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Des balles verbales

22 Juin 2016 , Rédigé par Eric George

Des balles verbales

Prédication du dimanche 19 juin 2016

Matthieu 5, 21 à 26

I Jean 3, 18-20

Ephésiens 4, 24-32

L’année dernière, une communauté dont notre Eglise se souciait peu occupait la première place dans nos discussions. Lors du débat synodal sur la bénédiction des couples, l’Eglise découvrait la communauté LGBT, ses revendications, ses souffrances, ses espoirs. La semaine dernière à Orlando, cette communauté a été frappée par la violence meurtrière et, circonstance aggravante, elle a été frappée dans un club gay, c’est à dire « chez elle ». Et aujourd’hui, je veux croire que tous, quelles que soient nos convictions, quelles qu’aient été nos positions dans ces débats, nous sommes dans l’horreur et dans la sidération, nous pleurons sur ces hommes et ces femmes assassinés.

Ces derniers temps, à propos de l’état d’urgence et des manifestations autour de la COP21 puis de la loi du travail, la question des violences policières et de la haine anti-flic a été soulevée. Nous n’en avons pas discuté en Eglise mais chacun d’entre nous y a été confronté, a eu son opinion. Et, lundi dernier, un couple de policiers étaient assassinés chez eux.

La concomitance de ces assassinats m’a rapidement évoqué ce passage du sermon sur la montagne, à cause justement des débats dont les cibles avaient été le sujet juste avant, et parce que les contempteurs de ces deux communautés sont rarement les meme, et que tous sont confrontés ainsi à la concrétisation de leur propre violence verbale. En effet, quand Jésus affirme qu’insulter son frère est passible du tribunal, il nous rappelle que nos mots tuent. Dès lors, comment pourrions-nous nous indigner de la violence des terroristes sans nous interroger sur nos propres violences verbales. Or nos débats ont été émaillés d’insultes aussi blessantes que des rafales de fusil automatiques, de jugements aussi tranchants que des lames de sabres, de comparaisons aussi toxiques que du gaz sarin.

Oui, comment ne pas nous demander si Jean Baptiste et Jessica, si Stanley Amanda, Oscar, Rodolfo, Antonio, Darryl, Angel, Juan, Luis, Daniel, Cory, Tevin, Deonka, Simon, Leroy, Mercedez, Peter, Juan, Paul, Frank, Miguel, Javier, Jason, Eddie, Anthony, Christopher, Alejandro, Brenda, Gilberto, Kimberly, Akyra, Luis, Geraldo, Eric, Joel, Jean, Enrique, Jean, Xavier, Christopher, Yilmary, Edward, Shane, Martin, Jonathan, Juan, Luis, Franky, Jimmy, Luis et Jerald n’ont pas été victimes de nos mots avant de tomber sous les balles et la lame ?

Policiers, homosexuels, on pourrait allonger à l’envie la liste de ces groupes victimes de nos violences verbales, juifs, musulmans, patrons, chômeurs, politiques, étrangers, évangéliques, catholiques, réacs, modernistes… la question n’est pas de savoir si certaines cibles sont plus justifiées que d’autres, dans le sermon sur la montagne, Jésus ne se préoccupe de savoir si notre frère est vraiment un imbécile ou un insensé, ni de connaitre les motivations de nos insultes, il nous renvoie à notre propre violence. Or, il y a une autre donnée évangélique : si nous voulons que la violence s’arrête, il nous faut commencer par l’arrêter en nous-même…

Avant de voir dans celui ou celle que nous avons en face de nous un pédé, un flic, un youpin, un bicot, un nègre, un babtou, un évangélo ou un catho, il serait temps que nous voyions avant tout un frère ou une sœur.

Il y a quand même deux objections :

D’abord, parfois, même contre nos frères et nos sœurs, on est en colère, et sous le coup de la colère, les mots partent vite. C’est vrai. Mais si je reçois sérieusement le sermon sur la montagne, faire de la colère une circonstance atténuante pour la violence verbale est à peu près aussi bien fondé que faire de l’appât du gain une circonstance atténuante du vol…

Oui, mais la colère ça ne se décide pas, en tout cas, pas toujours… Et ce n’est pas bon de la rentrer, parfois la violence verbale est un bon moyen de canaliser cette colère justement pour qu’elle n’explose pas en violence physique. C’est vrai aussi. Mais nous avons quelqu’un à qui nous pouvons exprimer toute notre colère et l’exprimer dans toute sa violence, ce quelqu’un c’est Dieu lui-même. La Bible nous donne ces psaumes de colère et de violence comme autant de témoignage que Dieu, contrairement à mon frère et à ma sœur peut recevoir ma colère et m’en décharger. Nos insultes, nos vœux de morts, nos « je l’avais bien dit », et si on les gardait pour Dieu. Oui, je sais ça ne se fait pas, ce n'est pas correct de présenter les pires aspects de nous-meme à Dieu… Mais alors, ce qui me fait trop honte pour que le présente à Dieu comment puis-je l’imposer à mon frère ou à ma sœur ?

Ensuite, l’amour ne signifie pas qu’on soit d’accord avec tout ou qu’on laisse tout faire.

Non l’amour n’empêche pas le désaccord et la discussion, seulement l’amour pousse à veiller à ne pas blesser la soeur ou le frère avec qui on est en discussion, l'amour pousse à éviter les généralités. Il nous arrive à tous d'etre victimes de ces mots qui blessent, de ces généralités qui enferment et nous en savons la violence alors, meme dans nos désacords, l'amour ne devrait-il pas nous empecher de commettre à notre tour cette violence ? Ce que je ne supporte pas d'entendre, vais-je l'infliger à ceux que je prétend aimer ?

Mais quand meme, Jésus lui-même a eu parfois des mots très durs contre les pharisiens, voire contre ses propres disciples. C'est vrai. Mais il est plus vrai encore que Jésus a aimé ses disciples et meme les pharisiens au point de donner sa vie pour eux. Alors, quand nos actes diront notre amour à ce point, quand l'amour nous conduira à donner notre vie pour les autres, nous pourrons nous permettre la meme violence verbale que Jésus... En attendant...

En effet, lorsque Jean nous invite à aimer non seulement en paroles mais en acte, je pense qu'il nous rappelle que les paroles d'amour sont plus faciles que les gestes d'amour. Si nous sommes incapables d'aimer en paroles, ou au moins en absence de paroles de violence, comment pourrions nous etre capables d'aimer en actes ?

Frères et soeurs, je sais qu'il est difficile de nous voir placés ainsi devant notre propre violence, difficile de nous voir mis au meme rang que les terroristes et les meurtriers et pourtant, si Jésus nous oblige à nous regarder ainsi nous meme, c'est bien pour que nos coeurs changent vraiment, c'est pour que nous nous tournions vers Dieu en le suppliant d'arracher de nos coeurs tout germe de violence. Alors, quand nous condamnons la violence du monde, quand nous supplions Dieu de mettre un terme à cette violence, ayons la lucidité de lui demander aussi de nous guérir de nos propres violences.

Amen

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Usuelles suspectes

12 Juin 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #femmes, #ministère féminin, #sexisme

Usuelles suspectes

Prédication du dimanche 12 juin 2016

Luc 7 36 à 8,3

J’ai souvent tendance à déborder un peu sur le découpage que propose Parole pour tous, mais j’avoue que cette fois, je me suis laissé surprendre par ce petit rajout que Parole pour tous propose en nous invitant à lire, à la suite du récit du flacon de parfum brisé, l’évocation des femmes qui suivaient Jésus.

