, si l’on reçoit l’ancien dicton « les parents ont mangé, les enfants ont eu » comme la marque d’une société communautaire où le groupe prime sur l’individu, l’annonce de Jérémie semble bien réalisée dans notre société : chacun pour soi, je n’ai plus à porter la faute du groupe, je n’ai même plus à porter le souci du groupe, je n’ai plus qu’à me préoccuper de ma propre pomme, pardon, de ma propre grappe de raisin… Sauf que du coup, j’oublie régulièrement cette réalité qui reste bien réelle : mes actes n’engagent pas que moi, ils engagent régulièrement mes enfants, mes voisins, mes contemporains et ceux qui viendront après moi… Faites le compte des actions qui ne regardent, qui n’engagent que vous, il n’y en a pas tant…

Ensuite, le résultat d’après Jérémie c’est « chacun mourra pour son propre péché. » Donc je ne meurs plus pour la faute de mes parents, je meurs pour ma propre faute. Mouais. Vous trouverez peut-être que je pinaille, mais le gain ne me semble pas immense : au final, je suis quand même mort. Sauf que maintenant, c’est de ma faute.

Bref, selon la parole humaine, selon les visions humaines, je n’ai pas d’autre choix que celui de porter le poids du passé, des errances, des échecs, celui de nos parents, de notre communauté ou bien le nôtre propre, je n’ai pas d’autre choix que mourir.

Mais voilà qu’une parole retentit, une promesse de Dieu : le temps vient d’une alliance nouvelle. Le temps vient où le cœur de chacun ne sera plus encombré de regrets ni de remords, de rancœurs ni de peurs mais simplement rempli de la loi de Dieu. Le temps vient où le cœur de chacun ne sera plus gonflé d’orgueil ni rabougri de crainte mais plein de la connaissance directe de Dieu. Oui, le temps vient où nous ne serons plus définis par nos parents, par nos appartenances communautaires, ni par nos actes, par nos forces et nos faiblesse mais seulement par un cœur, une pensée, une vie nouvelle habitée et fécondée par le Dieu vivant.

Oh que vienne ce temps et qu’il vienne vite, n’est-ce pas ?

***

Eh bien, voilà le plus extraordinaire, voilà le plus incroyable. Ce temps est venu, ce temps c’est maintenant. Oui c’est maintenant, alors même que nous croyons que c’est impossible que Dieu nous parle, alors que, comme la foule, nous croyons simplement entendre le tonnerre, ou que plus attentifs, nous trouvons plus raisonnable de penser que les anges parlent avec Jésus, Dieu nous parle en direct.

Il parle le langage de la croix, c’est-à-dire qu’il nous rejoint dans nos souffrances, dans nos morts, dans tout cet excédent de bagage, dans tout ce poids qui nous tenait loin de lui. Oui c'est sur la croix qu'il attire tout homme à lui, qu'il glorifie son nom, qu'il nous rejoint dans notre humanité pour sortir de nos morts, pour entrer dans la vie.

Alors, mon frère, ma sœur, entends cette parole qui t’est adressée, entends la, plus haut que toutes ces idoles sur qui tu comptes pour ta vie et ton bonheur et qui t’empêtrent dans les illusions, entends-la, plus haut que ta raison qui dresse devant toi le mur des impossibles, entends-la, plus haut que ta condamnation qui t’enterre dans la désespérance. Entends-la, cette parole qui te libère, te relève, te fait vivre et te transforme.

Amen

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Jacob chez Laban, un parcours de foi

18 Mars 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Jacob, #Laban, #foi, #doute

Jacob chez Laban, un parcours de foi

Il est intéressant en lisant un récit biblique de garder en tête la distance entre un auteur et son personnage. Comparer ce que l'auteur dit de Dieu avec qu'en dit le personnage (en ne partant pas du principe que l’auteur pense la même chose que le personnage) ouvre parfois de nouvelles pistes de lecture. Une lecture de Genèse 29 à 31

De la rencontre entre Jacob et son oncle, on se souvient plus facilement de la substitution d'épouse que de l'affaire des troupeaux. Il faut dire que non seulement Cette dernière est moins grivoise mais surtout elle est plus embrouillée. En effet, On voit tout d'abord Jacob contrer la duplicité de Laban à coup de "manipulations génétiques" (Jacob ou la préhistoire de Monsanto) pour ensuite affirmer à ses épouses qu'alors que leur père essayait de le rouler, Dieu lui venait en aide, faisant naître des bêtes tachetées ou rayées selon le salaire qui lui était promis.

