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Batman vs Superman

28 Avril 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture, #superman, #batman, #péché, #salut, #humanisme

Batman vs Superman

S’ils combattent ensemble le crime, les super-héros passent également une bonne partie de leur temps à se tatanner entre eux. D'une part, ça permet de sortir un peu du schéma : plan diabolique du méchant pour conquérir le monde, intervention du héro, épreuves, victoire finale, (à la place on a malentendu, match, réconciliation (et souvent tatannage du méchant qui a provoqué le malentendu).

D'autre part, ça permet aux fans de savoir si Thor est plus fort que le Silver Surfer, Tony Stark plus intelligent que Red Richard, Rocket Raccoon plus ridicule que Howard the Duck et Hulk plus vert que Gamora… En effet, pour que le duel ait un sens, il faut que les antagonistes boxent dans la même catégorie….

Mais parfois, pour renouveler le concept, les auteurs proposent un duel improbable : Batman vs Superman entre dans cette catégorie : à ma gauche Kal-El, alias Superman, kryptonien qui lance des laser avec ses yeux, gèle un lac de son souffle, se déplace plus vite que la lumière, à ma droite Bruce Wayne, alias Batman, humain surentraîné qui n’a pour lui que ses gadgets et sa tête de lard. Même ma femme sait que non seulement l’issue du match ne fait aucun doute mais qu’en plus ce sera rapide. Le combat Batman contre Superman, à priori, est moins long qu’un spot publicitaire… Sauf que... Enfin, je vais pas vous raconter le film

Surtout que, peut-être grâce aux critiques négatives, je l'ai bien aimé ce film malgré son côté un peu touffu et pompier et malgré un Superman qui n’a définitivement pas la présence solaire d’un Christopher Reeves.

Mais Miettes de théologie n’a toujours pas vocation à être un blog de critique de films, donc allons-y pour un peu de théologeek. Superman est clairement une figure christique : il fait tout pour s’intégrer à une humanité à laquelle il est étranger (ça s’appelle l’incarnation) et qu’il veut sauver. Au cas où ce ne serait pas assez clair, Snyder inscrit dans son film une descente de croix… Et dans ce film, Superman est confronté à deux adversaires humains.

Lex Luthor, génie du mal, devient figure d’une humanité qui ne veut pas de limite, pas de loi en dehors de la sienne propre. Celui qui , au nom de sa puissance (dans son cas précis, sa richesse et son génie) veut faire ce qu’il veut.

Mais plus intéressant, Batman, lui, est un héro, il a le soucis du plus faible, il protège la vie. Il est cette figure d’une humanité soucieuse du bien, une humanité qui veut se sauver elle-même, qui veut être juste par elle-même.

Or, dans sa lutte pour la justice, Batman rejoint Luthor dans son combat contre le Sauveur de l’humanité, exactement comme lors du procès de Jésus, les responsables religieux deviennent les alliés de l’Empire Romain. Et finalement, c’est sans doute moins en étant Lex Luthor, en me complaisant dans le mal, qu’en étant Batman, persuadé de ma justice, convaincu du bien fondé de mon combat, que je m’oppose à Jésus, un sauveur qui vient à la rencontre de l’humanité.

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Briser des chaînes, tisser des liens

29 Février 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Liberté, #Marc, #Théo en culture, #Gerasénien, #légion

Briser des chaînes, tisser des liens

Prédication du dimanche 28 février 2016
Marc 5, 1 à 20

Il y a très, très, très longtemps, quand j’avais votre âge, cette histoire était mon histoire préférée… Il faut dire que j’ai toujours aimé les histoires qui font peur… Vous n’avez pas eu peur ? C’est peut-être parce que vous avez mal écouté, parce que vous avez eu du mal à imaginer la scène. Allez, on la refait, en version cinéma.

Jésus et le possédé de Gerasa : première ! Clap

Jésus arrive dans une terre étrangère. C’est un endroit qui fait peur. Je l’imagine comme un endroit aride, au sol jaune avec de grands rochers rouges derrière lesquels pourrait se cacher n’importe quelle horrible créature, le ciel est d’un bleu métallique… Le soleil tape dur. Et puis on entend de grands cris, des bruits de chaînes et le vacarme se rapproche…

Et alors on voit le monstre apparaître. Il est énorme, hirsute. A ses mains et à ses pieds, on voit encore des fragments de chaîne…Il pousse des hurlements, il se taillades la figure et la poitrine. Qu’est-ce que c’est ? Un troll des cavernes, un de ces orcs du Seigneur des anneaux ou de Bilbo le Hobbit, un ogre ?

Mais non, quand on y regarde de plus près, malgré son regard fou, malgré ses cicatrices et son air hirsute, ce n’est pas un Uruk Hai, c’est bien un être humain…

Un humain qui se serait affranchi, libéré de toutes les chaines qu’on lui aurait mis. On pourrait l’envier et l’admirer. En tout cas, moi, je pourrais, quand je repense à toutes mes colères, à tous ces moments où je voudrais envoyer valdinguer toutes les chaînes, toutes les règles qu’on m’impose… Oui je voudrai être comme lui, assez fort pour briser mes chaines, être libre , être

Libérééééééé, délivrééééé

Mais libre de quoi ? Libre d’aller me promener tout nu parmi les tombes, libre de me blesser moi-même et de terrifier ceux qui m’entourent ? Libre d’aller me réfugier au plus haut des montagnes, de m’isoler dans une forteresse de glace, loin de tous ceux que j’aime ? Est-il vraiment libre Légion seul dans ses collines et dans ses tombes ? Est elle vraiment libre, Elsa, dans sa forteresse de glace ? est ce que je suis libre quand j’ai dit zut à mes parents et à leurs ordres et que je suis monté m’enfermer pour bouder dans ma chambre ? Non, je suis seul, je suis en colère, je suis malheureux, mais je ne suis pas libre

Vous voyez, parfois, on brise les chaînes, on se dénoue de toute entrave mais on n’est pas libre, on est juste seul.

Alors comment Jésus délivre-t-il le possédé de Gerasa ? En le rétablissant dans ses relations aux autres. Libéré, le possédé est assis et vêtu. Libéré, l’ancien possédé peut à nouveau parler aux gens.