En effet, le choix est surprenant puisque entre le repas chez Simon et l’évocation des femmes, la limite est bien précise. Peut-être s’agissait-il de veiller à ce que cette liste de femmes soit lue et comme n’on allait quand même pas la coller avec les histoires d’agriculture qui suivent, on l’a rattaché à ce qui précède… Seulement, il y avait un risque : en faisant suivre le récit du flacon brisé par la liste des femmes, on insiste sur le fait que le pécheur repentant est une femme et on nourrit cette association, ancienne dans le christianisme, entre la femme et le péché…

Mais cet enchaînement entre le repas chez Simon et les femmes qui suivent Jésus est tout de même justifié : Luc est le seul à sortir le flacon brisé du contexte de Pâques, il est le seul à faire de ce récit une illustration du pardon et de la gratitude et il est le seul à dresser une liste des femmes qui suivent Jésus.

D’ailleurs, je vous propose une hypothèse. Dans son prologue, l’évangile selon Luc est présenté comme un travail d’historien : j’ai collecté les faits, j’ai rassemblé les témoins ; or si nous lisons les trois autres récits du flacon brisé, « l’onction à Béthanie », il rapporte tous cette parole de Jésus « on se souviendra du geste de cette femme ». Eh bien, Luc a peut-être été assez embêté : on se rappelle du geste de la femme mais on oublie son nom (je place l’évangile selon Jean un peu à part). Et Luc s’est demandé qui était cette femme mais il n’a pas trouvé. La liste des femmes qui suivent Jésus serait en fait une liste des « suspectes » les plus probables. Qui était cette pécheresse pardonnée ? Marie de Magdala ? Jeanne ? ou bien Suzanne ?

Cette hypothèse posée, on peut un peu regarder le rôle des femmes qui suivent Jésus : elles étaient nombreuses et elles les aidaient de leurs biens. Ce qui signifie que ces femmes étaient maîtresses de leurs biens, qu’elles pouvaient en faire ce qu’elle voulait. On peut aussi souligner le caractère très utile de ce service, heureusement qu’il y a des femmes autour de Jésus et des Douze pour avoir les pieds sur terre et pour faire marcher la baraque… j’en vois qui acquiescent et en ce qui me concerne, je ne peux qu’approuver cette vision des choses… Mais attention quand même, si nous entrons trop loin dans ce stéréotype, ça veut dire que le rôle des femmes autour de Jésus c’est de gérer l’intendance et le service… Et l’on risque d’oublier le rôle de cette inconnue qui est entrée chez Simon…

En effet, chez Simon, Jésus est face à deux figures de disciples : l’un l’a invité chez lui pour l’écouter, sans doute pour discuter avec lui, visiblement pour le mettre à l’épreuve, pour le tester. Et je crois que nous pouvons tous nous reconnaître en Simon, nous aussi nous voulons écouter Jésus, nous instruire de sa parole mais aussi la vérifier, la tester, la comparer avec ce que nous nous savons, nous aussi nous nous disons « moi à la place de Dieu, je ne ferai pas ceci, ou je ferai cela », « là, Jésus exagère quand même »…

L’autre disciple entre, se jette au pied de Jésus et le couvre, l’inonde même, de reconnaissance et d’amour. L’autre disciple est consciente de son péché et de la liberté qu’elle a trouvé en Jésus Christ. L’autre disciple se laisse emporter et conduire par sa reconnaissance seule.

A votre avis, laquelle de ces deux figures de disciple, l’évangile de Luc pose-t-il comme figure à imiter ?

C’est donc une femme qui est le modèle du disciple… C’est une femme qui a compris le pardon donné par Jésus… et il faudrait écarter les femmes de l’enseignement ? C’est une femme qui s’est laissée toute entière conduire par l’amour… et il faudrait écarter les femmes de la prédication ? Et si je reprends la version pascale de ce récit, l’onction à Béthanie, c’est le geste d’une femme que Jésus a célébré comme étant le geste exprimant le mieux le don que Jésus nous fait… et il faudrait écarter les femmes de la célébration des sacrements ?

Hmmm cela me paraît quelque peu… illogique.

(J’ouvre une parenthèse pour dire qu’il peut sembler un peu étrange de ma part de défendre ainsi le ministère féminin qui est un acquis de notre Eglise. Pourtant cet acquis a récemment été remis en question dans l’Eglise luthérienne de Lettonie. Bref, il ne s’agit pas d’aller chercher la paille dans l’œil d’autres Eglises mais bien de réaffirmer comment notre Eglise, notre courant du christianisme entend et reçoit les textes bibliques)

Il y a tout de même deux risques à souligner qu’ici, le disciple modèle est une femme. Le premier serait d’inverser l’oppression et d’affirmer que seules les femmes peuvent être de bons disciples. Il n’est évidemment pas question... Le second est plus insidieux, et particulièrement quand, comme aujourd’hui, un mec qui commente un texte écrit par un mec dans une société patriarcale : ce risque c’est la tentation de poser cette pécheresse comme stéréotype féminin : la femme idéale, c’est la pécheresse éplorée de reconnaissance… Il y a dans la Bible des femmes douce et tendre, il y en a des guerrières, il y a des silencieuses et effacées et des oratrices et des meneuses. Bref, pour les femmes comme pour les hommes, la Bible parle des personnes plus que de généralités.

Au bout du compte, est-il important de rappeler le sexe de la pécheresse pardonnée ? Dans l’idéal, non. Dans l’idéal nous devrions nous rappeler qu’en Jésus Christ, il n’y a plus ni homme ni femme et qu’ici la figure idéale de disciple est une figure d’amour et de reconnaissance. Mais parfois, il est bon, voire urgent de rappeler que parmi tous ces hommes de la Bible, tous nos pères dans la foi, certains sont des femmes et qu’elles tiennent dans ces textes pourtant patriarcaux une place qui nous interdit de dévaloriser 50% de l’humanité.

Alors, mes sœurs, mes frères

Ensemble, témoignons de cet amour qui nous a été donné

Ensemble, entrons dans les gestes d’amour et de reconnaissance

Ensemble, mettons-nous au service les uns des unes et réciproquement

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Ressuscitons les morts !

5 Juin 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #résurrection, #envoi, #prédication

Ressuscitons les morts !

Prédication du dimanche 5 juin 2016

I Rois 17, 17à 24Luc 7, 11-17

Jésus a ressuscité le fils de la veuve de Naïn, et alors ?

Je sais que cela peut paraître un peu choquant comme question, voire assez inhumain. Comment puis-je oublier la joie de cette malheureuse veuve voyant son fils revenir à la vie. Bon.

Jésus a ressuscité le fils de la veuve de Naïn. Quelle joie, quel bonheur pour elle !!!! Et alors ?Combien de veuves ont pleuré et pleurent encore leurs fils uniques et n’ont pas eu la chance que Jésus ou Elie passent par là ?

Vous voyez que si on la prend sur un niveau psychologique, cette résurrection du fils de la veuve de Naïn prend un goût terriblement amer voire douloureux… Combien d’hommes et de femmes pleurent des êtres qui leurs sont chers sans voir les disparu s revenir à la vie ?

Ah mais justement ! Les résurrections des fils des veuves de Naïn et de Sarepta nous assurent que Dieu est plus fort que la mort et qu’une résurrection est promise.