Bien sûr, dans cet embrouillamini, on peut percevoir la rencontré de différents récits, mais le résultat final, loin d'être un patchwork incohérent, forme le récit d'un parcours de foi.

Bien que Dieu lui ai promis d'être avec lui lors du songe de Bethel, Jacob n'en est pas si sûr, il avait d'ailleurs déjà exprimé sur ce doute à Bethel "SI je reviens sain et sauf". Chez Laban, Jacob parle de Dieu comme on lui a appris à le faire (c'est lui qui t'a rendu stérile), il utilise son nom pour couvrir ses propres manœuvres, mais finalement, il préfère faire les choses par lui-même, il ne connaît pas ce Dieu.

Il faudra que Rachel vole les idoles de son père, que Laban se lance à la poursuite de Jacob pour que celui - ci découvre finalement par la bouche de son beau - père que Dieu l'avait effectivement gardé et protégé pendant son séjour.

Et pour nous, chrétiens, Dieu n'est-il pas, parfois, qu'un élément de discours, qu'une partie de notre culture ? Ne préférons-nous pas souvent compter sur nos propres forces pour nous rendre compte, après coup, qu'il était intervenu pour nous dans le secret.

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Histoires de puits

16 Février 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #prédication, #Bible, #Rencontre, #Puits, #Rebecca, #Rachel, #Jacob, #Moïse, #Sephora, #Samaritaine

Histoires de puits

Savez-vous que les puits communiquent entre eux ? Non, pas comme les vases, je veux dire qu'ils communiquent vraiment, qu'ils se parlent entre eux. Ça vous étonné ce que je dis ? Pourtant, le réseau hydrographique est bien plus ancien que le réseau Internet...Alors il suffit de tendre l'oreille, même pas la peine de vous pencher... Écoutez simplement ce que racontent les flux qui irriguent la terre…

Peut-être parce que c’était la Saint Valentin, ces quatre puits là se racontaient des histoires de femmes...

Le premier puit qui parlait était un très vieux puit, ça s’entendait à sa voix. Il avait l’accent du point d’eau qui affleure à peine. Ici en Normandie, on dirait que c’est une grosse flaque ou une petite mare, mais dans son pays, il était un point essentiel, un lieu de vie dans le désert… Dans sa voix, on entendait les chameaux qui venaient boire, les tribus du désert qui s’assemblaient ; Et vous voulez savoir ce qu’il racontait ? Je vais vous le dire, il parlait d’un homme

«C’était la première fois que je le voyais, celui-là… Il avait dû faire un long voyage avec sa riche caravane. Pourtant, il parlait la langue d’ici et quand il est arrivé, il ne s’est pas précipité su mes eaux pour boire et pour faire boire ses chameaux. Non, il a attendu. Il a prié. Il cherchait une femme et il disait à son dieu « Celle à qui je demanderai à boire et qui non seulement me donnera à boire mais proposera de faire boire aussi mes chameaux, celle-là sera celle à qui je demanderai de partir avec moi pour épouser le fils de mon maître »
Et moi, je me disais : « tu peux attendre, mon bonhomme. Ici, on ne se met pas comme ça au service d’un étranger... Il y a des règles et des priorités… »
Et voilà que Rebecca est arrivée, la fille de Bethuel, la sœur de Laban. Dans d’autres pays, on dirait que c’est une princesse. Eh bien, à peine le vieil étranger lui a-t-il donné à boire qu’elle lui a donné de l’eau et que de sa propre main, elle a aussi fait boire ses chameaux.
Je n’ai plus revu Rebecca, par le réseau des eaux souterraines, j’ai appris qu’elle avait épousé Isaac, le fils du maître de l’étranger. Ailleurs, on dirait que c’est un prince. Mais ce qui compte, c’est qu’elle est partie avec celui qui avait su voir sa bonté.

