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Qui suis je ?

Éric George, né en 1970, pasteur de l’Église Réformée de France depuis 1995, arrivé sur la paroisse d’Évreux en août 2005, je suis marié, père de 3 enfants. J’aime la lecture, le cinéma, les jeux de sociétés, les débats sans fin… Le reste ? Gageons que vous le découvrirez à travers ses pages…

 

Pourquoi un blog ?

Les plus mauvais esprits (et peut-être aussi ceux qui me connaissent le mieux )répondront : « simple réflexe de m’as-tu-vu » ou bien « nouvelle tentative d’un ecclésiastique pour faire du prosélytisme et pour imposer sa foi au plus grand nombre possible ». Aucune des deux réponses ne sera tout à fait fausse d’ailleurs. C’est vrai qu’un blog public relève toujours d’un certain exhibitionnisme. Et il est vrai aussi que si je tiens à parler de ma foi, de ma théologie, c’est bien dans un but de témoignage, non pas pour faire des adeptes ou des disciples, certainement pas pour convertir les foules mais juste pour montrer que la foi peut-être autre chose que les images édifiantes ou au contraire insultantes que l’on en donne la plupart du temps. La foi, c’est aussi une relation, une recherche, une réflexion qui se poursuit au jour le jour…

Mais un blog c’est aussi et surtout un exercice. Pas évident d’ailleurs : celui de coucher par écrit les diverses pensées qui nous traversent la tête au cours d’une journée. Celui de structurer une idée récurrente, de m’obliger à un peu de rigueur… Un autre aspect de l’exercice, c’est celui de l’ouverture : non seulement l’idée est écrite mais elle est accessible à tous et chacun peut réagir. Ici on est bien loin du contexte favorable de la prédication ou de l’étude biblique devant des paroissiens un peu trop respectueux de la pensée du pasteur…

Donc se montrer, témoigner, structurer des pensées fugaces et s’ouvrir aux réactions des autres… Tout un programme en fait…

 

Ce que vous devriez trouver ici…

Dans Petite théologie pas très sérieuse : des petites réflexions personnelles sur la théologie, al foi, la spiritualité…

Dans Bible : des méditations sur certains textes bibliques et  prédications

Dans Théo en culture : une relecture théologique complètement subjective de livres, films et autres…

Dans Humeurs : comme le titre l’indique, mes joies et mes coups de gueule…

Dans Les mots de la théologie : à partir d’un mot de notre jargon, une méditation

Dans Actualité paroissiale : les différentes manifestations de la paroisse réformée d’Évreux

Dans Citation : des extraits d'auteurs exprimant des choses bien mieux que je ne saurai le faire

Dans Réponses : des réponses à des questions esquissées au fil des commentaires

Dans Prières : ben euh, à votre avis ?

Ce que vous ne trouverez pas ici…

La position officielle du protestantisme ou de l’Église Réformée de France, mes propos me sont personnels et n’engagent que moi. En aucun cas, je ne suis mandaté pour parler au nom de l’E.R.F et encore moins du protestantisme. Toutefois, c’est en protestant que je réagis la plupart du temps…

Il va également de soi que rien de la dimension relationnelle de mon ministère n’aura sa place ici…

Mercredi 8 mai 2013 3 08 /05 /Mai /2013 10:26

Marion : II Corinthiens XII, 2 à 4

 

Eric : 14 ans après, Paul  raconte sa vocation. Peut- être est ce plus facile à comprendre pour nous, pasteurs, tu verras en effet dans ton ministère que la question de la vocation reste une question souvent posée.

 

Marion : Oui je sais bien, et c’est déjà le cas… Aussi bien la commission des ministères que des amis, ou des inconnus, m’ont demandé cette année de leur raconter ma vocation.

 

Éric : Alors, tu as déjà commencé à construire et à roder ton propre récit de vocation ?

 

Marion : Pas vraiment non… J’ai l’impression de raconter autre chose, ou en tout cas d’insister sur d’autres éléments à chaque fois. En fonction de qui me demande, en fonction aussi de ma propre réflexion au moment où on me pose la question… Mais en général j’ai l’impression que les autres s’intéressent plutôt à ma vocation au ministère pastoral qu’à ma vocation plus générale à la foi chrétienne. Et toi alors, tu as un récit plus construit de ta vocation ?

