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Avant propos

Qui suis je ?

Éric George, né en 1970, pasteur de l’Église Réformée de France depuis 1995, arrivé sur la paroisse d’Évreux en août 2005, je suis marié, père de 3 enfants. J’aime la lecture, le cinéma, les jeux de sociétés, les débats sans fin… Le reste ? Gageons que vous le découvrirez à travers ses pages…

 

Pourquoi un blog ?

Les plus mauvais esprits (et peut-être aussi ceux qui me connaissent le mieux )répondront : « simple réflexe de m’as-tu-vu » ou bien « nouvelle tentative d’un ecclésiastique pour faire du prosélytisme et pour imposer sa foi au plus grand nombre possible ». Aucune des deux réponses ne sera tout à fait fausse d’ailleurs. C’est vrai qu’un blog public relève toujours d’un certain exhibitionnisme. Et il est vrai aussi que si je tiens à parler de ma foi, de ma théologie, c’est bien dans un but de témoignage, non pas pour faire des adeptes ou des disciples, certainement pas pour convertir les foules mais juste pour montrer que la foi peut-être autre chose que les images édifiantes ou au contraire insultantes que l’on en donne la plupart du temps. La foi, c’est aussi une relation, une recherche, une réflexion qui se poursuit au jour le jour…

Mais un blog c’est aussi et surtout un exercice. Pas évident d’ailleurs : celui de coucher par écrit les diverses pensées qui nous traversent la tête au cours d’une journée. Celui de structurer une idée récurrente, de m’obliger à un peu de rigueur… Un autre aspect de l’exercice, c’est celui de l’ouverture : non seulement l’idée est écrite mais elle est accessible à tous et chacun peut réagir. Ici on est bien loin du contexte favorable de la prédication ou de l’étude biblique devant des paroissiens un peu trop respectueux de la pensée du pasteur…

Donc se montrer, témoigner, structurer des pensées fugaces et s’ouvrir aux réactions des autres… Tout un programme en fait…

 

Ce que vous devriez trouver ici…

Dans Petite théologie pas très sérieuse : des petites réflexions personnelles sur la théologie, al foi, la spiritualité…

Dans Bible : des méditations sur certains textes bibliques et  prédications

Dans Théo en culture : une relecture théologique complètement subjective de livres, films et autres…

Dans Humeurs : comme le titre l’indique, mes joies et mes coups de gueule…

Dans Les mots de la théologie : à partir d’un mot de notre jargon, une méditation

Dans Actualité paroissiale : les différentes manifestations de la paroisse réformée d’Évreux

Dans Citation : des extraits d'auteurs exprimant des choses bien mieux que je ne saurai le faire

Dans Réponses : des réponses à des questions esquissées au fil des commentaires

Dans Prières : ben euh, à votre avis ?

Ce que vous ne trouverez pas ici…

La position officielle du protestantisme ou de l’Église Réformée de France, mes propos me sont personnels et n’engagent que moi. En aucun cas, je ne suis mandaté pour parler au nom de l’E.R.F et encore moins du protestantisme. Toutefois, c’est en protestant que je réagis la plupart du temps…

Il va également de soi que rien de la dimension relationnelle de mon ministère n’aura sa place ici…

Dimanche 15 avril 2012 7 15 /04 /Avr /2012 17:32

Cene.jpgPrédication du dimanche 15 avril 2012

Matthieu XXVI, 17 à 35

 

Cela peut paraître étrange de prêcher sur la Cène, le dernier repas de Jésus précisément un jour où nous ne célébrons pas la Cène. Mais justement, la plupart du temps, quand nous parlons du dernier repas de Jésus c’est pour parler de la manière dont nous célébrons aujourd’hui ce dernier repas, de ce que nous faisons, disons et comprenons lorsque nous partageons le pain et la coupe…

Rassurez vous, cet après midi, les catéchumènes parleront de la communion mais ce matin, contentons nous de parler du dernier repas…

 

         Savez vous pourquoi les adultes passent tant de temps à table ? Je parle des repas de famille ou entre amis… Vous savez ?

Eh bien moi, je crois que c’est parce qu’ils ne savent plus jouer… La preuve, c’est qu’alors que les grands s’éternisent à table, les petits demandent s’ils peuvent aller jouer… Les adultes ne savent plus jouer et leur manière de se retrouver, d’être bien ensembles, c’est autour d’un repas.

