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Mais le navire...

16 Septembre 2017 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Actualité ecclesiale, #tempête, #Actes

Photo by Tim Marshall on Unsplash

Prédication du dimanche 10 septembre 2017

Journée de rentrée

Romains 12 1-2, 9-18

Actes 27

 

Dans la Bible, les voyages en bateau se passent généralement mal. De Noé à Paul, en passant par Jonas et Jésus, tout est fait pour nous dire que finalement, pour franchir la mer, la traversée à pieds secs, c’est encore ce qui se fait de plus sûr.

On peut y voir la méfiance des hébreux, ce peuple non-marin, vis-à-vis de la mer, symbole du chaos, de la menace et de la mort…

Et, sans doute plus simplement, un voyage en mer qui se passe bien, cela ne vaut pas le coup d’en parler. C’est lorsqu’il y a des difficultés que cela devient intéressant, nous connaissons tous la vieille malédiction chinoise : « Je vous souhaite de vivre des temps intéressants »

 

         Et puis, l’avantage c’est qu’à travers les récits de ces traversées périlleuses, on peut parler de bien d’autres situations que de voyages nautiques. Un bateau, surtout à l’époque de Paul, c’est un lieu où nous sommes confrontés directement aux forces extérieures qui nous entourent, où nous sommes avec d’autres, où nous n’avons pas seul le contrôle de la situation mais où nous avons parfois à mettre la main à la pâte. D’ailleurs l’image de l’embarcation, du voyage en mer reste tout à fait utilisée de nos jours.

 

         Ce matin, donc ce chapitre 27 des Actes ne nous parlera pas du voyage de Paul mais de nos voyages, des coups de grains auxquels nous sommes confrontés, dans nos familles, dans notre paroisse, dans notre société… Il nous racontera les tentations auxquelles nous sommes confrontés dans ces temps de tempêtes, nous y trouverons des conseils et nous y entendrons une promesse un peu menaçante.

 

Et c’est justement par cette promesse que je voudrais commencer. « Personne n’y laissera sa vie mais le navire sera perdu » Personne n’y laissera sa vie, j’y entends l’Evangile, la promesse du Dieu de Jésus Christ, quoiqu’il arrive personne ne perdra l’amour de Dieu. Sur ce point, nous n’avons pas de soucis à nous faire. Dieu ne reviendra pas sur cet amour gratuit, immérité qu’il nous donne, il ne renoncera pas à nous.

Et c’est l’essentiel. 

En revanche, parce que nous sommes aussi des êtres d’accessoire, nous devons entendre la deuxième partie de l’annonce, le navire et sa cargaison seront perdus.

Et ce navire, ça peut être notre société  - là, mon petit côté anar me souffle que ce ne sera pas forcément une grosse perte  - ; ça peut-être notre famille –eh oui, nous le savons bien, il existe des familles qui explosent, cela ne signifie pas que les individus soient perdus, ni qu’il ne soit plus possible de reconstruire mais nous n’avons pas le droit d’oublier les souffrances qui en découlent ; ça peut -être notre paroisse – et c’est vrai que la prédication de ce matin est aussi guidée par des questionnements sur l’avenir de notre paroisse et sur quelques mauvaises nouvelles dont nous aurons à parler aujourd’hui.

 

Pour autant, je n’ai pas reçu de révélation que la paroisse d’Evreux serait perdue et donc, puisque notre salut à chacun est assuré, puisqu’il ne dépend pas de nous, nous pouvons nous concentrer sur ce qui dépend de nous et entendre quelques pistes que ce texte nous donne.

Dans un film catastrophe hollywoodien, nous aurons tous les archétypes humains, le lâche, le cynique, le fou, le héros, etc. Cela permettrait de dénoncer, d’accuser tel ou tel… Cela n’intéresse pas Luc, il préfère montrer les tentations auxquelles sont confrontées l’équipage et les passagers de ce navire. Voyons un peu ces tentations en 3 D, déni, désespoir et division.

La première tentation, c’est celle du déni ou de la vision à court terme. Paul prévient qu’il a été averti des risques encourus mais le centurion Julius préfère écouter l’avis des professionnels, du capitaine et du timonier plutôt que de se fier aux songes de son prisonnier. C’est d’ailleurs de bon sens. Sauf que ce que Julius ne mesure pas c’est qu’il est dans l’intérêt du capitaine et du timonier que le voyage puisse se faire. Tout comme lui, ils sont pressés d’arriver à bon port et quand les intérêts se rejoignent, eh bien on a envie de croire que « ça va le faire », « ça va passer » et la moindre embellie devient promesse de mieux durable.

 

Et ici, comment ne pas penser à Irma ? Comment ne pas penser à ces tempêtes qui n’ont rien d’image, à ces vies réellement brisées ? Comment ne pas voir les impacts de ce réchauffement climatique que nous voudrions continuer à voir comme une vue de l’esprit ? Comment ne pas nous interroger sur nos propres dénis, sur nos refus de changer nos manières de vivre et de consommer ?

La deuxième tentation, c’est celle du désespoir. A un moment, on laisse le bateau dériver. La tempête est trop forte. On est trop fatigués, trop vieux, plus assez nombreux pour que ça vaille le coup de lutter. Et là, le bateau va à un naufrage certain.

La troisième tentation, c’est celle de la division. Sur le bateau, il y a plusieurs groupes : les marins, les soldats, les prisonniers et sans doute les autres passagers. Tous ces groupes ont des intérêts et des capacités diverses. Les marins se disent qu’après tout, ils pourraient s’en tirer seuls sur un canot de sauvetage. Les soldats craignent de voir leurs prisonniers s’échapper.

 

Ces groupes d’intérêts, de cultures, de sensibilités différentes, on les retrouve sur toutes nos embarcations, dans notre société, au sein même de nos famille et aussi dans nos Eglises. Il ne sert à rien d’en nier l’existence ni la légitimité, mais dans la tempête, la question que chacun doit se poser, c’est « suis-je en train de lutter pour les intérêts de mon groupe ou pour le navire tout entier ? »

 

Mais le texte ne nous parle pas de tentation, il nous donne aussi des « trucs », des pistes pour s’en sortir. Et par là, je n’entends pas les techniques de navigations, mais des éléments bien plus généraux, qui me semble-t-il, doivent trouver un écho dans notre vie d’Eglise.

Tout d’abord, on entend dans ce texte un passage constant du « nous » au « ils », à tel point qu’on ne sait plus très bien si le narrateur était ou non sur le navire. Il me semble que cela peut s’expliquer de manière assez simple, la lutte contre la tempête est l’affaire de tous, mais tout le monde ne peut pas tout faire, chacun peut avoir sa place, son rôle à jouer. Chacun doit être à son poste, il y a ce que l’équipage a à faire, ce que les soldats ont à faire, ce que les passagers peuvent et doivent faire. Si tout le monde veut tout faire et se mêler de tout, on se gêne mutuellement et personne n’est efficace. Cet été, j’entendais ma tante s’exclamer « il y a trop de jambes et pas assez de bras, dans cette cuisine ! » Il arrive que ce soit pareil sur un navire ou dans une Eglise. Nous avons tous et toutes un rôle à jouer mais aucun de nous, aucun groupe ne peut jouer tous les rôles.

Ensuite, à un moment il faut manger, il faut recouvrer des forces et là, je ne parle pas de nourriture spirituelle, nous avons besoin de repas, nous avons besoin de temps de convivialité, nous avons besoin de temps de réconfort partagés, de soutien mutuel. Puisque dans un bateau à la dérive, l’apôtre n’oublie pas ce besoin humain, pourquoi l’oublierions nous dans les temps « intéressants » qui nous attendent.

Un troisième point que nous pouvons entendre dans ce récit, c’est qu’au cœur du naufrage, Paul ne renonce pas à l’annonce « le Dieu que nous adorons » explique-t-il à l’équipage, aux autres passagers et je ne peux m’empêcher de faire le lien avec ce Aristarque rencontré au début du voyage. En voyage, on fait de nouvelles rencontres et même quand notre Eglise traverse un grain, nous y voyons de nouveaux visages. Nous ne devrions donc jamais renoncer à l’annonce. L’annonce de l’Evangile, ce n’est pas un luxe que nous pouvons nous permettre quand tout va bien, l’annonce de l’Evangile, ce n’est même pas notre raison d’être, notre but premier, l’annonce de l’Evangile, c’est la source de notre existence en tant qu’Eglise. Si nous y renonçons, ce n’est même plus la peine d’essayer de sauver le navire, c’est que nous avons déjà sombré.