 

Eric : Plus construit, peut-être, à force de le répéter. Et c’est vrai que, vu mon propre parcours vocation pastorale et vocation à la foi, sont, dans mon histoire très liées… Mais même si j’ai peu à peu construit mon récit, je m’aperçois en y réfléchissant que je n’insiste pas toujours sur les même points…

Un peu comme Paul n'a pas toujours raconté sa vocation de chrétien et d'apôtre comme aux Corinthiens.

 

Eric Actes XXVI 1 et 9 à 23 


 

Marion
Quand Paul raconte sa vocation au roi Agrippa et à toutes les autres personnes présentes à ce moment là, elle apparaît comme une évidence, comme ne laissant aucun doute quant au pourquoi de cet appel : Paul a une vocation spécifique, il a reçu un appel particulier à une mission particulière.

 

En effet, il est appelé par Jésus lui-même à quelque chose de bien précis, son cahier des charges est tout à fait explicite : Paul doit être serviteur et témoin de ce qu’il a vu. Il est donc appelé, et envoyé en même temps, envoyé vers les autres, vers les non-Juifs plus précisément, pour leur annoncer le Christ.

 

Et Paul raconte cet appel pour justifier son autorité à s’exprimer devant les foules de Damas, de Jérusalem ou d’ailleurs : ce n’est pas en son nom propre qu’il parle, mais parce qu’il n’a pas été réfractaire à la vision céleste, parce qu’il a entendu cet appel et qu’il le met en œuvre.

 

Être appelé par Dieu, c’est donc se voir confier une mission bien particulière, celle d’annoncer l’Évangile au monde. Et c’est en effet la mission confiée à chacun de nous, sous des modalités différentes.

 

Eric
Tu as raison, on pourrait presque dire que ce n'est pas tant sa vocation que Paul raconte à Agrippa que sa mission. C'est sans doute pour cela que son récit de vocation est très partiel. Saul le persécuteur tombe à terre avec ses compagnons et c'est Paul l'apôtre des nations qui se relève, seul.

Et après tout, c'est vrai que face à cette mission d'annoncer l'Évangile au monde, nous sommes, je suis, d'abord, seul. En effet, je n'ai pas pour mission de réciter le catéchisme d'une Église, de débiter les slogans d'un parti, mais d'annoncer une Bonne Nouvelle qui me touche personnellement. Cela explique que face à Agrippa, Paul semble laisser ses compagnons à terre.

Mais avant de reprocher à Paul de tirer la couverture à lui, nous devrions entendre un autre récit de sa vocation.

 

Eric Actes XXII 1 à 21

 

Marion
Tu disais que dans le premier texte que nous avons lu, Paul laisse ses compagnons à terre. Dans cette version, ils sont pourtant présents auprès de Paul après sa vision, c’est même eux qui le prennent par la main et le conduisent jusqu’à Damas. D’ailleurs il semblerait qu’ils aient pris part à une partie de cet appel adressé à Paul : ils ont vu la lumière qui brillait autour d’eux, mais ils n’ont pas entendu la voix s’adressant à Paul.

 

Eric 

En effet, Paul ne raconte pas  toujours sa vocation de la même manière, ici, il donne un rôle à ses compagnons

 

Marion

Exactement, parce qu’ils ne sont pas laissés indemnes par la vocation de Paul, mais ils n’en partagent pas la totalité non plus. Notre vocation ne laisse pas indifférents ceux qui nous entourent, ceux qui partagent notre route, parce qu’elle vient bousculer notre vie, notre manière d’être au monde et donc d’être avec les autres. Qu’ils comprennent et partagent, ou non, ce qui nous anime,  ils peuvent parfois nous guider sur ce chemin qui s’ouvre à nous, comme l’ont fait les compagnons de Paul sur la route de Damas. Et nous avons besoin de ces guides, parce que l’appel de Dieu n’est pas toujours évident à saisir : il peut nous éblouir, nous rendre aveugles pour un temps.

Notre vocation a donc forcément une dimension publique, partagée. Mais elle a aussi cette part de mystère qui ne se partage pas toujours, y compris avec nos plus proches compagnons de route. D’ailleurs, le texte nous parle d’un autre personnage encore, Ananias, lui aussi concerné par la vocation de Paul.