Cela va même plus loin, libéré, l’homme de Gerasa ne peut pas faire ce qu’il veut. Lui, il voudrait suivre Jésus, quitter son pays, sa famille et suivre un nouveau maître en terre étrangère. Mais Jésus lui dit « non, reste chez toi, et parle avec les tiens »… Puisque j’évoquais La reine des neiges, vous pourrez vérifier tout à l’heure après le caté en regardant le DVD pour la 50eme fois, Elsa aussi est vraiment libre en ressortant de sa forteresse de glace et en retrouvant les siens. (En fait, je pense que les studios Disney se sont plus inspirés de l’histoire de Jésus et du possédé de Gerasa que du conte d’Andersen…)

Aucune chaîne ne pouvait retenir l’homme de Gerasa mais il restait esclave, il avait une force incroyable mais il ne contrôlait même pas sa force. Comme quoi, briser des chaînes, cela ne suffit pas toujours. D’ailleurs, Jésus brise aussi des chaînes : il chasse un démon appelé « Légion », et vous savez ce qu’est une légion, pensez à Asterix : une légion, c’est une armée romaine, une de ces armées qui occupent la Palestine à cette époque. Jésus détruit un troupeau de cochons, un animal que les juifs ne mangeaient pas et qui servait vraisemblablement à ravitailler l’occupant romain.

Mais ce n’est pas en brisant les chaînes que Jésus libère vraiment l’homme : c’est en lui permettant de retisser des liens avec les autres. La vraie liberté du Gerasenien, c’est d’être pour les autres un témoin de l’amour et de la bonté de Dieu.

Frères et sœurs, être libre, ce n’est pas seulement briser des chaînes, c’est tisser de nouveaux liens avec les autres, des liens d’amour, des liens de bonté, des liens de Bonne Nouvelle. Alors libérés, délivrés, ne vous isolez plus jamais mais allez à la rencontre de vos frères et de vos sœurs.

Amen

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Les monstres et le péché (6) Les répliquants

27 Février 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture, #péché, #orgueil, #esclavage, #liberté, #Ridley Scott, #Blade Runner

Les monstres et le péché (6) Les répliquants

On retrouve certaines figures monstrueuses dans toutes les cultures. Et si ces "monstres" n'étaient rien d'autre que l'expression, à travers des mythes, de la part sombre de l'humain, cette part que la Bible appelle le péché ?

Les répliquants de Blade Runner sont des machines organiques créées pour être des esclaves. Fabriqués à l’image des humains, ils sont plus forts, plus résistants mais leur durée de vie est largement inférieure. En effet, ces « robots » ont une fâcheuse tendance à se révolter, ce sont des choses qui arrivent, quand on exige d’un individu plus fort et plus intelligent que nous qu’il accomplisse les besognes dont nous ne voulons pas nous charger.

Même s’ils sont fabriqués en laboratoire, les répliquants réclament d’être reconnus comme humains, ils aspirent à vivre libre, à sortir de cette « peur perpétuelle de l’esclavage ». Et, en fait, on les comprend. Sauf que dans leur quête de la liberté, les répliquants torturent, tuent et deviennent de plus en plus monstrueux et terrifiants. Inhumains en fait…

Et en cela, les répliquants nous ressemblent : créés à l’image de Dieu, dans notre soif d’autonomie, dans notre désir d’indépendance, nous nous éloignons sans cesse de cette humanité à laquelle nous aspirons. Faits pour être à l’image d’un Dieu qui s’est fait homme, nous cherchons à être dieux. Faits pour être à l’image d’un Seigneur qui s’est fait serviteur, nous cherchons à devenir seigneur s. Et c’est bien dans cette quête de puissance et de pouvoir que nous abîmons nos relations aux autres et au monde qui nous entoure, que nous perdons notre identité de frères et de sœurs et de jardiniers… En voulant être nous-même, nous nous écartons de ce que nous sommes. En voulant trouver notre place, nous nous perdons…

Pourtant, il y a une différence profonde entre nous et les répliquants de Blade Runner, une différence qui faits de nous des êtres bien plus incompréhensibles, bien plus monstrueux que Pris et Roy. Les créateurs des répliquants n’ont en effet aucun soucis du bien être des créatures qu’ils ont fabriquées uniquement pour leurs fins personnels. Le créateur contre lequel nous nous révoltons nous a créés par amour de nous, le créateur contre lequel nous nous dressons veut notre bien, le père auquel nous disons « non » nous appelle à la vie.

Chose intéressante, la plus humaine des répliquantes est celle qui, par amour, renonce à protéger sa vie.

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Ricochet robot, des obstacles salvateurs

7 Février 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture, #ricochet robot, #jeu, #liberté

Ricochet robot, des obstacles salvateurs

A Ricochet Robot, le but est d’emmener un robot vers son but avec le moindre déplacement possible. Ce n’est pas un jeu de société classique mais plutôt un casse tête collectif dont la règle est simple : un robot avance tout droit jusqu’à ce qu'il se heurte à un obstacle qui lui permettra de repartir dans une autre direction. A nous, joueurs donc, de trouver le plus rapidement possible, la manière d’utiliser les parois et les autres robots pour que le robot atteigne sa cible.
Et tout en nous triturant les méninges, nous pestons contre ces murs qui ne sont jamais au bon endroit, et surtout contre ces abrutis de robots dépourvus de freins qui ne sont pas foutus de s’arrêter où il faudrait. ..
Mais en fait, nous leurs ressemblons un peu à ces abrutis de robots. Il nous arrive aussi de foncer droit devant nous, de suivre notre idée jusqu’à ce qu’un obstacle nous permette de nous arrêter et de changer de direction. Comme les robots ricocheurs, sans ce qui se dresse sur notre chemin, sans ce qui bloque notre trajectoire, nous serions finalement incapables d'atteindre notre but, nous nous perdrions dans notre course en avant. Ces obstacles salutaires, ce sont nos limites (les bords du plateau), les lois qui nous sont imposées autant que données (dans le jeu, les parois intérieures) et les autres (les autres robots), oui surtout les autres...
Surtout les autres parce qu’à Ricochet Robot, un joli coup, c’est souvent un coup qui implique deux voire trois autres robots.
Surtout les autres, parce que parmi ces obstacles qui m’aident à avancer, Jésus m’invite à faire passer l’autre, le prochain, avant tous les autres, avant la loi (en effet, celle-ci est faite pour l'homme (cf. Mc 2, 27) et avant mes propres limites (Mt 5, 39)
Enfin, dans Ricochet Robot comme dans la vie, l’autre aussi cherche à atteindre sa place et je puis être, moi aussi, cet obstacle qui va lui permettre de s’arrêter, de changer de direction, d’atteindre sa case et de trouver sa place…
Bien sûr, nous ne sommes pas des robots mais sommes nous capables de discerner à travers ce qui nous fait obstacle et ceux qui nous font obstacle, les limites dont nous avons besoin pour nous arrêter, pour changer de direction, pour repartir et finalement atteindre notre place…

Alex Randolph : Ricochet Robot

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D'une profession de foi à l'autre

2 Février 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale, #Profession de foi, #credo, #foi, #pastorale

D'une profession de foi à l'autre

Dans le cadre de la démarche synodale vers une nouvelle déclaration de foi de l’Eglise protestante unie de France, à chacune de leurs rencontre, les pasteurs de Haute Normandie proposent une confession de foi qu’ils aiment bien, voire qu’ils ont écrite… Ce moi-ci, c’était mon tour... Petite occasion d'entrer dans ces très mystérieuses rencontre pastorales...