Pourtant, Paul l’affirme, l’assurance que Dieu est un dieu de vie, qu’il est plus fort que la mort, la promesse de la résurrection, tout cela est contenu dans la résurrection de Jésus Christ. Alors qu’est-ce que la résurrection du fils de la veuve de Naïn ajoute à Pâques ? Celui qui douterait de la promesse contenue en la résurrection de Jésus serait-il plus convaincu par le récit de la résurrection du fils de la veuve de Naïn ? Cela me paraît peu vraisemblable…

En fait, les résurrections du fils de la veuve de Sarepta et de celui de la veuve de Naïn ont la même conséquence : écoutez

La femme dit à Elie : Je reconnais maintenant que tu es un homme de Dieu, et que la parole de l’Eternel dans ta bouche est vérité. » (I Rois 17, 24)

Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu, disant : Un grand prophète a paru parmi nous, et Dieu a visité son peuple. Cette parole sur Jésus se répandit dans toute la Judée et dans tout le pays d’alentour. (Luc 7, 16-17)

Dans les deux cas, il s’agit finalement moins d’affirmer la puissance de Dieu que de poser l’authenticité du témoin.Donc ressusciter le fils de la veuve, cela devrait être notre signature, à nous, qui sommes appelés à être témoins de Dieu !Seulement… Seulement voilà, nous ne ressuscitons pas les morts !

Vraiment pas ? En sommes-nous si sûrs ? Devons-nous nous lamenter une fois de plus sur notre faiblesse humaine et sur notre incapacité à témoigner de la Parole et de la présence de Dieu ?

Nous ne ressuscitons pas les morts… Mais qu’est-ce que ces textes nous disent sur ressusciter les morts ?

Elie invoqua l’Eternel, et dit: Eternel, mon Dieu, est-ce que tu affligerais, au point de faire mourir son fils, même cette veuve chez qui j’ai été reçu comme un hôte ? I Rois 17

En la voyant le Seigneur fut pris aux tripes pour elle Luc 7

Elie s’inclut dans son intercession pour la veuve, ce n’est pas juste elle qu’il présente à Dieu et Jésus est ému aux entrailles. Ressusciter les morts, c’est d’abord être pris de compassion. La compassion va bien au delà de la pitiè. Compatir c’est souffrir avec, c’est faire sienne la souffrance de celui ou de celle qui pleure, la porter dans sa propre chair. Nous sommes émus par la souffrance de nos frères et de nos sœurs mais la faisons-nous vraiment nôtre, au point qu’elle nous soit insupportable ?

Elie s’étendit trois fois sur l’enfant I Rois 17

Jésus s’avança et toucha le cercueil Luc 7

Ces deux précisions sont du même ordre : dans le judaïsme, il convient de s’abstenir du contact avec un cadavre sous peine d’être soi-même souillé. Ressusciter les morts, c’est entrer en contact avec la mort, avec la souffrance. C’est refuser de rester dans sa tour d’ivoire et aller là où ça fait mal.

Cela veut dire bien sûr, aller sur le terrain, d’abord, dans la réalité de ceux qui souffrent.

Cela peut vouloir dire aussi reconnaître notre propre lien avec la mort, avec ce qui détruit. Cela va bien plus loin que juste se dire que nous ne sommes pas parfaits, c’est se rappeler que la pureté que nous prétendons garder, la sécurité que nous voulons maintenir ne sont qu’illusoires : qu’elles ne sont qu’un faux prétexte pour nous tenir à l’écart de la souffrance.

Elie prit l’enfant et le donna à sa mère. I Rois 17

Jésus le rendit à sa mère Luc 7

Ressusciter les morts, c’est rétablir les liens rompus. Et donc c’est faire œuvre de réconciliation, de pardon.

La résurrection des morts, nous parait hors d’atteinte ? Soit ! Mais qu’en est-il de rétablir des liens ? Qu’en est-il de la réconciliation et du pardon ? Combien de liens avons-nous rétablis avec nos sœurs et nos frères, entre nos sœurs et nos frères ? De combien de réconciliations avons-nous été les artisans ? Le nombre sera-t-il un peu plus élevé que celui des morts que nous avons ressuscités ?

Ou bien notre foi nous pousse-t-elle plus à faire de la maçonnerie que du macramé , à dresser des murs plutôt qu'à nouer les humains entre eux ?

Je n’oublie pas les deux points communs les plus évidents : dans les deux cas, une veuve a perdu son fils unique, un avenir a été coupé. Ressusciter les morts, c’est permettre de repartir, c’est faire sortir de l’impasse. C’est ouvrir des chemins nouveaux, même improbables…Ressusciter les morts, c’est aussi refuser la fatalité. Peut-être que la fatalité de la mort nous dépasse. Mais vraiment refuser la fatalité de la vengeance, dire non à la peur, dire non à l’oppression et à l’injustice, est ce hors de portée pour nous ?

Nous avons survolés les principaux points communs entre ces deux résurrections, je voudrais que nous repérions aussi les deux différences. Puisque Jésus copie ouvertement sur Elie, voyons ce qu'il apporte de plus à cette résurrection du fils de la veuve.

Tout d’abord, Luc précise que « le mort s’assit et se mit à parler ». Ressusciter les morts à la manière de Jésus c’est donc rendre la parole.

Non pas seulement parler, non pas seulement laisser parler, surtout pas ouvrir le débat dont sortirait vainqueur le meilleur orateur mais vraiment donner la parole, permettre à chacun de dire ce que, lui, ressent.

Et finalement, donner la parole, c’est peut être bien une manière de poser tous ces gestes de résurrection évoqués.

Ne pas parler pour ceux qui souffrent mais vraiment leur donner la parole n’est ce pas entrer dans une véritable compassion ? N’est-ce pas oser entrer en contact avec la souffrance, avec le mal, avec la mort (ce qu’ils diront n’est sans doute pas ce que nous voulons entendre)

Donner la parole à ceux qui sont fâchés, n’est-ce pas la voie principale de la réconciliation ? Donner la parole aux victimes et aux bourreaux, c’est la voie qu’à choisit l’Afrique du Sud après l’abolition de l’Apartheid.

Oui, si notre Eglise ne peut pas ressusciter les morts, elle pourrait être une Eglise qui donne la parole. Non pas une Eglise muette ou effacée, mais une Eglise dont le témoignage actif de Jésus Christ serait de donner la parole aux muets.

Une Eglise qui donne la parole au lieu de parler ou de laisser parler, ce serait peut-être encore plus inattendu qu’une résurrection…

A qui donner la parole ? Eh bien, alors qu’Elie ressuscitait le fils de sa logeuse, d’une veuve qui l’ « avait accueilli » chez elle, Jésus, lui, ressuscite un mort inconnu, le fils d’une femme rencontrée au hasard du chemin.

Nous sommes appelés à poser des gestes de résurrection, à rendre la parole non seulement à celles et ceux de nos cercles ou de notre foi, pas seulement pour celles et ceux qui nous sont sympathiques, mais bien pour tous ceux que nous rencontrons sur nos chemins.

Frères et sœursJe vous invite à la prière

Ô Dieu

Nous te reconnaissons comme Seigneur de la vie

Donne-nous la force de poser les gestes de résurrection

Que tu attends de nous.

Ouvre nos cœurs à la véritable compassion

Donne-nous l’audace de nous frotter à la souffrance et à la mort

Et d’affronter nos propres blessures et notre propre mort

Inspire nous des paroles et des actes de réconciliation

Donne-nous d’être comme Jésus Christ,

De ceux qui ouvrent la bouche des muets

De ceux qui délivrent la parole

Amen

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Les instances

12 Mai 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #prédication, #synode, #Eglise, #Réunion de Jérusalem, #Concile de Jérusalem

Les instances

Prédication du dimanche 1er mai 2016

Vendredi, le nouveau Conseil Presbytéral de notre paroisse se réunissait pour la première fois, jeudi prochain, commencera le synode national de l’Église Protestante Unie de France.