Éric
Eh oui. Face à Agrippa, Paul rappelait que notre vocation de chrétiens nous met à part, face à la foule, il nous rappelle que notre vocation touche aussi d'autres, ceux que tu appelles «nos compagnons de route», mais aussi ceux que notre vocation nous conduit à rejoindre.

En effet, être appelé, ce n'est pas seulement être appelé à témoigner face au monde de la Bonne Nouvelle que nous avons reçu, c'est aussi être appelé à entrer dans une Église, une assemblée, un corps. Avant de rencontrer les païens, Paul va rencontrer le chrétien Ananias, il va entendre un autre témoignage que le sien, il va comprendre que l'Évangile qu'il a reçu est partagé par d'autres dans leur propre histoire. Ils sont importants ces Ananias qui nous empêchent de croire que tout doit être compris comme nous, nous l'avons compris.

Marion
Les autres, ceux qui nous entourent et ceux que notre vocation nous invite à rejoindre, ne sont donc pas extérieurs ni indifférents à cette vocation. Mais qu’en pensent-ils ? Quelle image de nous ont-ils lorsqu’on leur parle de l’appel de Dieu ?

Dans le livre des Actes, un troisième récit de la vocation de Paul nous est donné. Et cette fois-ci, ce n’est plus lui qui parle, qui raconte, mais c’est Luc, l’auteur de ce livre, qui nous livre ce qui s’est passé sur le chemin de Damas.

 

Marion Actes IX 1-22

 

Marion

Voilà encore une version différente ! Ici les compagnons de Paul entendent la voix, mais ne voient personne. Et Ananias, qui comme tu le disais va être témoin de la Bonne Nouvelle pour Paul, ne paraît pas si enthousiaste à cette idée.

 

Éric
Oui, tu as raison, Luc nous fait entrer dans le cœur  d’Ananias, et on voit bien qu’Ananias n'est pas forcément ravi de voir arriver dans SON Église, ce persécuteur, ce bouffeur de chrétiens. En fait pour qu'Ananias accepte la vocation de Paul, il lui faut sa propre vocation.

 

Marion

C’est vrai qu’il y a une certaine méfiance de la part d’Ananias…

 

Eric

C'est le moins qu'on puisse dire. Mais nous pouvons nous retrouver un peu dans cette méfiance d'Ananias. Bien sûr, nous sommes enchantés de voir notre Église s'agrandir de nouveau membre, mais quand même, «comprendra-t-il assez bien l'histoire et la culture protestante ?» «ne va-t-elle pas appeler "autel" notre table de communion ?» «est-ce une conversion sérieuse ou avons-nous affaire à un illuminé ?» «son mode de vie ne va-il pas faire tache dans notre Église ?»

Sans aucun doute, comme Ananias, nous sommes appelés aussi à accepter l'appel des autres.

 


 

Marion

C’est vrai que ce n’est pas toujours facile, d’autant plus quand le parcours de l’autre est totalement différent du notre, ou quand sa manière de dire sa vocation ne correspond pas à la culture en vigueur dans notre Eglise.

 

Je crois que ce troisième récit souligne aussi autre chose : c’est que la vocation a une dimension bien plus large que celle dont nous avons parlé tout à l’heure.

Être appelé, ce n’est finalement pas forcément être appelé à une mission précise, comme Paul le laisse entendre devant Agrippa.

 

Ici Luc nous rapporte que sur le chemin de Damas, Jésus dit simplement « lèvre-toi, entre dans la ville, et on te dira ce qu’il faut que tu fasses ». D’abord, lève-toi ! Notre vocation est avant tout celle de chrétien, d’appelés à faire nôtre la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu, dans nos vies, d’appelés à nous lever, à nous relever grâce à cette Bonne Nouvelle, d’appelés, aussi, à raconter, à notre manière et en toute liberté, cette vocation qui est la nôtre.

 

Éric

Amen

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Dimanche 17 mars 2013 7 17 /03 /Mars /2013 18:50

Dieu notre père

Nous voulons te prier pour tous les oiseaux du monde

Et surtout pour tous ceux à qui nous donnons des noms d’oiseaux

 

Nous te prions bien sûr pour ceux que nous appelons

Mon poussin, mon canard, ma poulette

Tous ceux, qu’avec ou sans surnom, nous aimons

 

Nous te prions également pour ceux que nous appelons vautour

Et pour les faucons de guerre

Ceux-là qui croient pouvoir puiser leur force et leur vie

dans la faiblesse et la mort et des autres

Donne-nous d’être face à eux des témoins vigilants

Donne-nous ton esprit de prophétie qui dénonce l’oppression

Et annonce la justice.