 

         Et un repas, on le sait bien c’est beaucoup plus que la nourriture, il faut un décors (un restaurant ou chez l’un des convives et là, on a sorti les belles assiettes, le service de mariage ou les porcelaines léguées par la tante Imogène), il faut (souvent) une occasion (on fête l’an nouveau, un anniversaire, on pend une crémaillère, quelque fois, c’est le dîner lui-même qui est l’occasion mais alors on invite longtemps à l’avance…), il faut des invités (c’est assez rare qu’on organise un beau dîner juste dans le cadre du foyer)…

         Eh bien le dernier repas de Jésus est bien un de ces repas, ils sont entre amis, il y a une occasion : la fête de la Pâque, il y a un décors : cette maison préparée pour l’occasion.

         Donc nous sommes bien dans le cadre d’un repas, comme ceux que l’on organise encore. Je le précise parce que souvent quand on parle du dernier repas de Jésus, on ne pense qu’au mot « dernier » et on a toujours l’impression qu’au menu, il n’y avait que du pain sans levain et une coupe de vin… Non, nous sommes bien dans un repas de grande occasion, un dîner…

         Mais si on lit attentivement, le texte, c’est un dîner raté. Ah ça, à « Un dîner presque parfait », la Cène, c’est une défaite assurée. (Un dîner presque parfait, c’est cette émission ou des gens s’invitent mutuellement et se notent). La Cène est un dîner raté. Un dîner raté, ce n’est pas un dîner ou le rôti est trop cuit et la soupe trop salée (ça, ça ne vexe que le cuisinier ou la cuisinière), non un vrai dîner raté, celui qui laissera un mauvais souvenir, c’est un dîner où les gens s’ennuient ou pire, où ils se disputent, et se fâchent. Moi, le seul mauvais souvenir de repas que j’ai c’est celui dont on est parti fâché… Les souvenirs de plat trop salés ou même d’invités pas venu, avec le temps, ça devient plutôt des histoires amusantes. Les dîners où l’on s’est ennuyé, on les oublie…Mais les dîners qui se sont finis sur de la tension ou des mots durs…

         Eh bien clairement, le récit de la Cène, c’est le récit d’un dîner raté. Déjà, le côté « dernier repas », ça aide rarement à une ambiance légère et détendue… Mais là, en entrée, nous avons une trahison annoncée, avec en prime une malédiction. En plat principal, l’annonce de la mort du principal convive. Et en dessert, l’annonce d’un abandon et d’un reniement… Le cauchemar de tout maître ou maîtresse de maison…

 

Et voilà qu’au milieu de ce dîner, Jésus pose une promesse incroyable. « Je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où j’en boirai du nouveau avec vous dans le Royaume de mon Père. » Jésus vient d’annoncer sa mort, il a annoncé la trahison de Judas, il sait que les autres l’abandonneront et se disperseront, que Pierre le reniera. Et pourtant, il leur fait cette promesse : ce fruit de la vigne, cette coupe d’alliance, je la boirai à nouveau et je la boirai avec vous.

Jusqu’au jour où j’en boirai : Jésus annonce bien que même sa mort, ne sera pas la fin, ne coupera pas tout futur…

Du nouveau dans le Royaume de mon Père : Jésus annonce un renouveau, un monde neuf, débarrassé de ses trahison, de ses reniements, de ses cruautés…

Avec vous : et ce monde, ceux qui sont avec lui, le connaîtront malgré toutes leurs faiblesses, même quand ils abandonnent, même quand ils renient…

 

C’est pour cela que j’insiste tant sur le fait que nous sommes dans le cadre d’un repas raté. Un repas, c'est-à-dire le symbole, l’image universelle des relations humaines. Quand tout va mal, quand nos relations sont abîmées, quand on est fâché avec les autres et avec nous-mêmes, quand il ne semble plus y avoir de place pour aucun espoir, la promesse de Jésus retentit dans notre vie « Je boirai de nouveau avec vous dans le Royaume de mon Père ».

 

Mon frère, ma sœur, dans tes moments de pain dur, dans les moments où tu bois tes larmes, entend cette promesse de Jésus qui te dit « Même si tout est cassé, le vin nouveau de la fête t’attend, n’aie pas peur »…

        

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Dimanche 8 avril 2012 7 08 /04 /Avr /2012 13:38

Prédication du dimanche 8 avril 2012

Dimanche de Pâques

Actes X, 34 à 43

I Corinthiens V, 6 à 8

Jean XX 1 à 18

 

Ce matin, frères et soeurs, nous n'entrerons pas au tombeau, nous ne suivrons pas Pierre et Jean dans leur course, dans leurs questions de préséance, d'investigation et de foi.

