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Une croix pour les rassembler tous...

29 Janvier 2008 , Rédigé par Eric George Publié dans #Bible

undefinedPrédication du dimanche 27 janvier 2008
Esaïe VIII, 23 à IX, 3
Matthieu IV, 12 à 23
I Corinthiens I, 10 à 25

Le passage de Corinthiens qui nous est proposé ce matin, par Parole pour tous et par le lectionnaire catholique me semble une bonne manière de rappeler la nécessité de prolonger la prière pour l’unité au-delà du 25 janvier.
Nous voici donc à Corinthe… Ville portuaire célèbre pour sa débauche (et pas d'un point de vue chrétien ou juif, mais aussi dans le discours païen de l'époque), son culte d'Aphrodite et sa prostitution sacrée. Ville de culture aussi, célèbre pour ses écoles, ses philosophes et ses penseurs… Et c'est dans cette ville cosmopolite que naît une petite communauté chrétienne, constituée majoritairement d'esclaves et de pauvres.
Et ces saints de Corinthe, tout sanctifiés, c'est-à-dire « mis à part », qu'ils sont, n'échappent pas à l'ambiance qui les entoure. La communauté de Corinthe est traversée par les conflits : division, procédures judicaires entre frères, inceste, exclusion… C'est pour les aider à résoudre ces crises que Paul leur écrit. Et sa lettre commence donc par une proposition de la résolution des divisions.
Tenez le même discours, qu'il n'y ait pas de division, soyez bien unis dans la même intelligence et la même pensée. Une résolution des conflits qui ressemble beaucoup, à première vue, à « Je ne veux voir qu'une seule tête. » Et c'est vrai qu'il m'arrive souvent de penser que ce conseil faciliterait la vie de nos communautés : nos conseils presbytéraux seraient moins longs, nos synodes plus efficaces si tout le monde voulait bien penser de la seule manière intelligente qui soit : la mienne.
Est-ce vraiment la solution préconisée par Paul ? Je ne crois pas. Paul est humain, il lui arrive certainement de penser que son discours est le bon, le plus valable. Mais ici, ce n'est pas de cela dont il est question.

Je vous encourage frères, par le nom de Jésus Christ, afin que vous teniez le même discours. » Voici le découpage classique. On pourrait en entendre un autre Je vous encourage, frères par le nom de Jésus Christ, afin que vous teniez le même discours En effet, on peut entendre le nom de Jésus Christ, non pas seulement comme une manière de souligner l'exhortation mais bien comme étant au cœur de la résolution des conflits et des divisions ; C'est par le nom de Jésus Christ que les corinthiens sont frères. C'est par le nom de Jésus Christ que leurs discours, leurs pensées peuvent se rassembler. Et c'est bien ce qu'indique la suite du texte. Les uns se réclament de Paul, d'autres d'Apollos, d'autres encore de Pierre ; à l'imitation des philosophes grecs chacun se revendique d'un témoin humain, d'une école de pensée. Et Paul rappelle moi, je suis de Christ. Christ est-il divisé. Est-ce au nom de Paul (encore cette importance du nom) que vous avez été baptisé ?

Cela signifie-t-il que Paul veut interdire les différentes écoles de pensées ou d'interprétation dans la communauté chrétienne ? Non. Tout d'abord si Paul joue ici la carte de la modestie, il ne s'est jamais interdit de penser. Il suffira de lire se lettres pour s'en persuader. Quant à la diversité des pensées et des témoignages, elle n'est en rien contraire au christianisme. Quand l'Eglise a adopté le canon, c'est à dire, quand elle a décidé des textes qui formeraient la Bible, elle n'a pas cédé à la tentation de l'uniformité : 4 évangiles offrant 4 visions différentes, x lettres qui témoignent de disputes entre théologiens, on fait mieux comme livre fondateur d'une pensée unique... Et ce souci de la diversité se manifeste dès le départ. C'est deux par deux que Jésus appelle ses témoins. Or, deux témoins, cela veut dire deux subjectivités et donc deux témoignages... Ainsi la diversité est non seulement acceptée mais elle est voulue. Et si cette volonté de diversité offre une très grande liberté d'interprétation, elle pose aussi une limite : si ma lecture est légitime, je dois aussi reconnaître la légitimité des autres lecture.

