Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Articles récents

Zachée

1 Avril 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

Zachée

Une petite méditation en image sur Luc 19,1 à 10

Voir les commentaires

Communauté, individu ou... ?

22 Mars 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Jérémie, #identité, #individualisme, #communautarisme, #raisin

Communauté, individu ou... ?

Prédication du 22 mars 2015

Jérémie 31, 27 à 34

Jean 12, 20 à 33

Qu’est ce qui me définit comme personne ? Qu’est ce qui fait mon identité ? Ma naissance, le groupe auquel j’appartiens ? Ou bien mes choix et mes actions ? A travers son prophète Jérémie, Dieu ouvre une nouvelle voie.

« Les parents ont mangé des raisins verts et les enfants ont eu les dents rongées ». A première vue cela paraît illogique et injuste ; pourtant on sait bien à quel point cette expression contient un bon fond de réalisme : aujourd’hui, on dirait « les parents boivent, les enfants trinquent » et l’on ne parle pas alors que de l’alcoolisme. Il est certain que nos enfants subissent ou profitent de nos choix, de nos actions, il est certain que nous portons le poids des comportements des générations précédentes et que les générations futures porteront le poids de nos actions et de nos inactions…

Mais ce dicton n’énonce pas seulement une vieille vérité, il contient également tous nos amalgames, tous nos préjugés. C’est vrai que nous jugeons parfois les enfants d’après leurs parents, les cadets d’après leurs aînés… C’est vrai surtout que nous avons fortement tendance à enfermer tout un groupe dans le comportement de certains et là encore certain payent pour ce que d’autres ont fait… Oui, il faut bien reconnaître que parce que les parents ont mangé des raisins verts, nous rongeons les dents de leurs enfants…

C’est fini, annonce Jérémie, dorénavant, c’est celui qui mangera les raisins verts qui aura les dents rongées. C’est plus normal, c’est plus logique, c’est plus juste… Cela me sortira de mes préjugés, je ne verrai plus tous les membres de la famille Machin comme ces gens-là, tous les musulmans comme des terroristes, tous les jeunes comme des irresponsables, tous les vieux comme des fossiles, d’ailleurs, je ne verrai plus un « Machin », un musulman, un jeune, un vieux, je verrai tout simplement un humain. Oui, dans mon regard, il y aura sans doute un progrès

Mais quand même le nouveau dicton « si quelqu’un mange du raisin vert, ses propres dents en seront rongées » est-il vraiment meilleur que le précédent ? Deux remarques

Tout d’abord, si l’on reçoit l’ancien dicton « les parents ont mangé, les enfants ont eu » comme la marque d’une société communautaire où le groupe prime sur l’individu, l’annonce de Jérémie semble bien réalisée dans notre société : chacun pour soi, je n’ai plus à porter la faute du groupe, je n’ai même plus à porter le souci du groupe, je n’ai plus qu’à me préoccuper de ma propre pomme, pardon, de ma propre grappe de raisin… Sauf que du coup, j’oublie régulièrement cette réalité qui reste bien réelle : mes actes n’engagent pas que moi, ils engagent régulièrement mes enfants, mes voisins, mes contemporains et ceux qui viendront après moi… Faites le compte des actions qui ne regardent, qui n’engagent que vous, il n’y en a pas tant…

Ensuite, le résultat d’après Jérémie c’est « chacun mourra pour son propre péché. » Donc je ne meurs plus pour la faute de mes parents, je meurs pour ma propre faute. Mouais. Vous trouverez peut-être que je pinaille, mais le gain ne me semble pas immense : au final, je suis quand même mort. Sauf que maintenant, c’est de ma faute.

Bref, selon la parole humaine, selon les visions humaines, je n’ai pas d’autre choix que celui de porter le poids du passé, des errances, des échecs, celui de nos parents, de notre communauté ou bien le nôtre propre, je n’ai pas d’autre choix que mourir.