Pour commencer, une profession de foi qui n’est pas la mienne, qui n’est sans doute pas ma préférée au sens de l’adhésion théologique mais qui est certainement celle qui a le plus profondément marqué mon parcours.

Je ne suis pas sûr que les mots soient exactement ceux-là, parce que je n’ai jamais demandé le texte originel et qu’à chaque fois que je l’évoque, je fais appel à mes souvenirs et je la réécris aussi…

Je ne sais pas s’il était Dieu ou Fils de Dieu

Mais je sais que par ses paroles et ses actes, par son amour, il a bouleversé et changé la vie de ceux qui le suivaient et qu’il a tellement fait peur aux puissants du monde qu’ils l’ont mis à mort.

Je ne sais pas s’il est ressuscité

Mais je sais qu’après sa mort, ses disciples et ses amis n’on pas perdu espoir, qu’ils ont continué sur le chemin qu’il leur avait indiqué et qu’ils ont proclamé qu’il était vivant.

D’après A. George (1985 ?)

En fait, sur un éventail qui va de cette profession de foi de mon père (il paraît que c’était à la profession de foi de mon petit frère) au Symbole de Nicée Constantinople, je veux entendre, à travers des mots, des idées et des images différentes toujours la même affirmation : « Jésus Christ est le Seigneur ».

Bref, avec la profession de foi qui va suivre, je ne fais qu’essayer d’exprimer ce que je crois, sans ouvrir de procès en hérésie. Je n’ai pas voulu écrire une confession de foi d’ailleurs je pense qu’en fait cela ne peut qu’être le fruit d’un travail de groupe. Donc, je vous propose une profession de foi, je dis ma foi devant l’Eglise (pour aller vite confession de foi : l'Eglise affirme collectivement sa foi, profession de foi : le chrétien affirme personnellement sa foi) Même si elle a été écrite tout au long de cette semaine, cette profession de foi s'est beaucoup nourrie de nos échanges précédents...

Je crois que je veux être Dieu, que je veux contrôler ma vie et les autres et que je m’abîme et abîme les autres dans ces tentatives, tout comme je suis abîmé par leurs tentatives…

Je crois que pour moi, pour tous, Dieu s’est fait homme en Jésus Christ et qu’il est allé au plus bas de l’humanité, qu’il a traversé le doute et la tentation, qu’il a connu la servitude, la trahison, l’abandon, la condamnation et la mort.

En lui, je découvre un Dieu Tout-Autre, radicalement différent de mes idoles, de mes projections et de mon désir de puissance. Je découvre également que je ne peux dire Dieu que par lui.

En lui, par sa vie, son enseignement et sa mort sur la croix, je découvre la démesure de l’amour de Dieu pour moi, pour tous. Dans la mort de Jésus sur la croix, dans les paroles qu’il y a prononcées, je découvre qu’il n’est pas de lieu, pas de souffrance, pas de révolte, pas de culpabilité où l’humain soit privé de Dieu, pas même la mort.

En effet, je crois que malgré sa mort, il est vivant et qu’il m’ouvre à une vie plus forte que toutes mes morts.

Je crois en Dieu qui m'a rejoint là où je suis, qui m'a révélé à moi-même et qui m'appelle à une vie renouvelée

En lui, je découvre la valeur infinie de chaque être humain, puisque non seulement pour eux comme pour moi, il a tout donné, mais qu’il m’invite en outre à le reconnaître dans les plus petit(e)s et les plus méprisé(e)s de ceux-ci.

Je crois que ce changement de regard, cette transformation de ma vie ne viennent pas de moi mais qu’ils me sont donnés par Dieu qui s’est donné pour moi et qui se tient chaque jour à mes côtés. Dans le réconfort et l’encouragement, en m’inspirant les gestes du pardon et de l’amour ; mais aussi dans le combat contre moi-même, en bousculant mes égoïsmes, en ébranlant mes certitudes, en questionnant mes jugements.

En effet, ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi (Galates 2, 20)

Je crois que le jour vient où tout ce qui s’oppose à Dieu sera vaincu et où tous, nous pourrons être ce que nous sommes vraiment, à savoir, enfants de Dieu.

Cette Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu pour moi et pour tous, Dieu me pousse à la redécouvrir chaque jour dans le témoignage des Ecritures, par la lecture personnelle et partagée de celles-ci. En effet, je crois que je ne puis vivre ma foi seul, mais que j’ai besoin de l’encouragement, du soutien mais aussi du questionnement, de la réflexion et de l’interpellation des autres chrétien(ne)s.

E George 02/02/2016

Je ne suis pas très modérément satisfait de ce que j’ai écrit mais plus insatisfait encore de ce que je n’ai pas su écrire. Le plus gros manque à mes yeux : le salut par la croix : j’ai du mal avec les formulations traditionnelles mais je reconnais que ce que j’en dis est très en deçà de ce que j’en crois.

Les réaction de mes collègues me permettent

  • de préciser que pour moi la confession du péché est de l’ordre de la foi plus que de l’autocritique. C’est en Jésus Christ que je découvre vraiment ma volonté d’être Dieu.
  • de parler un peu d’inter-religieux. aussi enrichissant soit-il pour ma culture, pour mon intelligence, pour mon enrichissement personnel, aussi nécessaire soit-il à notre société, le dialogue avec d’autres religions (quoique le judaïsme tient une place tout à fait à part) ou avec des athées ne nourrit pas ma foi. Sans doute parce que ma foi ne dépend pas de ma raison. Ceci dit, je suis bien obligé de moduler un peu mon propos : le dialogue interreligieux (y inclus avec les athées) stimule assurément ma réflexion sur ma foi…
  • enfin une question sur l’action commune de l’Eglise me met face à une lacune totale. J’essaye d’y répondre trop vite et mélange Eglise et institution…. En fait cela ouvre une réflexion nouvelle et sur la notion d’action chrétienne et sur la notion d’Eglise… pas mal...

Bref, poser des mots sur sa foi, même devant des frères et des soeurs qui partagent cette foi, reste terriblement frustrant et merveilleusement stimulant.

Notre Eglise cherche à dire sa foi commune, j’espère qu’elle s’y découvrira portée par le même Esprit que celui qui a soufflé ce matin à Rouen...

