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Hermione, Torpille et Junia

23 Novembre 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs, #standards, #présupposés, #femmes

Les aveugles voient

Matthieu 11, 5

Une fille vêtue de sa robe de Poudlard [qui] avait d’épais cheveux bruns ébouriffés, de grandes dents et un ton autoritaire

Ses cheveux d’habitude touffus et emmêlés étaient lisses, soyeux et élégamment relevés sur la nuque. Elle portait une robe vaporeuse d’un bleu pervenche et son maintien était différent – peut-être était-e dû à l’absence de la vingtaine de livres qu’elle portait d’ordinaire sur son dos. Elle souriait –avec une certaine nervosité, il est vrai – et cette fois, on voyait nettement que ses dents avaient bel et bien rétréci.

En lisant ces deux descriptions, bien avant Emma Watson, je me représentais une fillette puis une adolescente blanche.

Et voilà Hermione dans la pièce Harry Potter et l’enfant maudit.

Et je suis bien obligé de me dire que rien dans la description ne me conduisait à décréter qu’Hermione était blanche.

Dans Chlorophylle et les rats noirs, Torpille, la loutre, vient jouer, pour Chlorophylle, le lérot, le rôle d’Obélix auprès d’Asterix (en moins benêt). Animal grand et costaud qui se porte au secours du héros, Torpille était forcément le copain de Chlorophylle…  Tant pis, si son nom est féminin et si à chaque fois que l’on fait référence à elle, c’est au féminin.

Mais je suis bien obligé d’ouvrir les yeux, Torpille, le malabar rabelaisien qui lutte avec Chlorophylle est un personnage féminin…

 

Couverture

 

 

Alors que je travaillais sur cette note, une amie me fait remarquer qu’à chaque fois qu’on interroge un Imam sur les attentats, on lui demande de réagir en tant que musulman, et non en tant que citoyen français… Eh oui, on évoque les musulmans de France ou pire les musulmans vivant en France plus facilement que les Français musulmans. Alors même que je me suis souvent agacé qu’il soit difficile de concevoir qu’en France, on puisse être chrétien sans être catholique, il me faut reconnaître que j’étais  quand même moins vigilant sur ce point là.

Finalement, c’est sans doute ce genre de présupposés, de normes factices (sauf indication contraire, un personnage de roman est blanc ; le malabar est un homme…) plus qu’une volonté patriarcale qui a conduit les copistes à masculiniser le nom de l’apôtre Junia (Romains 16, 7). Un apôtre, c’est forcément un homme…

Alors, est-ce le temps de faire mon autocritique, de me confesser raciste, phallocrate et suprématiste… J’espère que les victimes de ces présupposés, dont je comprends la lassitude et la colère, me pardonneront de ne pas aller jusque là.

Mais ce serait trop bête de rater ces petites occasions pas très sérieuses d’interroger un peu mes standards, de ne pas reconnaître sinon ma cécité, au moins ma myopie et de ne pas prier mon Dieu de me donner sur mes frères et sur mes sœurs un regard libéré de mes préjugés.

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Lire l'arc-en-ciel

1 Octobre 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Humeurs

Lire l'arc-en-ciel

La nuit a été courte. Les sinus encombrés par un gros rhume, l’esprit encombré par les soucis d’Eglise et de famille, petits agacements, peurs et colères plus profondes, petits et grands projets. La nuit a été courte et chaotique.

Et ce matin, je suis cueilli dans la rue par un arc-en-ciel. J’ai une vague notion du phénomène optique qui le provoque et je suis absolument convaincu du caractère tout à fait naturel du phénomène. Mais dans un ciel indécis entre soleil et pluie, entre lumière et gris, un verset me chante au cœur : « J’ai mis mon arc dans la nuée et il sera signe de l’alliance entre moi et la terre » (Genèse 9, 17)

La nuit a été courte et chaotique, les tempêtes (réelles et de verre d'eau) m’ont submergé et ce matin, je lis dans l’arc-en-ciel, simple phénomène optique, la promesse et la fidélité de mon Dieu plus haute que tous mes soucis. Ce matin, l'arc-en-ciel qui m'est donné comme un signe, fait sens.

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Achetez-vous des amis

30 Septembre 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #prédication, #argent, #Mammon, #gérant habile, #gérant malhonnête

Achetez-vous des amis

Prédication du dimanche 18 septembre 2016

Luc 16, 1 à 13

Amos 8, 4 à 8

La parabole du gérant malhonnête figure rarement parmi celle qu’on étudie au caté ou à l’école biblique, elle est un peu trop surprenante, embarrassante, voire choquante…

Déjà, Jésus nous raconte l’histoire d’un filou qui, sur le point de perdre son emploi, se dit que puisque travailler c’est trop dur et que d’mander la charité, c’est quelque chose qu’il ne peut pas faire, décide de se faire un réseau d’amis. Et pour se faire des amis, il décide de profiter de sa place d’intendant, pendant qu’il l’a encore, pour diminuer la dette des débiteurs de son maître, histoire de se faire bien voir de ceux-ci. Aujourd’hui, on parlerait bien de se constituer un réseau.

De plus, voilà que l’employeur de ce filou au lieu de porter plainte, le félicite pour son habileté.

Et si tout cela ne suffisait pas, voilà que Jésus lui-même nous invite à agir comme ce filou d’intendant.

Euh… Si on revenait plutôt à des histoires de semeur ou de moutons….

Non ? Bon alors, quel sens symbolique allons-nous bien pouvoir trouver à tout ceci ?

Eh bien aucun. La parabole du semeur ne parle pas d’agriculture, celle de la brebis perdue n’est pas un cours d’élevage mais la suite du texte nous montre bien qu’avec la parabole de l’intendant malhonnête, Jésus nous parle bien de notre rapport à l’argent.

Jésus nous décrit le monde des affaires, le monde de l’argent. Et franchement, l’attitude de l’intendant qui décide de se ménager un réseau d’amis avec un argent qui n’est pas le sien, vous paraît-elle si incroyable ? Si oui, je ne sais pas très bien si je dois vous conseiller de lire un peu plus les journaux ou de vous épargner en continuant à ne pas les lire…

Tout au plus pourrait-on s’étonner que l’intendant trouve si avilissant de mendier alors que ce qu’il se propose de faire est une mendicité aggravée de vol… Mais il est bien évident que pour l’intendant, ce qui est avilissant, c’est de s’asseoir par terre et de tendre la main, pas de vivre aux crochets de ses « amis »… Ce genre de distinguo est assez fréquent, en fait. Certains escrocs sont très choqués d’être mis au même rang que les voleurs de grands chemins, et parfois, les gens sont surpris quand on leur rappelle qu’en terme de coût, frauder sur sa déclaration fiscale n’est pas si éloigné de balancer un pavé dans un arrêt de bus…

L’attitude du patron de l’intendant est déjà plus surprenante. En effet, lui qui était prêt à virer son intendant sur une simple accusation d’incompétence, on pouvait s’attendre à ce qu’il porte plainte en découvrant qu’on l’avait volé. Mais le voilà qui félicite son intendant (l’histoire ne dit pas si, finalement, il le garde ou pas). L’attitude du maître, est sans doute l’élément à surprise de la parabole.
Mais passé la première surprise, nous pouvons nous demander un peu si l’attitude du maître qui célèbre l’intelligence, l’habileté derrière la combine est si détonante que cela ?

Comment pourrions nous être choqué de la louange de ce maître pour un escroc alors qu’un de nos héros populaire est un gentleman cambrioleur ?