 

Enfin, avant le repas partagé, Paul rend grâce. La prière est discrète dans ce récit, pourtant, comment pourrions-nous imaginer que Paul et ses compagnons n’aient pas prié ? La prière ne prend pas beaucoup de place, mais elle est bien présente et manifestée.

 

Frères et sœurs, quand le ciel s’assombrit, quand le vent se lève, rappelons nous de cette promesse de Dieu que Jésus rend manifeste : notre vie ne sera pas perdue, nous ne serons pas séparés de l’amour de Dieu.

Quant aux navires, et en particulier à notre petite chaloupe paroissiale… Eh bien, que Dieu nous donne la force de refuser le désespoir, le déni et la division, et que dans la convivialité, la prière et l’annonce, nous prenions, chacun, notre poste…

 

Amen

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Un peu de levain

24 Juillet 2017 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #levain, #Royaume, #parabole

Photo by Mike Kenneally on Unsplash

Pour Jésus, le levain est parabole du Royaume, mais le levain, qu'est ce que c'est, exactement ?

 

Prédication du dimanche 23 juillet 2017

Esaïe 44, 6-8

Romains 8, 26-37

Matthieu 13, 24-43

 

Ce matin, je voudrais que nous nous penchions un peu sur une  parabole d’un seul verset, une petite parabole culinaire perdue entre deux paraboles agricoles qui font un peu du man-spreading, qui s’étalent en prenant toute la place.

 

Le royaume des cieux est semblable à du levain qu’une femme a pris et mis dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que la pâte soit toute levée.

 

Si l’on utilise sur cette parabole les méthodes d’interprétation que Jésus nous fournit, alors la femme, c’est Dieu, la farine (ou plutôt la pâte), c’est le monde, le levain, c’est la Parole ou les fils du Royaume (selon qu’on regardera à la parabole du semeur ou à celle du bon grain et de l’ivraie). Donc première remarque, au milieu des images de père, de roi, de patron que Jésus utilise pour parler de Dieu, il faut ajouter l’image d’une ménagère.

 

Mais aussi importante soit cette remarque, ce n’est qu’une remarque, l’élément principal de la parabole, c’est le levain.

Sur le levain, je savais, grâce à la parabole qu’il en fallait peu, je connaissais bien sûr les pains sans levain de la Pâque et je me souvenais qu’il fallait se méfier du levain des pharisiens.

Alors j’ai complété mes connaissances bibliques avec un petit cours de boulange.

 

Le levain, à ne pas confondre avec la levure (j’y reviendrai), c’est une pâte à pain fermentée. Bref, ajouter du levain, c’est incorporer de la pâte à de la pâte. La parabole du levain complète les paraboles agricoles en nous enseignant que le règne de Dieu, c’est quand il n’est plus possible de distinguer le monde de ce que Dieu y a mis. Le règne de Dieu c’est quand notre monde, notre quotidien, notre vie est entièrement transformé, levé, soulevé par ce que Dieu y met.

 

De plus, non seulement il faut peu de levain mais le levain est « contagieux », pour reprendre les mots de mon professeur en boulangerie : « le levain est comme une véritable braise qui peut embraser des quantités infinies de pâte. Le levain étant composé d'eau et de farine, on le nourrit avec de l'eau et de la farine. »

Du coup, le levain se partage facilement, il me suffit d’en donner un peu et je peux refaire grossir le mien immédiatement et laisser l’autre nourrir la portion que je lui ai donnée.

Je n’ai donc pas à protéger jalousement mon levain contre les autres, qui voudraient me le prendre, je ne peux pas refuser d’en donner sous prétexte que je risque d’en manquer. Et je ne devrais même pas regarder de haut celles et ceux qui en sont dépourvu.

Ce ferment du Royaume que Dieu nous donne grandit en se partageant, il ne doit pas nous servir à juger ou à réduire les autres mais à les nourrir.

 

Un petit mystère quand même, nous avons remplacé le levain par la levure du bière alors même que le pain au levain est meilleur pour la santé, il évite par exemple les allergies au gluten, et selon pas mal d’avis, meilleur au goût.

Eh bien tout simplement, faire un levain mère est un procédé délicat, ça prend du temps.

On retrouve ici les pains sans levain de la Pâque, si pâque est célébrée avec des pains azymes, c’est pour rappeler l’urgence de la fuite, les pains sans levain sont des marqueurs de la hâte. Du coup, la parabole du levain est, à l’inverse, un enseignement de patience, de durée, d’attente. Le royaume des cieux est difficilement compatible avec notre logique de l’urgence, de la productivité immédiate.

 

Enfin, pour parler de la fermentation, mon professeur m’enseigne qu’il faut retenir deux mots : contamination et ensemencement. Je le cite, « la contamination c'est quand un agent pathogène, une bactérie vilaine vient envahir un milieu. Il en résulte pourriture et maladie. L'ensemencement c'est le même phénomène mais cette fois avec des bactéries (ou des levures) désirables et bénéfiques comme dans le levain naturel. »

Et je me rappelle que tout en prenant l’action du levain comme image du Royaume de Dieu, Jésus nous appelle à nous méfier du levain des pharisiens.

Il y a donc des levains qui ensemencent et des levains qui contaminent. Je pense que cela va de pair avec cette question du temps et de la patience. Aussi affamés soyons-nous du Royaume de Dieu, la parabole du levain nous exhorte à prendre le temps d’exercer ce discernement.

Et ce n’est pas simple, parce que les pharisiens citent la bible, leur levain est paré de la meilleure intention religieuse. Toute notre intelligence est donc sollicitée, mais pas seule, il ne s’agit pas seulement de discerner ce qui nous paraît juste ou ce qui nous convient. Nous avons la Bible, nous avons notre intelligence, et les textes que nous avons entendus ce matin, nous rappellent trois éléments au service de ce discernement.

Esaïe nous rappelle qu’il n’y a pas d’autre rocher sur lequel nous puissions fonder, assurer notre vie que Dieu. Nous le savons par cœur, mais je crois qu’il n’y a pas de rappel plus nécessaire que celui-ci.

Nous avons aussi l’enseignement que Jésus a opposé aux pharisiens, que Paul a repris : « La loi est faite pour l’homme et non l’homme pour la Loi », Dieu est pour l’humain. Tout discours - aussi biblique, religieux, traditionnel soit-il - qui ne reprend pas cette idée que, même dans sa colère, Dieu est toujours pour nous, qu’il veut la vie et non la mort, tout proclamation d’un Dieu qui détruit et fait mourir, n’est pas ferment du Royaume. Je sais bien qu’il y a des récits de colère dans la Bible mais même ceux-ci doivent être lus à la lumière de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ.

Enfin, rassurons-nous, quand notre intelligence ne suffit plus, quand le temps de l’attente est trop long, quand l’espérance vacille et fait place à la résignation, il y a l’Esprit qui même quand nous ne savons plus prier, gémit et intercède pour nous…

 

Frères et sœurs le levain a été incorporé à la pâte, il est là, il la fait vivre et respirer. Un pain nouveau nous est promis et offert, réjouissons-nous et surtout partageons-le.

 

Amen

 

 

 

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Comme la pluie et la neige

16 Juillet 2017 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #prédication, #Esaïe, #Parole

C'est par la Parole que Dieu agit et Sa parole, nous dit Esaïe est comme la pluie et la neige

 

Prédication du 16 juillet 2017

Matthieu 13, 1 à 23
Esaïe 55, 6 à 11

Je vous invite à rester debout

Malgré tout le respect que je dois à nos listes de lecture, je ne sais pas si c’est une bonne idée de mettre ce passage d’Esaïe en juillet. La parole de Dieu comme la neige et la pluie, je ne suis pas sûr que ça donne envie d’assister au culte pendant l’été… Ou alors, peut-être dans des régions plus caniculaires que la nôtre…

Mais c’est bien sur cette image de la neige et de la pluie que je voudrais que nous nous arrêtions ce matin, sur ce que cette image nous dit de la Parole de Dieu…

En effet, depuis le récit de la création du ciel et de la terre jusqu’à Jésus, parole faite chair en passant par la Loi de Moïse (les dix paroles), par les prophètes, la Bible nous enseigne que notre Dieu est un Dieu qui parle, qui nous parle et non seulement qui parle mais qui agit par sa parole.
Vous pouvez vous asseoir. 
J’espère que vous me pardonnerez ce petit jeu d’autorité, mais je voulais que nous ayons à l’esprit la différence entre agir par la parole et agir par la main. Si je vous avais fait relever ou asseoir physiquement, cela aurait été bien plus intrusif  voire plus violent.
Notre Dieu agit par la parole, c’est-à-dire qu’Il ne nous fait pas violence, Il nous laisse un espace à nous. Dieu nous parle, c’est-à-dire qu’Il nous reconnaît, et même fait de nous, des êtres sensibles et c’est à notre sensibilité, à notre intelligence qu’Il s’adresse.