 

Nous te prions pour ceux que l’on appelle pigeons

Donne nous d’accepter de faire, aux yeux de ce monde, partie de ceux-là

Donne-nous de réaliser ta parole « Heureux les doux, heureux les simples »

 

Nous te prions pour les triples buses, les bécasses et les têtes de linottes

Donne-nous d’accueillir avec amour et patience les limites de nos frères et de nos sœurs

Donne-nous la lucidité et l’humour nécessaires pour reconnaître et assumer nos propres limites

 

Nous te prions pour ceux que nous voyons

Majestueux comme des aigles

Libère nous de l’aigreur et de l’idolâtrie

Et permets-nous de prendre notre place aux services des autres

 

Fais sortir leur tête du sable aux autruches

Fais atterrir un peu les albatros

Donne aux coqs l’humilité

Et rend aux moineaux la dignité

 

Nous te remercions pour les colombes

Annonciatrices de paix et d’espoir

Pour les alouettes, porteuses d’espérance

Et pour les pinsons qui nous communiquent leur joie

 

Seigneur,

Que ton Royaume germe sur la terre

Et qu’il rassemble dans son feuillage

Tous ces oiseaux que nous sommes

 

 

 

 

 

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Jeudi 24 janvier 2013 4 24 /01 /Jan /2013 18:53

insolite_111118.jpgIl y a quelques semaines, m'agaçant contre nos tendances à instrumentaliser la Bible au service de nos anthropologies, j'écrivais que la relation de David et Jonathan n'était pas une relation homosexuelle.

Depuis, je découvre un article (de 2003) de Thomas Römer (De Sodome et Gomorrhe à David et Jonathan, quelques considérations sur l'homosexualité dans la Bible hébraïque) qui affirme le contraire (et je ne saurais trop vous recommander la lecture de cet article avant d'aller plus loin dans ma prose) Le point de vue est solidement argumenté et Thomas Römer est certainement un bibliste bien plus compétent que moi, alors s'il affirme qu'on peut lire la relation entre David et Jonathan comme un amour homosexuel, je ferais sans doute mieux de reconnaître mon erreur et de faire profil bas. Surtout qu'au bout du compte, ça m'arrange plutôt bien dans mon anthropologie et dans ma position favorable au mariage pour tous...

Seulement voilà, aussi solidement argumentée soit-elle, la lecture de Thomas Römer ne me convainc pas. Ce que je lui reproche, c'est de passer sous silence ce que je crois être une problématique importante.

Thomas Römer nous apprend que les condamnations des pratiques homosexuelles par le Lévitique sont postérieures à la geste de David. Mais si vraiment un lecteur hébreux pouvait voir une relation empreinte d’érotisme entre David et Jonathan, comment se fait-il qu'à un moment de condamnation forte de l'homosexualité, cette relation n'ait pas été relue, réinterprétée ? (Comme, par exemple, ont été réinterprétées les épouses étrangères de Salomon (d'abord signe de sa richesse et de sa splendeur puis considérées à des époques plus isolationnistes comme la cause du schisme d'Israël)) C'est à cause de cette non-censure, à cause de cette non réinterprétation pour édulcorer ou pour condamner ces moeurs de David, que j'ai peine à croire que les lecteurs hébreux à travers les siècles aient vu la charge érotique que Thomas Römer décèle dans ce texte.

Bref, je continue à penser que si nous voulons tirer de la Bible un discours général sur l'homosexualité, il ne nous reste que les 4 ou 5 versets qui la condamnent. Heureusement, la plupart des opposants chrétiens au mariage pour tous ont bien perçu qu'utiliser ces versets les discréditeraient, non pas tant au regard de la société qu'au regard de la Bible elle-même. Comment pourrait-on revendiquer des prescriptions du Lévitique, alors que nous ne tenons pas compte de 99% d'entre elles. Comment pourrait-on revendiquer les anathèmes de Paul en oubliant l'essentiel de son message  O homme, qui que tu sois, toi qui juges, tu es donc inexcusable ; car, en jugeant les autres, tu te condamnes toi-même, puisque toi qui juges, tu fais les mêmes choses.