Et surtout, sommes-nous vraiment surpris que dans le monde des affaires, la ruse et l’ingéniosité soient des vertus supérieures à l’honnêteté ? Il me semble que sans même avoir recours à Arsène Lupin, aux Pieds-Nickelés, à la fiction, nous comptons parmi nos personnages populaires un certain nombre de roublard dont nous louons la roublardise…

Bref, je crois qu’en fait dans cette parabole, Jésus nous dépeint le même monde que celui que nous dépeint Amos avec ses marchands qui attendent avec impatience la fin des festivités religieuses pour pouvoir recommencer à faire des affaires et surtout à escroquer les plus pauvres.

Seulement, Amos dépeint des individus, et il y a un double risque. Tout d’abord, le risque de se dire que ce ne sont que quelques pommes pourries et que tout le monde n’agit pas ainsi et de neutraliser le questionnement. Et puis le risque exactement inverse, celui d’établir une généralisation : tous les marchands sont comme ça, ce sont eux l’ennemi.

Avec la parabole du gérant malhonnête, Jésus nous invite à ne pas regarder es individus mais un système, il nous fait la juste peinture d’un monde où la capacité de s’en sortir est plus admirable que l’honnêteté. J’ai rencontré dans une de mes lectures récentes une autre peinture de ce système. Je vous la livre

Dans Les raisins de la colère, voici comment Steinbeck décrit les représentants des propriétaires qui chassent leurs métayers de leur terre.

« Certains représentants étaient compatissants parce qu’ils s’en voulaient de ce qu’ils allaient faire, d’autres étaient furieux parce qu’ils n’aimaient pas être cruels, et d’autres étaient durs parce qu’il y avait longtemps qu’ils avaient compris qu’on ne peut pas être propriétaire sans être dur. Et tous étaient pris dans quelque chose qui les dépassait. Il y en avait qui haïssaient les mathématiques qui les poussaient à agir ainsi ; certains avaient peur, et d’autres vénéraient les mathématiques qui leur offraient un refuge contre leurs pensées et leurs sentiments. Si c’était une banque ou une compagnie foncière qui possédait la terre, le représentant disait : « La banque ou la compagnie… a besoin… veut … insiste … exige… « comme si la banque ou la compagnie étaient des monstres doués de pensée et de sentiment qui les avaient eux-mêmes subjugués. Ceux-là se défendaient de prendre des responsabilité pour les banques et les compagnies parce qu’ils étaient des hommes et des esclaves, tandis que les banques étaient à la fois des machines et des maîtres. Il y avait des agents qui ressentaient quelque fierté d’être les esclaves de maîtres si froids et puissants (…) [les agents expliquaient] une banque ou une compagnie n’est pas une créature qui respire de l’air, qui mange de la viande. Elles respirent des bénéfices ; elles mangent l’intérêt de l’argent. Si elles n’en ont pas, elles meurent, tout comme vous mourriez sans air, sans viande. C’est très triste, mais c’est comme ça. On y peut rien. (…) La banque… le monstre a besoin de bénéfice constant. Il ne peut pas attendre. Il mourrait. Quand le monstre arrête de grossir, il meurt. Il ne peut pas s’arrêter et rester où il est »

Ce monstre que dépeint Steinbeck, qui doit grossir sans cesse, ce monstre qui transforme les hommes en esclaves, ce monstre aux yeux duquel la capacité à s’enrichir devient la seule vertu, c’est bien celui que Jésus nomme Mammon et nous ne pouvons que reconnaître que nous vivons tous sous son emprise. Nous travaillons pour lui, nous améliorons notre confort en le nourrissant… Et tout cela pourrait bien paraître tout à fait désespérant.

Mais Jésus ouvre aussi une issue, et qui plus est une issue concrète, une issue à notre portée. C’est ainsi que je comprends cette instruction si choquante : « faites-vous des amis avec l’argent trompeur ».

En effet, je ne crois pas que Jésus nous invite à nous acheter des amis, des intercesseurs pour l’au-delà. Je crois qu’il nous invite à entrer dès à présent dans la vie éternelle en nous mettant au service de Dieu et donc des autres.

D’ailleurs, il est évident à travers tous les évangiles que les amis qui peuvent nous recevoir dans les demeures éternelles ne sont pas les plus riches, les plus puissants que nous, ce sont au contraire les plus petits, les plus pauvres, les plus faibles.

En revanche, si le gérant malhonnête nous est donné en exemple, c’est parce qu’il appauvrit son maître non pas en se servant lui-même dans la caisse mais en réduisant la dette d’autrui (et donc en enrichissant ceux-ci), Jésus nous invite à appauvrir Mammon, à affaiblir la bête en utilisant l’argent non pas pour nous même, mais pour autrui. Et je crois qu’en effet la générosité, la solidarité nuisent à notre grand système économique (en tout cas, je vous invite à avoir cette idée en tête à chaque fois que vous entendrez les attaques portées contre les attitudes de générosité, de solidarité, d’aide des plus démunis. A chaque fois que nous entendons dénoncer l’assistanat, posons nous cette simple question : « mais à qui nuit véritablement cet assistanat, à qui profite réellement notre individualisme forcené ? »)

Bien sûr, notre seule véritable libération nous vient de Jésus. Mais Jésus nous invite à poser des maintenant les gestes des libres enfants de Dieu : servir Dieu plutôt que Mammon, c’est servir les autres avant nous-même.

Alors, frères et sœurs, n’ayons pas peur de poser des gestes de générosités nuisible au système. Il est temps pour nous de haïr Mammon, de rejeter ce monstre qui nous dévore, de nous révolter contre le maître qui nous écrase pour nous mettre au service du maître qui nous fait vivre.

Que cette révolte spirituelle s’incarne dans des gestes concrets. Non pas des gestes de violence et de désespoir mais dans chaque geste de générosité et de service du plus petit.

Amen

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Une fois le grain tombé en terre

23 Septembre 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Matthieu 13, #semeur, #reconnaissance

Une fois le grain tombé en terre

Prédication pour le service d'action de grâce pour Philippe

Actes 15, 5 à 7

Cette première lecture, j’ai souhaité vous la partager comme mon souvenir de Philippe, en effet, j’y trouve trois aspects de la manière dont Philippe vivait l’Eglise : une question importante, la discussion et la place de l’Ecriture. En effet, la parole que prend Pierre et que je n’ai pas lue, c’est le rappel des Ecritures. Or Philippe aimait la Bible : la dernière fois que je l’ai vu, quelques jours avant sa mort, ses premiers mots ont été « je suis désolé, je n’ai rien préparé ». Nous avons entendu aussi que pour les premiers chrétiens, il pouvait y avoir des désaccords et même que la discussion pouvait être vive. Quand Philippe n’était pas d’accord, c’était, je le cite : « je préfère le dire ». Philippe n’aimait pas les conflits, c’est certain, mais il aimait assez l’Eglise pour pouvoir dire ses désaccords. Enfin surtout, la question qui animait ici la discussion de la première Eglise, c’était la question de l’accueil des non-juifs dans la communauté. L’accueil, c’était pour Philippe une question centrale dans l’Eglise, une question qui valait qu’on y consacre toute les énergies, qu’on se lance dans des débats : non pas sur « faut-il ou non accueillir » mais sur « comment accueillir au mieux », comment faire en sorte que chacun se sente membre d’un corps vivant ? comment accueillir avec toutes les responsabilités que cela implique pour les accueillants comme pour les accueillis, c’est dans ce goût de l’accueil que Philippe a rencontré notre paroisse d’Evreux.

