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Avant propos

Qui suis je ?

Éric George, né en 1970, pasteur de l’Église Réformée de France depuis 1995, arrivé sur la paroisse d’Évreux en août 2005, je suis marié, père de 3 enfants. J’aime la lecture, le cinéma, les jeux de sociétés, les débats sans fin… Le reste ? Gageons que vous le découvrirez à travers ses pages…

 

Pourquoi un blog ?

Les plus mauvais esprits (et peut-être aussi ceux qui me connaissent le mieux )répondront : « simple réflexe de m’as-tu-vu » ou bien « nouvelle tentative d’un ecclésiastique pour faire du prosélytisme et pour imposer sa foi au plus grand nombre possible ». Aucune des deux réponses ne sera tout à fait fausse d’ailleurs. C’est vrai qu’un blog public relève toujours d’un certain exhibitionnisme. Et il est vrai aussi que si je tiens à parler de ma foi, de ma théologie, c’est bien dans un but de témoignage, non pas pour faire des adeptes ou des disciples, certainement pas pour convertir les foules mais juste pour montrer que la foi peut-être autre chose que les images édifiantes ou au contraire insultantes que l’on en donne la plupart du temps. La foi, c’est aussi une relation, une recherche, une réflexion qui se poursuit au jour le jour…

Mais un blog c’est aussi et surtout un exercice. Pas évident d’ailleurs : celui de coucher par écrit les diverses pensées qui nous traversent la tête au cours d’une journée. Celui de structurer une idée récurrente, de m’obliger à un peu de rigueur… Un autre aspect de l’exercice, c’est celui de l’ouverture : non seulement l’idée est écrite mais elle est accessible à tous et chacun peut réagir. Ici on est bien loin du contexte favorable de la prédication ou de l’étude biblique devant des paroissiens un peu trop respectueux de la pensée du pasteur…

Donc se montrer, témoigner, structurer des pensées fugaces et s’ouvrir aux réactions des autres… Tout un programme en fait…

 

Ce que vous devriez trouver ici…

Dans Petite théologie pas très sérieuse : des petites réflexions personnelles sur la théologie, al foi, la spiritualité…

Dans Bible : des méditations sur certains textes bibliques et  prédications

Dans Théo en culture : une relecture théologique complètement subjective de livres, films et autres…

Dans Humeurs : comme le titre l’indique, mes joies et mes coups de gueule…

Dans Les mots de la théologie : à partir d’un mot de notre jargon, une méditation

Dans Actualité paroissiale : les différentes manifestations de la paroisse réformée d’Évreux

Dans Citation : des extraits d'auteurs exprimant des choses bien mieux que je ne saurai le faire

Dans Réponses : des réponses à des questions esquissées au fil des commentaires

Dans Prières : ben euh, à votre avis ?

Ce que vous ne trouverez pas ici…

La position officielle du protestantisme ou de l’Église Réformée de France, mes propos me sont personnels et n’engagent que moi. En aucun cas, je ne suis mandaté pour parler au nom de l’E.R.F et encore moins du protestantisme. Toutefois, c’est en protestant que je réagis la plupart du temps…

Il va également de soi que rien de la dimension relationnelle de mon ministère n’aura sa place ici…

Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 19:13

Prédication du 15 janvier 2012

Luc XIV, 1 à 6

Cela sentait bon chez Samuel, ce jour-là : un délice de viandes grillées et d’épices. C’était un belle journée et le repas s’annonçait bien. Il faut dire que Samuel avait fait les choses en grand, il avait invité bien sûr les autres pharisiens, ceux de son parti, mais aussi toute les personnalités importantes du village, les plus riches, les plus influents. Je crois qu’il voulait vraiment impressionner ce rabbi venu de Nazareth, ce Jésus…

Enfin, moi, les histoires de religion, c’est pas trop mon truc, vous savez. J’étais plus intéressé par ces chevreaux qui rôtissaient, par ces tables recouvertes de gâteaux au miel, par ces gens importants qui défilaient…

Vous  demandez sans doute ce que je venais faire là-dedans. Eh bien c’est Nathan qui m’avait fait inviter. Nathan et moi, depuis l’enfance, on est inséparables. Nos maisons étaient côte à côte et d’aussi loin que je me souvienne, on a toujours été amis. Et pourtant, c’est difficile de faire plus différent que nous deux. On vient du même niveau social, on est des enfants d’ouvriers agricoles, on a eu la même éducation et pourtant, je me dis souvent que Nathan et moi, c’est le jour et la nuit… Lui, il a toujours eu le contact facile, il a toujours su être à l’aise avec les gens, briller en société, il n’a jamais eu peur. Alors que moi, quand on me parle, je bredouille, je peine à trouver un truc intelligent à dire… Je voudrais disparaître… Oh, ce n’est pas que je n’aime pas les gens, c’est plutôt que je ne me sens jamais à ma place.