Ce matin, nous resterons dehors, avec les femmes, avec une femme en fait, Marie de Magdala, qui est doublement le premier témoin de la résurrection, première à découvrir le tombeau vide, première à voir le ressuscité.

Nous resterons avec elle parce qu'elle est dans  la nuit, parce qu'elle nous permet de dire "nous", parce qu'elle nous permet de dire "je".

 

C'est le matin, le commencement d'une nouvelle semaine, mais pour Marie, il fait encore sombre, c'est encore la nuit. Celles et ceux qui sont venus participer à notre aube pascale ont bien à l'esprit, cette "encore obscurité" du matin, de cette journée pas encore commencée. Mais nous savons aussi que dans l'évangile selon  Jean, cette obscurité n'est pas seulement une indication horaire. L'obscurité nous dit  le début de l'évangile selon Jean, c'est la situation de notre monde dans lequel rayonner cette lumière qui est parole. C'est pourquoi je pense que c'est bien dans nos ténèbres, dans notre obscurité que se tient Marie de Magdala.

Nos ténèbres, c'est à dire tout ce qui nous empêche de vivre vraiment la joie de Pâques, la nouveauté de ce jour. Sans doute, cela évoque d'abord nos tristesses. Notre nuit ce sont nos blessures personnelles, nos échecs, nos culpabilités, nos deuils et nos regrets, nos habitudes et nos routines peut être aussi, tout ce que nous percevons comme des prisons.

Notre nuit ce sont aussi des tragédies plus générales, toutes les injustices et les horreurs de notre monde, tout ce qui nous empêche d'y voir le règne de Dieu. Vous  savez, toutes ces très bonnes raisons de ne pas croire en un Dieu d'amour, toutes ces actualités qui viennent malmener notre foi.

Mais notre nuit peut aussi prendre un aspect plus faussement lumineux, nos ténèbres, ce sont aussi tous ces moments de joie dans lesquels nous nous oublions et nous nous perdons. Ces temps de joie où nous croyons nous suffire à nous même, ces temps de bien-être où nous ne voulons plus nous remettre en question. Nous croyons souvent que le malheur nous éloigne de la foi, mais le bonheur nous conduit aussi à l'oubli, à l'éblouissement et à l'aveuglement ; ainsi, il peut être aussi notre nuit.

Et dans cette nuit, Marie de Magdala nous montre une pierre roulée, comme une porte ouverte sur l'inconnu, comme un point d'interrogation.

 

En effet, face au tombeau vide, Marie de Magdala nous permet de prendre le temps de nous poser la question. On a enlevé le Seigneur et nous ne savons pas où on l'a mis ?

 Pierre enquête, il inspecte les lieux, prélève les indices, Jean croit, mais Marie, elle, s'interroge. Et elle nous englobe dans sa question. Avez vous remarqué qu'en allant trouver les disciples, Marie, qui est seule au tombeau dit "nous" ? "Nous ne savons pas où ils l'ont mis..."

Ce nous de Marie, c'est nous... Nous en tant qu'humains d'abord. Car tous comprennent bien qu'à la source du christianisme, il y a une question, il y a un mystère. Que fêtent vraiment les chrétiens aujourd’hui ? Comment ce non-événement de la disparition du corps d'un supplicié a-t-il pu ainsi changer le monde ?

Ce "nous" de Marie, c'est nous en tant que chrétiens également. Bien sûr, notre foi nous donne une réponse à la question "comment cet homme, ce Jésus de Nazareth, ce fétu de paille, a-t-il pu transformer le monde ?". Mais la passion du Christ, sa résurrection nous posent tellement de questions : pourquoi cette mort ? comment peut elle nous sauver ? Qu'est ce que la résurrection ? et la plus évidente "pourquoi le ressuscité ne se montre-t-il pas ?". "On a enlevé le Seigneur et nous ne savons pas où on l'a mis ?"