Voilà, ça c’est mon souvenir de pasteur, la manière dont je relis l’implication de Philippe dans l’Eglise

Mais nous avons également souhaité, avec Marie-Lise vous partager cette parabole

Matthieu 13, 3 à 9

Qu’y-a-t-il après la mort ? Il y a deux ans, les jeunes du caté avaient posé la question au conseil et chaque conseiller avait donné, de manière anonyme, sa réponse. Parmi toutes ses réponses, il nous a été impossible de retrouver la réponse de Philippe même pour Marie Lise « nous pensions que nous avions bien le temps ». Bref, tout l’engagement de Philippe, ce n’était certainement pas pour une récompense après la mort.

Qu’y a-t-il après la mort ? Peut être devons nous entendre aujourd’hui cette question

Qu’y-a-t-il après la mort de Philippe ?Il y a ces mots de Marie-Lise « Maintenant je suis seule ». Et c’est vrai Marie-Lise que, même si tu as autour de toi tes enfants, ta famille, tes amis, les frères et les sœurs de l’Eglise, aucun de nous ne peut te rejoindre tout à fait dans ce deuil. Et ce qui est vrai pour toi, est vrai pour chacun de nous, nous sommes tous prisonniers dans notre peine, dans nos regrets, nos questions, nos amertumes comme dans une prison de ronces qui menace de nous etouffer…

Qu’y-a-t-il après la mort de Philippe ?

Il y a ces mots de Corinne, président du CP d’Evreux « lors de notre journée de rentrée, nous avons ressenti un grand vide ». Et ce sentiment de vide, cette absence, tous, nous en faisons l’expérience en ne voyant pas Philippe dans les endroits où nous avions l’habitude de le voir. Et ce vide, nous le vivons comme un trou dans un jardin, comme une plante qui aurait été arrachée… Sur ce vide, nous ne voyons pas très bien ce que nous pourrions planter.

Qu’y-a-t-il après la mort de Philippe ?

Il y a ces mots de Paulette, la maman de Marie-Lise, « Nous pouvions espérer pour lui quelques années heureuses ». Et derrière ce mots, il y a tous les projets que nous faisions avec lui, projets de famille, projets d’amis, projets d’Eglise et qui nous sont arrachés. C’est un peu comme si une nuée d’oiseaux venait de s’abattre sur un champ fraîchement semé, ou sur un cerisier et avait tout emporté.

Qu’y a-t-il après la mort de Philippe ? Des ronces de deuil et de chagrin, le sol arride du vide et du manque, nos projets qui s’envolent comme une nuée d’oiseaux moqueurs.

Si j’avais demandé à Philippe une photo avec la pierre du chemin, les ronces des talus, la nuée d’oiseaux qui s’envole emportant les graines, je crois qu’il m’aurait dit, non, c’est trop triste, trop lugubre. Il faut, malgré tout y ajouter, au loin, un arc-en-ciel, le signe de la promesse du Dieu de vie, une promesse qui dépasse tout ce que nos mots peuvent dire, tout ce que nos intelligences peuvent appréhender… Mais une promesse à laquelle Philippe croyait.

La pierre du chemin, les ronces, les oiseaux et puis, en levant les yeux, un arc en ciel.. Mais il manque encore quelque chose à la photographie.

Vous avez reconnu les éléments de la parabole du semeur. Et peut-être avez-vous été un peu surpris de cette lecture, parce qu’on le sait bien, la semence de la parabole, c’est la Parole de Dieu. Eh bien, je crois profondément que Philippe a été un des grains de cette parole, parce que le témoignage de la Parole de Dieu ce ne sont pas que des mots, c’est aussi des actes, des manières de vivre. Oui, je crois que Philippe a été, par son engagement, par sa vie une graine de la semence, une graine de la Parole.

Et aujourd’hui, dans nos larmes, je crois qu’il nous faut regarder le champ et déjà, nous allons voir de jeunes pousses, des choses qui nous viennent de Philippe, des choses qui nous ont été donnée à travers Philippe. Et tous ces cadeaux ne nous sont pas enlevés, ils ne demandent qu’à germer.

Allons-nous nous enfermer dans notre chagrin ? Ou bien allons-nous, à travers nos larmes, reconnaître dans des petites choses, dans des souvenirs ce qui nous reste de la vie de Philippe, allons nous reconnaître les gestes d’amour, d’amitié, d’accueil, les témoignages de foi et d’engagements.

Voilà, cette fois, je l’ai dit « reconnaître », être dans la reconnaissance. Dire merci pour ce cadeau que Philippe a été pour nous.

Comment dire merci ? En nous disant que Philippe était irremplaçable, que tout s’est envolé et en nous étouffant dans notre chagrin. Ou bien en acceptant, comme lui, d’être au cœur de notre travail, de notre vie de famille, de notre vie d’Eglise, une petite graine d’accueil, de service et d’amour ?

Nous le connaissions tous, je crois donc que nous connaissons tous la réponse.

Alors, frères et sœurs, comme Philippe l’a été, soyons reconnaissant pour cette vie qui nous est donnée, soyons dans une reconnaissance féconde et active

Amen

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Servir l'humain avant Dieu

12 Juillet 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #-AccueillonslesExiles, #Actualité ecclesiale, #Bible, #Exilés, #Accueil, #Entraide

Servir l'humain avant Dieu

Ces jours-ci, la devise républicaine s’affiche sur le fronton des églises protestantes. Suite au synode de Nancy, l’Eglise Protestante Unie de France fait campagne, avec d’autres associations, auprès du gouvernement pour que la Méditerranée, pour qu’au moins les engagements de notre pays quant à l’accueil des réfugiés soient tenus.

Mais cet affichage de la devise républicaine pose question, notre volonté d’accueil est elle fondée sur la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, sur les idéaux humanistes ou bien sur l’Evangile, sur le commandement de Dieu tel qu’il se révèle dans les Ecritures ? La Bible ne comporte-t-elle pas assez de textes plaidant pour l’accueil de l’étranger pour que nous ne soyons pas capables d’en trouver un ?

La réponse est simple, cette campagne#AccueillonslesExiles, l’Eglise Protestante Unie de France la mène avec d’autres : nous ne pouvions pas imposer un verset biblique à l’association boudhiste de France ni à la très interconfessionnelle association Coexister.

De plus, l’argument biblique aurait eu peu de pertinence pour s’adresser à un Etat laïc.

Mais le partenariat avec d’autres, l’adresse à un état laïc justifie-t-il que nous renoncions à afficher nos convictions ? Dans bien des cas, je répondrais non. Mais dans ce cas précis, je crois que l’efficacité du service de l’humain, de l’entraide doit passer avant l’annonce de l’Evangile.

Oui, c’est la Bonne Nouvelle de Jésus Christ et son commandement d’amour du prochain qui, avant toute considération humaniste ou politique, avant tout calcul, me fait dire que nous ne pouvons fermer nos frontière lorsque des humain(e)s sont obligés de fuir leur pays, au risque de tout perdre. Ce même commandement d’amour m’interdit d’ailleurs de m’affranchir du principe de réalité, de ne pas prendre mes responsabilités dans ce que cet accueil impliquera ou d’oublier que l’exil est en soi un fléau qu’il nous faut combattre.