Et bien sûr à ce grand repas chez Samuel c’était comme toujours… Je ne sais pas comment Nathan nous avait dégotté des invitations et j’étais content d’être là, fasciné par tout ce luxe, par tout ce beau monde. J’étais content mais je n’avais qu’une seule peur, c’est de me tourner en ridicule, d’étaler là toute mon ignorance, tout mon malaise. Alors, je m’étais dégotté un petit coin tout au fond de la salle, un endroit où je serais vraiment à ma place : invisible.

Et de là, j’observais. J’observais Jésus qui discutait avec les pharisiens, et j’observais Nathan qui naviguait dans cette foule comme un vieux loup de mer, de sourire en salutation, d’embrassades en discussion il se dirigeait tranquillement vers les premières pace, toujours plus proche de Samuel, et de Jésus. Et je l’admirais, et une fois de plus j’enviais son aisance et son assurance.

Et puis d’un seul coup, Jésus s’est interrompu dans sa discussion avec les pharisiens et il s’est tourné vers les invités…

 

Luc XIV, 7-11

 

Quand j’ai entendu ça, c’est comme si le monde s’effondrait autour de moi. Quelque chose de nouveau s’ouvrait : alors on pouvait être reconnu même quand on était sans importance, on pouvait être vu, même quand on était invisible, on pouvait être entendu même quand on ne savait pas parler. Alors le Royaume de Dieu, ce n’était pas le festin des héros et des saints mais un repas où aucun invité ne reste dans l’ombre, ou le plus petit, el moins important est vu, considéré et aimé…

Et puis j’ai regardé Nathan qui s’était figé. Et j’ai vu qu’il pleurait. Bien sûr, il avait bien compris que Jésus parlait pour lui. Mais en le regardant, j’ai aussi vu du soulagement en lui. Et j’ai découvert chez mon ami quelque chose que je n’avais encore jamais vu… Toute son aisance, toute son assurance, en fait c’était un masque. On était beaucoup plus proche que je ne l’aurai jamais cru…

Lui aussi, il rêvait d’être reconnu pour ce qu’il était, d’être aimé pour lui-même. Lui aussi, il avait peur du regard des autres, et s’il a bien entendu l’avertissement de Jésus, il a reçu aussi sa promesse : « quand tu es à la dernière place, il y a toujours quelqu’un pour te voir, pour te dire « mon ami, monte plus haut », tu n’es plus obligé de toujours jouer des coudes pour t’élever. « Mon ami, monte plus haut ». Cette promesse de Jésus m’a délivré, ce jour là ; mais je crois qu’elle a délivré Nathan, plus encore…

Amen

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Lundi 12 décembre 2011 1 12 /12 /Déc /2011 13:37

captain-america.jpgJ'ai toujours préféré les comics Marvel à ceux de DC. Pourtant ma rencontre avec les superheros s'est faite avec Superman (le Donner de 1978). Mais, si Batman trouve grâce à mes yeux (en grande partie grâce au Dark Knight de F. Miller), Spiderman, les X-men et consorts restent mes favoris. Bien sûr, la meilleure distribution de Marvel en France n'est sans doute pas étrangère à cette préférence. Mais je crois que c'est surtout parce que pendant que Superman confronte s superpuissance à des menaces cosmiques, Spiderman lave son costume au lavomatic du coin et les xmen jouent au baseball. Bref, les surhommes Marvel sont plus humains que super c'est ce qui fait leur intérêt. Un truc qu'ont bien compris les scénaristes du  Captain America de Johnston qui passe bien plus de temps à nous présenter Steve Rogers qu'à nous montrer les exploits de son alter ego costumé.