Dieu nous parle et, Esaïe nous le rappelle, cette parole est efficace. Mais l’efficacité est souterraine. En fait, il ne s’agit pas tant d’opposer un Dieu visible et un Dieu caché que de distinguer une action manifeste, il pleut, il neige, Dieu nous parle (par l’Esprit, à travers la Bible, par ses témoins) et l’efficacité invisible de cette action.

Autre caractéristique, la fluidité : la Parole de Dieu, telle qu’Esaïe nous la décrit, n’est pas un marteau qui fracasse, ni un mur qui enferme, elle ne force pas le passage, elle s’insinue, elle s’infiltre. Je ne sais pas si vous vous souvenez d’avoir fait, enfants, pour occuper des trajets en voiture ou tout simplement des journées de vacances pluvieuses, des courses de gouttes : la moindre poussière, la moindre aspérité invisible de la vitre pousse la goutte à changer son parcours. Pour se frayer un chemin, la Parole change de forme, passe par des détours. Comme la neige, comme la pluie, la Parole de Dieu est insaisissable, elle est surtout inarrêtable. 
Mais pour que la pluie abreuve la terre, il ne faut pas que des trombes d’eau s’abattent brutalement sur le sol, sinon elle emporte tout et ne nourrit rien. J’imagine que vous n’arrosez pas vos plantes au karcher. Pour que la pluie soit nourricière, il vaut mieux qu’elle soit douce et régulière…
Cela nous permet peut-être de comprendre pourquoi Jésus parle en parabole. Là, où les disciples, dans leur impatience, voudraient une révélation immédiate aux foules, Jésus préfère laisser ces histoires étranges que sont les paraboles faire leur chemin, s’infiltrer dans ces yeux et ces oreilles fermées, éroder ces certitudes et ces refus, instiller une nouvelle image du monde. Bien sûr, cela prend plus de temps…

Mais, de fait, avec cette image de la pluie et de la neige, Esaïe nous entraîne dans le temps long : « sans avoir saturé la terre, sans l’avoir fait enfanter et bourgeonner, sans avoir donné semence au semeur et nourriture à celui qui mange ». De la germination à l’assiette, il y a quand même un certain temps, surtout quand on parle d’un arbre fruitier, entre le moment ou le figuier sort de terre et celui où vous pourrez en manger les fruits.

C’est une grâce que notre Dieu nous parle ainsi avec douceur, avec bienveillance, qu’il laisse un espace à notre sensibilité, à notre intelligence, qu’il nous donne le temps de recevoir et d’être. C’est une grâce et une source de reconnaissance.

C’est un exemple bien sûr pour notre parole d’Eglise, pour notre parole de chrétiens, pour notre parole d’humains.

Mais attention, certains ont bien compris l’efficacité d’une parole douce, fluide, souple et mettent cette connaissance au service d’une parole manipulatrice.
Nous, il nous faut bien entendre et laisser s’insinuer en nous cette autre parole de Dieu « vos pensées ne sont pas mes pensées et mes chemins ne sont pas vos chemins ». Le but de la parole de Dieu c’est que le méchant retourne vers le SEIGNEUR, qui lui manifestera sa tendresse, vers notre Dieu, qui pardonne abondamment. Ailleurs il est même précisé « que le méchant se détourne de son chemin et qu’il vive (Ezéchiel 18, 23) »
Frères et sœurs, laissons donc cette parole faire son chemin en nous, s’infiltrer dans nos cœurs et nos cerveaux. Demandons-nous sans cesse si le but de nos paroles est bien la vie de celui à qui nous parlons.

Amen

 

 

 

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Fatigués et chargés

9 Juillet 2017 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #prédication, #Matthieu, #fatigue, #accueil

Photo by Hernan Sanchez on Unsplash

Prédication du 9 juillet 2017

Matthieu 11, 25-30

 

En ce temps d’été où pour beaucoup, les vacances commencent, il est bon de parler de repos… Sauf qu’en fait, nous n’allons pas parler de repos, mais d’appel ainsi que de joug et de fardeau...

 

« Venez à moi… » Jésus appelle. Et qui appelle-t-il ? Quels sont les prérequis ? Faut-il être un homme ? Faut-il être juif ? (ce sont deux critères qui auraient fait sens à son époque Bien portant ? Valide ? De quel parti, de quel courant faut-il être ? Quels sont les diplômes requis ? A quelle catégorie socio-professionnelle faut –il appartenir ? Quelle couleur de peau faut-il avoir ?

 

Au moins, faut- il être respectable ? Avoir une bonne moralité ? Etre croyant ?

 

Rien de tout cela.

 

Pour être appelé par Jésus, il faut simplement répondre à un de ces deux critères : « être fatigué » ou  « avoir été chargé »

 

Venez à moi, tous qui êtes fatigués. Jésus ne sélectionne pas certains types de fatigue, il ne s’interroge pas sur les causes de la fatigue, il ne distribue pas des brevets de pénibilités. Il laisse simplement à chacun et à chacune la possibilité de reconnaître sa fatigue. Et il prend cette fatigue au sérieux. Jésus n’est pas de ceux qui disent « tu n’en rajoute pas un peu, là ? »

 

Venez à moi, tous qu’on a chargés. Non seulement Jésus voit notre fatigue, mais il voit aussi les fardeaux qu’on nous a imposés, les blessures que nous avons subies.

 

Voilà à qui Jésus s’adresse : celles et ceux qui sont fatigués, qui sont las, qui en ont marre, celles et ceux qu’on a chargé de souffrance, d’obligation, de culpabilité, de peur…

 

 Et puisque nous sommes ici en réponse à son appel, nous devrions nous rappeler qu’ici, ce n’est pas le cercle des dévots et des gens biens, ce n’est même pas l’assemblée des fidèles, ici, c’est le lieu de celles et ceux qui sont fatigués et chargés, de celles et ceux qui ne vont pas bien. (D’ailleurs si j’étais d’un naturel optimiste, je me réjouirais de ce que nous soyons peu nombreux)

 

Jésus nous appelle au repos… Enfin, c’est quand même un repos qui commence mal : « prenez sur vous mon joug ». Ahah ! C’était donc un piège !

Jésus a aussi des choses à nous faire porter.

Eh oui, pour nous donner le repos, Jésus ne nous invite pas à nous délester de tout ce qui n’est pas nous même pour nous abandonner à un doux farniente. Il nous appelle à apprendre, et à apprendre de lui.

 

Jésus nous appelle donc à changer d’école, à voir le monde différemment de la manière dont nous avons appris à le voir. Notre sagesse humaine, notre intelligence , ce qui nous permet de lire le monde, ne nous permettent pas de voir et de comprendre l’amour de Dieu. Cet amour de Dieu, c’est dans l’enseignement de Jésus qu’il nous sera révélé. (et une fois cet amour révélé, rien n’empêche de relire le monde à la lumière de cet enseignement). Mais, nous mettre à l’école de Jésus, cela ne nous est pas naturel, c’est donc nous charger de quelque chose qui ne vient pas de nous.

 

Mais ce fardeau est léger, ce joug est facile. En fait, se mettre à l’école de Jésus, ce n’est pas renoncer aux deux grands commandements de la loi de Moïse, bien au contraire, c’est les recevoir dans toute leur portée, dans tout leur poids : Tu aimeras le Seigneur ton dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée et tu aimeras ton prochain comme toi-même.

Ce joug est facile, ce fardeau est léger, à condition de savoir comment le porter. Se mettre à l’école de Jésus, doux et humble de cœur, c’est apprendre justement à plier les genoux pour porter un tel poids.