Je ne suis pas le plus ardent défenseur de l’efficacité et du rendement. Il m’arrive même de penser que nous visons trop souvent l’efficacité dans notre annonce de la Bonne Nouvelle, que nous ne faisons plus assez confiance à la puissance propre de l’Evangile et que de témoins, nous courrons le risque nous transformer en communiquants…

Mais pour le service de l’humain, l’efficacité doit être de mise. Et si cette efficacité nécessite que nous faisions passer l’annonce en second plan, alors écoutons l’Ecriture qui nous dit que le service de l’humain doit passer avant le service de Dieu.

Si donc tu vas présenter ton offrande sur l’autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère, puis viens présenter ton offrande.

Matthieu 5 , 23-24

Le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat

Marc 2, 27​​

Servir l'humain avant Dieu
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Un samaritain exemplaire

10 Juillet 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Exilés, #Réfugies, #-AccueillonslesExiles

Un samaritain exemplaire

Prédication du dimanche 10 juillet 2016

Luc 10, 25-36

On entre dans la parabole du bon Samaritain par une porte, on en ressort par l’autre : Jésus la raconte pour répondre à la question « Qui est mon prochain » et nous voici propulsé dans la peau de l’homme blessé qui découvre avec stupeur que celui qui se porte à son secours n’est pas un des notables de son pays, un des saints hommes de sa religion mais un étranger, un presque païen, un samaritain… Si cette première porte d’entrée a le mérite de nous déplacer dans notre vision du prochain à aimer qui n’est pas celui qu’on croit, elle pourrait nous entraîner à une conclusion erronée : le prochain, celui que l’on doit aimer, c’est celui envers qui l’on est redevable… C’est déjà mieux que « le prochain, c’est celui qui est comme moi ». Mais ça n’est pas le message de Jésus : on est en effet loin de « aimez vos ennemis » « si vous ne saluez que ceux qui vous saluent, en quoi êtes vous différents des païens »… Et surtout, ce serait oublier par quelle porte Jésus nous fait ressortir de la parabole : « Va, et fais de même ». Et là, tout le monde comprend bien que cela signifie « va et agis comme le samaritain ».

Ainsi le Samaritain de la parabole, d’objet de l’amour, de figure à aimer devient sujet de l’amour et exemple à suivre…

Alors, puisque nous sommes invité à entrer dans la vie en imitant le samaritain, demandons nous en détail ce qu’il fait.

Le samaritain se porte au secours de celui qui est dans la détresse, il ne passe pas son chemin quand il voit un humain en danger de mort. Et c’est bien dans cette situation que nous sommes : nous voyons des hommes, des femmes, des enfants menacés par la guerre et le terrorisme, tellement désespérés qu’ils sont prêts à tout laisser, à tout tenter, à tout risquer pour fuir ces dangers.

Va et fais de même : va et porte toi au secours de l’humanité qui souffre.

Mais, ne rêvons pas, tout comme nous, le Samaritain avait de nombreuses raisons de ne pas se laisser conduire par sa pitié, de ne pas suivre son cœur. Et il est bon que nous nommions ces raisons, que nous écoutions nos réticences, nos peurs, nos révoltes, nos limites.

Tout d’abord, le blessé était un étranger. Oui, on oublie souvent que si la parabole raconte l’histoire d’un homme secouru par un étranger, elle raconte en même temps l’histoire d’un homme qui secourt un étranger… La France accueille des étrangers mais quand les français partent à l’étranger, ils deviennent des expatriés. Comme disait Desproges, l’étranger est très bête, il croit que c’est nous l’étranger alors que c’est lui. Or, il est toujours beaucoup plus facile de compatir avec celui qui nous ressemble qu’avec celui qui est différent de nous. Le Samaritain savait que la victime était un juif, mais il a préféré voir un homme.

Va et fais de même…

De plus, le Samaritain a pris un risque : les brigands auraient pu être encore dans le coin et doubler leur profit. Pire encore, cela aurait pu être un piège. Le soit disant blessé aurait pu être entouré d’hommes en embuscade… Le samaritain aurait pu jouer la carte de la prudence tout comme nous sommes aujourd’hui tenté d’écouter les voix qui osent parler de cheval de Troie, qui osent comparer une foule en détresse à une armée d’invasion. Et sans tomber dans cette paranoïa, nous savons bien que l’accueil n’est pas si simple, qu’il implique la rencontre de deux cultures, qu’il y aura des suites qu’il nous faudra gérer après avoir ouvert nos portes et nos cœurs.… Eh bien, le Samaritain a été confronté aux mêmes risques, aux mêmes enjeux, il aurait pu laisser parler sa peur mais il plutôt qu’un danger, il a vu un homme dans la détresse. Il a refusé d’écouter sa peur et de passer son chemin.

Va et fais de même.

Jésus nous montre le samaritain précédé par un prêtre et par un lévite…Le samaritain, en effet, aurait pu se dire que finalement, c’était aux coreligionnaires du blessé de lui venir en aide. Il aurait pu souligner l’inaction des autres juifs, tout comme nous nous justifions en dénonçant l’inaction des pays voisins de la Syrie et de l’Irak : après tout, pourquoi les pays musulmans ne font rien pour aider les musulmans en détresses. Plutôt que l’inaction du prêtre et du lévite, le Samaritain a vu un homme dans la détresse. Il a refusé de dénoncer les autres et de passer son chemin.

Va et fais de même.

Enfin, le Samaritain a pensé à la suite : il ne s’est pas contenté de suivre l’élan de son cœur et de panser les blessures de l’étranger et de reprendre son chemin. Il a assuré la suite et il ne l’a pas assurée seul. Il a confié le blessé à un autre, bref il a pris sa part de responsabilité, mais il a aussi osé la confiance, il a aussi accepté d’agir avec d’autres. Et ce n’est pas facile : agir avec d’autres sans se défausser sur eux, permettre aux autres d’avoir leurs propres idées, leurs propres initiatives dans le beau plan d’aide que nous mettons en place. Permettre à d’autres d’agir avec nous au nom d’autres intérêts, d’autres convictions. Là encore, la parabole nous rejoint dans notre actualité : il ne nous suffira pas de brandir le commandement d’accueil de l’étranger, il ne nous suffira pas d’interpeler les autorités de notre pays, il nous faudra agir avec d’autres, prendre nos responsabilités, accepter et respecter les convictions qui poussent nos partenaires sans jamais oublier notre propre moteur. Le samaritain a su penser le futur, il ne l’a pas pensé seul, il s’est associé à d’autres, sans se dédouaner de ses propres responsabilités..

Va et fais de même.

Frères et sœurs, Il est assez rare que l’on me demande ce qu’il faut faire pour avoir la vie éternelle. Les protestants ont bien compris la grâce. Il est plus fréquent, en revanche, que nous nous demandions comment vivre l’amour auquel Jésus nous invite, comment entrer dans la vie nouvelle qu’il ouvre pour nous. Un exemple nous est donné : celui d’un samaritain qui a fait preuve de bonté envers un homme agonisant.

Va et fais de même.

Amen,

#AccueillonslesExiles

Un samaritain exemplaire
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Des balles verbales

22 Juin 2016 , Rédigé par Eric George

Des balles verbales

Prédication du dimanche 19 juin 2016

Matthieu 5, 21 à 26

I Jean 3, 18-20

Ephésiens 4, 24-32

L’année dernière, une communauté dont notre Eglise se souciait peu occupait la première place dans nos discussions. Lors du débat synodal sur la bénédiction des couples, l’Eglise découvrait la communauté LGBT, ses revendications, ses souffrances, ses espoirs. La semaine dernière à Orlando, cette communauté a été frappée par la violence meurtrière et, circonstance aggravante, elle a été frappée dans un club gay, c’est à dire « chez elle ». Et aujourd’hui, je veux croire que tous, quelles que soient nos convictions, quelles qu’aient été nos positions dans ces débats, nous sommes dans l’horreur et dans la sidération, nous pleurons sur ces hommes et ces femmes assassinés.