À mes yeux, c'est une très bonne idée. Sauf que du coup, disparaît la dimension évangélique du personnage. Dans le film comme dans la BD, le frêle Steve Rogers se voit innoculer un serum qui fait de lui un "super-soldat" . Mais alors que le film nous montre à quel point l'intégrité, la ténacité, la générosité du jeune homme le prédisposent à devenir un héro. Dans la BD, la seule raison pour laquelle Roger eststeve-roger.png sélectionné, c'est sa faiblesse. Le film nous parle de récompense, la BD nous parle de consolation. En cela, je crois la BD plus évangélique, plus dans la lignée des béatitudes (Luc 6 ; 20-26) ou de la parabole du pauvre Lazare(Luc X16 ; 19-31).

Évangélique aussi cette idée qu'un cadeau que l'on n'a pas mérité va transformer notre attitude. Steve Roger ne devient pas Captain America parce qu'il en est digne. Il devient digne d'être Captain America parce qu'on fait de lui Captain America. Je ne reçois pas la grâce parce que je m'en montre digne, ou capable. Je la reçois au delà de mes capacités, malgré moi, contre moi, même. Mais cette grâce me transforme, elle me conforme. Elle fait de moi une créature nouvelle. Calvin aurait parlé de sanctification. Plus vraisemblablement, il aurait interdit la lecture des comics aux pasteurs.

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Dimanche 4 décembre 2011 7 04 /12 /Déc /2011 16:34

madaba_mer.jpgPrédication du 4 décembre 2011

II Pierre III, 8 à 14

Marc I, 1 à 8

Esaïe XL, 3 à 11

Je dois avoir l'esprit mal tourné : je lis une des plus célèbres prophéties d'Esaïe, une prophétie reprise par les quatre évangiles et je me dis que si je publiais un recueil des perles de l'Ecriture Sainte, un bêtisier biblique, cette prophétie y tiendrait une place de choix.

En effet, sur cette terre dont les vallées auraient été élevées, dont les montagnes et les collines auraient été abaissées, dans ce monde tellement aplani qu'à côté, la Belgique ressemblerait aux Alpes Suisses, je me demande un peu sur quel sommet Jérusalem pourra s'élever...

Mais ce persiflage un peu stupide me pousse à me concentrer sur la topographie du texte.

         En effet, vous avez peut-être remarqué que cette prophétie d’Esaïe n’est pas une théophanie, c'est-à-dire une apparition de Dieu, classique. D’ordinaire, quand Dieu apparaît, quand sa gloire resplendit tout est bouleversé. Ici au contraire, il s’agit d’aplanir, d’élever pour que la gloire de Dieu apparaisse. Puisque nous sommes appelés à faire de l’aménagement du territoire, et ne pas le faire dans la subtilité, observons un peu la topographie.

 

Oh bien sûr, nous n'allons pas nous plonger dans la géographie d'Israël. Je ne crois pas que ce passage lui soit à ce point lié. Non, je vous invite à un usage plus littéraire de la topographie.

Vous savez que les poètes se sont plus à imaginer l'amour comme un pays et , après Magdeleine de Scudery, on s’est plus à tracer la carte de Tendre avec son fleuve Inclination et son lac de l’Ennui, une carte reprise par Moustaki…Et puisque je suis dans la variété française, peut être certains d'entre vous connaissent-ils Natacha, cette jolie chanson de François Béranger où il décrit le corps de sa bien aimée comme un pays.

Après les monts après les plaines

On arrive dans un pays

Où les mots ne veulent plus rien dire.

Un pays où je crois voir ton visage

Avec ta bouche qui s’entrouvre,

Avec tes yeux qui cherchent l’ombre

Ce matin, nous ne parlerons pas de l'amour mais je vous propose de cartographier nos vies.

 

Oui, essayons de voir notre vie comme un pays ou comme un voyage, et d'en dessiner la carte. Ne nous préoccupons pas trop de la Terra Incognita de notre avenir mais regardons notre vie passée et présente. Survolons là un instant. Nous y verrons, je pense, de riantes prairies et de vertes collines, ces souvenirs heureux, ces moments de joie, de sérénité et de confort. Sans doute, également les montagnes majestueuses de succès durement gagnés nous rappelleront l'effort de la marche et la fierté et la plénitude du sommet atteint. Dans cette visite de notre vie, n'hésitons pas à revoir les déserts de solitude par lesquels nous sommes passés, temps de trahison ou d’abandon. Survolons ces temps de maladie ou de deuil qui ont été nos vallées d’ombre et de mort. N’oublions pas ces dangers, ces embûches qui ont longé notre chemin comme autant de précipices. Je pourrais évoquer encore les sombres forêts du doute ou de l’errance, les steppes de l’ennui et de la monotonie.