Mais voilà qu’une parole retentit, une promesse de Dieu : le temps vient d’une alliance nouvelle. Le temps vient où le cœur de chacun ne sera plus encombré de regrets ni de remords, de rancœurs ni de peurs mais simplement rempli de la loi de Dieu. Le temps vient où le cœur de chacun ne sera plus gonflé d’orgueil ni rabougri de crainte mais plein de la connaissance directe de Dieu. Oui, le temps vient où nous ne serons plus définis par nos parents, par nos appartenances communautaires, ni par nos actes, par nos forces et nos faiblesse mais seulement par un cœur, une pensée, une vie nouvelle habitée et fécondée par le Dieu vivant.

Oh que vienne ce temps et qu’il vienne vite, n’est-ce pas ?

***

Eh bien, voilà le plus extraordinaire, voilà le plus incroyable. Ce temps est venu, ce temps c’est maintenant. Oui c’est maintenant, alors même que nous croyons que c’est impossible que Dieu nous parle, alors que, comme la foule, nous croyons simplement entendre le tonnerre, ou que plus attentifs, nous trouvons plus raisonnable de penser que les anges parlent avec Jésus, Dieu nous parle en direct.

Il parle le langage de la croix, c’est-à-dire qu’il nous rejoint dans nos souffrances, dans nos morts, dans tout cet excédent de bagage, dans tout ce poids qui nous tenait loin de lui. Oui c'est sur la croix qu'il attire tout homme à lui, qu'il glorifie son nom, qu'il nous rejoint dans notre humanité pour sortir de nos morts, pour entrer dans la vie.

Alors, mon frère, ma sœur, entends cette parole qui t’est adressée, entends la, plus haut que toutes ces idoles sur qui tu comptes pour ta vie et ton bonheur et qui t’empêtrent dans les illusions, entends-la, plus haut que ta raison qui dresse devant toi le mur des impossibles, entends-la, plus haut que ta condamnation qui t’enterre dans la désespérance. Entends-la, cette parole qui te libère, te relève, te fait vivre et te transforme.

Amen

Voir les commentaires

Jacob chez Laban, un parcours de foi

18 Mars 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Jacob, #Laban, #foi, #doute

Jacob chez Laban, un parcours de foi

Il est intéressant en lisant un récit biblique de garder en tête la distance entre un auteur et son personnage. Comparer ce que l'auteur dit de Dieu avec qu'en dit le personnage (en ne partant pas du principe que l’auteur pense la même chose que le personnage) ouvre parfois de nouvelles pistes de lecture. Une lecture de Genèse 29 à 31

De la rencontre entre Jacob et son oncle, on se souvient plus facilement de la substitution d'épouse que de l'affaire des troupeaux. Il faut dire que non seulement Cette dernière est moins grivoise mais surtout elle est plus embrouillée. En effet, On voit tout d'abord Jacob contrer la duplicité de Laban à coup de "manipulations génétiques" (Jacob ou la préhistoire de Monsanto) pour ensuite affirmer à ses épouses qu'alors que leur père essayait de le rouler, Dieu lui venait en aide, faisant naître des bêtes tachetées ou rayées selon le salaire qui lui était promis.

Bien sûr, dans cet embrouillamini, on peut percevoir la rencontré de différents récits, mais le résultat final, loin d'être un patchwork incohérent, forme le récit d'un parcours de foi.

Bien que Dieu lui ai promis d'être avec lui lors du songe de Bethel, Jacob n'en est pas si sûr, il avait d'ailleurs déjà exprimé sur ce doute à Bethel "SI je reviens sain et sauf". Chez Laban, Jacob parle de Dieu comme on lui a appris à le faire (c'est lui qui t'a rendu stérile), il utilise son nom pour couvrir ses propres manœuvres, mais finalement, il préfère faire les choses par lui-même, il ne connaît pas ce Dieu.

Il faudra que Rachel vole les idoles de son père, que Laban se lance à la poursuite de Jacob pour que celui - ci découvre finalement par la bouche de son beau - père que Dieu l'avait effectivement gardé et protégé pendant son séjour.

Et pour nous, chrétiens, Dieu n'est-il pas, parfois, qu'un élément de discours, qu'une partie de notre culture ? Ne préférons-nous pas souvent compter sur nos propres forces pour nous rendre compte, après coup, qu'il était intervenu pour nous dans le secret.