 

Etre humble devant Dieu, cela ne signifie pas n’avoir aucun doute, ne poser aucune question. Je crois que Job est une figure d’humilité et il n’hésite pas à crier vers Dieu toute sa révolte et sa colère. Mais contrairement à ses amis, Job n’est pas un sachant. Or, l’humilité devant Dieu consiste justement à reconnaître qu’on ne sait pas, que nous ne sommes que des chercheurs, des chercheurs avec des convictions, avec des refus, mais ni ces convictions ni ces refus ne peuvent être considérés comme des savoirs.

Le deuxième aspect de l’humilité, c’est la confiance. Dieu nous dit qu’il nous aime, eh bien je dois avoir l’humilité d’admettre ce verdict, même, et surtout, quand, je ne me sens pas aimable. C’est être humble devant Dieu que d’abandonner le verdict que nous posons sur nous-même pour accepter le sien…

 

Cette humilité devant Dieu entraîne la douceur pour nos frères et sœurs : si je reconnais que je ne suis pas un sachant Dieu mais un cherchant Dieu, cela ne peut que me conduire à me montrer plus patient, plus ouvert aux convictions des autres… Et si je sais que je suis aimé de Dieu, indépendamment de mes propres mérites, je peux aussi reconnaître que l’autre est aimé de Dieu…

Et il nous faut noter que Jésus lui-même est doux, notre maître, notre enseignant est doux : son école n’est pas une de ces écoles où il faut réussir pour être. A son école, on a le droit à l’échec, à l’erreur sans pour autant cessé d’être au bénéfice de son appel à porter un joug facile, un fardeau léger…

 

Cette humilité et cette douceur sont des fardeaux, des charges qui ne viennent pas de nous-même, mais elles sont faciles à porter parce que justement, les choses deviennent plus facile quand j’abandonne l’idée de me tenir vent debout, droit dans mes bottes, quand j’accepte un peu de renoncer à la haute idée que j’ai de moi-même…

 

Enfin, frères et sœurs, je voudrais revenir sur notre petit nombre ici, et sur mon pessimisme. Je ne crois pas que si nous sommes si peu nombreux, c’est que tout le reste des estivants ébroïciens va bien. Je crois que beaucoup de celles et ceux qui sont fatigués et chargés ignore qu’ici, leur charge sera délestée, leur fatigue sera reconnue…Notre Eglise devrait être ce lieu où l’on sait que quand on viendra, on nous ne chargera pas d’un poids, d’un jugement supplémentaire… Notre Eglise devrait être ce lieu d’accueil pour tous ceux qui sont fatigués et chargés… Notre Eglise devrait être un lieu de douceur et d’humilité, c’est le seul fardeau que nous ayons à porter et il est léger…

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Un coach pour les pasteurs ?

28 Juin 2017 , Rédigé par Marion Heyl et Eric George Publié dans #Bible, #Esaïe, #pastorale

Photo by Nathalie Leon on Unsplash

Une petite introspection pastorale à deux voix : le peuple d'Israël, témoin de la glorie de Dieu pour les nations, doute que Dieu se préoccupe de lui. Et nous, pasteur.e.s, faisons-nous mieux ?

Prédication dialoguée sur Esaïe 40, 27-31

ERIC

Si nous avons opté pour une lecture antiphonée, ce n’est pas seulement parce que ma collègue luthérienne m'y a obligé, c’était également pour souligner le côté répétitif…

On a l’habitude des répétitions dans la Bible, c’est à la fois une esthétique et un bon aide-mémoire, mais là, c’est quand même particulièrement gratiné. Alors peut-être que les répétitions d’Esaïe viennent répondre aux plaintes ressassées d’Israël. Dieu nous a abandonné, il ne nous écoute pas, il ne nous voit même plus...

MARION

J’ai un peu l’impression de nous entendre ! Il y a tellement de choses qu’on ressasse en Eglise, et peut-être plus encore dans notre ministère : nos déceptions, nos rancœurs, nos colères ! Et le conseil presbytéral qui n’avance pas assez vite ou qui ne prend pas les bonnes décisions, et le conseil régional qui ne répond pas à nos attentes, et le conseil national qui n’y comprend rien aux réalités paroissiales !

Il y a aussi tous ces éléments de langage de notre Eglise, qu’on entend sans arrêt : le seuil, le témoignage, les « fresh expressions », la vocation, le discernement…

Mais derrière ces mots que nous répétons sans cesse, est-ce que nous savons encore de quoi nous parlons vraiment ?

ERIC

C’est amusant que tu cites le seuil et les fresh expressions comme éléments de langage, parce que je me demandais si le verset 30 « même les adolescents et les jeunes gens » indiquait que déjà à l’époque d’Esaïe, le jeunisme sévissait en Israël. Mais en fait, il s’agit peut-être d’une fascination universelle pour ce qui est fort, conquérant (grignoter sur le seuil), ce qui nous paraît promesse de renouveau.
Dans les moments de colères et de déceptions, tout comme Israël, nous nous tournons vers ce qui nous semble propre à nous faire sortir d’une situation bouchée ou tout simplement d’un quotidien pas assez exaltant, nous tournons nos regards vers de nouveaux territoires à occuper. Dans les temps de lassitude, tout comme Israël, nous regardons avec intérêt ou peut-être avec envie vers celles et ceux qui lancent toutes sortes de choses nouvelles.

C’est peut-être là que sont nos jeunes gens et nos adolescents. Mais alors, nous devons entendre l’avertissement d’Esaïe : les adolescents s’épuisent et même le jeune homme finit par trébucher.

MARION

Alors nous voilà rassurés ! Finalement, nous sommes tous sur le même bateau… S’il peut nous arriver de ressentir un peu de jalousie à l’encontre de celles et ceux à qui tout semble réussir, il faut reconnaître qu’on peut aussi éprouver une sorte de soulagement quand on réalise que ce n’est pas le cas : voir tomber les meilleurs, voir se fatiguer ceux qui débordent d’énergie, voir se tromper ceux qu’on admire, c’est aussi regagner un peu de confiance en soi et en ses propres capacités !  Et j’irai même plus loin : parfois, c’est même de la réjouissance qu’on peut éprouver à la chute des autres, de ceux avec qui on n’est pas d’accord, de ceux à qui on peut ensuite dire « je t’avais prévenu que ça ne marcherait pas ».

Peu importe la manière dont on vit les choses, peu importe les sentiments qu’elles peuvent provoquer en nous, ce qui est surprenant, c’est qu’on est toujours en train de compter sur nos propres forces.

ERIC

D’ailleurs si Esaïe nous rappelle la chute des adolescents, ce n’est pas pour nous rassurer en nous disant que les petits jeunes avec leurs idées nouvelles peuvent tomber aussi (enfin, ça c’est pour moi), ou que les succès qui nous agacent ne dureront pas toujours.

Il nous appelle surtout à mettre notre espérance ailleurs, à ne plus compter sur nos propres forces justement.

Ce qui me touche particulièrement, en tant que pasteur, dans ce passage, c’est qu’Israël dont Esaïe fait le témoin de Dieu pour les nations, Israël ne sait même pas où est sa place, quelle est sa force en Dieu. J’avoue que je m’y retrouve un peu. En tant que pasteur, je dis souvent aux autres de lâcher un peu prise, de se tourner vers Dieu, de mettre leur espérance en lui. Mais quand je me débats avec les difficultés de ma paroisse, c’est sur mes propres forces, sur mon intelligence, sur mes initiatives que je compte. Quand je suis confronté à mes propres fragilités et limites, mon premier réflexe c’est l’auto-justification.

MARION

Je crois que nous sommes tous dans ce cas… Je crois même que nous sommes pires qu’Israël ! Israël est en mesure d’adresser ses plaintes à Dieu, de Lui dire « tu ne vois même pas ce qui m’arrive ». En ce qui me concerne, j’ai plutôt l’impression que devant les difficultés rencontrées dans mon ministère je ne suis parfois même plus en mesure de crier à Dieu « merde, c’est pour toi que je travaille, qu’est-ce que tu fous ? ». Je me tourne plus facilement vers ma famille, vers mes collègues (tu sais de quoi je parle !), vers les instances de notre Eglise, et quand je ne me crois plus capable d’apporter de réponse moi-même, j’attends que les autres m’y aident. Israël est dans un acte de foi bien plus grand en criant vers Dieu. Se plaindre à Dieu, c’est lui reconnaître la possibilité de venir nous porter secours, de venir nous rejoindre dans nos difficultés, d’y être présent avec nous, à nos côtés. C’est avoir confiance dans le fait que nous ne sommes pas seuls dans ce que nous traversons. C’est déjà être tourné vers lui, et pas seulement vers nous-mêmes.