Cette interrogation, Marie ne la garde pas pour elle, elle va la partager avec les disciples. C'est aussi le sens du "nous" : il est plus facile de dire "nous ne savons pas" que de dire "je ne sais pas", l'aveu d'ignorance est plus facile quand il est collectif. Mais ce n'est pas une pique que je lance à notre fierté : dire "nous ne savons pas" c'est dire "cherchons ensembles". Le tombeau vide marque la limite de nos intelligences, de nos connaissances. Mais ce n'est pas pour que nous baissions les bras et renoncions à comprendre. Regardez d'attitude des disciples face à l'annonce de Marie : ils se mettent en route, ils cherchent et d'attitude de foi de Jean n'est pas opposée à l'enquête de Pierre : on peut croire et réfléchir en même temps. Et le faire à plusieurs est souvent plus fécond. Vous le savez bien, vous tous qui êtes venus ce matin, vous tous que le point d'interrogation du tombeau vide a rassemblés.

 

Mais, pendant que Pierre mène son enquête, Marie va reprendre la même question "On a enlevé mon Seigneur et je ne sais pas où on l'a mis". La même question ? Pas si sûr. Les interlocuteurs, le passage à la première personne du singulier ("mon Seigneur", "je ne sais pas") indiquent bien que la question n'est plus sur le même registre.

Avec les disciples, on était dans le cadre de la recherche intellectuelle sur la résurrection, sur le plan historique ou théologique du "Qu'est ce que cela veut dire ?". Mais face aux anges, en réponse à leur question « Femme pourquoi pleures-tu ? » Marie témoigne d'un désarroi plus profond : "Je ne sais pas où est mon sauveur", je ne sais pas où est celui qui donne un sens à ma vie.

 Ce désarroi là, ni la recherche des disciples, ni l'enseignement du pasteur ne peuvent y répondre (tout au plus, peuvent-ils le mettre en évidence, lui donner sa place, c'est à dire la place centrale. Où est MON seigneur ? Où est celui qui donne son sens véritable à mon existence ? C'est la question essentielle de Pâques. Toutes les autres questions, aussi intéressantes soient elles sont inutiles si elles ne nous conduisent pas à cette question : qu’est ce que le tombeau vide signifie pour ma vie ? Quelle porte, la pierre roulée ouvre-t-elle ?)

Ce désarroi là, même les anges n'y répondent pas. Et c'est Jésus qui va y répondre lui-même. Il va d’abord l’interroger pour lui permettre de dire ce qu’est vraiment sa question. Il va reprendre la question des anges : « Pourquoi pleures tu ? » C'est-à-dire « Quelle est ta peine »  « quelle est ta souffrance ? » « Quel est ton fardeau ? » mais il a va aussi la préciser : « Que cherches tu ? » c'est-à-dire « Quel est ce manque dans ta vie ? » Par ces deux questions, il montre toute la profondeur de l’interrogation de Marie. Et cette interrogation, il va y répondre. Mais pas avec un grand exposé théologique, pas avec une leçon de catéchisme, pas même avec un sermon.  C’est simplement en la nommant qu'il va répondre à l'interrogation de Marie. En la nommant.

On pourrait traduire ainsi le dialogue entre Marie et le ressuscité :

- Où est mon Seigneur, où est le sens de ma vie ? Où est ce qu'on m'a enlevé, ce que j'ai perdu ?

-Je suis là, je suis vivant, je suis avec toi, je suis là pour toi.

 

Cette réponse va être pour Marie un bouleversement, un retournement et un envoi : "ça trouver mes frères et dis leurs…"

 

Frères et soeurs, que le tombeau vide soit l'occasion pour chacun de se poser les vraies, les bonnes questions. "Que cherches tu ? Pourquoi pleures tu ?" Quelle est cette détresse que je ressens dans ma vie ? Quel est ce vide que rien n’arrive à combler ? Et que ces questions nous permettent d'entendre celui qui nous appelle par notre nom. Celui qui nous dit "Je suis vivant. Je suis là. Pour toi."

 

Amen

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Dimanche 1 avril 2012 7 01 /04 /Avr /2012 12:04

rameaux15.gifPrédication du dimanche 1er avril 2012

Philippiens II , 6 à 11

II Rois IX 1 à 13

Marc XI, 1 à 11

 

On devrait toujours faire coïncider le culte des rameaux avec un culte des familles. C’est facile : on coupe des branches, on met des manteaux par terre, on fait rentrer un âne dans le temple, ça en fait un de plus (avec le pasteur, je veux dire)… C’est vrai que nous voyons toujours  le dimanche des rameaux, l’entrée triomphale de Jésus dans Jérusalem comme une belle image pieuse. Mais que nous ne prêtons plus beaucoup attention au texte, lui-même. Par exemple, nous demandons nous pourquoi alors que sur les images, nous voyons la foule agitez des rameaux, des palmes devant Jésus, l’évangile selon Marc nous dit que les branchages sont posés sur sa route ? Eh bien c’est parce que les palmes agitées devant Jésus, c’est le récit de l’évangile selon Jean. Mais nous reviendrons aux branchages un peu plus tard… C’est une autre surprise du texte que je voudrais souligner ce matin. 