 Je crois très bon que nous appuyions nos convictions politiques, anthropologiques et philosophiques sur nos lectures de la Bible mais nous devrions toujours garder beaucoup d'humilité en nous souvenant que si nos convictions s'appuient sur notre lecture, notre lecture s'appuie aussi sur nos convictions et qu'il nous est impossible de discerner ce qui soutient quoi. La Bible dresse-t-elle un modèle de famille et de relation ou remet-elle en question nos modèles familiaux et relationnels ? J’ai tendance à opter pour la deuxième lecture.  Mais après tout, c'est toujours du "choisis ton verset, camarade"

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Dimanche 6 janvier 2013 7 06 /01 /Jan /2013 06:57

la-jeunesse-de-picsou-1-glenat.jpgPrédication du 30 décembre 2012

I Jean III, 1-24

I Samuel I, 20-28

Cantique 374

Luc II 40 à 52

 

Je suis un grand amateur de jeunesses de personnages célèbres, qu’ils soient fictifs ou réels. Je ne parle pas de biographie mais bien de jeunesses inventées… Mes premiers souvenirs en la matière remontent à Pauvre petit garçon où Dino Buzzati invente l’enfance d’Adolphe Hitler et à Spielberg, décrivant la jeunesse de Sherlock Holmes dans Le secret de la pyramide, ma dernière acquisition, c’est La jeunesse de Picsou… Vous voyez, je reste très friand de ce genre de littérature, de cinéma ou de bande dessinée : quel plaisir, quel jeu de découvrir la source de tel talent, de telle manie de telle obsession, de relever les clins d’œil au personnage de référence.  Heureusement, dans la littérature, dans la bande dessinée, dans le cinéma, les exemples ne manquent pas. Bien sûr, il y a des règles à suivre pour écrire une telle jeunesse : il faut bien connaître le personnage, il faut que la jeunesse ne soit pas trop connue, et surtout il faut inclure dans cette jeunesse le plus de clins d’œil possible au personnage tel qu’il est connu aujourd’hui, sinon le travail s’avère décevant : que m’importe la jeunesse de Cyrano de Bergerac si celui-ci m’y est décrit comme un véritable Don Juan ?

En fait, ce passage de Jésus au Temple est une bonne « Jeunesse de Jésus ». On y trouve bien le caractère de Jésus tel que les évangiles nous le dépeignent : on y retrouve l’intelligence et la perspicacité ainsi que le côté contestataire, l’opposition au carcan familial et puis bien sûr l’allusion à la résurrection avec cette recherche qui dure trois jours…

Oui, je suis persuadé que ce texte est plus de l’ordre de « la jeunesse de Jésus » que de l’anecdote croustillante sur l’adolescence de Jésus. Tout d’abord, quand on raconte ce genre d’histoire, on ménage le suspens, on laisse le lecteur chercher avec les parents, on ne commence pas par dire « Jésus était retourné à Jérusalem ». Et Luc sait ménager un suspens : quand il raconte le matin de Pâques, il ne nous dit pas « le premier jour de la semaine, alors que Jésus était ressuscité, les femmes vinrent au tombeau ». Ensuite, le lire comme le récit journalistique d’un fait divers de l’enfance de Jésus nous conduirait à nous poser des questions insolubles. La première serait « dans quelle famille d’irresponsables «Dieu a-t-il placé son Fils ? » et la deuxième et non la moindre serait : « Comment Marie pouvait-elle ne pas comprendre ce que Jésus disait ? Avait-elle oublié ce qui s’était passé 12 ans plus tôt ? Elle est blonde ou quoi ?». Enfin, à quoi bon servirait cette histoire ? A montrer Jésus comme un petit prodige ? A rassurer des parents inquiets quand leur progéniture fait les quatre cent coups en leur disant « Oh mais vous savez, Jésus, lui-même, au même âge… » ? Vu ce que Jésus a, par la suite, fait voir à ses parents, je doute que cela soit très rassurant. Non décidément, je crois que le souvenir d’enfance est une mauvaise piste pour lire ce texte.