Voir les commentaires

Histoires de puits

16 Février 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #prédication, #Bible, #Rencontre, #Puits, #Rebecca, #Rachel, #Jacob, #Moïse, #Sephora, #Samaritaine

Histoires de puits

Savez-vous que les puits communiquent entre eux ? Non, pas comme les vases, je veux dire qu'ils communiquent vraiment, qu'ils se parlent entre eux. Ça vous étonné ce que je dis ? Pourtant, le réseau hydrographique est bien plus ancien que le réseau Internet...Alors il suffit de tendre l'oreille, même pas la peine de vous pencher... Écoutez simplement ce que racontent les flux qui irriguent la terre…

Peut-être parce que c’était la Saint Valentin, ces quatre puits là se racontaient des histoires de femmes...

Le premier puit qui parlait était un très vieux puit, ça s’entendait à sa voix. Il avait l’accent du point d’eau qui affleure à peine. Ici en Normandie, on dirait que c’est une grosse flaque ou une petite mare, mais dans son pays, il était un point essentiel, un lieu de vie dans le désert… Dans sa voix, on entendait les chameaux qui venaient boire, les tribus du désert qui s’assemblaient ; Et vous voulez savoir ce qu’il racontait ? Je vais vous le dire, il parlait d’un homme

«C’était la première fois que je le voyais, celui-là… Il avait dû faire un long voyage avec sa riche caravane. Pourtant, il parlait la langue d’ici et quand il est arrivé, il ne s’est pas précipité su mes eaux pour boire et pour faire boire ses chameaux. Non, il a attendu. Il a prié. Il cherchait une femme et il disait à son dieu « Celle à qui je demanderai à boire et qui non seulement me donnera à boire mais proposera de faire boire aussi mes chameaux, celle-là sera celle à qui je demanderai de partir avec moi pour épouser le fils de mon maître »
Et moi, je me disais : « tu peux attendre, mon bonhomme. Ici, on ne se met pas comme ça au service d’un étranger... Il y a des règles et des priorités… »
Et voilà que Rebecca est arrivée, la fille de Bethuel, la sœur de Laban. Dans d’autres pays, on dirait que c’est une princesse. Eh bien, à peine le vieil étranger lui a-t-il donné à boire qu’elle lui a donné de l’eau et que de sa propre main, elle a aussi fait boire ses chameaux.
Je n’ai plus revu Rebecca, par le réseau des eaux souterraines, j’ai appris qu’elle avait épousé Isaac, le fils du maître de l’étranger. Ailleurs, on dirait que c’est un prince. Mais ce qui compte, c’est qu’elle est partie avec celui qui avait su voir sa bonté.

Alors, le deuxième puit a pris la parole. Sa voix était un peu plus jeune que celle du premier. Pas beaucoup plus jeune mais un peu et on le devinait plus sophistiqué. Dans sa voix, on entendait le travail humain. Il avait l’écho des troupeaux de chèvres et de mouton, l’intonation des appels des bergers. Et voilà l’histoire qu’il a racontée

Ce matin-là, quand Rachel est arrivée, j’ai tout de suite senti sa surprise. Il faut dire qu’à côté de moi, en train de parler aux bergers de son père, Laban, il y avait un homme qu’elle n’avait jamais vu…
Et lui, dès qu’il a vu Rachel arriver avec ses troupeaux, il a pris les choses en mains, sans attendre qu’on lui demande quoi que ce soit, il a roulé la pierre qui me recouvrait pour que les bêtes puisse boire. Eh bien, je vous assure que le soleil qui était déjà haut dans le ciel brillait moins que le regard de ces deux-là quand ils se sont rencontrés.
Rachel a fini par épouser cet homme et , longtemps après, je ne l’ai plus vue. Elle était partie avec son mari, ce Jacob qui avait su se mettre à son service et lui donner le travail de ses bras.