Post Scriptum : après l'échange, la réflexion continue et suite aux remarques sur la confession du péché qui ouvre ma profession de foi, je m'aperçois qu'alors que je suis si sensible à la différence entre "croire en" et "croire que", à la différence entre la dimension intellectuelle ou le contenu de la foi (je crois que) et sa dimension relationnelle (ma foi est relation à Dieu) je me suis cantonné au "je crois que". J'introduis donc un "je crois en". Où le mettre ? Après réflexion, je préfère garder le récit de ma profession de foi et ne pas faire de mon "je crois en" une déclaration programmatique. Il est l'aboutissement du don de Dieu pour moi.

Me reste encore cette question de l'action commune de l'Eglise... Quelque chose autour de l'amour qui ne se vit pas seul, et qui ne part pas dans tous les sens, ce n'est pas "chacun son amour" et donc pas chacun sa façon de vivre l'amour...

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De l'amour, une nécessaire digression

31 Janvier 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Corinthiens, #Amour, #Agape

De l'amour, une nécessaire digression

Prédication du dimanche 31 janvier 2016

Jérémie 1, 4-19

Luc 4, 21 à 30

I corinthiens 12 31 à 13, 13

Qui a déjà entendu ce texte ? Qui l’a entendu lors d’un mariage…

L’hymne à l’amour de Paul est un des textes bibliques les plus connus. C’est peut-être aussi l’un des plus mal compris, l’un des plus souvent cités à mauvais escient. Et parmi ces mauvais escients, justement le fait d’en avoir fait un texte de mariage….

Bien sûr qu’entre des mariés, il faut espérer qu’il y ait de cet amour dont parle Paul et que le grec appelle agape. Mais l’amour qui unit des mariés doit aussi être exclusif ce que l’agape, précisément ne doit pas être… bref, réserver l’agape à celui, à celle que nous aimons, c’est un peu trop se faciliter la tâche…

La tâche… et voilà que je trébuche sur le deuxième écueil. On a souvent tendance à recevoir cet hymne à l’amour comme une définition, un mode d’emploi de l’amour. J’ai même entendu : si vous n’aimez pas comme cela, vous n’aimez pas vraiment…

Et en associant cela au mariage, on tient peut-être la raison de la montée du taux de divorce : dire aux mariés que si leur vie de couple n’est pas conforme à l’hymne à l’amour, c’est qu’ils ne s’aiment pas vraiment…

Alors qu’est-ce que c’est que cet hymne à l’amour ? Tout d’abord, c’est une digression. Paul s’adresse à une communauté qui est traversée par des tensions et des divisions de différents ordres. Et parmi les causes de ces tensions : les dons spirituels…

Alors, on est souvent un peu frileux dans les Eglises protestantes traditionnelles pour parler des dons de l’Esprit. Nous préférons insister sur les formations, (sans doute pensons-nous, comme Brassens, que sans technique un don n’est rien qu’une sale manie). Mais nous n’oublions pas que sans le don de l’Esprit, la technique, la formation n’est que lettre morte…

Quoiqu’il en soit, dans toute Eglise, dans toute communauté chrétienne, les dons de l’Esprit mélangés à notre pâte humaine, sont source de tensions, voire de division… En effet, nous voulons hiérarchiser entre celles et ceux qui sont plus ou moins doués voire entre les dons eux-mêmes.

C’est dans toutes les Eglises et c’est bien pour cela que la leçon de Paul aux Corinthiens, l’image de la diversité des membres d’un même corps, fait partie des textes que nous connaissons, parce qu’elle nous atteint tous.

Paul rappelle aux corinthiens que celles et ceux qui confessent la seigneurie de Jésus Christ sont tous animés par le même Esprit Saint, il leur rappelle qu’ils sont comme les membres divers d’un seul et même corps dont la tête est Jésus, le Christ. Il leur explique que chaque membre, y a sa place et sa fonction… Mais il va ensuite établir sa propre hiérarchie entre les dons de l’Esprit, une hiérarchie qu’il va argumenter.

Et c’est au milieu de cette argumentation que s’ouvre la parenthèse de l’hymne à l’amour. Vous avez peut-être été surpris par ma traduction de son introduction « Jalousez les dons les meilleurs. Et pendant ce temps je vous montre le chemin par excellence » Elle est tout à fait discutable. Les traductions classiques sont tout à fait juste qui préfèrent employer des termes plus positifs « ayez pour ambition », « désirez ardemment » et ma préférée « aspirez » (en effet, aspirer aux dons du souffle, fait tout à fait sens). Mais je voulais insister sur le fait que le même verbe zhlow se retrouve lorsque Paul nous dit que l’amour « ne jalouse pas » ou « n’envie pas ». Je voulais aussi insister sur le fait que l’amour n’est pas à proprement parler un don spirituel. Il nous est donné certes, mais il ne tient pas la même place que la guérison, le parler en langue, la prédication ou la prophétie. L’amour, c’est le chemin que Dieu offre à nos pas.

Voici donc, comment je comprends le mouvement du texte : en bon pasteur, Paul a rappelé aux corinthiens que les dons venaient tous du même Esprit, qu’ils étaient tous important pour le corps et voilà, qu’il se surprend ( à rentrer dans le débat de « qu’est ce qui est le plus important » à foncer dans la discussion même qu’il voulait apaiser. Alors il se reprend, peut-être avec un peu d’humour : (oui, j’ai assez de sympathie pour Paul pour le croire capable d’un brin d’ironie autocritique, peut-être aussi que je m’identifie un peu à lui). Bref, je me demande si Paul ne nous dit pas « bon, on rivalise pour les dons les meilleurs mais n’oublions pas le chemin extraordinaire qui s’ouvre à nous » « si je n’ai pas l’amour, je ne suis que cymbale qui résonne ». Et c’est l’hymne à l’amour qui commence… Mais, le plus fort c’est que Paul va ensuite reprendre son argumentation sur la hiérarchie des dons. Je trouve cela intéressant pour nous parce que dans nos discussions d’Eglise, nous avons parfois tendance soit à oublier l’amour pendant nos débats soit à l’évoquer pour refuser le débat. C’est plus facile que de laisser l’amour conduire nos débats, que d’écouter, par amour, ce que l’autre a à dire, que de lui dire, par amour, ce que nous avons, nous, à lui dire. Oui, dire à l’autre qu’on n’est pas d’accord, c’est aussi une marque d’amour et de confiance...