Si vous n’avez jamais lu l’évangile selon Marc d’une seule traite, je vous invite à le faire. Vous le prenez comme roman pour votre prochain long voyage en train, ou bien vous profitez d’un bel après midi de soleil pour le lire dans votre jardin, ou bien vous enfermez chien, conjoint, enfants, petits-enfants dans la cave, ou vous les envoyez au cinéma et vous vous installez confortablement pour 2 heures, 2 heures 30 de lecture, pas beaucoup plus. Ce n’est pas un poisson d’avril. En lisant ainsi l’évangile selon Marc, vous aurez l’impression d’un marathon : l’écriture est serrée, nerveuse, les événements s’enchaînent et se bousculent. Et voilà que nous sommes arrivé au terme du marathon, voilà que Jésus arrive à Jérusalem, sous les acclamations de la foule. Et voila que Jésus passe la périphérie de Jérusalem, il entre dans la ville, il se dirige vers son but : le Temple. Il regarde autour de lui, il va y prendre la parole, faire quelque chose d’extraordinaire. Ah non, il se fait tard et il rentre se coucher.

Avouons que c’est assez inattendu… Matthieu et Luc en racontant cet épisode n’ont pas placé d’interruption entre l’entrée dans Jérusalem et le récit de Jésus au temple. Et je ne crois pas que Marc coupe l’élan de son récit gratuitement. C’est bien à cause de cet arrêt que je crois important de comprendre ce que signifie cette entrée triomphale de Jésus dans Jérusalem aux yeux de Marc.

 

« Ils se hâtèrent de prendre chacun son vêtement qu’ils mirent sous ses pieds en haut des marches. » « Beaucoup de gens étendirent leurs vêtements sur la route ». Avec cette route jonchée de vêtements et de branchages, Marc nous montre que Jésus entre dans Jérusalem comme un nouveau Jehu. Or Jehu est un roi qui va purifier la ville. Si Jésus entre dans Jérusalem c’est bien pour purifier la ville, rétablir le culte véritable. Quoi de plus normal dès lors qu’il commence par se diriger vers le Temple ?

 Mais quand il arrive au temple, nous dit Marc, il se fait tard. C’est trop tard. Et je crois que c’est ce trop tard qui nous permet de véritablement comprendre le passage des rameaux à la passion, le retournement de la foule. C’est également ce trop tard qui nous permet de vivre aujourd’hui l’entrée à Jérusalem.

 

Les points communs sont nombreux entre nous et la foule de Jérusalem. D’abord, tout comme la foule, nous ressentons bien le besoin d’un renouveau, d’un assainissement de notre manière de vivre notre relation à Dieu, aux autres, à nous-mêmes. Et si nous sommes ici ce matin, c’est bien parce que nous sentons que Jésus est celui qui peut nous apporter ce changement, ce renouveau.

Ensuite, tout comme pour la foule, la venue de Jésus vers nous a été préparée, elle a été annoncée. Jésus envoie ses disciples chercher un ânon, ils le trouvent là où il l’a indiqué et il suffit d’un mot pour que les propriétaires de l’animal le laissent partir. On peut y voir un prodige. Mais je trouve l’explication rationnelle plus riche de signification : Jésus a préparé son entrée à Jérusalem. Il ne se contente pas de laisser l’intendance, les tâches pratiques à ses disciples. Non. Il prépare lui aussi les choses et associe ses disciples à ses préparatifs, il leur donne un rôle. Eh bien nous sommes à égalité avec les habitants de Jérusalem : nous aussi nous sommes prévenus de la venue de Jésus vers nous, prévenus par cette foule de témoins passés et présent que Dieu a placés pour nous. Nous ne cessons de le dire dans nos cultes, dans nos partages bibliques, dans nos confessions de foi et dans nos prières : « Le Seigneur vient » « Son règne arrive »

Mais, pour nous comme pour les habitants de Jérusalem, ce règne arrive bien tard, ce règne arrive trop tard. Nous nous sentons tellement enracinés dans nos renoncements, englués dans nos regrets, emprisonnés dans nos faiblesses. Nous éprouvons tellement de rancoeurs, tellement d’amertumes pour tout ce qui aurait pu être et qui n’a pas été. Comment Dieu pourrait-il régner sur nos vies, comment pourrait-il changer nos cœurs, alors qu’il vient si tard ?