Ces derniers temps, à propos de l’état d’urgence et des manifestations autour de la COP21 puis de la loi du travail, la question des violences policières et de la haine anti-flic a été soulevée. Nous n’en avons pas discuté en Eglise mais chacun d’entre nous y a été confronté, a eu son opinion. Et, lundi dernier, un couple de policiers étaient assassinés chez eux.

La concomitance de ces assassinats m’a rapidement évoqué ce passage du sermon sur la montagne, à cause justement des débats dont les cibles avaient été le sujet juste avant, et parce que les contempteurs de ces deux communautés sont rarement les meme, et que tous sont confrontés ainsi à la concrétisation de leur propre violence verbale. En effet, quand Jésus affirme qu’insulter son frère est passible du tribunal, il nous rappelle que nos mots tuent. Dès lors, comment pourrions-nous nous indigner de la violence des terroristes sans nous interroger sur nos propres violences verbales. Or nos débats ont été émaillés d’insultes aussi blessantes que des rafales de fusil automatiques, de jugements aussi tranchants que des lames de sabres, de comparaisons aussi toxiques que du gaz sarin.

Oui, comment ne pas nous demander si Jean Baptiste et Jessica, si Stanley Amanda, Oscar, Rodolfo, Antonio, Darryl, Angel, Juan, Luis, Daniel, Cory, Tevin, Deonka, Simon, Leroy, Mercedez, Peter, Juan, Paul, Frank, Miguel, Javier, Jason, Eddie, Anthony, Christopher, Alejandro, Brenda, Gilberto, Kimberly, Akyra, Luis, Geraldo, Eric, Joel, Jean, Enrique, Jean, Xavier, Christopher, Yilmary, Edward, Shane, Martin, Jonathan, Juan, Luis, Franky, Jimmy, Luis et Jerald n’ont pas été victimes de nos mots avant de tomber sous les balles et la lame ?

Policiers, homosexuels, on pourrait allonger à l’envie la liste de ces groupes victimes de nos violences verbales, juifs, musulmans, patrons, chômeurs, politiques, étrangers, évangéliques, catholiques, réacs, modernistes… la question n’est pas de savoir si certaines cibles sont plus justifiées que d’autres, dans le sermon sur la montagne, Jésus ne se préoccupe de savoir si notre frère est vraiment un imbécile ou un insensé, ni de connaitre les motivations de nos insultes, il nous renvoie à notre propre violence. Or, il y a une autre donnée évangélique : si nous voulons que la violence s’arrête, il nous faut commencer par l’arrêter en nous-même…

Avant de voir dans celui ou celle que nous avons en face de nous un pédé, un flic, un youpin, un bicot, un nègre, un babtou, un évangélo ou un catho, il serait temps que nous voyions avant tout un frère ou une sœur.

Il y a quand même deux objections :

D’abord, parfois, même contre nos frères et nos sœurs, on est en colère, et sous le coup de la colère, les mots partent vite. C’est vrai. Mais si je reçois sérieusement le sermon sur la montagne, faire de la colère une circonstance atténuante pour la violence verbale est à peu près aussi bien fondé que faire de l’appât du gain une circonstance atténuante du vol…

Oui, mais la colère ça ne se décide pas, en tout cas, pas toujours… Et ce n’est pas bon de la rentrer, parfois la violence verbale est un bon moyen de canaliser cette colère justement pour qu’elle n’explose pas en violence physique. C’est vrai aussi. Mais nous avons quelqu’un à qui nous pouvons exprimer toute notre colère et l’exprimer dans toute sa violence, ce quelqu’un c’est Dieu lui-même. La Bible nous donne ces psaumes de colère et de violence comme autant de témoignage que Dieu, contrairement à mon frère et à ma sœur peut recevoir ma colère et m’en décharger. Nos insultes, nos vœux de morts, nos « je l’avais bien dit », et si on les gardait pour Dieu. Oui, je sais ça ne se fait pas, ce n'est pas correct de présenter les pires aspects de nous-meme à Dieu… Mais alors, ce qui me fait trop honte pour que le présente à Dieu comment puis-je l’imposer à mon frère ou à ma sœur ?

Ensuite, l’amour ne signifie pas qu’on soit d’accord avec tout ou qu’on laisse tout faire.

Non l’amour n’empêche pas le désaccord et la discussion, seulement l’amour pousse à veiller à ne pas blesser la soeur ou le frère avec qui on est en discussion, l'amour pousse à éviter les généralités. Il nous arrive à tous d'etre victimes de ces mots qui blessent, de ces généralités qui enferment et nous en savons la violence alors, meme dans nos désacords, l'amour ne devrait-il pas nous empecher de commettre à notre tour cette violence ? Ce que je ne supporte pas d'entendre, vais-je l'infliger à ceux que je prétend aimer ?

Mais quand meme, Jésus lui-même a eu parfois des mots très durs contre les pharisiens, voire contre ses propres disciples. C'est vrai. Mais il est plus vrai encore que Jésus a aimé ses disciples et meme les pharisiens au point de donner sa vie pour eux. Alors, quand nos actes diront notre amour à ce point, quand l'amour nous conduira à donner notre vie pour les autres, nous pourrons nous permettre la meme violence verbale que Jésus... En attendant...

En effet, lorsque Jean nous invite à aimer non seulement en paroles mais en acte, je pense qu'il nous rappelle que les paroles d'amour sont plus faciles que les gestes d'amour. Si nous sommes incapables d'aimer en paroles, ou au moins en absence de paroles de violence, comment pourrions nous etre capables d'aimer en actes ?

Frères et soeurs, je sais qu'il est difficile de nous voir placés ainsi devant notre propre violence, difficile de nous voir mis au meme rang que les terroristes et les meurtriers et pourtant, si Jésus nous oblige à nous regarder ainsi nous meme, c'est bien pour que nos coeurs changent vraiment, c'est pour que nous nous tournions vers Dieu en le suppliant d'arracher de nos coeurs tout germe de violence. Alors, quand nous condamnons la violence du monde, quand nous supplions Dieu de mettre un terme à cette violence, ayons la lucidité de lui demander aussi de nous guérir de nos propres violences.

Amen

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Usuelles suspectes

12 Juin 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #femmes, #ministère féminin, #sexisme

Usuelles suspectes

Prédication du dimanche 12 juin 2016

Luc 7 36 à 8,3

J’ai souvent tendance à déborder un peu sur le découpage que propose Parole pour tous, mais j’avoue que cette fois, je me suis laissé surprendre par ce petit rajout que Parole pour tous propose en nous invitant à lire, à la suite du récit du flacon de parfum brisé, l’évocation des femmes qui suivaient Jésus.

En effet, le choix est surprenant puisque entre le repas chez Simon et l’évocation des femmes, la limite est bien précise. Peut-être s’agissait-il de veiller à ce que cette liste de femmes soit lue et comme n’on allait quand même pas la coller avec les histoires d’agriculture qui suivent, on l’a rattaché à ce qui précède… Seulement, il y avait un risque : en faisant suivre le récit du flacon brisé par la liste des femmes, on insiste sur le fait que le pécheur repentant est une femme et on nourrit cette association, ancienne dans le christianisme, entre la femme et le péché…

Mais cet enchaînement entre le repas chez Simon et les femmes qui suivent Jésus est tout de même justifié : Luc est le seul à sortir le flacon brisé du contexte de Pâques, il est le seul à faire de ce récit une illustration du pardon et de la gratitude et il est le seul à dresser une liste des femmes qui suivent Jésus.