Eh bien, tout en rappelant l’importance de l’amour, sa nécessité absolue, Paul ne renonce pas à dire ce qu’il a à dire aux corinthiens, il ne renonce pas à la réflexion, au raisonnement, à l’argumentation. Seulement, il reconnait que si, dans son argumentaire, dans sa science, il perd l’amour, il n’est plus rien et que son raisonnement ne vaut plus rien, même si ses arguments sont justes, même s’il a raison…

En quoi l’amour est-il plus grand ?

L’explication de Paul concerne d’abord la fin des temps : lorsque le Règne de Dieu sera pleinement manifeste, il n’y aura plus d’espérance (puisque ce que l’on espère sera accompli), plus de foi (puisque la foi est la ferme assurance des choses que l’on ne voit pas et que, justement nous verrons), on n’aura plus besoin de prophétie, d’hommes et de femmes qui parlent de la part de Dieu puisque notre relation à Dieu sera directe. En revanche, l’amour restera, il n’y aura même plus que ça.

Mais je crois qu’il y a une autre réponse sous entendue par Paul. Nous n’avons pas tous reçu les mêmes dons et nous les avons pas tous reçus de la même manière. Or dans nos dons, nous sommes toujours centré sur nous-même : c’est « moi (ou nous) » qui prêche, c’est moi qui prie, c’est moi qui enseigne, c’est moi qui sert, c’est moi ou plutôt c’est par moi que Dieu guérit ou délivre. C’est bien ce que dit Paul : sans l’amour, tout est partiel, incomplet, sans l’amour je vois comme à travers un miroir, c’est-à-dire que c’est bien moi que je vois d’abord. Mais avec l’amour, je vois, face à face. Dans l’amour, le centre devient l’autre, le centre, c’est celui ou celle que j’aime.. Ainsi, l’amour est plus grand puisqu’il parvient à me libérer de moi-même, ce que les autres dons spirituels ne parviennent pas à faire.

L’amour nous libère, l’amour nous décentre, l’amour est le plus grand, mais aimons-nous vraiment ? Est-ce que dans nos relations avec nos conjoints, nos enfants, nos amis, nos frères et sœurs en Christ, nous supportons tout, croyons tout, excusons tout, bannissons tout orgueil et toute bassesse ?

Non, bien sûr. Mais cela ne signifie pas que nous n’aimons pas… Cela veut juste dire que dans nos relations avec ceux que nous aimons, nous ne sommes pas toujours conduits par amour. Mais l’amour est bien là, semé en nous par l’Esprit de Dieu. Nous en voyons, et même nous en vivons, la trace à chaque fois que dans nos relations aux autres, nous supportons, nous excusons, nous croyons. Et, si nous y regardons bien, si nous ouvrons les yeux sur ce chemin sur lequel il nous est donné d’avancer, nous voyons bien que ces marques de la puissance de l’amour dans nos vies et en nous-mêmes sont plus nombreuses que nous le croyons.

Alors, frères et sœurs, que dire ? Peut-être tout simplement reprendre l’exhortation de Paul : Recherchez l’amour, recherchez cette puissance que l’Esprit de Dieu sème en vos cœurs, recherchez ce chemin de vie que Dieu ouvre sous nos pas. Recherchez l’amour et dans cet amour, exercez vos dons.

Amen

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Tomber la veste

29 Janvier 2016 , Rédigé par Eric George

Tomber la veste

Prédication du dimanche 24 janvier 2016

Marc 10, 46 à 52

Je suis Bartimée, ce manteau, c’est mon manteau d’aveugle, c’est celui dans lequel on m’enveloppe avant de me laisser là, au bord de la ville. Pas trop loin du chemin, pour que les gens puisse me voir et me faire l’aumône…Pas trop près non plus, pour que je ne dérange pas…

Ce manteau, c’est mon manteau d’aveugle, celui dans lequel on m’a enfermé, parce que, puisque je suis aveugle, c’est forcément que je suis suspect, c’est forcément que j’ai offensé Dieu ou bien que ce sont mes parents qui sont fautifs.

Je suis Bartimée, ce manteau, c’est le mien…Mais finalement, ça pourrait être de tout ceux qu’on met à l’écart. Ça pourrait être le manteau de celui qu’on choisit en dernier dans une équipe et qu’on laisse le plus possible sur le banc de touche parce qu’il est nul en sport.

Ce pourrait être le manteau du dernier de la classe, qu’on n’écoute pas parce que de toute façon, il n’écoute rien, qu’il est bête et qu’il ne pense qu’à se faire remarquer.

Ce pourrait être le manteau de celui ou celle qui est trop vieux ou trop étranger ou trop différent pour être accepté par la foule. Ce manteau, c’est celui qu’on jette sur les épaules d’une femme ou d’un homme pour l’enfermer dans un rôle, pour le tenir à l’écart…

Et ceux qui portent ce manteau n’ont pas toujours la chance, comme Bartimée, de savoir vers qui crier…

On a enfermé Bartimée mais finalement, la foule qui le rejette n’est-elle pas aussi drapée dans un manteau, un manteau de certitudes, un manteau de peur, un manteau d’ignorance, un manteau d’intolérance… Un manteau que je porte aussi, parfois quand je tiens à l’écart ceux qui me font peur ceux qui sont trop différents, ceux que je juge inintéressants ou inférieurs à moi.

Et ce manteau de préjugé, ne l’a-t-on pas également jeté sur nos épaules ? On a enseigné à la foule que sûrement la cécité était un châtiment de Dieu, on nous enseigne à faire le tri entre les productifs et les assistés, on nous apprend à avoir peur de ceux qui sont différents…

La foule, tout comme Bartimée, est couverte d’un manteau de cécité et de surdité…

Or, Jésus va entendre Bartimée, et en l’appelant, il va lui permettre de se libérer de son manteau. Mais ce n’est pas le premier miracle de ce récit.

En effet, avant de parler à Bartimee, Jésus va parler à la foule… Et il ne va lui faire de reproche sur son comportement, il ne va pas lui faire la leçon, lui dire « laissez le parler »… Non, il va juste leur dire « appelez-le ».

Et la foule ne va pas contester, elle va immédiatement changer d’attitude. Ainsi, cet « Appelez-le » est, dans la bouche de Jésus, une parole de guérison au même titre que « Lève-toi et marche » ou « Sois pur ». Par cette parole, Jésus révèle à la foule de quels gestes d’amour et de soutien, elle est capable. Par cette parole, Jésus libère la foule de son manteau de préjugés et de rejets.

Bartimée avait crié vers Jésus, et par une parole, il a pu bondir vers lui en rejetant le manteau dont on l’avait recouvert. La foule n’avait rien demandé, mais elle a aussi reçu une parole libératrice… Et juste après l’épisode de Bartimée, c’est l’entrée de Jésus dans Jérusalem. Rappelez-vous du geste d’accueil de la foule : ils jetaient leurs manteaux sur le chemin…

Et nous, frères et sœurs, de quels manteaux avons-nous besoin d’être libérés ? De quels gestes d’amour avons-nous besoin d’être rendus capables ?