Le troisième puit avait un fort accent étranger, sa voix bondissait comme un torrent sauvage et brutal, comme si ses eaux rêvaient de liberté. Et même son histoire commençait dans la violence…

La dispute avait éclaté entre les filles de Jethro, le prêtre et des bergers. Comme souvent, c’était une question de priorité, de qui boirait le premier. Il faut dire que je suis le seul point d’eau par ici… La dispute est devenue de plus en plus dure et les filles de Jethro ont bien senti que les choses allaient mal tourner. Prudemment, l’ainée, Sephora, a fait signe à ses sœurs de battre en retraite, de céder la place. Vu le ton des bergers, c’était peut-être déjà trop tard pour éviter que ça dégénère.
Mais à ce moment, un homme est arrivé de nulle part, il s’est interposé entre les bergers et Sephora et ses sœurs et il a ordonné aux bergers de laisser les femmes puiser de l’eau. Son vêtement était celui d’un étranger. Sa voix était celle d’un homme habitué à donner des ordres. Sa carrure et sa posture montraient qu’il n’avait pas peur de se battre et les bergers ont reculé…
Quelque temps après, je n’ai plus vu Sephora. Vous devinez pourquoi ? Eh oui, elle avait épousé ce Moïse, elle était partie avec l’homme qui l’avait défendue…

La voix du quatrième puits était plus familière. C’était un puits de village. Peut-être pas exactement comme ceux que l’on voit par ici. Mais dans son accent, on entendait les bavardages des femmes qui venaient chercher de l’eau, les rires et les jeux des enfants qui couraient autour. Et voilà l’histoire qu’il a raconté.

Ce jour-là, un groupe d’hommes était arrivé de la région voisine. Ils avaient fait une brêve halte et puis ils s’étaient séparés : tous étaient partis sauf un, qui s’était assis pour se reposer…
C’est alors qu’elle est arrivée. Elle, je n’ai jamais su son nom, c’était une femme du village. Elle venait souvent mais toujours seule, jamais avec les autres. Oh je devinais bien pourquoi. Elle devait sûrement avoir très mauvaise réputation, mener le genre de vie que les autres condamne.
Quand elle est arrivée, le voyageur lui a demandé à boire ; elle était toute surprise. Et il a ajouté « mais tu sais, c’est toi qui devrait me demander à boire ». Alors un dialogue insensé a commencé, un de ces dialogues dont les humains ont le secret : où personne ne parle de la même chose. Mais le plus fou, c’est que ce dialogue a abouti a une rencontre. Et finalement, elle est partie en courant.
Et devinez quoi ?
Eh bien non, elle n’a pas épousé le voyageur. Non, elle n’est pas partie avec lui. En fait, je l’ai revue souvent. Elle a continué à venir puise de l’eau du puits. Mais elle avait changé, elle n’avait plus peur. Elle n’avait plus honte. Quelqu’un avait posé sur elle un regard sans jugement.
Elle, je ne sais toujours pas son nom. Mais par le réseau, j’ai appris le nom de cet homme qui avait su voir sa soif d’exister aux yeux des autres, sa soif de ne plus être jugée. Cet homme, il s’appelait Jésus.
Et finalement, ce Jésus, c’est peut-être un des nôtres, une sorte de puits : une source de vie, un lieu de rencontre.
Amen

D'après Genèse 24, Genèse 28, Exode 2 et Jean 4

Voir les commentaires

Lettre ouverte à mes amis agnostiques, athées et bouffeurs de curé

15 Janvier 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #laïcité, #Humeurs, #Charlie-Hebdo, #dialogue

Lettre ouverte à mes amis agnostiques, athées et bouffeurs de curé

Ensemble, nous avons été traumatisés par les massacres du 7 et du 8 janvier, ensemble nous avons marché, protesté, affirmé notre désir de vivre ensemble. Et Je me disais qu'enfin on allait voir la nécessité du dialogue et de l'échange.

Et déjà, je vous vois relayer des articles appelant à une laïcité plus stricte, les déclarations d'Aurélie Filippetti demandant qu'on arrête de discuter avec les rabbins, les curés et les imams. Arrêter de discuter ? Maintenant ?

Dimanche dernier, je disais à mes paroissiens à quel point il me semblait que le blasphème devait être un droit, même si c'est impoli ou irrespectueux. Aujourd'hui j'espère que vous me permettrez de m'adresser à vous, sans me prendre pour un maître à penser, simplement comme un homme, un citoyen, un Charlie qui se trouve aussi être un croyant.