 

Mais Luc se contente-t-il de nous raconter cette histoire pour nous présenter son personnage ? Certainement pas ! Il nous donne un véritable enseignement ou plutôt deux. Le premier concerne Jésus, le second concerne ses parents et sans doute nous-même.

A propos de Jésus, au-delà de l’intelligence de ses réponses, au-delà de sa réponse à ses parents, j’attire votre attention sur les deux commentaires qui encadrent ce récit : Quant à l’enfant, il grandissait et se fortifiait, tout rempli de sagesse, et la faveur de Dieu était sur lui et Jésus progressait en sagesse et en taille, et en faveur auprès de Dieu et auprès des hommes et surtout, sur cette petite remarque : il descendit avec eux pour aller à Nazareth ; il leur était soumis. Jésus vient d’expliquer à Joseph et Marie que sa place est chez son Père ou au domaine de son Père  et voilà pourtant qu’il quitte le Temple et Luc précise bien pour descendre à Nazareth. De la mangeoire de Bethléem à la croix du Golgotha, Jésus est celui qui accepte de ne pas être à sa place, et il l’accepte par soumission aux hommes, par soumissions à ses parents, à César Auguste, pour la naissance (souvenez-vous du recensement) à Caïphe, Anne et Pilate pour la crucifixion...

Et c’est bien sur cette relation de Jésus aux hommes que Luc attire notre attention en précisant bien que Jésus (qui n’est plus l’enfant jésus ni le jeune Jésus mais qui est ici,  nommé simplement Jésus pour la première fois) gagnait en grâce auprès des hommes. Par amour pour les hommes, jésus est celui qui accepte de ne pas prendre la place qui est la sienne.

 

Les hommes, ici, ce sont Joseph et Marie, surtout Marie d’ailleurs, qui est celle qui parle et dont Luc précise bien qu’elle gardait ses choses au fond de son cœur, c’est-à-dire dans son intelligence et sa mémoire. Marie est donc bien ici figure du disciple. Alors que dire de ses hommes, de ses disciples face à ce Jésus qui n’est pas à sa place ?

Le moins qu’on puisse dire, c’est que eux aussi se déplacent beaucoup. De Nazareth au Temple, puis retour, puis retour vers le Temple, puis re-retour à Nazareth… En fait, dans ce récit, il y a trois manière d’aller au Temple et elles correspondent bien aux trois manières, au trois raison d’aller aujourd’hui à l’église, au culte…

Tout d’abord, nous dit Luc, Joseph et Marie vont au Temple, selon la coutume de la fête. On va à l’église par obligation, par habitude. On vient au culte parce qu’il faut, parce qu’on est protestant (remarquez, certains ne viennent pas au culte parce qu’ils sont protestants, c’est la même obligation, la même servitude dans leur esprit)…

Ensuite, Joseph et Marie reviennent au Temple en cherchant Jésus, ils ne savent pas s’ils vont l’y trouver, ils sont pleins d’   anxiété. Et parfois, on vient à l’église en recherche, on ne sait pas si on va y trouver ce qu’on cherche, parfois on ne sait même pas ce qu’on cherche ; on sait juste qu’il nous manque quelque chose, qu’on a mal et qu’on a cherché partout mais pas encore ici…

La troisième manière d’aller au Temple, c’est celle de Jésus, s’il accompagne ses parents dans la tradition, il revient ensuite dans la liberté. Lui, il sait ce qu’il cherche et il sait qu’il va le trouver dans le temple, dans la discussion et l’échange sur l’Ecriture, dans l’enseignement… Oui, on peut venir à l’église, au culte pour recevoir un éclairage sur l’Ecriture, mieux encore, pour recevoir l’éclairage de l’Ecriture, entendre la Parole dont nous avons besoin pour nos vies.

Dans ce texte, il y a trois manière de venir au Temple, et dans le premier jet de ma prédication, j’allais rajouter, il n’y en a qu’une seule qui soit mauvaise… Les pasteurs se sentent toujours obligés de rajouter de la loi, de la morale. En fait, aucune de ces manières n’est dite mauvaise dans le texte…

 

Alors mon frère, ma sœur, quelles que soient les raisons qui t’ont conduit ( e ) ici ce matin, que dans la prière, dans le chant, dans la bible lue et partagée, le Dieu qui se déplace vienne à ta rencontre.