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Charlie, Dieu, Aylan, Daniel et la distance

22 Janvier 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs, #Charlie-Hebdo, #Arrêt sur Image

Dans mes cercles d’amis, le dessin de Charlie sur Aylan choque beaucoup plus que la une sur Dieu. Je suis très fier de mon cercle d’amis : je pense que Dieu est moins facile à blesser que les réfugiés… Pourtant, quand on commence à m’expliquer qu’il faut bien comprendre que le dessin sur « Aylan, tripoteur de fesses en Allemagne », ce n’est pas l’opinion du dessinateur mais qu’il se moque du « gros beauf raciste immonde » qui penserait cela, je ne parviens pas toujours à faire taire en moi la petite voix sarcastique qui se demande si la couv’ sur l’assassin court toujours représente l’opinion du dessinateur ou s’il se moque du gros beauf athée débile qui met tous les croyants dans le même sac…

Et puis je tombe sur cette lettre à Riss de Daniel Schneidermann (lettre que vous ne pourrez pas lire si vous n’êtes pas abonnés à Arrêt sur Image, mais aussi qu’attendez-vous ? (publicité absolument gratuite). Daniel Schneiderman y rappelle que, somme toute, ce dessin n’est pas différent de ceux qu’on trouvait dans le Charlie de l’époque Cavanna-Reiser-Choron (je confirme qu’effectivement c’était bien ce que je lisais dans ceux que je piquais en douce à mon père) et puis il se pose la question de la distance entre le dessinateur et le narrateur.

Et en le lisant, je me dis que c’est peut-être bien là la vraie marque de l’esprit Charlie, toutes époques confondues, l’absence ou plutôt le refus de la distance (et pas seulement entre dessinateur et narrateur), de la distanciation et donc de l’auto-censure : « j’écris et je dessine ce que je veux, et je me fous des réactions et des récupérations que l’on en fera ». En effet, si j’essaye de rester conscient de la distance entre ce que je pense et ce que j’exprime, c’est bien par rapport à l’autre, par peur que mes propos soient mal compris ou instrumentalisés… Et c’est précisément cette distance que Charlie refuse, laissant au lecteur la totale responsabilité de ce qu’il lit et comprend…

Or, cette absence de distance était sans doute salutaire dans les années 70, très policées et politisées. Mais aujourd’hui ? L’absence de distance, n’est-ce pas aussi la marque de Cyril Hanouna (là je devrais faire attention, je ne le connais que par Didier Porte), des réseaux sociaux ? L’absence de distance est-elle encore une oasis de liberté et de subversion ? Bref, Charlie est-il encore un trublion ou bien juste une expression parmi d’autres de notre culture de l’immédiateté ?

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Marthe et Marie

20 Janvier 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Café Biblique, #accusation

Marthe et Marie

Café Biblique sur Marthe et Marie : les remarques fusent « On représente toujours Marthe en train de servir à table mais rien ne dit qu’ils soient en train de manger », « finalement c’est un texte très féministe puisqu’il célèbre l’attitude d’une femme qui n’occupe pas la place qui lui était dévolue par la société de son époque », « tout comme Caïn, Marthe ne parvient pas à parler à Marie », "Jésus néglige-t-il le service du quotidien ? Mais alors que penser de la parabole du bon samaritain ? Ou de la multiplication des pains ?"… De ces remarques naissent différentes pistes de lecture de ces 6 versets, j’en retiens une à titre d'exemple

Si nous avons l’impression que Jésus rabroue Marthe, c’est sans doute que nous nous identifions à elle et que nous voyons bien que Jésus ne répond pas à sa demande.

Mais quelle est la demande de Marthe ? Marthe ne dit pas : “regarde ce que je fais pour toi”, ni “Je suis fatiguée, je voudrais moi aussi m’asseoir et écouter…” Elle dit “Fais des reproches à ma soeur, blâme la pour son attitude…”

Ne serait-ce pas à cette demande de condamnation de l’autre que Jésus refuse de faire droit, tout comme il refuse de se faire l’arbitre des querelles d’héritage ? Et nous-mêmes, chrétiens, n’avons nous pas souvent tendance à invoquer Jésus comme accusateur de l’autre ?

Au delà de la question de la répartition des tâches, au delà même des questions d’écoute et d’action, l’épisode de Marthe et Marie nous renvoie à notre manière de dire nos souffrances en accusant l’autre

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Le Verbe

13 Janvier 2016 , Rédigé par Eric George et Chantal Crétaz Publié dans #Bible, #Jean, #Verbe, #Témoignage, #Jean le Baptiste

Le Verbe

Prédication à deux voix sur Jean 1, 1 à 18

Après la lecture d’un tel texte, on aurait envie de ne rien dire, de l’écouter se distiller en soi, tant la beauté, la profondeur poétique le tiennent à distance. C’est un texte d’une grande simplicité par sa forme d’expressions emboîtées ou qui se répondent comme le rythme d’un poème, d’un chant dans lequel une géographie cosmique porte la voix de Dieu vers le cœur de l’homme, vers le monde ; une hymne qui emmêle le temps que la chronologie veut rationaliser. C’est un texte d’une difficulté certaine parce qu’ill nous est connu pour ne pas dire familier (les catholiques plus âgés et ceux qui le furent l’ont entendu à la fin de chaque messe jusqu’à la fin des années 60) ; difficile aussi parce que l’on pourrait ne rester qu’à la surface poétique de l’écoute, se satisfaire des émotions qu’il provoque, et en être heureux.

Il faut pourtant tenter une parole car ces 18 versets, que nos bibles appellent « Prologue », constituent un concentré de ce qui va suivre, l’Evangile de Jean, la révélation de l’identité de Jésus-Christ, cette Bonne Nouvelle à annoncer à tout homme. Et si nous lisons ce texte dans la liturgie, c’est qu’il nous convoque à la rencontre du Christ. Nous n’en ferons pas le tour maintenant, peut-être jamais ; toutefois nous pouvons défricher quelques champs que vous saurez ensemencer et moissonner.

« Au commencement » ! Cela commence bien, si je puis dire ! Immédiatement, nous voilà plongés dans la fresque de la création du monde et non dans la Palestine du 1er siècle, à l’époque romaine avec son César Auguste et son histoire de recensement, comme le font des récits d’autres évangiles.