 

Le jour des rameaux nous paraît comme une fête, et Marc nous le décrit comme le sommet d’une attente déçue. On attend ce qu’on peut attendre, on attend dans la limite de ce que nos yeux peuvent voir, de ce que nos intelligences peuvent appréhender, de ce que nos raisons peuvent envisager. L’attente est à hauteur humaine…

Eh bien le jour des rameaux est le jour où nous sommes appelés à renoncer à notre attente pour voir plus loin, pour voir plus grand. Le jour des rameaux est le jour où nous sommes appelés à basculer de l’attente du Messie à l’espérance de Pâques. Comme les habitants de Jérusalem, nous sommes déçus dans nos attentes. Sans doute attendaient-ils le messie qui allait chasser les romains comme Jéhu avait chassé Jezabel. Ils ne pouvaient pas espérer un monde dans lequel, il n’y aurait plus ni juif ni romain, ni homme ni femme, ni esclave ni homme libre. Cela dépassait de très loin le champ de leurs possibles… Et nous qui attendons un dieu qui vient empêcher nos proches de mourir, qui vient nous faire triompher de nos ennemis, quelle espérance viendra ouvrir le champ de nos possibles ?

En effet, si l’attente est simplement un prolongement de notre vue, l’espérance est elle un élargissement de notre vue. L’espérance c’est refuser que notre monde, nos possibilités soient limités à nos passés et à nos constats. Et contrairement à l’attente, l’espérance n’est pas une passivité. Les possibilités que nous espérons, nous sommes appelés à les vivre dès maintenant, possible de pardon, possible de relèvement, possible d’amour, possible de liberté.

 

Frères et sœurs, que nos attentes déçues nous ouvrent sur une nouvelle relation à Dieu, que nos attentes déçues nous rendent disponibles pour une espérance inespérée, que nos attentes déçues nous permettent de vivre aujourd’hui la résurrection.

 

Amen

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Samedi 3 mars 2012 6 03 /03 /Mars /2012 12:11

Prédication du dimanche 26 février 2012

Genèse IX, 8 à 15

Marc I, 12 à 15

Ephésiens I, 3-14

 

Il nous a prédestinés… Prédestinés, le mot qui nous fait mal, le mot qui nous fait peur, le mot qui nous fait renier Calvin et qui, pour un peu, nous ferait regretter d’être protestants

Pourtant, la prédestination n’est pas un dogme théologique, elle n’est pas une question d’enfer ou de paradis. La prédestination, c’est un questionnement sur le sens de notre vie, ou plutôt une nouvelle ouverture dans le champ de ce questionnement. La prédestination, c’est surtout un appel à vivre vraiment notre vie…

 

D’où viens-je ? Où vais-je ? Dans quel état j’erre ? Nonobstant le bête jeu de mot final, ce sont quand même des questions que nous affrontons régulièrement. Que nous nous prenions la tête entre les mains pour y réfléchir ou que ces questions nous effleurent seulement, je crois que tous, nous nous demandons parfois « A quoi bon tout ça ? » « Quel est le sens de ma vie ? »

Par moment, j’ai l’impression que ma vie est un navire que je pilote. Je fais des choix, bons ou mauvais et cela m’entraîne dans telle ou telle direction, pour me confronter à de nouveaux choix. Il peut y avoir une vision croyante ou athée de cette vie navire : dans la vision croyante, mes choix me valent le sourire ou la grimace de la divinité, des récompenses ou des punitions… Dans une vision athée, je suis seul à tirer les conséquences de mes choix…

Mais dans les deux cas, j’ai parfois un profond sentiment d’injustice. Parce que je me retrouve dans des situations que mes choix ne peuvent pas expliquer, parce que je n’ai pas mérité ça. J’avoue d’ailleurs que je trouve souvent beaucoup moins injustes les bonnes choses qui m’arrivent sans que je l’aie mérité que les petits ou gros embêtements que je n’ai pas d’avantage mérité.