 

Amen

 

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Mercredi 14 novembre 2012 3 14 /11 /Nov /2012 11:25

Je ne sais pas combien de couples homosexuels se marieront (et encore moins combien demanderaient une bénédiction sur leur couple (mais là, je suis hors sujet)). Je ne sais pas combien de couples homosexuels adopteront combien d'enfants. Mais je suis sûr que le nombre sera infiniment moins grand que celui des esprits qui s'enflamment sur la question.

J'ai longtemps appelé de mes vœux une vraie réflexion sur la question dans mon Église et j'avoue que le débat tel qu'il a lieu actuellement me déçoit profondément. D'abord parce qu'il se résume au pire aspect de la démocratie : il prend la tournure de ce chant/concours de colonies de vacance "C'est à bâbord qu'on gueule le plus fort" (merci de ne pas voir d’interprétation politique dans le choix du couplet)
Ensuite parce que l'instrumentalisation des arguments n'a jamais été aussi patente. Ce n'est pas tel et tel arguments me conduisent à telle conclusion mais ma conclusion me pousse à brandir tel ou tel argument (je ne prétend absolument pas échapper à cette tentation mais j'avoue que les agnostiques du mariage gay me manquent)
Bon l'avantage de cette discussion au raz des pâquerettes, c'est que du coup ça me permet d'écrire sans trop de scrupule mon petit grain de sel.

Comme je ne suis pas plus objectif que les autres, commençons par mon point de vue. Je pense qu'un couple, c'est un projet à deux qui s'inscrit dans la durée et la stabilité. Et je pense que le couple a besoin d'un cadre extérieur, d'une reconnaissance civile et juridique pour exister. 

Je sais que des hommes aiment un autre homme, que des femmes aiment une autre femme et éprouvent le désir de construire avec cet autre un projet
Je pense qu'en règle générale, il vaut mieux pour un enfant de grandir dans une famille que d'aller de famille d'accueil en centres.

Je pense qu'il existe encore une homophobie réelle dans notre société, qui conduit facilement à l'insulte ou à l'ostracisme voire à l'agression et je pense qu'un geste fort de reconnaissance civil permet de faire diminuer les haines de ce type.
Pour ces raisons, je suis favorable au mariage pour tous et même à l'adoption tout en gardant certaines réserves et en reconnaissant que ce sera un vaste chamboulement. (Personnellement, j'aurai préféré que soit conservé une différentiation (pas hiérarchique) entre un projet de couple hétérosexuel et un projet de couple homosexuel (peut être meme entre couple féminins et masculins)).
Pour le moment, je m'abstiens de me prononcer sur la question de la bénédiction des couples gay.

 

Ceci dit, j’écris surtout cet article pour me soulager : quelques arguments pro et anti que je lis ou entend régulièrement m’agacent. La suite sera donc tout à fait partiale, sarcastique et défoulatoire Mais vu le niveau actuel du débat, je ne vois pas pourquoi je me gênerais

 

Exemples de couples homosexuels maltraitant leurs enfants 

Exemples de couples hétérosexuels maltraitants leurs enfants

 

L'exemple outrancier élevé au rang de vérité générale, en dessous du niveau zéro du débat

 

Des études montrent que les enfants élevés dans des couples homosexuels sont moins équilibrés que les autres. 

1) Quelles études ?

2) La phrase devrait être des études montrent que des enfants élevés par des couples homosexuels dans une société qui considère l'homosexualité comme une anomalie sont moins équilibrés que les autres.

3) voir l'argument suivant

 

Des études montrent que les enfants élevés dans des couples homosexuels sont aussi équilibrés que les autres

1) quelles études ?

2) la phrase devrait être des études montrent que des enfants élevés par des couples qui se savaient sous observation constante avec nécessité de faire leur preuve sont aussi équilibrés que les autres

3) voir l'argument précédent (et faudrait savoir)

 

Les études favorables au mariage et à l'adoption pour tous sont commanditées par les lobbies gays

Voir argument suivant

Les études défavorables au mariage et l'adoption pour tous sont commanditées par les lobbies antigay

Voir argument précédent

 

L'important est de protéger les enfants

Et c'est sûr que répéter à longueur de médias aux enfants actuellement  élevés par des couples homosexuels qu'ils sont en danger grave de déséquilibre, c'est une bonne manière de les protéger.