Comprenons - nous bien, je ne vous conteste certainement pas le droit de ne pas croire ni même de bouffer du curé, du pasteur, de l'imam et du rabbin. Bon appétit même et reprenez un peu de pasteur... Mais pourquoi devrions-nous être tenus à l'écart du débat républicain ? Pourquoi ne serions-nous pas appelés nous aussi, religieux, représentants religieux ou simple croyants, à y participer ? Non pas pour le dominer, non pas pour soumettre la république à la volonté de Dieu mais simplement parce que, comme vous, nous sommes citoyens, composants de la république et que nos points de vue ont le droit d'être entendus, écoutés et discutés avant d'être pris en compte ou rejetés.

De même, loin de moi l'idée de vous empêcher de contester le Concordat (sur ce point, on serait même assez d'accord, je plaiderai juste pour un délai d'adaptation pour les cultes concernés) ni de discuter les aides et subventions accordées à certains cultes. Mais franchement, vous croyez vraiment que c'est dans les cours de religion alsaciens ou dans les écoles privées que les frères Kouachi et Coulibaly ont appris leur haine ??? Vous croyez vraiment que c'est là qu'il faut chercher la cause de l'horreur ??? Vous n'avez pas un peu l'impression d'instrumentaliser un drame au service d'un autre débat ?
Mais en fait pas tant que ça, parce que c'est marrant, moi, je me dis au contraire que c'est parce qu'ils n'ont jamais vu leur imam discuter avec leur instituteur qu'il a été aussi facile de leur montrer la république comme une ennemie, dont la laïcité (au même titre que l'éducation ou la police) est une des formes d'oppression, de négation de leur identité.

Cette étanchéité totale au religieux que vous revendiquez, j'y vois justement le berceau de bien des crispations identitaires, justement celles qui rendent possibles les massacres de la semaine dernière. Et puis, pour tout vous dire, j'y vois la vraie dénaturation de la loi de 1905 qui ne s' est pas opposée me semble-t-il à la déclaration universelle des droits de l'homme "Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l'enseignement, les pratiques et l'accomplissement des rites. "

Alors qu'est-ce qu'on fait maintenant ? On continue à alimenter le communautarisme en posant des joints étanches ou bien on essaye de parler les uns avec les autres ?

Voir les commentaires

Liberté d'expression ? Liberté de blasphème ?

14 Janvier 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #prédication, #Romains, #Blasphème, #Liberté d'expression

Liberté d'expression ? Liberté de blasphème ?

Prédication du dimanche 11 janvier 2015

Matthieu 5, 21-22

Marc 3, 22 à 30

Romains 2, 17 à 24

J’avoue qu’il est trop tôt pour moi pour parler des évènements que nous avons traversés ces derniers jours. La liturgie, je l’espère, aura mis des mots sur nos peurs et nos questions, elle nous aura donné les paroles d’espérance dont nous avons besoin mais je ne voudrais pas galvauder ces mots par la prédication.
Alors peut-être comme une protection, je voudrais que nous réfléchissions avec la Bible a des notions dont on a beaucoup parlé ces temps-ci, celles de liberté d’expression et de blasphème. Si je reste convaincu que la liberté d'expression ne doit surtout pas être totale, je pense aussi, même si cela me paraît moins évident, que le blasphème doit rester libre.

Je ne suis pas le défenseur d’une totale liberté d’expression. D’abord parce qu’il y a des mots qui tuent. Jésus l’enseignait déjà et aujourd’hui toutes les victimes de quelque forme de harcèlement que ce soit le savent. Enfin parce que la liberté est, dans ce domaine comme dans d’autres, un droit du plus fort et que je ne crois pas beaucoup en notre capacité d’auto-régulation. Donc je ne suis pas le défenseur d’une totale liberté d’expression et je ne crois pas que toute protestante qu’elle soit, notre Eglise doive l’être.