D’ailleurs, je vous propose une hypothèse. Dans son prologue, l’évangile selon Luc est présenté comme un travail d’historien : j’ai collecté les faits, j’ai rassemblé les témoins ; or si nous lisons les trois autres récits du flacon brisé, « l’onction à Béthanie », il rapporte tous cette parole de Jésus « on se souviendra du geste de cette femme ». Eh bien, Luc a peut-être été assez embêté : on se rappelle du geste de la femme mais on oublie son nom (je place l’évangile selon Jean un peu à part). Et Luc s’est demandé qui était cette femme mais il n’a pas trouvé. La liste des femmes qui suivent Jésus serait en fait une liste des « suspectes » les plus probables. Qui était cette pécheresse pardonnée ? Marie de Magdala ? Jeanne ? ou bien Suzanne ?

Cette hypothèse posée, on peut un peu regarder le rôle des femmes qui suivent Jésus : elles étaient nombreuses et elles les aidaient de leurs biens. Ce qui signifie que ces femmes étaient maîtresses de leurs biens, qu’elles pouvaient en faire ce qu’elle voulait. On peut aussi souligner le caractère très utile de ce service, heureusement qu’il y a des femmes autour de Jésus et des Douze pour avoir les pieds sur terre et pour faire marcher la baraque… j’en vois qui acquiescent et en ce qui me concerne, je ne peux qu’approuver cette vision des choses… Mais attention quand même, si nous entrons trop loin dans ce stéréotype, ça veut dire que le rôle des femmes autour de Jésus c’est de gérer l’intendance et le service… Et l’on risque d’oublier le rôle de cette inconnue qui est entrée chez Simon…

En effet, chez Simon, Jésus est face à deux figures de disciples : l’un l’a invité chez lui pour l’écouter, sans doute pour discuter avec lui, visiblement pour le mettre à l’épreuve, pour le tester. Et je crois que nous pouvons tous nous reconnaître en Simon, nous aussi nous voulons écouter Jésus, nous instruire de sa parole mais aussi la vérifier, la tester, la comparer avec ce que nous nous savons, nous aussi nous nous disons « moi à la place de Dieu, je ne ferai pas ceci, ou je ferai cela », « là, Jésus exagère quand même »…

L’autre disciple entre, se jette au pied de Jésus et le couvre, l’inonde même, de reconnaissance et d’amour. L’autre disciple est consciente de son péché et de la liberté qu’elle a trouvé en Jésus Christ. L’autre disciple se laisse emporter et conduire par sa reconnaissance seule.

A votre avis, laquelle de ces deux figures de disciple, l’évangile de Luc pose-t-il comme figure à imiter ?

C’est donc une femme qui est le modèle du disciple… C’est une femme qui a compris le pardon donné par Jésus… et il faudrait écarter les femmes de l’enseignement ? C’est une femme qui s’est laissée toute entière conduire par l’amour… et il faudrait écarter les femmes de la prédication ? Et si je reprends la version pascale de ce récit, l’onction à Béthanie, c’est le geste d’une femme que Jésus a célébré comme étant le geste exprimant le mieux le don que Jésus nous fait… et il faudrait écarter les femmes de la célébration des sacrements ?

Hmmm cela me paraît quelque peu… illogique.

(J’ouvre une parenthèse pour dire qu’il peut sembler un peu étrange de ma part de défendre ainsi le ministère féminin qui est un acquis de notre Eglise. Pourtant cet acquis a récemment été remis en question dans l’Eglise luthérienne de Lettonie. Bref, il ne s’agit pas d’aller chercher la paille dans l’œil d’autres Eglises mais bien de réaffirmer comment notre Eglise, notre courant du christianisme entend et reçoit les textes bibliques)

Il y a tout de même deux risques à souligner qu’ici, le disciple modèle est une femme. Le premier serait d’inverser l’oppression et d’affirmer que seules les femmes peuvent être de bons disciples. Il n’est évidemment pas question... Le second est plus insidieux, et particulièrement quand, comme aujourd’hui, un mec qui commente un texte écrit par un mec dans une société patriarcale : ce risque c’est la tentation de poser cette pécheresse comme stéréotype féminin : la femme idéale, c’est la pécheresse éplorée de reconnaissance… Il y a dans la Bible des femmes douce et tendre, il y en a des guerrières, il y a des silencieuses et effacées et des oratrices et des meneuses. Bref, pour les femmes comme pour les hommes, la Bible parle des personnes plus que de généralités.

Au bout du compte, est-il important de rappeler le sexe de la pécheresse pardonnée ? Dans l’idéal, non. Dans l’idéal nous devrions nous rappeler qu’en Jésus Christ, il n’y a plus ni homme ni femme et qu’ici la figure idéale de disciple est une figure d’amour et de reconnaissance. Mais parfois, il est bon, voire urgent de rappeler que parmi tous ces hommes de la Bible, tous nos pères dans la foi, certains sont des femmes et qu’elles tiennent dans ces textes pourtant patriarcaux une place qui nous interdit de dévaloriser 50% de l’humanité.

Alors, mes sœurs, mes frères

Ensemble, témoignons de cet amour qui nous a été donné

Ensemble, entrons dans les gestes d’amour et de reconnaissance

Ensemble, mettons-nous au service les uns des unes et réciproquement

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Ressuscitons les morts !

5 Juin 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #résurrection, #envoi, #prédication

Ressuscitons les morts !

Prédication du dimanche 5 juin 2016

I Rois 17, 17à 24Luc 7, 11-17

Jésus a ressuscité le fils de la veuve de Naïn, et alors ?

Je sais que cela peut paraître un peu choquant comme question, voire assez inhumain. Comment puis-je oublier la joie de cette malheureuse veuve voyant son fils revenir à la vie. Bon.

Jésus a ressuscité le fils de la veuve de Naïn. Quelle joie, quel bonheur pour elle !!!! Et alors ?Combien de veuves ont pleuré et pleurent encore leurs fils uniques et n’ont pas eu la chance que Jésus ou Elie passent par là ?

Vous voyez que si on la prend sur un niveau psychologique, cette résurrection du fils de la veuve de Naïn prend un goût terriblement amer voire douloureux… Combien d’hommes et de femmes pleurent des êtres qui leurs sont chers sans voir les disparu s revenir à la vie ?

Ah mais justement ! Les résurrections des fils des veuves de Naïn et de Sarepta nous assurent que Dieu est plus fort que la mort et qu’une résurrection est promise.

Pourtant, Paul l’affirme, l’assurance que Dieu est un dieu de vie, qu’il est plus fort que la mort, la promesse de la résurrection, tout cela est contenu dans la résurrection de Jésus Christ. Alors qu’est-ce que la résurrection du fils de la veuve de Naïn ajoute à Pâques ? Celui qui douterait de la promesse contenue en la résurrection de Jésus serait-il plus convaincu par le récit de la résurrection du fils de la veuve de Naïn ? Cela me paraît peu vraisemblable…

En fait, les résurrections du fils de la veuve de Sarepta et de celui de la veuve de Naïn ont la même conséquence : écoutez

La femme dit à Elie : Je reconnais maintenant que tu es un homme de Dieu, et que la parole de l’Eternel dans ta bouche est vérité. » (I Rois 17, 24)

Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu, disant : Un grand prophète a paru parmi nous, et Dieu a visité son peuple. Cette parole sur Jésus se répandit dans toute la Judée et dans tout le pays d’alentour. (Luc 7, 16-17)

Dans les deux cas, il s’agit finalement moins d’affirmer la puissance de Dieu que de poser l’authenticité du témoin.Donc ressusciter le fils de la veuve, cela devrait être notre signature, à nous, qui sommes appelés à être témoins de Dieu !Seulement… Seulement voilà, nous ne ressuscitons pas les morts !