Et parce que nous ne vivons pas seuls notre vie, je vous invite à l’imaginer comme un pays plutôt que comme un chemin, en effet d’autres vies la croisent et partagent nos moments…

Il manque quelque chose à cette carte : le réseau hydrologique. Oui, rappelons nous du flot de paroles qui a baigné notre vie. Les paroles fécondes qui ont enrichi et nourri notre vie. Les paroles blessantes et dures qui nous abîmés et ravinés. Celles dont nous avons cru qu’elles nous définissaient. Les paroles mensongères qui nous ont entraînés dans d’invraisemblables méandres… Toutes ces paroles nous ont sculptés, modelés comme les fleuves et les rivières dessinent un pays…

 

Maintenant que nous avons mentalement tracé la carte de notre vie, ou tout du moins, envisagé celle-ci comme un pays, entendons la parole de Dieu que la Bible a fait résonner jusqu’à nous à travers Esaïe puis les évangiles.

Que tout vallon soit relevé,

que toute montagne et toute colline soit rabaissées

 Cela signifie-t-il que notre vie ne vaut rien, qu’il nous faudrait en lisser tous les contours, en oublier tout ce qui fait qu’elle est notre vie, notre histoire ? Je ne crois pas. Il nous faut entendre dans quel but proclame la voix : « Alors la gloire du Seigneur sera dévoilée. » Il s’agit donc de voir la gloire de Dieu, c'est-à-dire son poids, sa présence.

         Si Esaïe ne décrit pas à proprement parler une théophanie, c’est qu’ici, il n’est pas question d’une arrivée de Dieu qui renverserait tout dans notre vie, mais plutôt de nous aider à mieux vivre notre vie, à nous recentrer sur ce qui est au centre

En effet, il est vrai que cette topographie de notre vie nous masque souvent la présence de Dieu. Nous nous plongeons dans la riante verdure des collines de nos bonheurs, nous enivrons de l’altitude de nos succès, nous sombrons dans les ténèbres de nos vallées de morts, nous agonisons dans nos déserts. Et tout cela ne nous aide pas vraiment à voir la présence de Dieu dans nos vies…

Eh bien cette parole vient nous aider à relativiser la géographie de notre vie, à en relativiser les échecs et les victoires. Pas à les effacer mais à rappeler que la carte toute entière de notre vie est l’abri d’une haute montagne, bien plus haute que nos propres sommets ne sont élevés, bien plus haute que ne sont profond nos ravins. Et que de cette montagne, une Parole descend vers nous, que nous l’entendons au dessus de la cime de nos succès, qu’elle descend au plus profond de nos gouffre, une Parole bien plus forte, bien plus solide, bien plus durable que toutes les paroles d’homme qui nous ravinent ou nous abreuvent, cette Parole nous dit, te dit « Tu es aimé, tu as du prix à mes yeux et pour toi, je donne tout ».

 

Je ne sais pas si nous parviendrons à porter ainsi notre regard un peu plus haut que notre vie, je ne sais pas si nous parviendrons toujours à entendre cette parole. Mais ce matin, que la prophétie d’Esaïe nous soit comme un panneau indicateur. En effet, nous vivons ce temps de l’Avent comme un chemin. Mais que ce ne soit pas pour nous le parcours du combattant qui, de courses de Noël en préparatifs de fête, nous conduit au réveillon. Tout ça peut-être très bien et très sympa, mais laissez cela au mois de décembre, évitez cette confusion des genres que nous imposent notre société… Que l’Avent soit pour chacun de nous, le temps du chemin que nous ouvrons au milieu de vie pour notre Seigneur qui vient.

 

Où que nous soyons sur la carte de notre vie, voici le Seigneur Dieu. Que dans cette venue, les plus petits, les plus fragiles se sentent porté, que celles et ceux qui en ont besoin se sentent nourris et apaisés. Frères et sœurs, notre Dieu vient à nous.

 

Amen

 

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Dimanche 27 novembre 2011 7 27 /11 /Nov /2011 13:35

statue-argile1.jpgPrédication du 27 novembre 2011-11-27

Esaïe LXIII-16 à LXIV, 7

II Corinthiens V, 14-21

 

Pour une bonne manière de se plaindre à Dieu. le titre de ma prédication. En ce premier dimanche de l’Avent, apprenons à nous plaindre..