J’ajouterai que je me méfie également de certaines nuances que l’on prétend avoir et qui brouillent considérablement les choses. Entendu tout récemment « mais là ça ressort de l’apologie du terrorisme et pas de la liberté d’expression », un autre dicton, plus ancien « le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit… Ne serait-il pas plus simple de rappeler simplement qu’il y a des opinions dont l’expression est délictueuse, que la liberté d’expression a des limites, qu’elle s’arrête à l’incitation à la haine ou à la violence, qu’elle s’arrête à l’insulte, bref, qu’il y a des expressions qui sont interdites…

Mais si la Bible nous rappelle qu’il y a des mots qui tuent, elle nous parle aussi d’une autre catégorie de mots : ces mots tellement graves qu’ils font mourir celui qui les prononce, ou plutôt des mots tellement graves que celui qui les prononce doit être mis à mort, ces mots, on les appelle « blasphèmes ».

Alors devons-nous ajouter le blasphème aux limites à la liberté d’expression ? Quelques réflexions sur un sujet qui me paraît plus complexe que celui de la liberté d’expression.

Tout d’abord, la Bible condamne manifestement le blasphème et Jésus lui-même disait que le blasphème contre l’esprit est de l’ordre de l’impardonnable (ce qui ne signifie pas passible de mort).

Pourtant, une fois cette condamnation rappelée, il faut bien dire que le blasphème est rarement défini : la Bible nous dit qu’un tel a blasphémé mais à part dans un cas célèbre, on ne nous dit pas en quoi a consisté le blasphème. Et même cet impardonnable blasphème contre l’Esprit Saint, je ne suis pas très sûr de savoir de quoi il s’agit. D’après le contexte, j’aurais tendance à penser qu’il s’agit d’attribuer au Satan les œuvres de Dieu, je suis à peu près certain en tout cas, qu’il ne s’agit pas d’un mot ou d’un dessin. Tout ce que je sais du blasphème, c’est qu’il s’agit d’une insulte à Dieu. Pour autant, le blasphème ne peut pas être mis au rang de l’insulte. En effet, dans la condamnation de l’insulte, je vois un souci de protection des victimes, des faibles. Mais j’avoue avoir une trop haute opinion de mon Dieu, être trop peu blasphémateur pour penser que mon Dieu peut être blessé par un mot ou un dessin. Je ne me sens pas le devoir de protéger Dieu, et si vraiment mon Dieu est si fragile que les mots le blessent, alors, bien avant les caricaturistes, ce sont les théologiens qu’il faut interdire…

Ah mais se moquer de Dieu c’est insulter les croyants ! Peut-être. Mais alors que je ne me pose pas comme un défenseur de l’honneur de Dieu quand je lutte contre le blasphème mais bien comme le défenseur de mon honneur, de ma susceptibilité ! Et puis, je m’interroge : s’il est interdit de se moquer des convictions religieuses de tout un chacun, pourquoi serait-il permis de se moquer de ses convictions politiques, ou de ses goûts sportifs ou musicaux ?

Je disais que le blasphème est rarement défini dans la Bible… Il y a pourtant un cas célèbre où l’on sait pour quel blasphème précis, le blasphémateur a été mis à mort :

Et le souverain sacrificateur, prenant la parole, lui dit : Je t’adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu. Jésus lui répondit : Tu l’as dit. De plus, je vous le déclare, vous verrez désormais le Fils de l’homme assis à la droite de la puissance de Dieu, et venant sur les nuées du ciel. Alors le souverain sacrificateur déchira ses vêtements, disant : Il a blasphémé ! Qu’avons-nous encore besoin de témoins ? Voici, vous venez d’entendre son blasphème. Que vous en semble ? Ils répondirent : Il mérite la mort.

Matthieu 26 ; 63-66

Oui, tout en entendant l’interdiction du blasphème, nous devons nous rappeler que Jésus, le Christ a été condamné et mis à mort comme blasphémateur, pour avoir insulté Dieu. Et c’est vrai qu’aujourd’hui encore, affirmer que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu ou Dieu fait homme, c’est un blasphème au regard d’autres religions qui n’en sont pas moins des religions avec lesquelles nous sommes et devons être dans un dialogue fraternel. Pour autant, nous abstiendrions-nous d’affirmer, de confesser ce qui, pour elles, est un blasphème ?