Vraiment pas ? En sommes-nous si sûrs ? Devons-nous nous lamenter une fois de plus sur notre faiblesse humaine et sur notre incapacité à témoigner de la Parole et de la présence de Dieu ?

Nous ne ressuscitons pas les morts… Mais qu’est-ce que ces textes nous disent sur ressusciter les morts ?

Elie invoqua l’Eternel, et dit: Eternel, mon Dieu, est-ce que tu affligerais, au point de faire mourir son fils, même cette veuve chez qui j’ai été reçu comme un hôte ? I Rois 17

En la voyant le Seigneur fut pris aux tripes pour elle Luc 7

Elie s’inclut dans son intercession pour la veuve, ce n’est pas juste elle qu’il présente à Dieu et Jésus est ému aux entrailles. Ressusciter les morts, c’est d’abord être pris de compassion. La compassion va bien au delà de la pitiè. Compatir c’est souffrir avec, c’est faire sienne la souffrance de celui ou de celle qui pleure, la porter dans sa propre chair. Nous sommes émus par la souffrance de nos frères et de nos sœurs mais la faisons-nous vraiment nôtre, au point qu’elle nous soit insupportable ?

Elie s’étendit trois fois sur l’enfant I Rois 17

Jésus s’avança et toucha le cercueil Luc 7

Ces deux précisions sont du même ordre : dans le judaïsme, il convient de s’abstenir du contact avec un cadavre sous peine d’être soi-même souillé. Ressusciter les morts, c’est entrer en contact avec la mort, avec la souffrance. C’est refuser de rester dans sa tour d’ivoire et aller là où ça fait mal.

Cela veut dire bien sûr, aller sur le terrain, d’abord, dans la réalité de ceux qui souffrent.

Cela peut vouloir dire aussi reconnaître notre propre lien avec la mort, avec ce qui détruit. Cela va bien plus loin que juste se dire que nous ne sommes pas parfaits, c’est se rappeler que la pureté que nous prétendons garder, la sécurité que nous voulons maintenir ne sont qu’illusoires : qu’elles ne sont qu’un faux prétexte pour nous tenir à l’écart de la souffrance.

Elie prit l’enfant et le donna à sa mère. I Rois 17

Jésus le rendit à sa mère Luc 7

Ressusciter les morts, c’est rétablir les liens rompus. Et donc c’est faire œuvre de réconciliation, de pardon.

La résurrection des morts, nous parait hors d’atteinte ? Soit ! Mais qu’en est-il de rétablir des liens ? Qu’en est-il de la réconciliation et du pardon ? Combien de liens avons-nous rétablis avec nos sœurs et nos frères, entre nos sœurs et nos frères ? De combien de réconciliations avons-nous été les artisans ? Le nombre sera-t-il un peu plus élevé que celui des morts que nous avons ressuscités ?

Ou bien notre foi nous pousse-t-elle plus à faire de la maçonnerie que du macramé , à dresser des murs plutôt qu'à nouer les humains entre eux ?

Je n’oublie pas les deux points communs les plus évidents : dans les deux cas, une veuve a perdu son fils unique, un avenir a été coupé. Ressusciter les morts, c’est permettre de repartir, c’est faire sortir de l’impasse. C’est ouvrir des chemins nouveaux, même improbables…Ressusciter les morts, c’est aussi refuser la fatalité. Peut-être que la fatalité de la mort nous dépasse. Mais vraiment refuser la fatalité de la vengeance, dire non à la peur, dire non à l’oppression et à l’injustice, est ce hors de portée pour nous ?

Nous avons survolés les principaux points communs entre ces deux résurrections, je voudrais que nous repérions aussi les deux différences. Puisque Jésus copie ouvertement sur Elie, voyons ce qu'il apporte de plus à cette résurrection du fils de la veuve.

Tout d’abord, Luc précise que « le mort s’assit et se mit à parler ». Ressusciter les morts à la manière de Jésus c’est donc rendre la parole.

Non pas seulement parler, non pas seulement laisser parler, surtout pas ouvrir le débat dont sortirait vainqueur le meilleur orateur mais vraiment donner la parole, permettre à chacun de dire ce que, lui, ressent.

Et finalement, donner la parole, c’est peut être bien une manière de poser tous ces gestes de résurrection évoqués.

Ne pas parler pour ceux qui souffrent mais vraiment leur donner la parole n’est ce pas entrer dans une véritable compassion ? N’est-ce pas oser entrer en contact avec la souffrance, avec le mal, avec la mort (ce qu’ils diront n’est sans doute pas ce que nous voulons entendre)

Donner la parole à ceux qui sont fâchés, n’est-ce pas la voie principale de la réconciliation ? Donner la parole aux victimes et aux bourreaux, c’est la voie qu’à choisit l’Afrique du Sud après l’abolition de l’Apartheid.

Oui, si notre Eglise ne peut pas ressusciter les morts, elle pourrait être une Eglise qui donne la parole. Non pas une Eglise muette ou effacée, mais une Eglise dont le témoignage actif de Jésus Christ serait de donner la parole aux muets.

Une Eglise qui donne la parole au lieu de parler ou de laisser parler, ce serait peut-être encore plus inattendu qu’une résurrection…

A qui donner la parole ? Eh bien, alors qu’Elie ressuscitait le fils de sa logeuse, d’une veuve qui l’ « avait accueilli » chez elle, Jésus, lui, ressuscite un mort inconnu, le fils d’une femme rencontrée au hasard du chemin.

Nous sommes appelés à poser des gestes de résurrection, à rendre la parole non seulement à celles et ceux de nos cercles ou de notre foi, pas seulement pour celles et ceux qui nous sont sympathiques, mais bien pour tous ceux que nous rencontrons sur nos chemins.

Frères et sœursJe vous invite à la prière

Ô Dieu

Nous te reconnaissons comme Seigneur de la vie

Donne-nous la force de poser les gestes de résurrection

Que tu attends de nous.

Ouvre nos cœurs à la véritable compassion

Donne-nous l’audace de nous frotter à la souffrance et à la mort

Et d’affronter nos propres blessures et notre propre mort

Inspire nous des paroles et des actes de réconciliation

Donne-nous d’être comme Jésus Christ,

De ceux qui ouvrent la bouche des muets

De ceux qui délivrent la parole

Amen

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Les instances

12 Mai 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #prédication, #synode, #Eglise, #Réunion de Jérusalem, #Concile de Jérusalem

Les instances

Prédication du dimanche 1er mai 2016

Vendredi, le nouveau Conseil Presbytéral de notre paroisse se réunissait pour la première fois, jeudi prochain, commencera le synode national de l’Église Protestante Unie de France.

Conseil presbytéral, synode, ce sont des mots qui, au mieux, nous semblent un peu loin, et au pire nous font un peu peur. Ils résonnent de manière froide, institutionnelle, hiérarchique.

En tout cas, si l’on vient au culte, ce n’est pas pour entendre parler des INSTANCES qui gouvernent notre Eglise, on vient pour élever nos âmes, on vient pour prier, pour chanter, pour entendre la Parole et la méditer.