Alors, le deuxième puit a pris la parole. Sa voix était un peu plus jeune que celle du premier. Pas beaucoup plus jeune mais un peu et on le devinait plus sophistiqué. Dans sa voix, on entendait le travail humain. Il avait l’écho des troupeaux de chèvres et de mouton, l’intonation des appels des bergers. Et voilà l’histoire qu’il a racontée

Ce matin-là, quand Rachel est arrivée, j’ai tout de suite senti sa surprise. Il faut dire qu’à côté de moi, en train de parler aux bergers de son père, Laban, il y avait un homme qu’elle n’avait jamais vu…
Et lui, dès qu’il a vu Rachel arriver avec ses troupeaux, il a pris les choses en mains, sans attendre qu’on lui demande quoi que ce soit, il a roulé la pierre qui me recouvrait pour que les bêtes puisse boire. Eh bien, je vous assure que le soleil qui était déjà haut dans le ciel brillait moins que le regard de ces deux-là quand ils se sont rencontrés.
Rachel a fini par épouser cet homme et , longtemps après, je ne l’ai plus vue. Elle était partie avec son mari, ce Jacob qui avait su se mettre à son service et lui donner le travail de ses bras.

Le troisième puit avait un fort accent étranger, sa voix bondissait comme un torrent sauvage et brutal, comme si ses eaux rêvaient de liberté. Et même son histoire commençait dans la violence…

La dispute avait éclaté entre les filles de Jethro, le prêtre et des bergers. Comme souvent, c’était une question de priorité, de qui boirait le premier. Il faut dire que je suis le seul point d’eau par ici… La dispute est devenue de plus en plus dure et les filles de Jethro ont bien senti que les choses allaient mal tourner. Prudemment, l’ainée, Sephora, a fait signe à ses sœurs de battre en retraite, de céder la place. Vu le ton des bergers, c’était peut-être déjà trop tard pour éviter que ça dégénère.
Mais à ce moment, un homme est arrivé de nulle part, il s’est interposé entre les bergers et Sephora et ses sœurs et il a ordonné aux bergers de laisser les femmes puiser de l’eau. Son vêtement était celui d’un étranger. Sa voix était celle d’un homme habitué à donner des ordres. Sa carrure et sa posture montraient qu’il n’avait pas peur de se battre et les bergers ont reculé…
Quelque temps après, je n’ai plus vu Sephora. Vous devinez pourquoi ? Eh oui, elle avait épousé ce Moïse, elle était partie avec l’homme qui l’avait défendue…

La voix du quatrième puits était plus familière. C’était un puits de village. Peut-être pas exactement comme ceux que l’on voit par ici. Mais dans son accent, on entendait les bavardages des femmes qui venaient chercher de l’eau, les rires et les jeux des enfants qui couraient autour. Et voilà l’histoire qu’il a raconté.

Ce jour-là, un groupe d’hommes était arrivé de la région voisine. Ils avaient fait une brêve halte et puis ils s’étaient séparés : tous étaient partis sauf un, qui s’était assis pour se reposer…
C’est alors qu’elle est arrivée. Elle, je n’ai jamais su son nom, c’était une femme du village. Elle venait souvent mais toujours seule, jamais avec les autres. Oh je devinais bien pourquoi. Elle devait sûrement avoir très mauvaise réputation, mener le genre de vie que les autres condamne.
Quand elle est arrivée, le voyageur lui a demandé à boire ; elle était toute surprise. Et il a ajouté « mais tu sais, c’est toi qui devrait me demander à boire ». Alors un dialogue insensé a commencé, un de ces dialogues dont les humains ont le secret : où personne ne parle de la même chose. Mais le plus fou, c’est que ce dialogue a abouti a une rencontre. Et finalement, elle est partie en courant.
Et devinez quoi ?
Eh bien non, elle n’a pas épousé le voyageur. Non, elle n’est pas partie avec lui. En fait, je l’ai revue souvent. Elle a continué à venir puise de l’eau du puits. Mais elle avait changé, elle n’avait plus peur. Elle n’avait plus honte. Quelqu’un avait posé sur elle un regard sans jugement.
Elle, je ne sais toujours pas son nom. Mais par le réseau, j’ai appris le nom de cet homme qui avait su voir sa soif d’exister aux yeux des autres, sa soif de ne plus être jugée. Cet homme, il s’appelait Jésus.
Et finalement, ce Jésus, c’est peut-être un des nôtres, une sorte de puits : une source de vie, un lieu de rencontre.
Amen

D'après Genèse 24, Genèse 28, Exode 2 et Jean 4

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Lettre ouverte à mes amis agnostiques, athées et bouffeurs de curé

15 Janvier 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #laïcité, #Humeurs, #Charlie-Hebdo, #dialogue

Lettre ouverte à mes amis agnostiques, athées et bouffeurs de curé

Ensemble, nous avons été traumatisés par les massacres du 7 et du 8 janvier, ensemble nous avons marché, protesté, affirmé notre désir de vivre ensemble. Et Je me disais qu'enfin on allait voir la nécessité du dialogue et de l'échange.