ERIC

Pire qu’Israël… Tu es encore plus calviniste que moi, là… Donc tu as sûrement raison. Mais, sauf à considérer que nous avons perdu la foi, que ce que nous proclamons et enseignons n’est qu’élément de langage, ou pure hypocrisie – et je n’y crois tout simplement pas -  ce serait quand même intéressant de réfléchir un peu à ce qui nous empêche, souvent, de crier notre colère vers Dieu, de nous tourner vers lui quand de bêtes questions de gestion de pratiques paroissiales viennent pourrir notre annonce de l’Evangile.

 

MARION

C’est peut-être justement parce que ces questions nous paraissent « bêtes », pas à la hauteur de Dieu. Comme si c’était difficile d’accepter que Dieu se soucie de nous jusque dans nos plus « petits » problèmes. Finalement, c’est plus facile de croire qu’Il s’occupe du vaste monde que de croire qu’il s’occupe de chacune et chacun de nous, personnellement. Je suis toujours frappée de voir à quel point les gens ont besoin de venir au culte après un attentat. Ils cherchent alors un lieu de ressourcement. Mais j’ai rarement entendu quelqu’un me dire qu’il est là pour prendre des forces afin d’affronter ses soucis du quotidien. Peut-être aussi que nous nous tournons plus volontiers vers Dieu quand nous nous retrouvons face à des difficultés sur lesquelles nous n’avons de toute façon pas prise, qui nous semblent complètement hors de notre portée : les catastrophes naturelles, les tensions géopolitiques, mais aussi la maladie d’un proche ou la mort d’un être aimé. Il nous faut faire l’expérience de notre impuissance, accepter, comme tu le disais tout à l’heure, de lâcher prise, de perdre le contrôle.

 

ERIC

 Je reviens un peu sur notre situation de pasteur qui ne vivons pas de cette espérance que nous prêchons . Je crois que les paroles de consolation dont nous sommes parfois porteurs sont sincères tout comme nous sommes sincères quand nous enseignons ou prêchons que l’on peut confier à Dieu ses détresses et sa colère.

Seulement, peut-être qu’à force de le proclamer, nous avons désamorcé, neutralisé ce message pour nous-même. Après tout, si nul n’est prophète en son pays, comment pourrions- nous espérer être prophète pour nous-même ? Et même entre collègues, ne sommes-nous pas encore en notre pays ?

 

MARION

A force de le proclamer, mais peut-être aussi à force de l’entendre. La répétition ne concerne pas que la plainte, elle concerne aussi la Bonne Nouvelle, ou plutôt la manière dont elle est proclamée :  avec des mots, des expressions, des images (même si notre président – celui de la République, pas celui du Conseil Régional – nous en a piqué quelques-unes), des liturgies, des manières d’habiter la prédication. Pour que cette Bonne Nouvelle nous rejoigne vraiment, nous rejoigne encore, il faut peut-être que nous refassions l’expérience de son extériorité, que nous puissions à nouveau être rejoints et bousculés par elle, que nous trouvions comment nous rendre disponibles à sa nouveauté.

 

ERIC

Dans les versets qui suivent notre passage, Dieu convoque tous les peuples, Israël y compris, à comparaître devant lui. Finalement, c’est une manière assez radicale de remettre de l’extériorité…

Mais nous ne sommes peut-être pas obligé d’attendre la fin des temps pour être à nouveau disponibles à la nouveauté de la Parole de Dieu.

Comme tu le soulignais, la manière dont la Parole de Dieu nous est proclamée va avoir son importance. L’anecdote de la manière dont nous avons choisi ce texte pourrait être un exemple.

 

MARION

Oui, ZeBible avait mis comme titre « Dieu peut être ton coach personnel ». Je t’avais envoyé ça pour plaisanter ! Je n’imaginais pas une seconde que tu me proposerais sérieusement de partir de ce texte pour la pastorale !

 

ERIC

Pourtant tu sais bien  que je n'ai aucun sens de l'humour.

Plus sérieusement,  je me suis demandé à  quel point tu etais sérieuse. Et puis, j'ai trouvé le passage beau. Et en y pensant sous l’angle « pastorale », il m’a vraiment interpelé sur cette ressemblance entre Israël et nous, pasteurs.

Bref, il a suffit d’un malentendu sur une plaisanterie (et de cette conviction qui nous anime que la Bible a quelque chose à nous dire)  pour qu'un verset devienne cette parole extérieure qui nous prend par surprise, pour que nous retrouvions cette nécessité de remettre à Dieu même les plus triviaux de nos soucis d’Eglise.

Et là, pas de bol, au lieu de promettre que Dieu va régler tous les problèmes d’Israël (ce qui nous permettrait d’espérer qu’il va aussi régler tous ceux du Havre ou d’Evreux, ou ceux éventuels de vos propres lieux), Esaïe affirme juste que Dieu est celui qui renouvelle nos forces. En d’autre terme, il ne fera pas à notre place…

 

MARION

Non, mais c’est bien lui qui nous donne la force de continuer, ou de recommencer ! C’est lui qui rétablit nos forces, c’est en lui qu’on peut trouver le réconfort. C’est peut-être à chacun de nous de trouver les lieux et les temps, ou simplement de savoir les accueillir, où il peut être véritablement renouvelé par Dieu, où il peut non seulement annoncer la Bonne Nouvelle aux autres mais aussi la recevoir pour lui : une rencontre inattendue, une parole reçue au cours d’un partage biblique ou d’une visite, un verset qui nous porte au fil des pages de la Bible que nous tournons, un repas partagé autour duquel nous nous retrouvons et dans lequel nous recevons tout l’amour de Dieu pour nous. Ces lieux et ces moments où nous réalisons que quand bien même nous nous croyons à bout de force, Dieu est là et nous permet de venir puiser en lui la force qui nous manque.

D’ailleurs, c’est intéressant de voir que ce qui relève de Dieu : le fait qu’il ne s’épuise pas, qu’il ne se fatigue jamais, devient d’un coup accessible à celles et ceux qui espèrent le Seigneur. Ils peuvent alors, eux aussi, courir sans se fatiguer, marcher sans s’épuiser…

 

ERIC

Dieu nous permet de venir puiser en lui la force qui nous manque. Alors, je ne suis plus obligé de faire mes preuves tout seul. Je ne suis pas obligé non plus d’appliquer les recettes que l’on me donne, les solutions que l’on m’impose. Et, en ne faisant pas à ma place, Dieu ne m’impose même pas son propre rythme. Comme tu le soulignes, Esaïe propose plusieurs allures : courir, marcher, prendre son essor… D’ailleurs finalement, je n’ai pas très envie de savoir si pour prendre son essor l’aigle doit prendre un maximum de vitesse ou si, au contraire il doit se laisser tomber. Je préfère garder à l’image sa polyvalence, parfois j’ai besoin que Dieu me donne l’énergie du sprint, parfois j’ai plutôt besoin du courage de me laisser choir…

Finalement dans nos lassitudes et dans nos rêves de maîtrise, tout comme Israël, la Parole que Dieu nous adresse, c’est une parole de liberté. Je suis l’Eternel ton Dieu qui t’a fait sortir d’Egypte, c’est aussi un appel à nous tourner constamment vers lui.

 
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Au miroir du Misanthrope

29 Mars 2017 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture, #Misanthrope, #Molière, #Théâtre

Ce début n'est pas mal, et contre le prochain

La conversation prend un assez bon train

Molière. Le misanthrope

 

« Il faut se rappeler qu’au XVII° siècle, les personnages de Molière n’étaient pas en costume d’époque. Si Molière écrivait aujourd’hui, ses personnages seraient en jeans et basket. »

Clément Hervieu-Léger

Je ne sais pas à quel point les costumes contemporains (pas vraiment jeans-basket) y sont pour quelque chose mais au-delà de la beauté des vers et du mordant de l’ironie, la mise en scène d’Hervieu-Léger me fait découvrir Le misanthrope comme un tourbillon d’humanité.