Alors, oublions les INSTANCES et entendons la Parole

Actes 15, 1 à 12

Au point de départ de ce concile, ou de ce synode, une question très pratique : faut-il imposer la circoncision aux païens qui se tournent vers Jésus Christ. Ceux qui ont assisté au culte célébré par les jeunes, hier, ont entendu la même question : pour témoigner de notre foi aujourd’hui, pouvons-nous rester dans notre quant à soi, dans nos langages et dans nos rites ? et jusqu’où pouvons-nous évoluer sans perdre notre identité ?

Pour répondre à cette question, les premiers chrétiens n’ont pas voulu répondre chacun de son côté, ils ont fait appel à une « INSTANCE ». Il est intéressant de remarquer que cette instance, ce ne sont pas les 12 que Jésus a appelés : Jacques, qui prend la parole n’est pas Jacques, frère de Jean, mais bien Jacques, frère de Jésus, qui ne faisait pas partie des Douze et a pourtant été considéré comme une colonne de l’Eglise. Plutôt que ceux qui ont été établis par Jésus, les anciens de Jérusalem semblent être ceux qui ont connu Jésus avant sa crucifixion…. Aujourd’hui, ceux qui ont connu Jésus avant sa crucifixion sont moins nombreux, alors, nous avons trouvé d’autres modes de désignation de ces instances… (le silence de la Bible sur la manière exacte dont ces instances ont été désignées, laisse pas mal de marge de manœuvre aux Églises, du reste)

Mais ce matin, je voudrai que nous nous penchions particulièrement non pas sur les INSTANCES qui ont répondu à cette question, ni même sur la réponse qu’elles ont donné mais sur ce que Luc nous dit de la manière dont elles ont répondu.

Tout d’abord, ce que nous pouvons voir, c’est que ce recours aux instances n’interrompt pas la mission de l’Eglise, l’évangélisation : tout au long de leur parcours, Paul et Barnabas continuent à annoncer la Bonne Nouvelle.

Ensuite, Luc nous indique quels sont les trois ressorts de cette décision : le témoignage, l’Écriture et l’humanité, beaucoup d’humanité.

D’abord, les anciens de Jérusalem prennent leur décision les yeux grands ouverts sur le monde : ils écoutent le témoignage de Pierre, de Paul et de Barnabas, ils prêtent attention à ce phénomène nouveau : des païens ont soif de Dieu et se tournent vers Jésus Christ. Les instances observent ce monde plus vaste que celui qu’ils connaissaient, ils veulent y discerner l’action de l’Esprit de Dieu. C’est d’abord le témoignage, le vécu des Eglises qu’entendent les anciens.

Ensuite, il y a l’Écriture… Jacques, en effet cite Amos. Réécoutons la citation …

Je sais que parfois, il semble que les pasteurs, les théologiens tordent un peu les textes pour leur faire dire des choses. Mais, en entendant ce passage d’Amos, j’avoue avoir eu un peu de mal à comprendre la conclusion que Jacques en tire : à savoir « n’imposons pas la circoncision aux frères d’origine païennes. »

Et puis, je me suis rappelé que pour Jacques, il existe une question que nous ne nous posons plus du tout… Cette question, c’est est-il bon que des païens, des non-juifs se tournent vers Jésus ? Nous, dès que quelqu’un fait mine de s’intéresser juste un brin à l’Évangile, nous nous écrions « Alleluïa !!!! » Mais ce n’est pas du tout évident pour les premiers chrétiens et ce que va chercher Jacques dans les textes, c’est une réponse à cette question : « les non-juifs peuvent ils se tourner vers Jésus, le Messie d’Israël ! Ensuite quand il découvre dans les textes que les nations sont appelées à se tourner vers Dieu, son attitude est logique : ne dressons surtout pas trop d’obstacle… Les Écritures ne sont pas évoquées pour défendre un statut quo, elle sont citées pour vérifier que l’on peut bousculer des habitudes, que l’on peut ouvrir des frontières. Les Écritures ne sont pas posées comme une muraille derrière laquelle on se réfugie mais comme un filet de sécurité, le seul acceptable, pour se lancer dans l’inconnu…

Enfin, dans cette décision, il y a surtout de l’humain. Pas de l’humanisme, mais de la pâte humaine et Luc ne l’oublie jamais. Il nous le dit bien, avant d’être une question de témoignage, avant d’être une lecture des Écritures, la question de la circoncision est une question d’humains, d’origine. Des frères d’origine païenne arrivent dans l’Église et des frères d’origine juive voudraient leur imposer la circoncision. Paul, dans son humanité, justement, a vite fait de coller des étiquettes : « faux frères », mais Luc résiste a cette tentation, il n’y a pas pour lui les méchants conservateurs contre les gentils progressistes, les esclaves de l’erreur contre ceux que la liberté libère. Il y a des frères et des sœurs qui ont une origine, mais aussi une histoire : il leur est arrivé des choses, ils ont fait des rencontres et qui à cause de cette origine, de cette histoire, prennent des orientations, font des choix. Eh oui ! dans l’Église, nos choix, nos orientations ne viennent pas seulement du témoignage de l’Esprit Saint ou de la lecture de la Bible, mais, et peut-être d’abord, de notre origine, des évènements qui nous ont marqués, bref de notre histoire. Et ce texte nous montre bien que cet état de fait n’est pas une perversion, une déchéance de notre Eglise, sur ce point précis, l’Eglise est bien telle qu’elle était à l’origine, telle que Dieu nous l’a donnée.

La phrase qui résume le mieux cela c’est ce : « il a paru bon à l’Esprit saint et à nous-même » qu’ose Jacques et qui nous paraît parfois si prétentieux, que nous n’oserions plus aujourd’hui… Et pourtant, c’est peut-être la phrase la plus honnête dans nos choix d’Eglise.

Vaudrait-il mieux dire « Il nous a paru bon » ? et croire que ce qui compte dans l’Église, c’est notre analyse, notre choix, notre raisonnement, bref nous-même ? Quelle orgueilleuse modestie que celle qui nous pousserait à écarter l’Esprit de la conduite de notre Église ?

Ou pire, devrions nous dire « Il a paru bon à l’Esprit Saint » ? Et oublier que lorsque je parle ce n’est pas toujours l’Esprit Saint qui parle ?

Je crois vraiment qu’a chaque décision, chaque orientation, nous devrions dire « il a paru bon au Saint Esprit et à nous-même » : au saint Esprit parce que tout ne vient pas de nous, parce que nous recevons un souffle d’ailleurs. Et à nous même parce que, c’est aussi et toujours un « nous », ou « moi », qui s’exprime, qui pose dans les questions de toute l’Eglise, tout le poids de notre bagage, de notre histoire.

Et c’est bien, ou en tout cas, c’est comme ça que Dieu veut son Eglise.

Alors n’ayons pas trop honte de notre humanité quand nous servons l’Église, ne soyons pas trop complexés d’y arriver avec notre passé, nos convictions propres… Ne nous désespérons pas trop, ne nous agaçons pas trop de l’histoire, du passé, de l’humanité de celles et ceux qui nous sont donné comme Eglise, comme frères et sœurs et même comme INSTANCE….

Et surtout prions, prions pour nos conseils presbytéraux, régionaux, national, prions pour nos synode, prions pour tous ces frères et ces sœurs qui constituent notre Eglise, prions pour que l’Esprit, souffle du Dieu vivant vienne éclairer tous ces « nous-mêmes »

Amen

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