A d’autres moments, je vois plutôt ma vie comme un fleuve qui m’entraîne dans son cours plus ou moins tranquille, je me sens transporté, ballotté sans avoir beaucoup de liberté de choix… Là encore, il peut y avoir une vision croyante ou athée. Je peux me sentir l’objet d’un destin déjà écrit par la divinité qui a fixé l’heure de ma naissance, celle de ma mort et tout ce qui m’arriverait entre les deux ou bien me sentir pris dans le jeu de multiples contingences que je ne  maîtrise pas et le battement d’aile d’un papillon pékinois fait pleuvoir dans mon jardin…

Mais en fait, je crois que ma vie, c’est surtout d’être pris dans la trame des choix que je fais, des choix que font d’autres personnes et qui m’impliquent, et puis des accidents, des imprévus, des hasards… Et comme, même mes choix, je les fais souvent à l’aveuglette, c’est le sentiment d’inconnu et d’absurdité qui l’emporte. Si j’y regarde honnêtement, ma vie ne semble pas avoir beaucoup de sens.

 

Mais cette bénédiction qui ouvre la lettre aux Ephésiens nous dit que notre vie n’est pas ballottée, transportée d’accident en hasard, de choix en conséquence.  Elle nous invite à la regarder plus largement que de notre naissance à notre mort. Notre vie s’inscrit dans un projet plus large mais un projet dont nous sommes bien le centre. Elle nous dit que dès avant la fondation du monde nous étions voulus, souhaités par Dieu. Je dis « nous », je devrais dire « tu », « dès avant la fondation du monde, tu étais voulu N…»

Peut-être es-tu un enfant de l’amour, peut-être es-tu le fruit d’un hasard ou d’un accident, qu’importe ! Dès avant la fondation du monde, tu étais voulu. Peut-être es-tu le descendant d’un roi ou celui d’un esclave, celui d’un saint ou celui d’un monstre, qu’importe ! Dès avant la fondation du monde, tu étais voulu. Peut-être es-tu le successeur d’une amibe, d’un poisson qui a eu la curieuse idée de sortir de l’eau, qu’importe ! Dès avant la fondation du monde, tu étais voulu. Peut-être n’es tu qu’un amas de cellule animé par un peu d’électricité : qu’importe ! Dès avant la fondation du monde, tu étais voulu.

Voulu par Dieu pour être, sous son regard d’amour, saints et irréprochables quand les temps seront accomplis. Depuis avant la création du monde, jusqu’à l’accomplissement des temps, sans doute y aura-t-il des détours et des méandres, des errances et des faux pas et tous ces accidents de parcours ne seront certes pas voulu par Dieu, il y aura tes propres choix, tes propres décisions, les décisions d’autres aussi. Mais de tout ces méandres, rien ne pourra définitivement t’écarter du but que Dieu a fixé pour toi, du sens qu’il a donné. Et ce ne sont pas tes échecs ni tes succès, ce ne sont pas tes chagrins ni tes joies qui disent ce que tu es, mais c’est ce sens que Dieu donne à ta vie qui te définit. Ton identité tu ne la trouves pas dans ce que tu fais ni dans ce que tu subis, ton identité, elle est dans le regard d’amour que Dieu porte sur toi, ton identité, c’est d’être cet enfant de Dieu voulu et aimé par lui.  

 

Mais la bénédiction ne s’arrête pas là, non seulement nous sommes voulu depuis avant la création du monde en prévision de l’accomplissement des temps mais nous le savons… Et là, peut être le nous est-il plus restreint. « Il nous a prédestiné à être pour lui en adoption par Jésus le Christ. » J’ai tendance à entendre « nous, humains ». Mais dans « nous avons été prédestinés pour être ceux qui ont d’avance espéré dans le Christ », j’entends clairement « nous, chrétiens ». En effet, nous, nous connaissons notre identité, nous savons qui nous sommes au-delà de ce que nous croyons être. Cette identité qui nous est donnée depuis avant la fondation du monde, qui nous attends pour l’accomplissement du temps, nous la recevons aujourd’hui et nous sommes appelés à la vivre dès maintenant, à ne pas laisser nos succès nous monter à la tête, à ne pas laisser nos échecs et nos errances nous modeler, à ne pas laisser nos malheurs nous plier. Nous sommes appelés à ne nous laisser modeler par aucun maître qui ne serait pas notre Dieu, à refuser toute identité qui ne nous viendrait pas de ce regard d’amour. Que dès aujourd’hui, nous puissions signer chacun de nos gestes, chacune de nos paroles par cette phrase : je suis l’enfant chéri du Dieu d’amour. C’est à cela que nous sommes prédestinés.

 

Mon frère, ma sœur, aujourd’hui, lève toi dans le regard d’amour que Dieu a posé sur toi dès avant ta naissance, lève toi car c’est ce regard d’amour qui te détermine et non tes échecs et tes limites, lève toi dans la liberté nouvelle que ton créateur te donne. Lève toi, aime et témoigne.