Bien loin de la leçon de morale que nous donnait notre professeur de français : « Molière trouve qu’Alceste est excessif dans sa misanthropie et son personnage raisonnable, c’est Philinte », Le misanthrope est un portrait, ou plutôt une galerie de portraits, douloureux, certes, sans complaisance mais aimants d’une humanité fragile.

« Je hais tous les hommes

Les uns, parce qu’ils sont méchants et malfaisants

Et les autres pour être aux méchants complaisants »

déclare Alceste… Tu parles, Charles ! Cela ne l’empêche pas d’aimer Célimène tout en étant parfaitement lucide sur ce qu’elle est… Parce qu’elle est jolie ? Pour son esprit ? Plus simplement parce que l’amour, cela ne se choisit pas, cela ne se décrète pas

Et quoique avec ardeur, je veuille vous haïr

Trouvè-je un coeur en moi, tout prêt à obéir ?

et quoiqu’en dise Eliante, cela ne rend pas aveugle aux défauts de celui ou de celle qu'on aime

Derrière sa misanthropie, Alceste est en fait un humaniste blessé par ce qu’il perçoit de l’humanité…

Célimène, souvent présentée comme la coquette type, la frivole, tremble surtout de rejeter qui que ce soit, Alceste a raison ; « Conserver tout le monde est votre grande étude » et même ses portraits au vitriol sont un moyen de briller en société plus que l’expression de son cœur.

Derrière son esprit et sa coquetterie, Célimène a avant tout besoin d’être aimée.

Philinte, le sage, paraît tout d’abord bien hypocrite et doucereux. Il n’en est pas moins un amoureux discret et résigné et surtout un ami fidèle, un second rôle dont la loyauté éclate dans le dernier vers

« Allons, madame, allons employer toute chose

Pour rompre le dessein que son cœur se propose… »

Même Oronte dans son désir de briller et son incapacité à accepter la critique, même Arsinoe dans sa jalousie blessée nous ressemblent trop pour être tout à fait antipathiques…

Alors, une relecture théologique du Misanthrope ? Deux, rapides, pour commencer…

D’abord, « la connaissance de Dieu et de nous même sont choses conjointes » (Calvin), ici, Molière tend à notre humanité un miroir à peine déformant et, quand la trahison de Célimène éclate au grand jour, elle reste aimée. Je préciserai juste que Dieu est plus constant qu’Alceste…

Et puis, je remarque que quand, sans en changer une ligne, Hervieu-Léger fait entrer Molière dans notre quotidien, la pièce ne perd rien de sa beauté et retrouve toute sa profondeur. Raison de plus pour ne pas enfermer la Bible dans un sacré compassé et solennel… Les textes bibliques rendus au quotidien, cela ne peut pas nuire au message, bien au contraire. Bien sûr, l’interprétation et la mise en scène d’Hervieu-Léger reposent aucun doute sur une étude sérieuse. La Bible rendue au quotidien, cela ne veut pas dire la fin de l’exégèse…

 

Pour finir, avant de m'attaquer à Molière et Osée, relecture théologique ou pas, si vous avez l’occasion de voir Le Misanthrope mis en scène par Clément Hervieu-Léger au théâtre ou au cinéma, n’hésitez pas.

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Problèmes de vue

26 Mars 2017 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #aveugle de naissance, #Jean, #Vision, #lumière

Prédication du 26 mars 2017

Ephésiens 5, 8 à 14

Jean 9, 1 à 41

 

La  guérison de l’aveugle de naissance occupe 2 versets sur les quarante du récit. Tout le reste est consacré à une véritable enquête autour de cette guérison, avec interrogatoires et contre-interrogatoires D’où vient la maladie ? qui a accompli la guérison ? et d’où vient ce guérisseur ? Et, au cours de cette enquête, il apparaît de plus en plus évidemment que l’aveugle de naissance n’est pas le seul à souffrir d’un trouble de la vision.

C’est d’ailleurs ce que Jésus affirme au moment de la révélation finale qui vient conclure toute bonne histoire d’enquête (n’en déplaise aux britanniques mais Sir Conan Doyle et Agatha Christie n’ont rien inventé en la matière)

Mais revenons à nos problèmes de vue…

 

Le trouble de la vision le plus répandu est manifesté par les gens, par la foule : il consiste à ne voir de l’individu qu’un aspect de sa personne. Cela s’appelle l’essentialisation. Ici, l’homme est aveugle et il n’est que cela. Il n’est à tel point que cela que quand il est guéri, quand il voit, on ne le reconnaît plus. Est-ce lui, est-ce un autre ? On ne sait pas trop.

Ici, l’individu est réduit à son handicap, il aurait pu l’être à sa couleur de peau, à son orientation sexuelle, à son genre, à son origine sociale, à son âge, à sa religion… Bref, l’essentialisation est un trouble optique très répandu.

Et malheureusement, l’essentialisation est plus grave que la myopie. Je suis myope, si j’enlève mes lunettes, je vous vois flou, mais vous ne devenez pas flous pour autant. Alors que si on ne vous voit que comme handicapé, ou noir, ou femme, ou vieux, vous allez vite vous réduire vous-même à cela…

 

Les fruits de la lumière, cela pourrait commencer par voir un peu plus qu’un seul aspect de celui ou celle que l’on regarde.

 

Les disciples, eux, manifestent deux troubles de la vision.

D’abord, ils souffrent d’un petit problème de distinction : quand ils croisent un homme atteint de cécité, ce qu’ils voient, c’est un problème théologique. Un peu comme si leur cerveau analysait mal l’image renvoyée par leurs yeux.

C’est un mal plus répandu qu’on ne pourrait le penser. Vous n’imaginez pas le nombre de personne qui au lieu de voir des humains, des individus voient des questions de sociétés, des enjeux politiques, des part de marchés, des cibles commerciales et que sais-je encore... Et en période d’élections, l’épidémie a tendance à s’aggraver…

 

Et puis, ils ont un petit problème de focale. En fait, quand ils voient l’homme, ou plutôt de leur point de vue, la question théologique, finalement ils regardent à côté, ou plutôt en arrière dans le passé « d’où ça vient ? » et très vite le « d’où ça vient devient « à qui la faute ? « Est-ce que c’est la faute de la victime ? qu’est-ce qu’il a mal fait pour mériter ça, quelle règle de sécurité a-t-il omise, sa tenue n’était-elle pas trop provocante, trop ostensiblement riche ?

Et si ce n’est pas sa faute, est ce que c’est sa famille ? Ou bien les juifs ou les immigrés, ou bien les pauvres, ou bien les riches, ou bien les politiciens ?

Cette recherche de coupable aussi s’aggrave en période électorales…

 

Les fruits de la lumière, cela pourrait commencer par chercher des remèdes à la souffrance plutôt que des coupables.

 

Les parents de l’homme, eux, semblent avoir une bonne vue. Ils voient bien la personne, au-delà de sa cécité : « c’est bien notre fils ». Ils peuvent se concentrer sur le présent. « Il est né aveugle et maintenant il voit ». Les yeux vont bien mais il y a peut-être un problème au niveau des cervicales. Très vite, ils baissent la tête ou la détournent. « Allez lui demander à lui » « Nous on ne veut pas s’en mêler »

On comprend bien leur peur, ils savent ce qui s’est passé mais s’ils affirment que Jésus a le pouvoir de guérir, ils sont menacés d’exclusions. Il arrive que l’on baisse la tête, que l’on détourne le regard pour beaucoup moins que ça. Parce que c’est trop compliqué, parce que cela nous dérange dans notre confort, parce qu’on n’a pas envie de voir, tout simplement…

 

Les fruits de la lumière, cela pourrait commencer par le courage d’annoncer d’où vient la lumière.

 

Enfin, il y a les pharisiens. Alors eux, ils ne s’intéressent pas à la cécité de l’homme ni à ses origines, ils voient la guérison et finalement, ce qui les intéresse, c’est la cause de la guérison et surtout, surtout, si cette guérison est conforme à leurs règles. Leur problème de vision, c’est le soupçon. « Bon ça va mieux, mais qu’est-ce que ça cache ? »

 

Les fruits de la lumière, cela pourrait commencer par rendre grâce à Dieu quand la souffrance est vaincue. Même si ses voies sont peu orthodoxes.