Pourtant, les premiers chrétiens, les premiers auteurs chrétiens ont continué à condamner le blasphème. Mais, ils ont tout de même changé un peu d’orientation. Dans le Premier Testament, le blasphémateur est mis à mort . Lorsque Jésus condamne le blasphème contre l’Esprit Saint, d’une part il ouvre la possibilité d’autres blasphèmes et surtout il place les choses sur un plan spirituel.

Et puis Paul ouvre une autre perspective : il place les croyants devant leur propre responsabilité face au blasphème des non-croyants. « C’est à cause de vous, à cause de votre attitude, à cause de votre hypocrisie » que le nom de Dieu est blasphémé parmi les autres. Et c’est vrai, que bien souvent les caricatures, les moqueries à l’égard de notre religion pointent nos incohérences, nos hypocrisies, parfois aussi ce qui paraît fou aux yeux du monde. Et c’est vrai qu’elles sont d’autant plus mordantes, d’autant plus pertinentes que la religion visée est plus oppressive. Alors, je me dis que ce serait peut-être là une belle manière chrétienne de se positionner face au blasphème : vouloir l’éradiquer mais non par l’arsenal législatif mais bien par notre attitude, faire en sorte par nos comportements, par nos paroles que nul n’ait envie de tourner en dérision le Dieu qui nous pousse à être ce que nous sommes…

Et puis je tombe sur ces mots de Paul à Timothée : Tous ceux qui sont sous le joug de l’esclavage doivent considérer leurs maîtres comme dignes d’un entier respect, afin que le nom de Dieu et la doctrine ne soient pas blasphémés. (I Tim. 6, 1) Et même si je comprends quelle peur d’être considéré comme de dangereux révolutionnaires pouvait traverser les chrétiens, même si je sais bien qu’occidental du XXe siècle, je n’ai pas le droit intellectuel de juger mes frères du premier siècle, je me dis quand même qu’une condamnation plus rapide de l’esclavage par les chrétiens aurait bien valu quelques blasphèmes contre le nom de Dieu et contre la doctrine…

Alors au final, que dire du blasphème ? Le condamner, le combattre, l’autoriser ? Voilà mon point de vue

L’innocent, comme le scélérat, Il (Dieu) l’anéantit. Quand un fléau jette soudain la mort, de la détresse des hommes intègres Il se gausse. Un pays a-t-il été livré aux scélérats, Il voile la face de ses juges ; si ce n’est Lui, qui est-ce donc ? Job 9, 22-24

Ces propos de Job me paraissent finalement bien plus blasphématoires que les trois papas d’André Vingt-Trois. Et pourtant, Job a bien parlé.

Je crois que si des dessins ou des blagues pas toujours drôles, parfois choquants, voire de très mauvais goût, des dessins et des blagues qui nous vexent parfois ou simplement nous gênent comme on peut être gêné par la plaisanterie pas drôle d’un gros lourd, sont finalement un petit prix à payer pour cette liberté de parole sur Dieu que nous donne la Bible.

Alors, pour la préservation du plus petit, du plus faible, pour la possibilité de vivre ensemble, je pense que la liberté d’expression doit avoir des limites. Mais pour la liberté de croire et de penser, pour la possibilité du dialogue et de l’interpellation, je suis convaincu que le blasphème doit rester possible et que nous, chrétiens, devons défendre cette liberté, cette possibilité.

Frères et sœurs, notre Dieu n’a pas peur d’un crayon ou d’une blague, notre Dieu n’a pas peur du mauvais goût. Je crois même que notre Dieu ouvre la possibilité du rire. Notre Dieu est plus fort que la mort, plus fort que la haine. Et aujourd’hui comme demain qu'il nous rende plus forts que nos peurs, plus forts que nos rejets, plus forts que nos désirs de vengeance. Que demain, Il nous donne la possibilité de l’amour.

Amen

Voir les commentaires

Je suis Charlie

7 Janvier 2015 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs, #Charlie-Hebdo, #Caricature, #Blasphème

Je suis Charlie

Moquez-vous
Plongez mon Christ dans la pisse, détournez mes prières.
Caricaturez ce que je raconte. Dévoilez mes incohérences. Tournez mes croyances en dérision.
Moquez-vous.
Mélangez tout. Mettez-moi en rage. Foutez-vous de moi lorsque j'essaye d'expliquer.
Moquez vous

Et laissez-moi vivre dans un monde où la caricature et le blasphème sont possibles.