Amen.

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Dimanche 19 février 2012 7 19 /02 /Fév /2012 18:08

Marc VI,  30 à 44

 

Lettre de Pierre, l’un des douze, à Nichanor, l’un des sept, chargé du service des tables.

 

Cher Nichanor,

 

Tout d’abord je veux te remercier pour tes services. Sache combien tout ce que tu fais est précieux pour notre communauté. Nous savons que le service des tables, l’intendance, la gestion des biens est important et que ce n’est certainement pas un service mineur

J’entends bien les difficultés dont tu me parles. Depuis la mort d’Etienne et votre dispersion  dans le pays, la générosité de nos frères ne suffit pas toujours, les services sont difficiles à organiser et la gestion, pénible. Je sais combien tu te sens démunis, pauvre et faible…

Tu as certainement déjà entendu les récits de ce jour où notre Seigneur Jésus a nourri une foule immense avec quelques pains et quelques poissons.

Pourtant cette histoire, je veux te la raconter encore. Te la raconter telle que nous l’avons vécu.

C’était un beau soir de printemps, l’herbe était verte encore, et fraîche. Le temps encore doux. C’était un beau soir de printemps, mais nous ne profitions pas vraiment de la douceur du soir ni des premiers reflets roses du crépuscule. Nous étions harassés, épuisés de fatigue. Nous revenions de mission et Jésus avait bien senti notre fatigue et il nous avait proposé de partir à l’écart pour nous reposer, mais partout, les foules nous suivaient. Nous avions même repris les bateaux pour aller plus loin encore, mais la foule nous avait suivi. Et Jésus s’était laissé émouvoir et il les enseignait. Et comme toujours, ses paroles étaient fécondes, riches, réconfortantes et personne ne voyait le temps passer. Et le soleil descendait à l’horizon. C’est Jacques qui m’a fait un signe et j’ai compris son inquiétude. Le maître parlait et le soir tombait. Qu’allait faire cette foule ?

Alors, j’ai osé interrompre le maître pour lui suggérer de renvoyer les foules. Il a souri : « donnez leur vous-même à manger ». C’était de la folie, même avec deux cent pièces d’argent, nous n’aurions pas eu assez pour nourrir la moitié de cette foule. Et même si nous avions eux ces deux cent deniers, où aurions nous trouver assez de pain à acheter ?Nous n’avions pas assez de nourriture, pas assez d’argent, pas assez de temps, pas assez de forces…

Nous avons dit à Jésus qu’il nous demandait l’impossible. Mais il nous a ordonné « allez faire l’inventaire de ce que vous avez ». Cinq pains et deux poissons. Ce n’était rien. Mais il nous a commandé : « installez la foule ». Je ne t’apprendrai pas, Nichanor, combien il est difficile d’organiser un repas, de pousser les gens à s’installer pour mettre en place une distribution. Alors, tu imagineras sans peine combien de temps cela nous a pris pour organiser des groupes de 100 et de 50, les déranger dans leurs discussions, les faire patienter, les empêcher de se disperser. Ah, il ne suffisait pas d’agiter une clochette en  criant « A table »…

Et pendant ce temps-là, Jésus ne chômait pas non plus. Il partageait le pain et les poissons, encore et encore. Et il nous les donnait afin que nous le distribuions jusqu’à ce que tous soient nourris. Comme tu l’imagines, le repas à duré tard et à la fin, vraiment, nous étions sur les rotules.

Trop fatigués même pour nous émerveiller : avant le repas, nous avions 5 pains et deux poissons à nous partager, après, il nous restait un plein panier chacun…

 

Mais vois-tu, Nichanor, ce que je garde de cette journée, c’est beaucoup plus qu’un panier de pain et de poisson, beaucoup plus même que le souvenir de 5000 hommes rassasiés, beaucoup plus que la fatigue sereine du service accompli. Ce que je garde de cette journée, c’est qu’alors que nous comptions nos manques, nos faiblesses, nos limites, et que ce bilan nous paralysait, Jésus, lui, nous a demandé de regarder ce que nous avions. Et à partir de cela, il nous a envoyés.

Nichanor, mon ami, mon frère, quand tu es appelé au service, ne regarde pas ce qu’il te faudrait, ce qui te manque, regarde plutôt ce que tu as.

Et pour ce qui est du manque, aie confiance, Dieu qui s’en occupera…

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