 

Peut-être, avons-nous diagnostiqué chez nous-même tel ou tel de ces problèmes de vision qui nous empêchent de bien voir nos frères et nos sœurs. Et à dire vrai, j’espère que nous l’avons fait, j’espère qu’en entendant ce texte, nous nous disons un peu qu’il est temps de changer de verre, que nous n’y voyons pas si bien que nous le pensions. Parce que Jésus est venu pour que les aveugles voient, parce que tous ces problèmes de vue, il nous offre de les guérir. En revanche, si nous pensons y voir clair, si nous croyons que nous avons dix sur dix à chaque oeil, alors, comme les pharisiens, nous nous aveuglons nous-même et nous nous enfonçons dans des ténèbres dont il sera difficile de sortir.

 

Frères et sœurs, ne refusons pas le diagnostic que Jésus pose sur nous. Il nous permet de voir notre propre cécité. Il assaini notre regard sur notre prochain et dans la nuit du monde nous invite à poser des gestes porteurs de lumière. Un regard sain pour des gestes sains.

Amen

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Massa et Meriba

24 Mars 2017 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #Moïse, #Querelle, #Samaritaine

 Prédication du 19 mars 2017

Exode 17 ; 1 à 7

Jean 4 ; 5 à 42

Romains 5 ; 1 à 8

Nous connaissions les chansons à boire, les textes que nous avons entendu ce matin nous présentent des histoires de soifs. La soif d’un peuple qui maugrée et vitupère, la soif d’une femme qui cherche et interroge, la soif d’un homme qui demande.

Le peuple avait soif et Moïse a fait jaillir l’eau du rocher. Généralement, on raconte cette histoire d’une manière admirative : encore un prodige de l’homme providentiel ! Mais quand on lit le texte, quand on l’écoute, on se rend compte que l’ambiance n’est pas au prodige ni au triomphe.

D’ailleurs, le nom que va porter cette source, ce n’est pas Dieu a vaincu la soif, ni eau de Dieu, ni aucun nom laudatif, le nom que va porter ce lieu c’est Massa et Meriba, querelle et provocation.

On ira jusqu’à faire de cet épisode la raison pour laquelle Moïse ne pourra pas entrer en terre promise. Bref,  où nous aurions envie de crier « Miracle ! Dieu a fait jaillir l’eau du rocher ! » La Bible garde en mémoire la dispute et la provocation, et pour enfoncer le clou redouble d’ailleurs le nom, au nom connu de Meriba, elle ajoute Massa.

De cette étrange toponymie, je reçois un avertissement : même quand la soif a été étanchée, même quand l’homme providentiel a ouvert les vannes, même quand Dieu a fait jaillir l’eau du rocher, ce qui reste, ce qui stagne, c’est bien souvent la querelle, la provocation, la dispute et  la mise à l’épreuve.

Et je dois bien m’avouer que c’est très souvent vrai dans ma vie. Et que j’ai l’impression de ne pas être le seul dans ce cas, pas le seul à connaître ce goût de cendres… Alors suis-je, sommes-nous condamnés à nous identifier à ce peuple, à nous installer une fois pour toute à Massa et Meriba ? Et à rester là dans la chaleur, dans l’aridité du jour ?

Et voilà que dans ma sécheresse, l’Evangile selon Jean me fait lever les yeux sur une femme. Porteuse d’eau, elle est surtout porteuse de blessures, des blessures qui l’empêchent de venir puiser l’eau avec les autres femmes ;  porteuse de colère et de contestation, contre ces juifs qui contestent tout ce que ces ancêtres lui ont appris et ne veulent avoir aucun contact avec elle ; porteuse de provocation, gouailleuse, même, quand cet homme aux mains nues lui promet une eau nouvelle, une eau plus vivante même que celle que Jacob, le patriarche, l’ancêtre à fait couler pour elle et les siens.

Nous pouvons nous reconnaître dans les blessures et la honte de cette femme, nous pouvons nous reconnaître dans ses colères et de son amertume face à ceux qui la rejettent, nous pouvons nous reconnaître dans son ironie face à une promesse qui, de prime abord, sonne creux.

Nous pouvons nous reconnaître en elle, mais elle, un homme l’aborde et lui demande à boire, un homme l’aborde et transforme son regard, un homme l’aborde et l’ouvre à un nouveau possible. Il crée la surprise et il lui dit sa soif véritable, il crée la surprise et ouvre au non-jugement. Il crée la surprise et ouvre la vie

Nous pouvons nous reconnaître dans la samaritaine..., sauf que nous, nous avons beau traîner au bord de tous les puits, tourner autour de toutes les fontaines, roder non loin des sources, quand est ce que Jésus nous demande à boire, quand est-ce qu’il ouvre le dialogue avec nous ?

A la Samaritaine, Jésus demande de l’eau et il crée ainsi la surprise et le dialogue. Mais à nous, il ne demande rien…

Rien ? Vraiment ? « Aime ton prochain comme toi-même », « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé », « aimez vos ennemis »

N’est-ce pas une demande assez incongrue pour nous faire réagir, pour provoquer un dialogue ?

Notre réaction pourrait être :

- Comment ? Toi qui a été jusqu’au bout de l’amour, toi qui as tout donné, qui as pardonné même à tes bourreaux, tu me demande à moi d’aimer, moi dont le cœur est si plein de colère, plein de querelles et d’amertumes. Mais je ne peux pas.

Et je crois que sa réponse serait la même qu’à la Samaritaine :

  • si tu savais le don de Dieu, et qui est celui qui te parles, tu lui demanderais d’ouvrir ton cœur à l’amour et il ferait jaillir en toi une source de vie, une source d’amour éternel.

Peut-être qu’alors, comme la Samaritaine, notre réaction serait sarcastique « eh bien, il y a intérêt à creuser profond ! » mais nous, nous savons déjà qui est celui qui nous parle puisque nous sommes ici. Nous savons qu’il a ce pouvoir sur nous et pour nous

Alors, frères et sœurs,

Je vous invite à la prière

Père

C’est assoiffés que nous nous tournons vers toi

Garde-nous de laisser notre soif devenir colère et emportement

Assèchement et repli sur nous-même

Dégage nos voies

Débouche nos canaux

Désencombre notre cœur

Pour que puisse jaillir en nous

La source de ton amour

Pour que cet amour devienne fontaine

Par nos yeux, nos paroles et nos actes.

Amen

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Rahan et la fabrique des idoles

1 Février 2017 , Rédigé par Eric George Publié dans #Théo en culture, #Petite théologie pas très sérieuse, #Rahan, #Idole, #libre-pensée

Rahahaaaaaha ! Un cri s’élève dans la forêt préhistorique, Rahan a sauvé la veuve et l’orphelin, il a libéré un village, ou vaincu une dinosaure surgi accidentellement du fond des âges.

Dans les pages de Pif-Gadget puis dans son propre magazine, Rahan, fils de Craô et des âges farouches, allait au secours de Celles et ceux qui marchent debout  (les humains, hein pas les échassiers) et inventait la dynamite, l’élastique, la loupe ou Internet (ah non, en ce qui concerne le dernier, Rahan n’y est pour rien, il paraît que c’est François Fillon… Pour les trois premiers, je vous jure que c’est vrai, c’est dans les bédés).

Je me rappelle qu’en grandissant, j’avais été gêné par l’image de ce grand athlète blond qui venait aider des peuples petits et plus ou moins bronzés à se civiliser, mais force est de reconnaître que là, Rahan s’inscrivait dans une vieille tradition culturelle…

En dépit de ce hiatus, le message profond de Rahan, c’était la fraternité humaine, la foi indéfectible en la vertu du progrès scientifique et technique et, à peine masqué,  l’anticléricalisme. En effet, à une exception près (de mémoire de filsdecrâophile), quand Rahan rencontrait un sorcier (un prêtre, donc), celui-ci était l’ennemi. En effet, dans la construction sociale des âges farouches (et de Pif-Gadget), le sorcier/prêtre abuse de la crédulité du village alors que le scientifique met son observation de la nature au service de la collectivité.

Mais le comportement de ce sceptique avant la lettre (au sens propre) est assez intéressant...