Conseil presbytéral, synode, ce sont des mots qui, au mieux, nous semblent un peu loin, et au pire nous font un peu peur. Ils résonnent de manière froide, institutionnelle, hiérarchique.

En tout cas, si l’on vient au culte, ce n’est pas pour entendre parler des INSTANCES qui gouvernent notre Eglise, on vient pour élever nos âmes, on vient pour prier, pour chanter, pour entendre la Parole et la méditer.

Alors, oublions les INSTANCES et entendons la Parole

Actes 15, 1 à 12

Au point de départ de ce concile, ou de ce synode, une question très pratique : faut-il imposer la circoncision aux païens qui se tournent vers Jésus Christ. Ceux qui ont assisté au culte célébré par les jeunes, hier, ont entendu la même question : pour témoigner de notre foi aujourd’hui, pouvons-nous rester dans notre quant à soi, dans nos langages et dans nos rites ? et jusqu’où pouvons-nous évoluer sans perdre notre identité ?

Pour répondre à cette question, les premiers chrétiens n’ont pas voulu répondre chacun de son côté, ils ont fait appel à une « INSTANCE ». Il est intéressant de remarquer que cette instance, ce ne sont pas les 12 que Jésus a appelés : Jacques, qui prend la parole n’est pas Jacques, frère de Jean, mais bien Jacques, frère de Jésus, qui ne faisait pas partie des Douze et a pourtant été considéré comme une colonne de l’Eglise. Plutôt que ceux qui ont été établis par Jésus, les anciens de Jérusalem semblent être ceux qui ont connu Jésus avant sa crucifixion…. Aujourd’hui, ceux qui ont connu Jésus avant sa crucifixion sont moins nombreux, alors, nous avons trouvé d’autres modes de désignation de ces instances… (le silence de la Bible sur la manière exacte dont ces instances ont été désignées, laisse pas mal de marge de manœuvre aux Églises, du reste)

Mais ce matin, je voudrai que nous nous penchions particulièrement non pas sur les INSTANCES qui ont répondu à cette question, ni même sur la réponse qu’elles ont donné mais sur ce que Luc nous dit de la manière dont elles ont répondu.

Tout d’abord, ce que nous pouvons voir, c’est que ce recours aux instances n’interrompt pas la mission de l’Eglise, l’évangélisation : tout au long de leur parcours, Paul et Barnabas continuent à annoncer la Bonne Nouvelle.

Ensuite, Luc nous indique quels sont les trois ressorts de cette décision : le témoignage, l’Écriture et l’humanité, beaucoup d’humanité.

D’abord, les anciens de Jérusalem prennent leur décision les yeux grands ouverts sur le monde : ils écoutent le témoignage de Pierre, de Paul et de Barnabas, ils prêtent attention à ce phénomène nouveau : des païens ont soif de Dieu et se tournent vers Jésus Christ. Les instances observent ce monde plus vaste que celui qu’ils connaissaient, ils veulent y discerner l’action de l’Esprit de Dieu. C’est d’abord le témoignage, le vécu des Eglises qu’entendent les anciens.

Ensuite, il y a l’Écriture… Jacques, en effet cite Amos. Réécoutons la citation …

Je sais que parfois, il semble que les pasteurs, les théologiens tordent un peu les textes pour leur faire dire des choses. Mais, en entendant ce passage d’Amos, j’avoue avoir eu un peu de mal à comprendre la conclusion que Jacques en tire : à savoir « n’imposons pas la circoncision aux frères d’origine païennes. »

Et puis, je me suis rappelé que pour Jacques, il existe une question que nous ne nous posons plus du tout… Cette question, c’est est-il bon que des païens, des non-juifs se tournent vers Jésus ? Nous, dès que quelqu’un fait mine de s’intéresser juste un brin à l’Évangile, nous nous écrions « Alleluïa !!!! » Mais ce n’est pas du tout évident pour les premiers chrétiens et ce que va chercher Jacques dans les textes, c’est une réponse à cette question : « les non-juifs peuvent ils se tourner vers Jésus, le Messie d’Israël ! Ensuite quand il découvre dans les textes que les nations sont appelées à se tourner vers Dieu, son attitude est logique : ne dressons surtout pas trop d’obstacle… Les Écritures ne sont pas évoquées pour défendre un statut quo, elle sont citées pour vérifier que l’on peut bousculer des habitudes, que l’on peut ouvrir des frontières. Les Écritures ne sont pas posées comme une muraille derrière laquelle on se réfugie mais comme un filet de sécurité, le seul acceptable, pour se lancer dans l’inconnu…

Enfin, dans cette décision, il y a surtout de l’humain. Pas de l’humanisme, mais de la pâte humaine et Luc ne l’oublie jamais. Il nous le dit bien, avant d’être une question de témoignage, avant d’être une lecture des Écritures, la question de la circoncision est une question d’humains, d’origine. Des frères d’origine païenne arrivent dans l’Église et des frères d’origine juive voudraient leur imposer la circoncision. Paul, dans son humanité, justement, a vite fait de coller des étiquettes : « faux frères », mais Luc résiste a cette tentation, il n’y a pas pour lui les méchants conservateurs contre les gentils progressistes, les esclaves de l’erreur contre ceux que la liberté libère. Il y a des frères et des sœurs qui ont une origine, mais aussi une histoire : il leur est arrivé des choses, ils ont fait des rencontres et qui à cause de cette origine, de cette histoire, prennent des orientations, font des choix. Eh oui ! dans l’Église, nos choix, nos orientations ne viennent pas seulement du témoignage de l’Esprit Saint ou de la lecture de la Bible, mais, et peut-être d’abord, de notre origine, des évènements qui nous ont marqués, bref de notre histoire. Et ce texte nous montre bien que cet état de fait n’est pas une perversion, une déchéance de notre Eglise, sur ce point précis, l’Eglise est bien telle qu’elle était à l’origine, telle que Dieu nous l’a donnée.

La phrase qui résume le mieux cela c’est ce : « il a paru bon à l’Esprit saint et à nous-même » qu’ose Jacques et qui nous paraît parfois si prétentieux, que nous n’oserions plus aujourd’hui… Et pourtant, c’est peut-être la phrase la plus honnête dans nos choix d’Eglise.

Vaudrait-il mieux dire « Il nous a paru bon » ? et croire que ce qui compte dans l’Église, c’est notre analyse, notre choix, notre raisonnement, bref nous-même ? Quelle orgueilleuse modestie que celle qui nous pousserait à écarter l’Esprit de la conduite de notre Église ?

Ou pire, devrions nous dire « Il a paru bon à l’Esprit Saint » ? Et oublier que lorsque je parle ce n’est pas toujours l’Esprit Saint qui parle ?

Je crois vraiment qu’a chaque décision, chaque orientation, nous devrions dire « il a paru bon au Saint Esprit et à nous-même » : au saint Esprit parce que tout ne vient pas de nous, parce que nous recevons un souffle d’ailleurs. Et à nous même parce que, c’est aussi et toujours un « nous », ou « moi », qui s’exprime, qui pose dans les questions de toute l’Eglise, tout le poids de notre bagage, de notre histoire.

Et c’est bien, ou en tout cas, c’est comme ça que Dieu veut son Eglise.