En effet, je crois que nous ne nous plaignons pas assez. Ou peut-être que nous nous plaignons trop mais au bon endroit, pas à la bonne personne.

Notre vie est peuplée de récriminations. Nous nous plaignons de notre conjoint, de nos enfants, de nos parents, de nos voisins, de nos dirigeants, de nos employés, de nos patrons, de nos collègues, de notre pasteur, de nos paroissiens, de notre Eglise, de nos robinets qui fuient, de nos voitures qui nous lâchent, de notre corps qui flanche, de temps qu’il fait, du temps qui passe… Et la liste pourrait être encore longue.

Oui, nous nous plaignons beaucoup, nous nous plaignons chaque jour. Et le dimanche matin, à 10h30, quand nous arrivons au temple, quand l’orgue joue ses première mesure, youkaïdi, la vie est belle et tout n’est plus que louange, action de grâce et confession de foi. C’est sans doute très bien, mais il devient difficile de croire que notre culte s’inscrit au cœur de notre vie.

Pourtant, la Bible est pleine de plaintes, de lamentations, de cris de détresse. Alors, ce matin, avec Esaïe apprenons à nous plaindre à Dieu, et peut-être même à nous plaindre de Dieu.

 

C’est une époque dure qu’évoque le prophète, les villes saintes ne sont plus que désert, Jérusalem est dévastée, le Temple a été incendié. Et, dans ce temps de désolation, on se rappelle des jours anciens, des jours où Dieu était forcément présent, où le ciel était forcément plus bleu, où tout allait forcément mieux. Oui, à première lecture, nous avons l’impression qu’au milieu de ces ruines, Esaïe fait comme nous au milieu de nos malheurs, il regarde en arrière, il évoque le bon vieux temps.

Puisque nous décelons une ressemblance dans nos plaintes, puisque nous nous reconnaissons alors dans Esaïe, profitons-en pour mieux voir nos différences…

Que demandons-nous à Dieu au milieu des ruines de nos échecs ou de nos malheurs ? Quels cris poussons nous vers lui lorsque tout s’effondre autour de nous ? Lorsque les choses vont mal dans nos vies, dans notre société, dans notre Eglise, nous nous tournons vers Dieu et nous le supplions : « Viens remettre de l’ordre, viens réparer, viens guérir ! » Esaïe, lui, gémit : « Nous sommes ceux sur qui tu n’exerces plus ta souveraineté, ceux sur qui ton nom n’est plus appelé ». Sa supplication serait plutôt « sois à nouveau notre Dieu ». Il y a une différence énorme entre « Seigneur, ma vie part à vau-l’eau, viens passer un coup de balais et réparer ce qui est brisé » et « Seigneur, ma vie part à vau-l’eau, vient me conduire et me diriger ».

En effet, la cible de notre plainte, c’est l’autre : celui qui me fait du mal, mon voisin ou l’étranger, le sort, la société le monde. Nous nous plaignons de quelqu’un ou de quelque chose .

Mais dans Esaïe, la cible de la plainte d’Israël, c’est Israël lui-même. Esaïe n’accuse pas l’autre de son malheur, mais lui-même.

 

Deux mises en garde : D’une part, il ne s’agit certainement pas d’aller asséner à celui qui se plaint qu’il ferait mieux de se plaindre de lui-même. Ca c’est l’attitude des amis de Job et elle est condamnée par Dieu. L’enseignement de la Bible est à appliquer à nous-même et non pas aux autres. Une vieille histoire de paille et de poutre…

Attention également à ne pas conclure que si il nous arrive des malheurs, c’est parce que nous nous sommes détournés de Dieu. Esaïe rappelle les délivrances de jadis, l’action de Dieu pour son peuple. Or si Dieu pouvait délivrer son peuple à l’époque où celui-ci était fidèle, c’est bien que cette fidélité n’empêchait pas le malheur de frapper. La différence c’est qu’à cette époque, la délivrance arrivait.