Et déjà, je vous vois relayer des articles appelant à une laïcité plus stricte, les déclarations d'Aurélie Filippetti demandant qu'on arrête de discuter avec les rabbins, les curés et les imams. Arrêter de discuter ? Maintenant ?

Dimanche dernier, je disais à mes paroissiens à quel point il me semblait que le blasphème devait être un droit, même si c'est impoli ou irrespectueux. Aujourd'hui j'espère que vous me permettrez de m'adresser à vous, sans me prendre pour un maître à penser, simplement comme un homme, un citoyen, un Charlie qui se trouve aussi être un croyant.

Comprenons - nous bien, je ne vous conteste certainement pas le droit de ne pas croire ni même de bouffer du curé, du pasteur, de l'imam et du rabbin. Bon appétit même et reprenez un peu de pasteur... Mais pourquoi devrions-nous être tenus à l'écart du débat républicain ? Pourquoi ne serions-nous pas appelés nous aussi, religieux, représentants religieux ou simple croyants, à y participer ? Non pas pour le dominer, non pas pour soumettre la république à la volonté de Dieu mais simplement parce que, comme vous, nous sommes citoyens, composants de la république et que nos points de vue ont le droit d'être entendus, écoutés et discutés avant d'être pris en compte ou rejetés.

De même, loin de moi l'idée de vous empêcher de contester le Concordat (sur ce point, on serait même assez d'accord, je plaiderai juste pour un délai d'adaptation pour les cultes concernés) ni de discuter les aides et subventions accordées à certains cultes. Mais franchement, vous croyez vraiment que c'est dans les cours de religion alsaciens ou dans les écoles privées que les frères Kouachi et Coulibaly ont appris leur haine ??? Vous croyez vraiment que c'est là qu'il faut chercher la cause de l'horreur ??? Vous n'avez pas un peu l'impression d'instrumentaliser un drame au service d'un autre débat ?
Mais en fait pas tant que ça, parce que c'est marrant, moi, je me dis au contraire que c'est parce qu'ils n'ont jamais vu leur imam discuter avec leur instituteur qu'il a été aussi facile de leur montrer la république comme une ennemie, dont la laïcité (au même titre que l'éducation ou la police) est une des formes d'oppression, de négation de leur identité.

Cette étanchéité totale au religieux que vous revendiquez, j'y vois justement le berceau de bien des crispations identitaires, justement celles qui rendent possibles les massacres de la semaine dernière. Et puis, pour tout vous dire, j'y vois la vraie dénaturation de la loi de 1905 qui ne s' est pas opposée me semble-t-il à la déclaration universelle des droits de l'homme "Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l'enseignement, les pratiques et l'accomplissement des rites. "

Alors qu'est-ce qu'on fait maintenant ? On continue à alimenter le communautarisme en posant des joints étanches ou bien on essaye de parler les uns avec les autres ?

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Liberté d'expression ? Liberté de blasphème ?

14 Janvier 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #prédication, #Romains, #Blasphème, #Liberté d'expression

Liberté d'expression ? Liberté de blasphème ?

Prédication du dimanche 11 janvier 2015

Matthieu 5, 21-22

Marc 3, 22 à 30

Romains 2, 17 à 24

J’avoue qu’il est trop tôt pour moi pour parler des évènements que nous avons traversés ces derniers jours. La liturgie, je l’espère, aura mis des mots sur nos peurs et nos questions, elle nous aura donné les paroles d’espérance dont nous avons besoin mais je ne voudrais pas galvauder ces mots par la prédication.
Alors peut-être comme une protection, je voudrais que nous réfléchissions avec la Bible a des notions dont on a beaucoup parlé ces temps-ci, celles de liberté d’expression et de blasphème. Si je reste convaincu que la liberté d'expression ne doit surtout pas être totale, je pense aussi, même si cela me paraît moins évident, que le blasphème doit rester libre.