Alors n’ayons pas trop honte de notre humanité quand nous servons l’Église, ne soyons pas trop complexés d’y arriver avec notre passé, nos convictions propres… Ne nous désespérons pas trop, ne nous agaçons pas trop de l’histoire, du passé, de l’humanité de celles et ceux qui nous sont donné comme Eglise, comme frères et sœurs et même comme INSTANCE….

Et surtout prions, prions pour nos conseils presbytéraux, régionaux, national, prions pour nos synode, prions pour tous ces frères et ces sœurs qui constituent notre Eglise, prions pour que l’Esprit, souffle du Dieu vivant vienne éclairer tous ces « nous-mêmes »

Amen

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Batman vs Superman

28 Avril 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture, #superman, #batman, #péché, #salut, #humanisme

Batman vs Superman

S’ils combattent ensemble le crime, les super-héros passent également une bonne partie de leur temps à se tatanner entre eux. D'une part, ça permet de sortir un peu du schéma : plan diabolique du méchant pour conquérir le monde, intervention du héro, épreuves, victoire finale, (à la place on a malentendu, match, réconciliation (et souvent tatannage du méchant qui a provoqué le malentendu).

D'autre part, ça permet aux fans de savoir si Thor est plus fort que le Silver Surfer, Tony Stark plus intelligent que Red Richard, Rocket Raccoon plus ridicule que Howard the Duck et Hulk plus vert que Gamora… En effet, pour que le duel ait un sens, il faut que les antagonistes boxent dans la même catégorie….

Mais parfois, pour renouveler le concept, les auteurs proposent un duel improbable : Batman vs Superman entre dans cette catégorie : à ma gauche Kal-El, alias Superman, kryptonien qui lance des laser avec ses yeux, gèle un lac de son souffle, se déplace plus vite que la lumière, à ma droite Bruce Wayne, alias Batman, humain surentraîné qui n’a pour lui que ses gadgets et sa tête de lard. Même ma femme sait que non seulement l’issue du match ne fait aucun doute mais qu’en plus ce sera rapide. Le combat Batman contre Superman, à priori, est moins long qu’un spot publicitaire… Sauf que... Enfin, je vais pas vous raconter le film

Surtout que, peut-être grâce aux critiques négatives, je l'ai bien aimé ce film malgré son côté un peu touffu et pompier et malgré un Superman qui n’a définitivement pas la présence solaire d’un Christopher Reeves.

Mais Miettes de théologie n’a toujours pas vocation à être un blog de critique de films, donc allons-y pour un peu de théologeek. Superman est clairement une figure christique : il fait tout pour s’intégrer à une humanité à laquelle il est étranger (ça s’appelle l’incarnation) et qu’il veut sauver. Au cas où ce ne serait pas assez clair, Snyder inscrit dans son film une descente de croix… Et dans ce film, Superman est confronté à deux adversaires humains.

Lex Luthor, génie du mal, devient figure d’une humanité qui ne veut pas de limite, pas de loi en dehors de la sienne propre. Celui qui , au nom de sa puissance (dans son cas précis, sa richesse et son génie) veut faire ce qu’il veut.

Mais plus intéressant, Batman, lui, est un héro, il a le soucis du plus faible, il protège la vie. Il est cette figure d’une humanité soucieuse du bien, une humanité qui veut se sauver elle-même, qui veut être juste par elle-même.

Or, dans sa lutte pour la justice, Batman rejoint Luthor dans son combat contre le Sauveur de l’humanité, exactement comme lors du procès de Jésus, les responsables religieux deviennent les alliés de l’Empire Romain. Et finalement, c’est sans doute moins en étant Lex Luthor, en me complaisant dans le mal, qu’en étant Batman, persuadé de ma justice, convaincu du bien fondé de mon combat, que je m’oppose à Jésus, un sauveur qui vient à la rencontre de l’humanité.

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Briser des chaînes, tisser des liens

29 Février 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Liberté, #Marc, #Théo en culture, #Gerasénien, #légion

Briser des chaînes, tisser des liens

Prédication du dimanche 28 février 2016
Marc 5, 1 à 20

Il y a très, très, très longtemps, quand j’avais votre âge, cette histoire était mon histoire préférée… Il faut dire que j’ai toujours aimé les histoires qui font peur… Vous n’avez pas eu peur ? C’est peut-être parce que vous avez mal écouté, parce que vous avez eu du mal à imaginer la scène. Allez, on la refait, en version cinéma.

Jésus et le possédé de Gerasa : première ! Clap

Jésus arrive dans une terre étrangère. C’est un endroit qui fait peur. Je l’imagine comme un endroit aride, au sol jaune avec de grands rochers rouges derrière lesquels pourrait se cacher n’importe quelle horrible créature, le ciel est d’un bleu métallique… Le soleil tape dur. Et puis on entend de grands cris, des bruits de chaînes et le vacarme se rapproche…

Et alors on voit le monstre apparaître. Il est énorme, hirsute. A ses mains et à ses pieds, on voit encore des fragments de chaîne…Il pousse des hurlements, il se taillades la figure et la poitrine. Qu’est-ce que c’est ? Un troll des cavernes, un de ces orcs du Seigneur des anneaux ou de Bilbo le Hobbit, un ogre ?

Mais non, quand on y regarde de plus près, malgré son regard fou, malgré ses cicatrices et son air hirsute, ce n’est pas un Uruk Hai, c’est bien un être humain…

Un humain qui se serait affranchi, libéré de toutes les chaines qu’on lui aurait mis. On pourrait l’envier et l’admirer. En tout cas, moi, je pourrais, quand je repense à toutes mes colères, à tous ces moments où je voudrais envoyer valdinguer toutes les chaînes, toutes les règles qu’on m’impose… Oui je voudrai être comme lui, assez fort pour briser mes chaines, être libre , être

Libérééééééé, délivrééééé

Mais libre de quoi ? Libre d’aller me promener tout nu parmi les tombes, libre de me blesser moi-même et de terrifier ceux qui m’entourent ? Libre d’aller me réfugier au plus haut des montagnes, de m’isoler dans une forteresse de glace, loin de tous ceux que j’aime ? Est-il vraiment libre Légion seul dans ses collines et dans ses tombes ? Est elle vraiment libre, Elsa, dans sa forteresse de glace ? est ce que je suis libre quand j’ai dit zut à mes parents et à leurs ordres et que je suis monté m’enfermer pour bouder dans ma chambre ? Non, je suis seul, je suis en colère, je suis malheureux, mais je ne suis pas libre

Vous voyez, parfois, on brise les chaînes, on se dénoue de toute entrave mais on n’est pas libre, on est juste seul.

Alors comment Jésus délivre-t-il le possédé de Gerasa ? En le rétablissant dans ses relations aux autres. Libéré, le possédé est assis et vêtu. Libéré, l’ancien possédé peut à nouveau parler aux gens.

Cela va même plus loin, libéré, l’homme de Gerasa ne peut pas faire ce qu’il veut. Lui, il voudrait suivre Jésus, quitter son pays, sa famille et suivre un nouveau maître en terre étrangère. Mais Jésus lui dit « non, reste chez toi, et parle avec les tiens »… Puisque j’évoquais La reine des neiges, vous pourrez vérifier tout à l’heure après le caté en regardant le DVD pour la 50eme fois, Elsa aussi est vraiment libre en ressortant de sa forteresse de glace et en retrouvant les siens. (En fait, je pense que les studios Disney se sont plus inspirés de l’histoire de Jésus et du possédé de Gerasa que du conte d’Andersen…)

Aucune chaîne ne pouvait retenir l’homme de Gerasa mais il restait esclave, il avait une force incroyable mais il ne contrôlait même pas sa force. Comme quoi, briser des chaînes, cela ne suffit pas toujours. D’ailleurs, Jésus brise aussi des chaînes : il chasse un démon appelé « Légion », et vous savez ce qu’est une légion, pensez à Asterix : une légion, c’est une armée romaine, une de ces armées qui occupent la Palestine à cette époque. Jésus détruit un troupeau de cochons, un animal que les juifs ne mangeaient pas et qui servait vraisemblablement à ravitailler l’occupant romain.