« Au commencement », nous sommes aux 1ers mots du 1er verset de la Genèse.. … Vous connaissez tous la suite de ce verset ! Sauf que Jean ne raconte pas la création du ciel et de la terre. Ou plutôt si ! Il raconte bien la geste de Dieu créateur mais il ne s’agit pas d’une redite, d’une paraphrase, ni d’un conte arrangé pour mieux dire aux enfants. Par petites touches successives de mots différents ou au contraire de mots identiques qui résonnent en nous avec la Genèse, il nous entraîne dans une fresque plus large, compressant les temps historiques ou plutôt les abrégeant, pour mieux révéler qui nous intéresse ici.

« Au commencement était le Verbe », c’est quoi le Verbe ?

EN grec, il s’agit du logos, qui se traduit par parole ; mais la banalisation de ce mot dans notre langue empêche d’entendre toute la dimension de son contenu. Le Verbe à la fois indique l’acte de parler et l’action sous-tendue, le devenir.

Ce 1er verset est troublant. En 4 expressions, qui toutes expriment l’être, disent la relation à Dieu de ce mot Verbe. Vers D, Dieu, vers Dieu. Avec un petit résumé des 3 premières avec le v 2 : « il était au commencement vers Dieu ». Il faut avouer que ce n’est pas très clair ; et comme je connais la suite je peux même dire qu’on manque de lumière. Toutefois, on peut noter qu’un commencement n’est pas l’origine. L’origine des commencements, du commencement est cachée. On note aussi que le verbe existe en lien fort à Dieu tout en restant distinct, l’un et l’autre ne se confondent pas. L’évangéliste procède par révélation successives pour répondre à cette question qu’est-ce que le verbe ?

Avec le verset suivant, la question devient plutôt qui est le verbe ? Et il est tentant de répondre qu’il s’agit du créateur dans son œuvre de création.

Tout fut par lui

Et sans lui rien ne fut

de ce qui est advenu.

Car dans la Genèse, c’est en effet la parole de Dieu, le verbe qui crée. Par sa Parole, Dieu fait advenir ce qu’il crée. Avec cette notion « d’advenir » si forte dans la genèse c’est tout le déploiement, le développement de ce qui est créé qui arrive à nos yeux et oreilles.

Ceci ne devrait pas nous surprendre, car tout ceci a été possible car procède de la vie indissolublement présente dans le verbe qui est Dieu. On a l’impression de voir une poupée russe présenter ses emboîtements.

Avec la vie, entre en scène l’humanité ! Pas de n’importe qu’elle manière. Pas comme dans la Genèse !

Et la vie était la lumière des hommes. Voici la lumière qui permet la vie dans la création justement ! La vie n’est guère possible sans lumière. Dire que la vie est lumière des hommes introduit un peu plus que les notions concrètes. Quand on revient au texte de la Genèse, on lit que la lumière advient sous l’effet de la parole de Dieu. Dieu dit que la lumière soit et la lumière fut ! Dans ce récit, c’est même la première parole de Dieu et elle précède la lumière. C’est même la seule œuvre de Dieu qui n’a pas autre chose à faire que d’être ! le firmament sépare les eaux, la terre produira, les luminaires président au jour et à la nuit et servent de calendrier etc… La lumière n’a qu’à être, Et Dieu la trouve Bonne ! « que bonne » dit même l’hébreu !

La vie était la lumière des hommes

Je reste un instant sur cette lumière parce que Jésus dira de lui-même dans ce même évangile qu’il est la lumière du monde « Tant que je reste dans le monde je suis la lumière du monde » (Jn 9,5)

La lumière, comme nous l’avons entendu également dans le psaume 19, est silencieuse. La 1ére œuvre de la parole de Dieu n’a pas de voix ou ne fait pas de bruit. Elle est aussi impalpable et n’est pas à proprement parler une matière.

La lumière on peut ne pas la voir tant que l’on n’est pas dans l’obscur.

Et la lumière dans les ténèbres brille,

Et les ténèbres ne l’ont pas saisie.

On passe d’un sens concret à une dimension spirituelle.

Les ténèbres n’ont pas pu la réduire à leur pouvoir de mort et l’autre sens du mot saisir en langue française, « comprendre », existe aussi en grec. Les ténèbres n’ont ni compris, ni pu détruire la lumière.

Il y a un parallèle avec la mention du verset 11 « Il est venu chez soi et les siens ne l’ont pas accueilli » « Les siens » n’ont pas vu la lumière à recevoir !

On pense à la rencontre de Jésus et de Nicodème dans le 3e chapitre : « La lumière est venue dans le monde et les hommes ont aimé les ténèbres plus que la lumière » (Jn 3, 19)

Si je relis que « la vie est la lumière des hommes » je peux entendre que la mort est la ténèbre des hommes. A cette étape du texte, il semble que le lecteur a quitté définitivement le cosmos pour naître à une autre expérience celle d’un combat : différencier la lumière des ténèbres ? Qui le guiderait pour reconnaître la lumière ?

ERIC

Voilà que dans cette aventure cosmique, un homme apparaît, un nom connu des lecteurs de la Evangile, une figure historique célèbre : Jean, dit le Baptiste.

Et avec cette apparition de Jean, le lecteur découvre que tout ça ne se passe pas dans il y a très longtemps, dans une galaxie très très lointaine. Il n’est plus ici question seulement de l’origine ou du temps mythique du début de l’humanité. Ce verbe créateur, cette lutte entre les ténèbres et la lumière, c’est bien dans notre histoire, dans notre quotidien que cela se produit ! Nous avons tellement l’habitude de renvoyer Dieu aux extrémités premières et dernières, à l’aube des temps ou au commencement de notre ère que nous oublions que l’un des aspects de l’incarnation, c’est que Dieu se rend présent dans notre temps.

Mais Jean le Baptiste n’est pas qu’un repère historique, c’est aussi un témoin. C’est une règle dans l’Israël du premier siècle et ce devrait peut être une règle universelle : nul ne témoigne de lui-même, en tout cas, pas de manière probante. Ainsi, non seulement le verbe, qui est Dieu, entre-t-il dans notre histoire mais il se plie à nos usages, il nous rejoint dans nos convenances. Dieu ne rayonne pas de lui-même, il suscite des témoins, je dirais : l’épiphanie, le rayonnement, se fait au risque du témoignage.

Oui, c’est un risque, même lorsque le témoin est Jean le Baptiste. « Ce n’est pas lui qui était la lumière » Cette précision de l’évangéliste nous renvoie bien sûr au conflit entre les premiers chrétiens et les disciples de Jean le Baptiste. Ceux-ci faisaient sûrement remarquer aux premiers chrétiens que Jean avait baptisé Jésus et non pas le contraire. Mais au-delà de cette querelle historique, nous sommes bien mis devant le risque de confusion entre le témoin et ce dont il témoigne.