Je ne suis pas le défenseur d’une totale liberté d’expression. D’abord parce qu’il y a des mots qui tuent. Jésus l’enseignait déjà et aujourd’hui toutes les victimes de quelque forme de harcèlement que ce soit le savent. Enfin parce que la liberté est, dans ce domaine comme dans d’autres, un droit du plus fort et que je ne crois pas beaucoup en notre capacité d’auto-régulation. Donc je ne suis pas le défenseur d’une totale liberté d’expression et je ne crois pas que toute protestante qu’elle soit, notre Eglise doive l’être.

J’ajouterai que je me méfie également de certaines nuances que l’on prétend avoir et qui brouillent considérablement les choses. Entendu tout récemment « mais là ça ressort de l’apologie du terrorisme et pas de la liberté d’expression », un autre dicton, plus ancien « le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit… Ne serait-il pas plus simple de rappeler simplement qu’il y a des opinions dont l’expression est délictueuse, que la liberté d’expression a des limites, qu’elle s’arrête à l’incitation à la haine ou à la violence, qu’elle s’arrête à l’insulte, bref, qu’il y a des expressions qui sont interdites…

Mais si la Bible nous rappelle qu’il y a des mots qui tuent, elle nous parle aussi d’une autre catégorie de mots : ces mots tellement graves qu’ils font mourir celui qui les prononce, ou plutôt des mots tellement graves que celui qui les prononce doit être mis à mort, ces mots, on les appelle « blasphèmes ».

Alors devons-nous ajouter le blasphème aux limites à la liberté d’expression ? Quelques réflexions sur un sujet qui me paraît plus complexe que celui de la liberté d’expression.

Tout d’abord, la Bible condamne manifestement le blasphème et Jésus lui-même disait que le blasphème contre l’esprit est de l’ordre de l’impardonnable (ce qui ne signifie pas passible de mort).

Pourtant, une fois cette condamnation rappelée, il faut bien dire que le blasphème est rarement défini : la Bible nous dit qu’un tel a blasphémé mais à part dans un cas célèbre, on ne nous dit pas en quoi a consisté le blasphème. Et même cet impardonnable blasphème contre l’Esprit Saint, je ne suis pas très sûr de savoir de quoi il s’agit. D’après le contexte, j’aurais tendance à penser qu’il s’agit d’attribuer au Satan les œuvres de Dieu, je suis à peu près certain en tout cas, qu’il ne s’agit pas d’un mot ou d’un dessin. Tout ce que je sais du blasphème, c’est qu’il s’agit d’une insulte à Dieu. Pour autant, le blasphème ne peut pas être mis au rang de l’insulte. En effet, dans la condamnation de l’insulte, je vois un souci de protection des victimes, des faibles. Mais j’avoue avoir une trop haute opinion de mon Dieu, être trop peu blasphémateur pour penser que mon Dieu peut être blessé par un mot ou un dessin. Je ne me sens pas le devoir de protéger Dieu, et si vraiment mon Dieu est si fragile que les mots le blessent, alors, bien avant les caricaturistes, ce sont les théologiens qu’il faut interdire…

Ah mais se moquer de Dieu c’est insulter les croyants ! Peut-être. Mais alors que je ne me pose pas comme un défenseur de l’honneur de Dieu quand je lutte contre le blasphème mais bien comme le défenseur de mon honneur, de ma susceptibilité ! Et puis, je m’interroge : s’il est interdit de se moquer des convictions religieuses de tout un chacun, pourquoi serait-il permis de se moquer de ses convictions politiques, ou de ses goûts sportifs ou musicaux ?

Je disais que le blasphème est rarement défini dans la Bible… Il y a pourtant un cas célèbre où l’on sait pour quel blasphème précis, le blasphémateur a été mis à mort :

Et le souverain sacrificateur, prenant la parole, lui dit : Je t’adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu. Jésus lui répondit : Tu l’as dit. De plus, je vous le déclare, vous verrez désormais le Fils de l’homme assis à la droite de la puissance de Dieu, et venant sur les nuées du ciel. Alors le souverain sacrificateur déchira ses vêtements, disant : Il a blasphémé ! Qu’avons-nous encore besoin de témoins ? Voici, vous venez d’entendre son blasphème. Que vous en semble ? Ils répondirent : Il mérite la mort.