Mais ce n’est pas en brisant les chaînes que Jésus libère vraiment l’homme : c’est en lui permettant de retisser des liens avec les autres. La vraie liberté du Gerasenien, c’est d’être pour les autres un témoin de l’amour et de la bonté de Dieu.

Frères et sœurs, être libre, ce n’est pas seulement briser des chaînes, c’est tisser de nouveaux liens avec les autres, des liens d’amour, des liens de bonté, des liens de Bonne Nouvelle. Alors libérés, délivrés, ne vous isolez plus jamais mais allez à la rencontre de vos frères et de vos sœurs.

Amen

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Les monstres et le péché (6) Les répliquants

27 Février 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture, #péché, #orgueil, #esclavage, #liberté, #Ridley Scott, #Blade Runner

Les monstres et le péché (6) Les répliquants

On retrouve certaines figures monstrueuses dans toutes les cultures. Et si ces "monstres" n'étaient rien d'autre que l'expression, à travers des mythes, de la part sombre de l'humain, cette part que la Bible appelle le péché ?

Les répliquants de Blade Runner sont des machines organiques créées pour être des esclaves. Fabriqués à l’image des humains, ils sont plus forts, plus résistants mais leur durée de vie est largement inférieure. En effet, ces « robots » ont une fâcheuse tendance à se révolter, ce sont des choses qui arrivent, quand on exige d’un individu plus fort et plus intelligent que nous qu’il accomplisse les besognes dont nous ne voulons pas nous charger.

Même s’ils sont fabriqués en laboratoire, les répliquants réclament d’être reconnus comme humains, ils aspirent à vivre libre, à sortir de cette « peur perpétuelle de l’esclavage ». Et, en fait, on les comprend. Sauf que dans leur quête de la liberté, les répliquants torturent, tuent et deviennent de plus en plus monstrueux et terrifiants. Inhumains en fait…

Et en cela, les répliquants nous ressemblent : créés à l’image de Dieu, dans notre soif d’autonomie, dans notre désir d’indépendance, nous nous éloignons sans cesse de cette humanité à laquelle nous aspirons. Faits pour être à l’image d’un Dieu qui s’est fait homme, nous cherchons à être dieux. Faits pour être à l’image d’un Seigneur qui s’est fait serviteur, nous cherchons à devenir seigneur s. Et c’est bien dans cette quête de puissance et de pouvoir que nous abîmons nos relations aux autres et au monde qui nous entoure, que nous perdons notre identité de frères et de sœurs et de jardiniers… En voulant être nous-même, nous nous écartons de ce que nous sommes. En voulant trouver notre place, nous nous perdons…

Pourtant, il y a une différence profonde entre nous et les répliquants de Blade Runner, une différence qui faits de nous des êtres bien plus incompréhensibles, bien plus monstrueux que Pris et Roy. Les créateurs des répliquants n’ont en effet aucun soucis du bien être des créatures qu’ils ont fabriquées uniquement pour leurs fins personnels. Le créateur contre lequel nous nous révoltons nous a créés par amour de nous, le créateur contre lequel nous nous dressons veut notre bien, le père auquel nous disons « non » nous appelle à la vie.

Chose intéressante, la plus humaine des répliquantes est celle qui, par amour, renonce à protéger sa vie.

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Ricochet robot, des obstacles salvateurs

7 Février 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture, #ricochet robot, #jeu, #liberté

Ricochet robot, des obstacles salvateurs

A Ricochet Robot, le but est d’emmener un robot vers son but avec le moindre déplacement possible. Ce n’est pas un jeu de société classique mais plutôt un casse tête collectif dont la règle est simple : un robot avance tout droit jusqu’à ce qu'il se heurte à un obstacle qui lui permettra de repartir dans une autre direction. A nous, joueurs donc, de trouver le plus rapidement possible, la manière d’utiliser les parois et les autres robots pour que le robot atteigne sa cible.
Et tout en nous triturant les méninges, nous pestons contre ces murs qui ne sont jamais au bon endroit, et surtout contre ces abrutis de robots dépourvus de freins qui ne sont pas foutus de s’arrêter où il faudrait. ..
Mais en fait, nous leurs ressemblons un peu à ces abrutis de robots. Il nous arrive aussi de foncer droit devant nous, de suivre notre idée jusqu’à ce qu’un obstacle nous permette de nous arrêter et de changer de direction. Comme les robots ricocheurs, sans ce qui se dresse sur notre chemin, sans ce qui bloque notre trajectoire, nous serions finalement incapables d'atteindre notre but, nous nous perdrions dans notre course en avant. Ces obstacles salutaires, ce sont nos limites (les bords du plateau), les lois qui nous sont imposées autant que données (dans le jeu, les parois intérieures) et les autres (les autres robots), oui surtout les autres...
Surtout les autres parce qu’à Ricochet Robot, un joli coup, c’est souvent un coup qui implique deux voire trois autres robots.
Surtout les autres, parce que parmi ces obstacles qui m’aident à avancer, Jésus m’invite à faire passer l’autre, le prochain, avant tous les autres, avant la loi (en effet, celle-ci est faite pour l'homme (cf. Mc 2, 27) et avant mes propres limites (Mt 5, 39)
Enfin, dans Ricochet Robot comme dans la vie, l’autre aussi cherche à atteindre sa place et je puis être, moi aussi, cet obstacle qui va lui permettre de s’arrêter, de changer de direction, d’atteindre sa case et de trouver sa place…
Bien sûr, nous ne sommes pas des robots mais sommes nous capables de discerner à travers ce qui nous fait obstacle et ceux qui nous font obstacle, les limites dont nous avons besoin pour nous arrêter, pour changer de direction, pour repartir et finalement atteindre notre place…

Alex Randolph : Ricochet Robot

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D'une profession de foi à l'autre

2 Février 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Actualité ecclesiale, #Profession de foi, #credo, #foi, #pastorale

D'une profession de foi à l'autre

Dans le cadre de la démarche synodale vers une nouvelle déclaration de foi de l’Eglise protestante unie de France, à chacune de leurs rencontre, les pasteurs de Haute Normandie proposent une confession de foi qu’ils aiment bien, voire qu’ils ont écrite… Ce moi-ci, c’était mon tour... Petite occasion d'entrer dans ces très mystérieuses rencontre pastorales...

Pour commencer, une profession de foi qui n’est pas la mienne, qui n’est sans doute pas ma préférée au sens de l’adhésion théologique mais qui est certainement celle qui a le plus profondément marqué mon parcours.

Je ne suis pas sûr que les mots soient exactement ceux-là, parce que je n’ai jamais demandé le texte originel et qu’à chaque fois que je l’évoque, je fais appel à mes souvenirs et je la réécris aussi…

Je ne sais pas s’il était Dieu ou Fils de Dieu

Mais je sais que par ses paroles et ses actes, par son amour, il a bouleversé et changé la vie de ceux qui le suivaient et qu’il a tellement fait peur aux puissants du monde qu’ils l’ont mis à mort.