Nous ne devons donc pas entendre dans ce texte que si nous sommes frappés par le malheur, c’est parce que nous nous sommes détournés de Dieu. Mais plutôt que c’est parce que nous nous sommes détournés de Dieu que le malheur qui nous frappe nous abat, nous pétrifie, nous anéantit…

En effet, Esaïe se plaint moins du malheur d’Israël que de sa révolte qui l’empêche de dépasser son malheur : « Pourquoi nous fais-tu errer loin de tes chemins et endurcis-tu nos cœurs ? »

 

« Pourquoi nous fais-tu errer loin de tes chemins et endurcis-tu nos cœurs ? » Et là nous bondissons. Parce que là, nous n’entendons qu’une chose : Esaïe reproche à Dieu la révolte de son peuple. Esaïe accuse Dieu d’être un pervers. En effet, conduire le peuple à la révolte pour ensuite le punir de s’être révolté, c’est quand même particulièrement retors. Quel horrible Dieu que celui-ci !

Sauf que dans la bouche d’Esaïe, il n’y a aucune accusation, aucune révolte, aucun procès, aucun jugement contre Dieu, juste une supplique. Je crois qu’il ne nous faut rien entendre d’autre dans ce « Pourquoi endurcis tu nos cœurs » qu’une formidable humilité.

En effet, lorsque nous nous révoltons contre Dieu, nous voyons notre « non » à Dieu comme l’expression de notre liberté, de notre identité même. Après tout, nous savons bien que les enfants se construisent en disant « non », que le premier pas vers l’autonomie, c’est toujours un « non ». Dire « non » à Dieu c’est affirmer notre choix, notre contrôle sur notre vie. Lorsque nous disons « non » à Dieu, nous affirmons avec le Satan de Milton qu’il vaut mieux régner en enfer que servir au Paradis. Ma révolte contre Dieu c’est la seule chose qui soit à moi, alors j’y tiens, je m’y accroche.

Eh bien Esaïe, lui, affirme « même ma révolte contre Dieu ne m’appartient pas, même mon cœur qui se raidit contre Dieu de toutes ses forces ne m’appartient pas »

Je ne crois pas qu’il faille chercher dans cette affirmation d’Esaïe une réponse à l’énigme du mal. En revanche, nous devons l’entendre pour ce qu’elle est, une affirmation de la totale souveraineté de Dieu, une abdication de tout orgueil humain.

Bien sûr cela nous paraît dur à entendre, et pourtant c’est bien ce qui introduit la conclusion de la supplique, « c’est nous l’argile, c’est toi qui nous façonne »

Le texte est un ensemble compris entre deux affirmations « Notre père, c’est toi ». Au début, nous étions pétrifié, endurcis, figé et, sur cette dureté, sur cette pétrification, tout semblait condamné à s’arrêter. Et à la fin de cette supplique nous revoilà devenu argile, souple, une argile dont Dieu peut faire une créature nouvelle.

 

Frères et sœur, en cette période de l’Avent, qu’éclate tout ce qui nous sclérose et nous pétrifie et que le Dieu qui vient fasse de nous une argile souple, une argile dont il pourra faire une nouvelle créature

 

Amen

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Mardi 15 novembre 2011 2 15 /11 /Nov /2011 13:17

DSC01434.JPG2 Novembre 2011

6h40 : Nous voilà installés dans l’avion.

La fin de la journée d’hier était plus tranquille : restaurant de poisson au dessus du restaurant de poulet de la veille. Je ne sais pas si l’énorme et délicieux poisson que nous trouvons dans notre assiette est un barracuda, mais en tout cas, c’est délicieux même si nous n’avons plus d’appétit (promis, je vous épargne les papillons de ma jeunesse (ou pas)).

La bibliothèque d’Alexandrie était bien en grève, nous nous en contenterons donc d’en admirer l’architecture générale. Je regrette beaucoup mais d’un autre côté, c’est pas plus mal vu que le lendemain c’est à 3 heures qu’il faudra se lever…

En tout cas, Aischa a beau nous dire que les révolutionnaires ont été très gentils, elle trouve quand même que depuis la Révolution, c’est le bazar et que les gens ont un peu trop tendance à croire que la liberté c’est faire tout ce qu’on veut.