Les Cabu, Wolinski et Reiser de mon adolescence sont restés à Nancy. Je leur dois une bonne partie de ma théologie, je pense... Je n'ai pas toujours suivi Charlie Hebdo (loin de là) mais aujourd'hui je suis frappé avec eux. Aujourd'hui je suis, nous sommes Charlie.

Voir les commentaires

Calendrier ciné de l'Avent (25) La ruée vers l'or

25 Décembre 2014 , Rédigé par Eric George Publié dans #calendrier de l'Avent, #Théo en culture, #Chaplin

Calendrier ciné de l'Avent (25) La ruée vers l'or

C’est un ressort comique très utilisé par les burlesques : les personnages échappent de peu à un danger dont ils sont inconscients. Alors que le vent a poussé leur cabane au bord d’un précipice, le vagabond et Big Jim échappent ainsi à la mort au hasard de leur déplacements qui font pencher la cabane ou rétablissent l’équilibre.

Le même ressort, peut être finalement aussi assez comique, est utilisé dans l’Evangile selon Jean notamment lors des noces de Cana. Mais finalement, l’eau changée en vin à l’insu du plus grand nombre, n’est-elle pas toute l’histoire du salut du monde par Jésus Chris, vainqueur sur la croix ?

Voir les commentaires

Calendrier ciné de l'Avent (24) Le Père Noël est une ordure

23 Décembre 2014 , Rédigé par Eric George Publié dans #calendrier de l'Avent, #Théo en culture, #Inattendu, #Matthieu, #Splendid

Calendrier ciné de l'Avent (24) Le Père Noël est une ordure

Finalement, parmi tous les films de ce calendrier, Le père Noël est une ordure est peut-être celui qui correspond le moins à une atmosphère de Noël : en effet, si tout se passe en période de Noël, le film ne fait pas de (bons) sentiments et ne s’encombre même pas d’un happy end (encore que, comparé à la pièce…). Mais il faut bien dire qu’au-delà des caricatures et des répliques cultes, le film tape assez juste…

Finalement, Le Père Noël est une ordure nous met bien devant nos contradictions : nous voulons faire la fête en oubliant ce qui va mal, nous voulons être généreux sans être dérangés… Et c’est au bout du compte notre manière de désirer Noël qui nous écarte le plus de l’esprit de Noël…

C’est dans l’évangile de Matthieu que l’on retrouve peut-être le mieux ce décalage : un messie est attendu et c’est face à une fille-mère que l’on se retrouve, le berger d’Israël doit venir et ce sont des mages païens qui saluent sa venue, un prince protecteur est né et son règne commence par une fuite au milieu d’un massacre d’innocents ; Matthieu nous l’annonce, à la lumière de nos désirs et de nos attentes, Noël est invisible, introuvable.

Voir les commentaires

Calendrier ciné de l'Avent (23) Le drôle de Noël de Scrooge

22 Décembre 2014 , Rédigé par Eric George Publié dans #calendrier de l'Avent, #Théo en culture, #Dickens, #Social

Calendrier ciné de l'Avent (23) Le drôle de Noël de Scrooge

Dernière adaptation cinématographique, Scrooge est sans doute un peu trop effrayant pour être un film pour enfants, mais il présente un avantage non négligeable : il n’occulte pas la dimension sociale du conte de Dickens (c'est sans doute la véritable 3D du film, un peu de profondeur)

Se résigner aux inégalités, à la misère, à l’ignorance, c’est là renoncer à son âme d’enfant, c’est là ce qui est véritablement contraire à l’esprit de Noël.

Dieu notre Père

Donne-nous la colère et la révolte

Donne-nous le refus des situations inacceptables

Donne-nous la force de dénoncer la misère et l’ignorance

Comme les véritables monstres qu'ils sont.

Donne nous de lutter contre ces monstres

Plutôt que contre ceux que nous nous inventons.

Voir les commentaires