Avec Jean le Baptiste, le témoin détourne vers lui le respect dû à celui qu’il annonce. Inversement, aujourd’hui, nous ne comptons plus les cas où la faiblesse des croyants (leur violence, leurs jugements, leur hypocrisie) fait de leur témoignage un contre-témoignage. Enfin, comment ne pas évoquer notre tentation constante en tant que chrétiens et en tant qu’Églises de finalement témoigner de nous-même, de vouloir montrer au monde comme c’est moral ou comme c’est cool ou comme c’est riche d’être chrétien (ou catholique ou parpaillot ) au lieu de témoigner de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ.

Avec ce risque du témoignage, nous sommes bien confrontés à ce mystère que Jean évoque sans le résoudre : « les siens ne l’ont pas accueilli »

L’énigme des ténèbres, du non de l’homme au verbe de vie, l’énigme du mal n’est pas résolue. En revanche, le prologue de Jean annonce clairement que ce mal est vaincu.

Tout d’abord, malgré tous les dangers du témoignage, malgré les incompréhensions, Jean rend témoignage à la lumière. Et cette vraie lumière, ce Verbe vient engendrer des humains nouveaux, des enfants de Dieu. Même si nos incompréhensibles ténèbres nous empêchent d’accueillir la lumière, le Verbe nous fait naître de nouveau, il nous engendre enfants de Dieu. Cette nouvelle naissance ne dépend pas de nos qualités propres, ni de notre bon vouloir, elle n’est pas notre victoire sur les ténèbres. Notre nouvelle naissance, c’est la victoire du verbe de vie sur les forces de la mort. Et ce n’est pas pour rien si son témoin s’appelle Jean, c’est-à-dire « Grâce »

Comment le verbe remporte-t-il cette victoire ? En venant habiter parmi nous, en plantant sa Tente parmi nous, en entrant dans notre histoire humaine, en se pliant à nos conventions, bref, en se faisant chair. La grande gloire du Verbe créateur c’est de s’être fait chair, c’est de nous faire siens en devenant l’un des nôtres.

Chantal.

Ici, la chair est à entendre comme l’être vivant, l’homme tout entier avec sa fragilité et sa faiblesse. (cf is 40,5-7 l’homme c’est de l’herbe qui sèche mais la parole de dieu subsistera à jamais). Dans les lettres de Paul le mot prend un autre sens ; pour lui la chair est pesante et s’oppose à l’esprit.

« Le Verbe fut chair » : l’usage du passé simple en français indique ce temps choisi en grec par l’évangéliste pour dire un surgissement. Le verbe s’incarne en un être vivant. Cela contraste avec la répétition du verbe être à l’imparfait 1er verset ; 4 fois « le Verbe était » avec cette notion de durée.

Et il a planté sa tente parmi nous. Ce verset est traduit souvent dans les bibles par l’expression « et il a demeuré parmi nous » C’est le sens mais, bien entendu, dans l’original il s’agit bien de planter sa tente. Je ne sais pas si les traducteurs ont eu peur que les lecteurs voient un camping sauvage, ou organisé en bord de plage pour des estivants peu argentés ou aimant vivre près de la nature ? Peut-être ! Mais c’est dommage car cette expression nous renvoie encore à l’histoire immémoriale d’Israël.

Pour le peuple, dans le désert de l’Exode, la tente est la demeure fragile et non pérenne qui est le lieu de la présence de Dieu, quand il pérégrinait avec son peuple, au milieu du peuple, Dieu avec lui. C’était le lieu aussi de la rencontre avec lui. On l’appelait d’ailleurs « la tente de la rencontre ».

Evoquer cette tente plantée, dressée, tenue, c’est rappeler le temps où non seulement Dieu était présent dans son peuple, mais encore c’est rappeler que le peuple lui faisait place au milieu de lui et l’y honorait dans sa gloire. Les siens l’accueillaient, alors.

Cette période de l’histoire d’Israël est évidemment idéalisée, déjà dans l’AT, pendant l’exil à Babylone mais également pendant la période de l’écriture de l’Evangile de Jean. Elle continue d’être rappelée lors des fêtes juives de Soukkhot, la fête des Tentes. C’est dire la puissance de cette image

Le temple de Jérusalem a remplacé la tente ; Cet unique sanctuaire fut le lieu de l’unité du peuple, de sa fidélité contre les idoles et celui du rassemblement pour les grandes fêtes de pèlerinages. Il finit par devenir aussi symbole du dévoiement de la foi, et du clergé. Il y a une tension vive entre la tente et le temple. L’évangéliste affirmera que le vrai et unique temple de DIEU parmi les hommes, c’est Jésus lui-même.

Nous avons contemplé sa gloire,

Alors que le Verbe était présent dans le monde sans être vu ni reconnu (v 10 et 11) voilà qu’ici la gloire de sa présence se manifeste devant des témoins qui l’ont reconnue.

Gloire qui lui vient du Père comme unique-engendré

Plein de grâce et de vérité.

La gloire, c’est l’attribut par excellence de Dieu. Ici, elle surgit dans une filiation filiation, le Verbe a un Père, il est engendré comme l’humanité et il est même l’unique engendré, le fils unique qui a part à cette gloire.

C’est quoi la gloire ? Qu’ont-ils contemplé ? Qui sont c’est « nous » qui débarquent dans le texte soudain ? Les témoins. Il y a des témoins de cette gloire ! la contemplation va par la gloire à l’unique engendré qui présente aussi les attributs de Dieu : plénitude, grâce, vérité ! Trois gros mots.

Nous apprenons ainsi en un seul verset que le verbe est cet unique engendré, en qui les témoins reconnaissent tous les attributs de Dieu, nommé Père.

L’interprète, soit l’exégète.

Cet unique-engendré par Dieu, ne vient-il pas nous manifester qui est Dieu, dans sa totale altérité. ? « Nul ne l’a vu, jamais » Ne vient-il pas nous dire que Dieu ne se réduit pas à « faire danser les mondes, les astres, les saisons » comme dit le cantique. L’évangéliste ne nous dit-il pas que Jésus, parce qu’il est Christ, est le seul homme par qui nous autres hommes, nous pouvons approcher Dieu sans jamais pouvoir l’enfermer dans nos mots, nos images, nos conceptions, nos prédications et autres exégèses, ni même dans la beauté du monde, sa création que nous contemplons.

Dieu, le Tout Autre, éclate en sa gloire par Christ que nous appelons Seigneur, en ce partage du pain et du vin, mort et ressuscité pour nous ; nous autres qui sommes devenus témoins de cette gloire-là, si divinement humaine.

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