Je ne sais pas s’il est ressuscité

Mais je sais qu’après sa mort, ses disciples et ses amis n’on pas perdu espoir, qu’ils ont continué sur le chemin qu’il leur avait indiqué et qu’ils ont proclamé qu’il était vivant.

D’après A. George (1985 ?)

En fait, sur un éventail qui va de cette profession de foi de mon père (il paraît que c’était à la profession de foi de mon petit frère) au Symbole de Nicée Constantinople, je veux entendre, à travers des mots, des idées et des images différentes toujours la même affirmation : « Jésus Christ est le Seigneur ».

Bref, avec la profession de foi qui va suivre, je ne fais qu’essayer d’exprimer ce que je crois, sans ouvrir de procès en hérésie. Je n’ai pas voulu écrire une confession de foi d’ailleurs je pense qu’en fait cela ne peut qu’être le fruit d’un travail de groupe. Donc, je vous propose une profession de foi, je dis ma foi devant l’Eglise (pour aller vite confession de foi : l'Eglise affirme collectivement sa foi, profession de foi : le chrétien affirme personnellement sa foi) Même si elle a été écrite tout au long de cette semaine, cette profession de foi s'est beaucoup nourrie de nos échanges précédents...

Je crois que je veux être Dieu, que je veux contrôler ma vie et les autres et que je m’abîme et abîme les autres dans ces tentatives, tout comme je suis abîmé par leurs tentatives…

Je crois que pour moi, pour tous, Dieu s’est fait homme en Jésus Christ et qu’il est allé au plus bas de l’humanité, qu’il a traversé le doute et la tentation, qu’il a connu la servitude, la trahison, l’abandon, la condamnation et la mort.

En lui, je découvre un Dieu Tout-Autre, radicalement différent de mes idoles, de mes projections et de mon désir de puissance. Je découvre également que je ne peux dire Dieu que par lui.

En lui, par sa vie, son enseignement et sa mort sur la croix, je découvre la démesure de l’amour de Dieu pour moi, pour tous. Dans la mort de Jésus sur la croix, dans les paroles qu’il y a prononcées, je découvre qu’il n’est pas de lieu, pas de souffrance, pas de révolte, pas de culpabilité où l’humain soit privé de Dieu, pas même la mort.

En effet, je crois que malgré sa mort, il est vivant et qu’il m’ouvre à une vie plus forte que toutes mes morts.

Je crois en Dieu qui m'a rejoint là où je suis, qui m'a révélé à moi-même et qui m'appelle à une vie renouvelée

En lui, je découvre la valeur infinie de chaque être humain, puisque non seulement pour eux comme pour moi, il a tout donné, mais qu’il m’invite en outre à le reconnaître dans les plus petit(e)s et les plus méprisé(e)s de ceux-ci.

Je crois que ce changement de regard, cette transformation de ma vie ne viennent pas de moi mais qu’ils me sont donnés par Dieu qui s’est donné pour moi et qui se tient chaque jour à mes côtés. Dans le réconfort et l’encouragement, en m’inspirant les gestes du pardon et de l’amour ; mais aussi dans le combat contre moi-même, en bousculant mes égoïsmes, en ébranlant mes certitudes, en questionnant mes jugements.

En effet, ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi (Galates 2, 20)

Je crois que le jour vient où tout ce qui s’oppose à Dieu sera vaincu et où tous, nous pourrons être ce que nous sommes vraiment, à savoir, enfants de Dieu.

Cette Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu pour moi et pour tous, Dieu me pousse à la redécouvrir chaque jour dans le témoignage des Ecritures, par la lecture personnelle et partagée de celles-ci. En effet, je crois que je ne puis vivre ma foi seul, mais que j’ai besoin de l’encouragement, du soutien mais aussi du questionnement, de la réflexion et de l’interpellation des autres chrétien(ne)s.

E George 02/02/2016

Je ne suis pas très modérément satisfait de ce que j’ai écrit mais plus insatisfait encore de ce que je n’ai pas su écrire. Le plus gros manque à mes yeux : le salut par la croix : j’ai du mal avec les formulations traditionnelles mais je reconnais que ce que j’en dis est très en deçà de ce que j’en crois.

Les réaction de mes collègues me permettent

  • de préciser que pour moi la confession du péché est de l’ordre de la foi plus que de l’autocritique. C’est en Jésus Christ que je découvre vraiment ma volonté d’être Dieu.
  • de parler un peu d’inter-religieux. aussi enrichissant soit-il pour ma culture, pour mon intelligence, pour mon enrichissement personnel, aussi nécessaire soit-il à notre société, le dialogue avec d’autres religions (quoique le judaïsme tient une place tout à fait à part) ou avec des athées ne nourrit pas ma foi. Sans doute parce que ma foi ne dépend pas de ma raison. Ceci dit, je suis bien obligé de moduler un peu mon propos : le dialogue interreligieux (y inclus avec les athées) stimule assurément ma réflexion sur ma foi…
  • enfin une question sur l’action commune de l’Eglise me met face à une lacune totale. J’essaye d’y répondre trop vite et mélange Eglise et institution…. En fait cela ouvre une réflexion nouvelle et sur la notion d’action chrétienne et sur la notion d’Eglise… pas mal...

Bref, poser des mots sur sa foi, même devant des frères et des soeurs qui partagent cette foi, reste terriblement frustrant et merveilleusement stimulant.

Notre Eglise cherche à dire sa foi commune, j’espère qu’elle s’y découvrira portée par le même Esprit que celui qui a soufflé ce matin à Rouen...

Post Scriptum : après l'échange, la réflexion continue et suite aux remarques sur la confession du péché qui ouvre ma profession de foi, je m'aperçois qu'alors que je suis si sensible à la différence entre "croire en" et "croire que", à la différence entre la dimension intellectuelle ou le contenu de la foi (je crois que) et sa dimension relationnelle (ma foi est relation à Dieu) je me suis cantonné au "je crois que". J'introduis donc un "je crois en". Où le mettre ? Après réflexion, je préfère garder le récit de ma profession de foi et ne pas faire de mon "je crois en" une déclaration programmatique. Il est l'aboutissement du don de Dieu pour moi.

Me reste encore cette question de l'action commune de l'Eglise... Quelque chose autour de l'amour qui ne se vit pas seul, et qui ne part pas dans tous les sens, ce n'est pas "chacun son amour" et donc pas chacun sa façon de vivre l'amour...

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De l'amour, une nécessaire digression

31 Janvier 2016 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Corinthiens, #Amour, #Agape

De l'amour, une nécessaire digression

Prédication du dimanche 31 janvier 2016

Jérémie 1, 4-19

Luc 4, 21 à 30

I corinthiens 12 31 à 13, 13

Qui a déjà entendu ce texte ? Qui l’a entendu lors d’un mariage…

L’hymne à l’amour de Paul est un des textes bibliques les plus connus. C’est peut-être aussi l’un des plus mal compris, l’un des plus souvent cités à mauvais escient. Et parmi ces mauvais escients, justement le fait d’en avoir fait un texte de mariage….