Matthieu 26 ; 63-66

Oui, tout en entendant l’interdiction du blasphème, nous devons nous rappeler que Jésus, le Christ a été condamné et mis à mort comme blasphémateur, pour avoir insulté Dieu. Et c’est vrai qu’aujourd’hui encore, affirmer que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu ou Dieu fait homme, c’est un blasphème au regard d’autres religions qui n’en sont pas moins des religions avec lesquelles nous sommes et devons être dans un dialogue fraternel. Pour autant, nous abstiendrions-nous d’affirmer, de confesser ce qui, pour elles, est un blasphème ?

Pourtant, les premiers chrétiens, les premiers auteurs chrétiens ont continué à condamner le blasphème. Mais, ils ont tout de même changé un peu d’orientation. Dans le Premier Testament, le blasphémateur est mis à mort . Lorsque Jésus condamne le blasphème contre l’Esprit Saint, d’une part il ouvre la possibilité d’autres blasphèmes et surtout il place les choses sur un plan spirituel.

Et puis Paul ouvre une autre perspective : il place les croyants devant leur propre responsabilité face au blasphème des non-croyants. « C’est à cause de vous, à cause de votre attitude, à cause de votre hypocrisie » que le nom de Dieu est blasphémé parmi les autres. Et c’est vrai, que bien souvent les caricatures, les moqueries à l’égard de notre religion pointent nos incohérences, nos hypocrisies, parfois aussi ce qui paraît fou aux yeux du monde. Et c’est vrai qu’elles sont d’autant plus mordantes, d’autant plus pertinentes que la religion visée est plus oppressive. Alors, je me dis que ce serait peut-être là une belle manière chrétienne de se positionner face au blasphème : vouloir l’éradiquer mais non par l’arsenal législatif mais bien par notre attitude, faire en sorte par nos comportements, par nos paroles que nul n’ait envie de tourner en dérision le Dieu qui nous pousse à être ce que nous sommes…

Et puis je tombe sur ces mots de Paul à Timothée : Tous ceux qui sont sous le joug de l’esclavage doivent considérer leurs maîtres comme dignes d’un entier respect, afin que le nom de Dieu et la doctrine ne soient pas blasphémés. (I Tim. 6, 1) Et même si je comprends quelle peur d’être considéré comme de dangereux révolutionnaires pouvait traverser les chrétiens, même si je sais bien qu’occidental du XXe siècle, je n’ai pas le droit intellectuel de juger mes frères du premier siècle, je me dis quand même qu’une condamnation plus rapide de l’esclavage par les chrétiens aurait bien valu quelques blasphèmes contre le nom de Dieu et contre la doctrine…

Alors au final, que dire du blasphème ? Le condamner, le combattre, l’autoriser ? Voilà mon point de vue

L’innocent, comme le scélérat, Il (Dieu) l’anéantit. Quand un fléau jette soudain la mort, de la détresse des hommes intègres Il se gausse. Un pays a-t-il été livré aux scélérats, Il voile la face de ses juges ; si ce n’est Lui, qui est-ce donc ? Job 9, 22-24

Ces propos de Job me paraissent finalement bien plus blasphématoires que les trois papas d’André Vingt-Trois. Et pourtant, Job a bien parlé.

Je crois que si des dessins ou des blagues pas toujours drôles, parfois choquants, voire de très mauvais goût, des dessins et des blagues qui nous vexent parfois ou simplement nous gênent comme on peut être gêné par la plaisanterie pas drôle d’un gros lourd, sont finalement un petit prix à payer pour cette liberté de parole sur Dieu que nous donne la Bible.

Alors, pour la préservation du plus petit, du plus faible, pour la possibilité de vivre ensemble, je pense que la liberté d’expression doit avoir des limites. Mais pour la liberté de croire et de penser, pour la possibilité du dialogue et de l’interpellation, je suis convaincu que le blasphème doit rester possible et que nous, chrétiens, devons défendre cette liberté, cette possibilité.

Frères et sœurs, notre Dieu n’a pas peur d’un crayon ou d’une blague, notre Dieu n’a pas peur du mauvais goût. Je crois même que notre Dieu ouvre la possibilité du rire. Notre Dieu est plus fort que la mort, plus fort que la haine. Et aujourd’hui comme demain qu'il nous rende plus forts que nos peurs, plus forts que nos rejets, plus forts que nos désirs de vengeance. Que demain, Il nous donne la possibilité de l’amour.

Amen

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