 

Rahan commence sa carrière de voyageur en courant après le soleil et c’est très agaçant pour lui car tous les matins, le soleil se lève derrière lui. Bon, comme il est malin, il ne passe pas son temps à faire des allers-retours, il va à la recherche de la tanière du soleil. Jusqu’au jour où observant une course de pirogue autour d’une île, il comprend que le soleil tourne autour de la terre et qu’il ne sert à rien de rechercher sa tanière.

Au lieu de se poser pour écrire une thèse fondatrice du géocentrisme (je peux ironiser tant que je veux, mais Rahan, c’est très bien pour comprendre que la lutte entre héliocentrisme et géocentrisme, c’est une lutte de conceptions scientifiques bien plus qu’une lutte entre science et foi), Rahan va continuer ses voyages. A l’aveuglette ? Non, dorénavant, tous les matins, il fait tournoyer son coutelas d’ivoire pour qu’il lui indique la direction où aller. Et, quels que soient les obstacles (océan, falaises infranchissables, marais mortels), Rahan va suivre la direction indiquée par ce morceau d’ivoire (parfois en l’engueulant, quand même)

Et là, précisément parce qu’il dénonce toute superstition, Rahan devient semblable au fabricant d’idoles tel que le dépeint Esaïe

 

Il se coupe des cèdres, Il prend des rouvres et des chênes, Et fait un choix parmi les arbres de la forêt ; Il plante des pins, Et la pluie les fait croître.

Ces arbres servent à l’homme pour brûler, Il en prend et il se chauffe. Il y met aussi le feu pour cuire du pain ; Et il en fait également un dieu, qu’il adore, Il en fait une idole, devant laquelle il se prosterne.

Il brûle au feu la moitié de son bois, Avec cette moitié il cuit de la viande, Il apprête un rôti, et se rassasie ; Il se chauffe aussi, et dit: Ha ! Ha ! Je me chauffe, je vois la flamme !

Et avec le reste il fait un dieu, son idole, Il se prosterne devant elle, il l’adore, il l’invoque, Et s’écrie : Sauve-moi ! Car tu es mon dieu !

Esaïe 44, 13-17

 

En fait, à l’insu sans doute de Lecureux, en obéissant à son coutelas, en lui parlant, Rahan devient figure de cette humanité qui,  alors qu’elle se veut esprit fort et libre - précisément lorsqu’elle se veut esprit fort et libre - forge ses propres chaînes, s’entrave à des idoles dont elle connaît tous les secrets de fabrication, se rend esclave de ses propres outils ; une humanité qui, pour se libérer d’une puissance extérieure à elle-même, préfère se soumettre à des dieux qu’elle s’est fabriquée.


Et Esaïe de conclure “Ils n’ont ni intelligence, ni entendement”

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Vivre ensemble / Vivre en Christ

25 Janvier 2017 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible, #corinthiens, #conflits, #pardon, #Eglise

Je vous en supplie, soyez tous d’accord et qu’il n’y ait pas de division parmi vous

Ce n’est pas le moment où l’on a envie d’entendre ça…. C’est sûr qu’en regardant les textes du jour j’aurais préféré des sujets plus faciles comme la trinité, la divinité de Jésus ou la prédestination…

C’est sans doute un des moments où tous, nous avons le plus besoin de l’entendre

Jamais Corinthe n’a été aussi proche d’Evreux ! Jamais Paul ne s’est adressé à nous de manière aussi directe. Parce qu’il faut bien se l’avouer, je ne suis pas sûr que nous ayons jamais vécu les grandes divisions des Confessions chrétiennes avec autant de souffrance que le conflit qui traverse aujourd'hui notre petite communauté…

Oui, ce matin, ce passage de la Bible nous accuse tous, et je suis bien certain que personne n’aura la puérilité de dire « c’est pas moi qui me dispute, c’est lui »

Que chacun entende plutôt ce que Paul nous dit à tous sur nos divisions avec d’autres chrétiens.

D’abord, il ne cherche pas à dénoncer le ou les corinthiens qui sont à l’origine de la dispute, quel groupe, quelle action a provoqué quoi. Ah ! c’est la corruption de l’Eglise catholique d’il y a 500 ans ! Ah c’est l’intransigeance de Luther ! Paul reproche les divisions à tous les corinthiens !  Je suis même persuadé par la suite de sa lettre, que ses reproches les plus âpres sont adressés à ceux qui se réclament de lui bien plus qu’aux autres courants de pensée.

Il explique aux corinthiens : le problème c’est que vous dites « je suis de untel » Je suis de untel, Paul va le développer ensuite, ce n’est pas seulement se réclamer de tel ou tel maître à penser ou de tel ou tel gourou, c’est aussi des questions d’être d’origine juive ou païenne, et cela peut s’étendre à notre sensibilité, à notre tradition, à nos pratiques

Attention, Paul ne dit pas le problème c’est que vous soyez de Paul, de Cephas ou d’Appolos, de telle ou telle culture, de telle ou telle pratique, sensibilité ou tradition. Nous avons tous nos appartenance, Paul ne dit pas « : « je ne veux voir qu’une seule tête » Ce qu’il dit c’est : « le problème c’est que vous vous en réclamez, le problème c’est que c’est ça que vous mettez en avant : votre appartenance, votre tradition, votre sensibilité, vos préoccupations. »  Le problème, c’est que dans notre relation avec nos frères et sœurs en Christ, c’est que nous regardons nos racines, pas seulement là d’où nous venons mais là où nous nous tenons.

Paul ne nous dit pas non plus d’apprendre à comprendre ce que sont les racines de l’autre. Il ne nous invite pas à nous montrer plus compréhensif, plus à l’écoute, ou au moins plus tolérant. Bien sûr, Paul ne nous dit pas qu’il ne faut pas le faire, simplement ce n’est pas cette solution très humaine qu’il nous invite à suivre. Pourquoi Paul n’invite-t-il pas les corinthiens aux règles primaires du vivre ensemble ?

J’y vois trois raisons :

  • d’abord, il n’a pas besoin de nous inviter, nous, ébroïciens, à nous montrer plus compréhensif ou plus tolérant, pas plus qu’il n’avait besoin d’y inviter les corinthiens. Quand des humains vivent ensemble, ils essayent de se supporter mutuellement... Quand il y a des conflits dans une communauté qui voudrait vivre en paix, la première chose que l’on fait, c’est de faire un effort, même dans mon calvinisme le plus sceptique sur l’humanité, j’en reste persuadé. Bref, si Paul écrivait aux corinthiens ou à nous, essayez de vivre ensemble, ils auraient répondu, on lui répondrait : « merci, c’est sûr qu’on y avait pas pensé ! »
  • Ensuite, ces règles du vivre ensemble ont leurs limites. Bien sûr que sur le papier, on doit toujours essayer de comprendre le point de vue de l’autre, la place où il se tient et pourquoi il s’y tient. Mais bon, il arrive quand même que cela soit parfois tout simplement trop difficile pour nous, que la distance soit trop grande. Que le lieu de l’autre nous soit trop étranger ou que notre propre lieu nous emprisonne trop.
  • Enfin, ces règles du vivre ensemble ont leurs propres dangers et principalement celui d’enfermer l’autre dans son origine dans ses racines, d’en décider pour lui. Parce que c’est un homme, parce que c’est une femme, Parce qu’il/elle a tel âge, parce qu’il/elle a tel parcours, il/elle pense forcément comme cela, il/elle a forcément telle ou telle revendication…

 

Paul donc ne nous invite pas à suivre les règles élémentaires du « vivre-ensemble », il préfère nous ouvrir un chemin nouveau, un chemin qui nous est particulier, à nous, chrétiens. Dans nos relations aux autres, dans nos relations à nos prochains, au lieu de commencer par les racines, les sensibilités, les préoccupations, celles de l’autre et les nôtres propres, et si on regardait d’abord à celui qui nous appelle tous, à celui qui fait de nous des frères et des sœurs.

Je vous en supplie, soyez tous d’accord et qu’il n’y ait pas de division parmi vous !

Ce n’est pas facile. Ce n’est jamais facile mais en ce moment nous sommes plusieurs à mesurer douloureusement combien c’est difficile. Eh bien, il nous faut entendre la supplique complète : je vous en supplie au nom de Notre Seigneur Jésus Christ.

C’est dans la prière et dans la confiance qu’il nous faut porter cette épreuve

Que Dieu nous soit en aide.

Amen

(Merci à Aafke pour la photo)
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