 

Il faut vivre avec son temps

Heureusement que l'Église confessante qui s'est opposée au nazisme a refusé de vivre avec son temps. NB. Je ne fais aucune comparaison entre l'homosexualité et le nazisme, il s'agit simplement d'affirmer que l'Église n'a absolument aucun devoir de vivre avec son temps, elle doit être se réformer sans cesse, elle doit être assez humble pour accepter que parfois l'évolution des moeurs lui permet de mieux vivre l'Évangile, mais vivre avec son temps... Elle l'a malheureusement trop souvent fait en massacrant de l'infidèle et en brûlant de l'hérétique.


La nature nous montre que pour avoir des enfants, il faut un mâle et une femelle.

Oui et la nature nous montre aussi que pour que le troupeau survive, il faut laisser les vieux et les faibles se faire bouffer.

 

Demain on réclamera le mariage à trois ou avec son frère ou avec son  orang-outang.
Alors, allons plus loin que le refus du mariage pour tous et remontons à la source du problème. A partir du moment où l'on a cessé d'enfermer les homos, c'était sûr qu'ils allaient se mettre à vivre en couple et même à élever des enfants. Donc criminalisons l'homosexualité.

 

C'est une remise en cause des bases de notre société. 

Peut-être. L'abolition de l'esclavage en était certainement une.

 

Si tout le monde était homosexuel ce serait la fin de l’humanité

Oui, à court terme. En même temps, le mariage pour tous ne me donne aucun regret d’avoir épousé une femme. A vous, si ?

 

C'est une question d'égalité

Je ne crois pas que l'égalité se vive en établissant les même cadres pour tous.

 

En remplaçant les termes de père et de mère par celui de parent, on anéantit les notions de paternité et de maternité.

En fait, c'est faux. Le texte prévoit de remplacer l'ensemble "père et mère" par "parents", pas de supprimer les notions de père et de mère.

 

Les opposants aux mariages gay sont homophobes

Là, je n'ai pas d'argument pour expliquer pourquoi ça me sort par les yeux.

 

Les religions n'ont pas à se mêler des questions de société

Ben si. Même que ça s'appelle la laïcité.

 

La Bible condamne l'homosexualité

Et aussi le mariage avec une étrangère. En revanche, elle accepte l'esclavage et elle affirme que toute autorité vient de Dieu et qu'il convient de s'y soumettre, donc même aux autorités qui autorisent le mariage pour tous, non ?

 

La Bible pose la différence sexuelle comme essentielle à l'altérité

Avec un récit de la création qui célèbre la similitude entre l’homme et la femme s’en s’attarder sur leurs différences ? Avec un Dieu lu comme principalement masculin qui épouse le peuple qu’il appelle son fils (mais travesti pour le mariage, il est vrai) ? Ou bien avec un Dieu dont la capacité à la relation est dite à travers l'image de la trinité (ou de la filiation) mais pas du tout dans la différentiation sexuelle ? Est-c qu’on aurait pas un peu tendance à surinterpréter les images, là ?

 

David et Jonathan était un couple homosexuel

N'importe quoi. Quand David dit de Jonathan que son amour vaut mieux que celui des femmes, il se contente d'énoncer un lieu commun qui a prévalu pendant des siècles : l'amitié masculine est plus noble que la relation entre homme et femme. Aujourd'hui, on se dirait simplement que c'est plus sympa de boire une bière entre mecs que de s'encombrer d'histoires de bonnes femmes.

Tant qu’on y est, le disciple que Jésus aimait n’était pas non plus le giton de Jésus.

 

Jésus a dit : "aimez vous les uns les autres" donc il faut laisser les homos faire comme ils veulent.

 

Ben oui mais je peux, je dois, même, aimer l'assassin sans le laisser assassiner. Ah zut, on va encore m'accuser d'assimiler l'homosexualité à un crime. Bon, je peux aimer celui qui s'oppose au mariage pour tous sans pour autant le laisser empêcher la loi.

 

Dans les quatre derniers arguments, merci d'entendre au-delà de tout sarcasme facile, une réelle inquiétude sur la manière dont nous instrumentalisons les textes bibliques.

 

 

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