Mais alors, que signifie "je vous encourage à avoir un même discours" ? Paul rappelle aux corinthiens, il nous rappelle que pour cette diversité    de pensée n'empêche pas notre unité, il faut un référent commun, un référent que nous placions au dessus de nos réflexions. Ce référent unique n'est pas une autorité humaine ou institutionnelle : Paul qui montre dans plusieurs de ses lettres combien il est convaincu que sa lecture de l'Évangile est la bonne, ne se présente pas ici comme celui qu'il faut suivre mais comme le chef d'un de ces courants de pensée qu'il faut relativiser.
Ce référent unique n'est pas non plus un sacrement : Ce n'est pas pour baptiser que Christ m'a envoyé, c'est pour annoncer l'Évangile
Alors quel est ce référent unique, ce plus petit dénominateur commun à des lectures si multiples, à des horizons si divers ? La réponse paraît un peu évidente, c’est Jésus-Christ… Mais Paul va plus loin c’est Jésus-Christ crucifié. Pour Paul le discours dans lequel les chrétiens doivent se rassembler, ce n’est pas la prédication de Jésus Christ, ni sa nature, ni sa résurrection mais sa mort. Pourquoi ? Parce que, nous dit Paul, la croix est scandale et folie. Parce que face à la croix, toute intelligence humaine doit marquer un temps d’arrêt et avouer son impuissance.
Bien sûr, la résurrection du Christ ou sa nature (Dieu fait homme, homme devenu Dieu, …) échappent aussi à nos raisonnements humains. Mais ce n’est pas la même chose. Si nous devons toujours nous rappeler que nos mots, notre entendement humain, sont incapables d’appréhender complètement ces notions, nous pouvons toujours réfléchir, interroger, spéculer. Mais face à la croix, c’est à dire face à la souffrance de l’innocent, face à l’humiliation du juste, nos spéculations deviennent obscènes. Raisonner sur un messie crucifié, c’est refuser de voir la souffrance, ou simplement l’intellectualiser.
Attention cela ne signifie pas que nous devons crucifier notre intelligence mais simplement qu’il y a un moment ou nos mots sont vides, nos raisonnements sont folie. La croix interdit, bien sûr, certaines lectures : on ne cherche pas la puissance au nom de celui qui fut faibles entre tous, on ne persécute pas au nom du juste persécuté. Mais en nous rappelant que notre discours commun est celui de la croix, Paul nous ouvre une immense liberté de lectures. Le messie crucifié dans un même geste donne à notre intelligence une immense liberté, permet un foisonnement de discours chrétiens et nous rassemble dans un langage unique, cette croix devant laquelle se tait l’intelligence humaine pour laisser se révéler l’amour infini de Dieu pour nous.

Frères et sœurs, que l’évangile vous interpelle, que votre intelligence tourne à plein régime, écoutez ce que les théologiens de tout bord ont à dire, suivez vos propres pistes, mais garder à l’esprit qu’au-delà de notre intelligence, au-delà de notre raison, un langage unique nous rassemble, un langage qui est scandale et folie, une croix pour les rassembler tous et dans la lumière les mener.

Amen

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marie 10/02/2008 15:34

Ne pourrait-on pas donner plus de publicité à cet appel de Taizé ?

http://www.taize.fr/fr_article5542.html

marie 09/02/2008 16:22

Jésus-Christ est la Vérité. La Vérité est Une et c'est une Personne.

Unité dans la diversité ! Une Parole Unique (plutôt qu'un seul langage…) et plusieurs voix ! Encore faut-il qu'elles "s'accordent" !

En Jésus-Christ, par sa croix (et sa résurrection !), nous sommes un. Encore faut-il le manifester de plus en plus, le mettre en évidence aux yeux de tous … " C'est à l'amour que vous aurez les uns pour les autres, …"

Comme dit Hans Urs von Balthazar, la vérité est symphonique …

marie

marike 31/01/2008 07:00

D'abord un très grand merci d'avoir adhéré à la communauté : "civilisation chrétienne", que je gère. Je suis très honorée de votre participation et j'espère que je ne vous décevrai pas par la suite. C'est un grand encouragement pour moi ! Et, malgré tout, votre participation vient de mes "racines" protestantes libérales, auxquelles je suis plus attachée que je ne saurais parfois le penser.Et maintenant...Corinthe ! comme les Français sont mauvais en géographie, je me suis  informée auprès de Wikipedia, bien sûr...!Cette ville grecque fait partie du Péloponnèse ; elle est séparée du "Continent" à l'époque de Jésus par l'Isthme de Corinthe (6kms), voie de passage entre la mer Egée et la mer Ionienne. Maintenant il y a le fameux "Canal". Vous imaginez  les possibilités florissantes de commerce et d'échanges... Et dans toutes les grandes villes près des ports on sait que le culte d'Aphrodite n'est pas loin...mais aussi une ville aux multiples courants d'idées, source de richesse et de désunion...Merci de nous ramener sans cesse à La Croix, symbole d'union entre chrétiens, ce courage dans la souffrance au coeur de notre croyance : un Dieu d'amour...Marike