Bien sûr qu’entre des mariés, il faut espérer qu’il y ait de cet amour dont parle Paul et que le grec appelle agape. Mais l’amour qui unit des mariés doit aussi être exclusif ce que l’agape, précisément ne doit pas être… bref, réserver l’agape à celui, à celle que nous aimons, c’est un peu trop se faciliter la tâche…

La tâche… et voilà que je trébuche sur le deuxième écueil. On a souvent tendance à recevoir cet hymne à l’amour comme une définition, un mode d’emploi de l’amour. J’ai même entendu : si vous n’aimez pas comme cela, vous n’aimez pas vraiment…

Et en associant cela au mariage, on tient peut-être la raison de la montée du taux de divorce : dire aux mariés que si leur vie de couple n’est pas conforme à l’hymne à l’amour, c’est qu’ils ne s’aiment pas vraiment…

Alors qu’est-ce que c’est que cet hymne à l’amour ? Tout d’abord, c’est une digression. Paul s’adresse à une communauté qui est traversée par des tensions et des divisions de différents ordres. Et parmi les causes de ces tensions : les dons spirituels…

Alors, on est souvent un peu frileux dans les Eglises protestantes traditionnelles pour parler des dons de l’Esprit. Nous préférons insister sur les formations, (sans doute pensons-nous, comme Brassens, que sans technique un don n’est rien qu’une sale manie). Mais nous n’oublions pas que sans le don de l’Esprit, la technique, la formation n’est que lettre morte…

Quoiqu’il en soit, dans toute Eglise, dans toute communauté chrétienne, les dons de l’Esprit mélangés à notre pâte humaine, sont source de tensions, voire de division… En effet, nous voulons hiérarchiser entre celles et ceux qui sont plus ou moins doués voire entre les dons eux-mêmes.

C’est dans toutes les Eglises et c’est bien pour cela que la leçon de Paul aux Corinthiens, l’image de la diversité des membres d’un même corps, fait partie des textes que nous connaissons, parce qu’elle nous atteint tous.

Paul rappelle aux corinthiens que celles et ceux qui confessent la seigneurie de Jésus Christ sont tous animés par le même Esprit Saint, il leur rappelle qu’ils sont comme les membres divers d’un seul et même corps dont la tête est Jésus, le Christ. Il leur explique que chaque membre, y a sa place et sa fonction… Mais il va ensuite établir sa propre hiérarchie entre les dons de l’Esprit, une hiérarchie qu’il va argumenter.

Et c’est au milieu de cette argumentation que s’ouvre la parenthèse de l’hymne à l’amour. Vous avez peut-être été surpris par ma traduction de son introduction « Jalousez les dons les meilleurs. Et pendant ce temps je vous montre le chemin par excellence » Elle est tout à fait discutable. Les traductions classiques sont tout à fait juste qui préfèrent employer des termes plus positifs « ayez pour ambition », « désirez ardemment » et ma préférée « aspirez » (en effet, aspirer aux dons du souffle, fait tout à fait sens). Mais je voulais insister sur le fait que le même verbe zhlow se retrouve lorsque Paul nous dit que l’amour « ne jalouse pas » ou « n’envie pas ». Je voulais aussi insister sur le fait que l’amour n’est pas à proprement parler un don spirituel. Il nous est donné certes, mais il ne tient pas la même place que la guérison, le parler en langue, la prédication ou la prophétie. L’amour, c’est le chemin que Dieu offre à nos pas.

Voici donc, comment je comprends le mouvement du texte : en bon pasteur, Paul a rappelé aux corinthiens que les dons venaient tous du même Esprit, qu’ils étaient tous important pour le corps et voilà, qu’il se surprend ( à rentrer dans le débat de « qu’est ce qui est le plus important » à foncer dans la discussion même qu’il voulait apaiser. Alors il se reprend, peut-être avec un peu d’humour : (oui, j’ai assez de sympathie pour Paul pour le croire capable d’un brin d’ironie autocritique, peut-être aussi que je m’identifie un peu à lui). Bref, je me demande si Paul ne nous dit pas « bon, on rivalise pour les dons les meilleurs mais n’oublions pas le chemin extraordinaire qui s’ouvre à nous » « si je n’ai pas l’amour, je ne suis que cymbale qui résonne ». Et c’est l’hymne à l’amour qui commence… Mais, le plus fort c’est que Paul va ensuite reprendre son argumentation sur la hiérarchie des dons. Je trouve cela intéressant pour nous parce que dans nos discussions d’Eglise, nous avons parfois tendance soit à oublier l’amour pendant nos débats soit à l’évoquer pour refuser le débat. C’est plus facile que de laisser l’amour conduire nos débats, que d’écouter, par amour, ce que l’autre a à dire, que de lui dire, par amour, ce que nous avons, nous, à lui dire. Oui, dire à l’autre qu’on n’est pas d’accord, c’est aussi une marque d’amour et de confiance...

Eh bien, tout en rappelant l’importance de l’amour, sa nécessité absolue, Paul ne renonce pas à dire ce qu’il a à dire aux corinthiens, il ne renonce pas à la réflexion, au raisonnement, à l’argumentation. Seulement, il reconnait que si, dans son argumentaire, dans sa science, il perd l’amour, il n’est plus rien et que son raisonnement ne vaut plus rien, même si ses arguments sont justes, même s’il a raison…

En quoi l’amour est-il plus grand ?

L’explication de Paul concerne d’abord la fin des temps : lorsque le Règne de Dieu sera pleinement manifeste, il n’y aura plus d’espérance (puisque ce que l’on espère sera accompli), plus de foi (puisque la foi est la ferme assurance des choses que l’on ne voit pas et que, justement nous verrons), on n’aura plus besoin de prophétie, d’hommes et de femmes qui parlent de la part de Dieu puisque notre relation à Dieu sera directe. En revanche, l’amour restera, il n’y aura même plus que ça.

Mais je crois qu’il y a une autre réponse sous entendue par Paul. Nous n’avons pas tous reçu les mêmes dons et nous les avons pas tous reçus de la même manière. Or dans nos dons, nous sommes toujours centré sur nous-même : c’est « moi (ou nous) » qui prêche, c’est moi qui prie, c’est moi qui enseigne, c’est moi qui sert, c’est moi ou plutôt c’est par moi que Dieu guérit ou délivre. C’est bien ce que dit Paul : sans l’amour, tout est partiel, incomplet, sans l’amour je vois comme à travers un miroir, c’est-à-dire que c’est bien moi que je vois d’abord. Mais avec l’amour, je vois, face à face. Dans l’amour, le centre devient l’autre, le centre, c’est celui ou celle que j’aime.. Ainsi, l’amour est plus grand puisqu’il parvient à me libérer de moi-même, ce que les autres dons spirituels ne parviennent pas à faire.

L’amour nous libère, l’amour nous décentre, l’amour est le plus grand, mais aimons-nous vraiment ? Est-ce que dans nos relations avec nos conjoints, nos enfants, nos amis, nos frères et sœurs en Christ, nous supportons tout, croyons tout, excusons tout, bannissons tout orgueil et toute bassesse ?

Non, bien sûr. Mais cela ne signifie pas que nous n’aimons pas… Cela veut juste dire que dans nos relations avec ceux que nous aimons, nous ne sommes pas toujours conduits par amour. Mais l’amour est bien là, semé en nous par l’Esprit de Dieu. Nous en voyons, et même nous en vivons, la trace à chaque fois que dans nos relations aux autres, nous supportons, nous excusons, nous croyons. Et, si nous y regardons bien, si nous ouvrons les yeux sur ce chemin sur lequel il nous est donné d’avancer, nous voyons bien que ces marques de la puissance de l’amour dans nos vies et en nous-mêmes sont plus nombreuses que nous le croyons.

Alors, frères et sœurs, que dire ? Peut-être tout simplement reprendre l’exhortation de Paul : Recherchez l’amour, recherchez cette puissance que l’Esprit de Dieu sème en vos cœurs, recherchez ce chemin de vie que Dieu ouvre sous nos pas. Recherchez l’amour et dans cet amour, exercez vos dons.

Amen

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