Ca roupille sec dans l’autocar, faut dire que nous avons mis une heure à sortir d’Alexandrie, une heure ou plus pour rentrer dans Le Caire. Petit arrêt au bord de la route du désert pour acheter des dattes. Les enfants sont très mignons mais Jean Paul nous dissuade de leur offrirDSC01437.JPG le paquet de gâteaux français qui traîne dans notre valise depuis le départ : « écoutez-les. Quelqu’un vient de leur offrir des stylos et maintenant, ils réclament de l’argent. Tant pis pour eux. De toute façon, ils ne sont vraiment pas dans le besoin. »

Retour à l’hôtel Santana à 21h, nos adieux à Aischa à qui je laisse mon bouquin «Ce que la Bible doit à l’Egypte. Un repas auquel nous ne touchons pas beaucoup. Malgré la sieste dans le car, nous sommes tous fatigués et la nuit sera courte. Comme plaisante mon père, j’espère que nous n’avons payé que 2 nuits au Santana : la première nous sommes arrivés à 3h et la dernière, nous partons à 3h…

Ce matin, les enfants étaient prêts avant nous. Bien joué ! Un thé et dans l’énorme boîte petit dèj’, nous piochons de quoi manger un morceau en route. Mais les tomates, concombre, pain et confitures restent derrière nous…

Dans le bus, nos adieux à Jean Paul, cette fois. Puis embarquement, passage des douanes. Pour finir en beauté avec leurs petits embêtements (je vous aurais bien raconté mais ça aurait pris trop de temps), Fabienne et Sophie sont rappelées dans le bus. Mais cette fois, c’est juste pour leur dire que leurs sièges ont été changés. Ca me permet juste d’être sarcastique et de demander à Fabienne quel est son lien de parenté avec Pierre Richard…

Trop fatigué pour vraiment stresser. Juste content de ce voyage, content aussi qu’il touche à sa fin. Un rendez vous, plus tard, avec une Egypte moins monumentale et plus quotidienne. Qui sait ?

 

9h45

J’aimerais bien qu’ils arrêtent de nous passer des sketch de caméra cachée pour nous remettre les informations de vol…

Du coup j’en profite pour vous livrer deux ou trois divers que j’ai oublié d’inclure dans les notes DSC00187.JPGprécédentes

1)      L’utilité du nilomètre qu’on retrouve dans tous les temples et qui sert à mesurer la crue du Nil. Pas par soucis d’archivage mais pour savoir comment fixer les impôts. Si les crues sont hautes, les récoltes ont dû être bonnes et on peut prélever beaucoup… Je proposerai à notre trésorière d’investir dans un pluviomètre…

2)      Le babouin dans l’iconographie égyptienne qui est soit figure du dieu Thot (pour changer un peu de l’ibis, sans doute), soit figure solaire (parce que les babouins crient et dansent quand le soleil se lève), soit figure de la clepsydre (l’horloge de nuit). Pourquoi de la clepsydre ?  Parce que les anciens avaient observé que le babouin urinait toutes les heures.

3)      Si l’on peignait le visage du défunt sur les sarcophages, c’est pour que le bâ, l’âme immortelle, puisse retrouver la bonne momie lors de la résurrection. De là à conclure que le bâ des pharaons était analphabète (y avait leur cartouche partout dans leurs tombeaux), il n’y a qu’un pas…

4)      J’ai oublié de vous raconter les vendeurs en felouques à l’écluse d’Esna. Alors que le bateau ralentit pour approcher de l’écluse, nous voyons des felouques s’approcher dans la nuit. Et elles commencent à nous balancer des projectiles ! En fait ce ne sont pas des pirates mais des marchands. Les projectiles sont des sacs en plastique contenant des foulards, nappes ou djellaba. Si une marchandise intéresse un passager, la négociation commence par dessus bord. Si l’affaire se fait, un nouveau sac est envoyé ou mettre l’argent, sinon, on renvoie les marchandises. Jean Paul nous raconte une anecdote propre à dissuader toute tentation de malhonnêteté : le bateau est bloqué à l’écluse et les marchands n’ont aucune hésitation à prévenir la police en cas de mauvais payeurs… En tout cas pour être marchand en felouque, il faut avoir le bras musclé et bien viser : ai-jeDSC01243 précis é que le pont supérieur était au quatrième étage du bateau ?

5)      Je terminerai en évoquant Mykerinos dont les anglais trouvèrent la momie sous sa pyramide et qu’ils voulurent ramener à Londres. Le bateau a coulé, offrant aux poissons de la nourriture lyophilisée depuis  trois mille ans…C’est utile d’aller en Egypte, je sais enfin le pourquoi du titre d’un de mes jeux…

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28 janvier
20h au grand Café
A Evreux
Café Biblique
"Qu'est ce qu'on mange ?"
nourriture-copie-1.jpg

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